Poésie d’utilité publique

9 novembre 2008

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Depuis toujours, je défends l’idée que la poésie, même si elle est une activité savante, n’est pas réservée par principe à un petit groupe de spécialistes. Elle naît de l’usage que les peuples font de leur langue. Elle ne vit que parce qu’elle est mise en commun. Écrire un poème, comme chanter, peindre ou cuisiner est une façon de partager son plaisir. Pour moi la poésie est une fabrique de bonheur, un transformateur électrique qui convertit nos sentiments et nos idées en énergie. Elle est une façon d’être de plain pied dans le réel, sans s’accommoder de l’état des choses. Elle est à la fois la conscience et l’utopie du monde. Parole intime, elle est d’utilité publique.

 


Retour de grèce – Avril 2012

8 mai 2012

Les oranges amères d’Athènes


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Les rues d’Athènes sont plantées d’orangers sauvages
(pommes d’or du jardin des Hespérides).
Je marche dans les rues en compagnie de leur odeur.
Les oranges sont de petites planètes familières,
lampions qui se cachent très mal au milieu des feuilles
et qui éclairent le jour.
Les gens passent dans la rue sans y prendre garde.
Ils ne les cueillent pas car elles sont immangeables.
(Elles n’ont presque pas de jus, sont très amères
et souvent chargées en plomb et en particules fines).
Les gens du peuple n’ont plus d’argent,
beaucoup d’entre eux sont au chômage
dans ces parages du paradis,
mais ils ne sont pas désœuvrés.

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Au carrefour un homme se tient debout, sa raclette à la main.
Il s’appelle Jillian ; venu du Bengale,
il a traversé la moitié du monde
pour faire fortune en Europe.
Peut-être rêve-t-il de devenir capitaliste
et d’avoir un jour sa propre maison, avec sa piscine…
Mais pour l’instant il nettoie les pare-brise
en espérant que la voiture va s’arrêter.
Beaucoup en sont réduits à vivre en ermites…
Quelques sdf se sont réfugiés sur le mont Hymette
où poussent la myrte et l’asphodèle,
le serpolet, la marjolaine, l’olivier
près de la source que chanta Ovide…

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Mais la plupart se sont retirés en ville,
solitaires au milieu de la foule.
Ils ont renoncé aux biens terrestres
qui leur sont refusés
et dorment par terre, dans l’embrasure d’une porte.
Le pays est partagé entre la dépression et la rébellion.
Sur la place de la Constitution, les manifestants de février
jetaient sur la police des morceaux de marbre
arrachés au mobilier urbain ou à la façade d’une banque.
(Un pays où le marbre sert de projectiles
est un pays de culture et de grande tradition artistique).
Les murs sont couverts de slogans, de marteaux et de faucilles.
Près de l’université, un anarchiste a écrit à la peinture noire :
« La vraie violence, ce sont les lundis matins ».
Mais pour beaucoup les lundis sont des dimanches comme les autres…
Un homme passe en égrainant son chapelet.
(On vend toujours des komboloïs dans les boutiques pour touristes du quartier de la Plaka,
mais je vois peu de doigts jouer avec leur patience).

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Au cours de l’été 44, Titos Patrikios avait rendez-vous ici
avec une jeune Résistante qui devait lui remettre du matériel clandestin.
Arrêté par les Allemands, il fut collé contre ce mur blanc pour être fusillé.
Il prétendit qu’il attendait simplement une amie
avec qui il devait se promener…
Et il me raconte comment il échappa de justesse à l’exécution
car la jeune fille, arrivée sur le lieu du rendez-vous,
portant sur elle les tracts clandestins,
au lieu de s’enfuir se jeta dans ses bras et l’embrassa.
Manolis Glezos, qui planta le drapeau grec sur l’Acropole,
lui aussi est toujours là.
(Les fascistes aussi…)
Et le peuple grec est toujours debout.
Sur une place, un jet d’eau continue sa conversation heureuse
pendant qu’un poète boit son café
sur la terrasse à l’ombre d’une treille.
Dans un café modeste de Kisseriani, des hommes sont assis
et prennent l’ouzo devant des assiettes garnies de tomates,
de poivrons, de feuilles de vignes et de poulpes.

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Les financiers de la planète et les hommes politiques à leur service
n’ont pas encore pu enlever à la Grèce son ciel, sa mer et ses orangers.
(Et ceux-là qui reprochent aux Grecs leur mode de vie
les envient en rêvant de leur prochaines vacances).
Demain, j’irai me tremper dans une crique
sur l’île de Sallamines, en face du Pirée,
la cité populaire où les grues et les entrepôts
des armateurs ne dorment que d’un œil…
J’irai me tremper dans l’eau printanière,
fraîche et transparente, mouvante
comme les morceaux de verre des kaléidoscopes de l’enfance.
Je ne croiserai au milieu des vagues ni les sirènes d’Ulysse
ni les requins qui viennent de la Mer rouge
en suivant l’étrave des navires marchands…
Avant de repartir, j’irai cueillir des oranges sauvages
le long d’une rue tranquille.
(« Voilà à quoi en sont réduits les gens »,
pensera une petite vieille qui me regardera faire, intriguée).
J’en remplirai ma valise et te les rapporterai
pour que par la transformation
(le miracle ou la révolution ?)
du sucre et de la cuisson
tu en fasses une marmelade d’oranges amères.

Le 8 mai 2012

Le Peuple – Lecture à Villejuif le samedi 22 avril 2012

14 avril 2012
Le Peuple - Lecture à Villejuif le samedi 22 avril 2012 dans actualités FC-Villejuif1-e1334419811905-206x300

Francis Combes

J’ai participé aujourd’hui à un rassemblement-manifestation de soutien à Jean-Luc Mélenchon à Villejuif dans le Val-de-Marne. La manifestation partie de la Place Louis Aragon et arrivée au square Neruda.

J’ai lu le poème de Neruda, La Montagne et la rivière et mon poète Le Peuple extrait de Cause Commune.

Écoutez en cliquant sur les noms.

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Ça rime à quoi sur France Culture février 2012

9 février 2012

J’étais invité sur France Culture dimanche 5 février à l’émission « Ça rime à quoi » autour de mon recueil « L’Aubépine, 101 poèmes pour un amour frondeur ». Une demie heure de poésie à 6 h 30 et 23 h 30.

Si vous souhaiter écouter ou réécouter cette émission Image de prévisualisation YouTube.

 

Cuba Janvier 2012

30 janvier 2012

J’ai participé au jury des prix de La Casa de Las Americas, du 16 au 27 janvier 2012, à Cienfuegos et à La Havane à Cuba. J’en rapporte quelques poèmes accompagnés de photos de Patricia.

 

 

Cuba Janvier 2012 dans actualités Che-fod-Palmiers-300x225

 

Pour une femme de chambre

lettre-fem-chbre2-300x200 dans actualitésA Miguelina

Les femmes de chambre des hôtels de Cuba
Sont-elles seulement des femmes de chambre ?
Ou sont-elles des fleuristes ?
Celle qui fait notre chambre
A dressé sur notre lit une fleur
de serviettes blanches
surmontée d’une rose de plastique rouge.
(Sculpture éphémère qui en vaut d’autres
malheureusement plus durables).
Et Miguelina , – puisqu’elle s’appelle Miguelina -
Nous a laissé un mot en français
Couvert de fleurs de couleur, au stylo,
Qui nous dit que l’amitié
Est un pont entre les êtres
Et nous souhaite bon voyage.
Les femmes de chambre des hôtels de Cuba
Sont-elles des fleuristes ?
Ou des ambassadrices
Qui font leur travail avec une conscience politique
Et une gentillesse telles
qu’on voudrait les appeler « Companera » ?

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Tout ce qui manque à Cuba
(liste partielle et certainement partiale)

à Roberto Fernandez Retamar

 

 

Il y a beaucoup de choses essentielles à notre vie moderne qui manquent à Cuba
Je peux le dire car j’y suis allé, je l’ai vu et je témoigne :
A Cuba, il n’y a pas de grands panneaux publicitaires plantés le long des routes
pour vanter les mérites de Coca Cola, les promotions sur les derniers PC sortis sur le marché ou les nouvelles baskets Nike.
Pas de Kentucky Fried Chicken, pas de MacDonald et pas de Pizza Hut
Pas de Wall Mart, de Carrefour et pas de ces grandes zones commerciales
no man’s land préfabriqués, éphémères et criards que vous rencontrez à l’entrée de toutes les grandes villes du monde civilisé.
A Cuba, il n’y a pas dans les kiosques les magazines en quadrichromie sur papier glacé qui vous tiennent informés par le détail de la vie sexuelle des people,
pas de journaux qui rivalisent pour vous donner tous la même information et vous expliquer d’une même voix qu’on ne peut rien faire devant l’oracle des agences de notation,
Car à Cuba il n’y a pas de pluralisme, pas de vraie liberté de la presse, c’est à dire pas la possibilité pour les grosses fortunes d’acheter librement ni les journaux, ni leur rédactions.
A Cuba, il n’y a pas de ces journaux ventrus avec leurs cahiers spéciaux sur papier saumon qui renseignent le passant sur les dernières variations du cours de la Bourse,
car à Cuba, il n’y a pas de Bourse
et donc pas de vraie liberté.
A Cuba, il n’y a pas dans la rue d’enfants dépenaillés affalés dans un coin un tube de colle à la main.
Les enfants de Cuba vont à l’école et portent autour du cou un petit foulard bleu ou rouge.
Que savent-ils donc de la liberté ?
Ici ou là, il y a bien un qui quémande un stylo ou un bonbon,
Une femme qui vous envoie un baiser et vous demande un savon ou une pièce, mais c’est bien peu encore…
Il n’y a pas encore dans les rues de La Havane assez de jeunes qui mendient à chaque carrefour, il n’y a pas encore assez de femmes assises sur les trottoirs un bébé shooté dans les bras et qui tendent la main
pour que La Havane mérite le titre de ville moderne du monde développé.
A Cuba, il y a bien sûr, le soleil, des cocotiers, la musique, le rhum et la mer,
Mais il n’y a pas de vigiles armés de fusils à canons sciés à l’entrée des complexes touristiques, des grands magasins ou des plages réservées aux étrangers.
A Cuba, le long du Malecon de La Havane, il n’y a même pas (contrairement à ce que pourraient espérer le touriste) de ces jeunes femmes noires ou blanches, en tenue légère, plantées tous les cent mètres, telles des chandelles, pour allumer le client, comme à Saint-Domingue ou comme à Nice, sur la Promenade des Anglais.
Oui. Il y a beaucoup de choses à Cuba qu’il n’y a pas…
Cuba est une fille pauvre ; mais Cuba n’est pas une pauvre fille.
Cuba est une belle fille, en short rouge, qui arbore un T. shirt du Che, marche droit dans la rue et bouge légèrement des fesses, toujours prête à se mettre à danser.

Cuba ne vit pas dans l’obsession effrénée de la consommation, Cuba ne vit pas dans le show permanent de la richesse insolente et de la misère indécente, Cuba n’est pas emportée dans la course à l’abime de la destruction de la nature et de la culture
(Et que tous ceux qui rêvent d’écologie tournent un peu leur regard vers Cuba.)
Cuba est encore un pays lent, qui va, comme il peut, bras dessus, bras dessous, sur le chemin de la dignité.
Oui, il y a beaucoup de choses qui manquent à Cuba
Et c’est aussi pour toutes ces choses qui lui manquent que nous aimons Cuba
Et que Cuba nous est nécessaire.
Cuba est l’œil grand ouvert
De la conscience des peuples
Dont la lumière se réverbère dans les eaux de la mer des Caraïbes.

 

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Dans le kiosque à musique

A Nancy Morejon

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Sur la place centrale de Cienfuegos
Il y a un homme qui dort dans un kiosque à musique.
Ce n’est pas un clochard,
Un sans logis qui erre dans les rues,
Il ne craint rien et n’a pas même à ses pieds un chien.
Il dort tranquille en plein cœur de la ville.
Il a confié son sommeil
Comme une petite graine
à la paume du soleil.
Pour le laisser faire sa sieste
Les musiciens sont partis sur la pointe des pieds.Nancy+F-300x200
Même les oiseaux se sont envolés.
O, toi l’homme qui dors dans le kiosque à musique,
Fais-tu des rêves ?
Sont-ils grands ou bien petits ?
Et que donnera leur graine ?
Du mouron pour les oiseaux ?
Ou bien va-t-il en naître
Quelque nouveau soleil ?

 

 

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L’Arbre aux vœux

Ici, on ne grave pas à la pointe d’un couteau son cœur
et ses initiales enlacées
Dans l’écorce d’un chêne
Mais sur les feuilles épaisses, vertes et revêches d’un cactus.
Promesses d’amour
Vœux de tendresse
Dans un buisson de piquants.
Avec quelques petites fleurs rouges.
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L’abeille

En te baignant dans la baie
A la pointe de Cienfuegos
Près du petit jardin public qui s’avance, son kiosque dans la mer
Tu as sauvé de la noyade une abeille
Qui se débattait sur une vaguelette.
Tu l’as placée délicatement sur une fine feuille jaune qui flottait là
Et dont tu as fait un minuscule brancard.
Puis, tu l’as sortie de l’eau et posée au soleil
Pour qu’elle reprenne des forces.
(Il n’est pas sûr qu’elle t’en soit reconnaissante.
On dit des insectes qu’ils ne font pas de sentiment
Et que c’est pour ça qu’ils nous survivront…
A voir…
Déjà nous devons prendre soin des abeilles).

 

 

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Une belle Américaine

Les années cinquante défilent lentement
Sur l’écran du paysage, devant un rideau
De palmiers qui se balancent dans le vent
Passe une Cadillac sexagénaire, toujours pimpante,
Vert olive rutilant, or dans le soleil couchantvoiture-verte-300x194
Somptueuse, impériale, un requin pacifique,
Sa carrosserie réparée au Sintofer, plusieurs fois
Repeinte, son moteur changé pour un diesel
(L’Amérique d’hier et ses mythes sous embargo
survivent, squales ou tortues dans l’aquarium
entretenu du jardin botanique). La Cadillac
Avance lentement sur la route à six voies
Qui traverse la Grande île, vers La Havane
Vitres baissées, le chauffeur accoudé à la portière
Ne fait pas la course sur la voie de droite
Et ne va pas se jeter du haut d’une falaise
Il retourne vers sa maison et traverse le pays
Où il est maintenant partout chez lui
Car ce pays qui est le sien lui appartient
Et traversant de part en part le premier
Territoire libéré d’Amérique, il traverse
En même temps le temps qui semble ici arrêté
Mais qui poursuit son chemin vers l’avant telle une flèche
Avant hier tirée par un Indien Caraïbe
vers le ciel bleu  pour se ficher dans le sol de demain
Les années cinquante qui passent sur l’écran
James Dean, Marilyn, un soda et la révolution
Qui invente le Tropique d’un nouvel avenir
La vieille Cadillac caresse lentement le paysage
Et Cuba qui n’aime pas le gaspillage
Prenant soin du passé prépare son futur.

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Petit nuage dans le ciel de Cuba
à Yolanda Wood

Petit nuage dans le ciel de Cuba
Tu voles, tu voles
Au-dessus des palmiers
Tu voles, tu voles
Plus haut que les immeubles
Le long du Malecon
Tu voles, tu voles
Bien plus haut que la piscine
De l’hôtel Présidente
d’où je te regarde
en flottant sur le dos
Petit nuage dans le ciel de Cuba
Tu voles tu voles
Et franchis les frontières
Sans problème de visa
Ni de compte en banque
Tu voles sur le monde
Et n’offenses  personne
Petit nuage dans le ciel de Cuba
Notre révolution
Tout autour de la Terre
Sera accomplie
le jour où tous
tout autour de la Terre
Pourront faire comme toi
Petit nuage, petit nuage
Dans le ciel de Cuba
Vole, vole
et ne nous attends pas…

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Sieste habanera
A Patricia

Par la fenêtre ouverte, montent jusqu’à nous
Les bruits de la villeCour-d%C3%A9cole-207x300
Un klaxon sur l’avenue qui part de la mer
Vers le centre ville, la Place de la Révolution,
Les cris des enfants dans la cour de l’école
Qui s’envolent dans l’air chaud de l’après-midi
Comme de petits papiers de couleur,
Des coups de marteaux,
La voix d’une femme dans le couloir
Qui pousse un charriot de linge…
Seul le vent soulève le rideau
Sans bruit, pour ne pas déranger notre sieste…
Tu as posé ta tête sur mon épaule
Et me dis de ne pas bouger.
Tu veux que je sois sage…
Ne t’inquiète pas, ma chérie, c’est possible.

Tout est possible…
« Nous vivons le temps des révolutions ».

 

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La Muchacha de la rue Obispo
A Fayad Jamis

En remontant la rue Obispo,
au cœur de la vieille ville,
j’ai croisé une jeune femme
avec de longues cuisses de sauterelle noire
que serrait un petit short effronté
et brillant.
Elle tenait à la main,
comme une épée ou un drapeau,
un bouquet de balais
aux crins synthétiquespte-fil-pop-198x300
orange et verts
dont elle faisait commerce.
(Ailleurs, c’est d’autre chose
qu’elle aurait peut-être fait commerce).
Petit boulot pour jolie fille
comme pour bien d’autres
pauvres, bien d’autres noirs dans la ville.
(Cinquante ans de révolution
ce n’est pas assez
malgré des jambes de sauterelle
pour sauter par dessus l’histoire).
C’est qu’il y a toujours beaucoup de choses à balayer
Ici comme ailleurs.
Jolie fille et petit boulot
mais boulot utile.
Son bouquet de balais à la main,
elle ne le brandit pas comme un drapeau
ou une épée,
mais elle se tient bien droite,
ses cuisses fines et sa taille fière prises
dans son petit short moulant,
la muchacha de la rue Obispo.
Lui arrive-t-il de penser
A cette affiche de la révolution russe
sur laquelle on voit Lénine
balayer le globe
de toute saleté ?
La muchacha de la rue Obispo ?

 

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Le Malecon des amoureux

Le long du Malecon les amoureux montent la garde
Ils sont assis de place en place, face à la mer,
Ou lui tournant le dos, côte à côte
face à face parfois, les yeux dans les yeux
Sur le parapet qui domine l’océan.
De temps en temps, un pêcheur interroge les vagues
Il est en communication directe avec la mer
par  l’intermédiaire d’un simple fil…
Un homme est allongé sur le dos, la tête posée
Sur les cuisses de sa copine.
Et elle lui caresse les cheveux
Pendant que le vent du bout des doigts
S’occupe de démêler les siens…
Dans le jour qui décline, une jeune fille
Marche à grandes enjambées sur le parapet
Vers le soleil couchant.
Le long du Malecon où les amoureux montent la garde
Je me promène, seul, en ce moment, sans toi…
Vivre en cet instant, c’est se tenir ainsi, debout face à la mer,
comme au bord du monde, comme au bord de nous-mêmes,
L’amour en sentinelle.

 

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Le Point du 17 novembre 2011

18 novembre 2011

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Dans Le Point Patrick Besson a fait un article sur Bernard Delvaille et sur mon recueil « L’aubépine ». Lire en cliquant ici.

Station de métro Saint-Amboise à Paris

14 novembre 2011

L’un de mes poèmes affiché par le Printemps des Poètes à la station du métro parisien Saint-Amboise.

 

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L’Aubépine

5 octobre 2011

Un nouveau recueil de Francis Combes  vient de paraître

aux éditions Le préau des collines


L’Aubépine

Cent un sonnets pour un amour frondeur

Le livre sera présenté

le jeudi 20 Octobre 2011

à 18 heures

au préau des collines

145, bis avenue de Choisy
75013 Paris

Tous les amis sont conviés



Et voici, en avant première, quelques sonnets :

1

Il y a si longtemps qu’écrivent les poètes
Aubes, pastourelles, rondeaux, sonnets d’amour

À tant chanter l’amour à la fin c’est assez
Pensent certains, la chose est pour eux dépassée

Le lyrisme à leurs yeux est un type à descendre
À coller contre un mur pour s’en débarrasser

Mais il a la vie dure et il nous survivra
Et ceux-là qui l’enterrent seront vite oubliés

Ils peuvent toujours dire : « Défense d’afficher
En vers des sentiments ou des idées », qu’importe

L’amour, la poésie des interdits se fichent
Leurs vers depuis longtemps seront bouffés aux vers

Qu’il s’écrira toujours des poèmes d’amour
Car le désir toujours de ses cendres renaît.

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3

Tu as la main heureuse avec l’ordinateur
Tu appartiens au monde où vivent les objets

On disait autrefois des femmes qu’elles avaient
Des liens privilégiés avec les forces obscures

On les disait sorcières, magiciennes ou fées
Elles savent les secrets plutôt de la clarté.

Elles ont depuis longtemps l’usage de ce monde
Des outils familiers que s’inventent les hommes

De leurs pauvres mystères et de leurs grandes peurs
Elles savent avant tout le prix fort de la vie.

Par toi la terre est ferme et je marche dessus
Tu organises l’aube évidente des choses

Et parmi toutes celles qu’il m’advint de croiser
Tu m’es la plus terrestre et tu m’es la plus claire.

5

Il n’est pas si facile d’écrire sur l’amour
User de mots nouveaux pour dire l’ancienne chose

Ou avec d’anciens mots dire chose encore neuve
Pourtant telle est la loi d’aimer en poésie

Aimer est un miracle ordinaire et commun
Dont l’homme ni la femme jamais ne se déprennent

L’alphabet de nos gestes est à peu près le même
Mais sont presque infinies les phrases qu’ils composent

Et dans chaque poème se reforme le lien
Par quoi l’universel tient au particulier

Nous sommes si semblables et si divers aussi
Nous sommes si nombreux à nous penser uniques

Mais par le jeu d’amour nous devenons utiles
Ainsi chanter l’amour reste un jeu nécessaire.

10

Aimer, dit-on, c’est vivre d’illusion
Tout comme écrire un poème, une chanson

Chacun dans la rue porte un habit de rêves
Sans quoi il serait bien malheureux et nu

L’univers des images que nous enfantons
Nous entoure tel un halo, un corps astral

Et ce corps lumineux qui nous accompagne
Nous est aussi nécessaire que l’air

Enfant de Désir et Besoin réunis
Il est aussi réel que l’est notre Terre

Comme l’eau pour le poisson, l’air pour l’oiseau
Le courant de l’amour est notre élément

C’est vivre sans aimer qui n’est qu’illusion
(Amour nous produit et nous le produisons).

20.

La femme est dans l’homme, comme un rosier grimpant
L’architecture imaginaire de son futur

La femme est dans l’homme un rêve inachevé
Le souvenir d’une tendresse à conquérir

La femme est dans l’homme comme la part du fruit
Dont s’essaiment les graines au secret de la terre

La femme est dans l’homme la part de la douceur
Et celle de la plus terrestre intelligence

Car dans tout homme il y a une femme en puissance
L’image d’une statue prête à s’animer.

Et dans la femme ? Dans la femme il y a un homme
L’homme qu’elle invente et qui lui donne le jour.

L’homme et la femme, reflets inverses, dissemblables,
Sont l’un à l’autre la promesse du futur.

22.

J’ai grimpé dans la tête de ton cerisier
ses branches me faisaient comme une sphère céleste

et j’étais entouré par ses bras en arceaux
où s’accrochaient par milliers des planètes rouges

petites perles incarnat et translucides
comme autant de gouttes de sang clair et sucré

qui tiennent prisonnière la lumière du soleil.
(Ton cerisier est une galaxie heureuse).

Juché sur mon échelle, au milieu de ses feuilles
j’étais comme noyé dans une chevelure

mais je ne sombrais pas, je grimpais vers le ciel
et j’ai passé des heures à retirer, un à un,

du bout des doigts ses pendentifs écarlates
sans jamais parvenir à le déshabiller.

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Chez Hugo à Guernesey

12 août 2011

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La traversée

Sur le Victor Hugo nous traversons la Manche
Au départ de Diélette pour rejoindre Saint-Pierre
Dès la sortie du port il se met à tanguer
(Serait-ce donc ainsi la voie du paradis ?)

« Un poète est un monde enfermé dans un homme »
On nous a dérobé le grand air, les embruns
Nous sommes ballotés comme dans un manège
La mer a des vapeurs et le cœur se soulève

Marâtre sans douceur et sans égards pour nous
La mer brutalement secoue notre berceau
(Ainsi devait-elle faire déjà du temps d’Hugo…)
Elle qui est pourtant berceau de toute vie.

« Homme libre toujours tu chériras la mer »…
Pour Verlaine elle avait de verts reflets d’absinthe
Aujourd’hui, les temps changent, elle est d’un bleu pétrole ;
Et nous, poissons volants, nous rêvons de terre ferme.

L’histoire nous a aussi pas mal ballotés
Et de vomir devons souvent nous retenir
(Tant de petits poissons se font bouillir au bleu)…
Mais il fait un grand vent et le soleil nous suit.

le 10/08/2011

 

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Hauteville House

Au jardin de Hugo poussent des agapanthes
Etait-ce ainsi déjà au temps de son exil ?
C’est un jardin tout en longueur
enserré par un mur qui domine la colline au-dessus de la mer,
on y trouve aussi des hortensias, des fleurs du pêcheur
des pommiers, des poiriers, un potager avec des tomates
et un grand chêne que le poète avait planté en l’honneur
des États Unis d’Europe.
(Le chêne se porte bien
l’Europe beaucoup moins)

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Au jardin de Hugo poussent des agapanthes
et sur la façade de la maison blanche
l’escalier de secours qui monte en colimaçon vers le ciel
avec le soleil dessine une légère dentelle
« Pas mal, ce rocher fleuri pour un exil »,
se dit le visiteur qui ne fait que passer
(car ce jour-là, le ciel est évidemment bleu)
Hugo, lui, a bien cru que cette maison serait son tombeau
et, de son vivant, il s’en est fait un mausolée
où comme dans sa vision de l’humanité on monte
de l’ombre vers la lumière.
Il faut passer par les salles obscures de l’univers gothique
peuplées de symboles
pour grimper l’escalier, traverser la bibliothèque
et, accédant à la connaissance,
atteindre le palier de la clarté,
la vigie sur le toit formée de baies vitrées
où il écrivait, debout devant la mer,
avec à ses pieds un puits de lumière
pour éclairer les étages inférieurs…

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Dans la maison de Hugo il y a
une horloge sans cadran ni aiguille
car le temps de l’exil
est un temps hors du temps.

Chassé de Bruxelles, puis de Jersey
c’est ici qu’il s’est réfugié
et devenant propriétaire
s’est mis à l’abri d’une nouvelle expulsion.
Et c’est ici sur ce balcon qu’il se postait tous les matins,
à moitié nu peut-être,
pour rassurer Juliette qui le guettait
dans la maison voisine sur la colline.

Dans le jardin de Hugo où poussent des agapanthes
un petit garçon de trois ans demande à son papa
« Où il est Victor Hugo ? »
« Il est sorti… » lui dit son père, pour le rassurer
(car aux enfants de trois ans on ne parle pas de mort).
La maison bien sûr est hantée par son fantôme ;
Mais ici, Hugo ne faisait pas tourner les tables.
(Il a arrêté quand son ami Jules Allix est devenu fou).
On ne l’entendra donc pas cogner contre les cloisons de bois.
Il pourrait pourtant donner de la voix et tonner.
Notre temps en effet ne vaut pas mieux que le sien
Nous avons-nous aussi un Napoléon très petit.
Et combien d’entre nous se sentent en exil
dans leur propre pays ?

Pourtant la roue du progrès,
sous laquelle tant de fleurs naissent
et tant de fleurs sont écrasées,
poursuit sa route
vers beaucoup d’ombre
ou un peu plus de lumière…
(Tout dépendra de ce que nous écrirons.)

Pendant ce temps, en dehors du temps,
au jardin de Hugo poussent les agapanthes
les fleurs de l’agapè, du plaisir de vivre et de l’amour
pour l’humanité.

le 12/08/2011

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La Fête aux Buttes Chaumont

3 juillet 2011

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La fête au Temps des Cerises

Le temps des cerises a pris rendez-vous avec l’été
Nous nous sommes posés comme une volée d’oiseaux
sur la pelouse des Buttes Chaumont
près du Rosa Bonheur.
Du haut de la colline, nous dominions Paris
dans la lumière du soir
(nous dominions mais n’écrasions personne
pas même les insectes qui s’ébattent sur le sol).
Nous avons déposé sur l’herbe nos grandes nappes rouges et noires
comme des drapeaux de pirates et de révolutionnaires,
quelques livres, quelques victuailles et quelques bouteilles.
Chacun a apporté ce qu’il voulait

            ce qu’il pouvait

                        et nous avons partagé.
(Car telle est notre idée du bonheur commun

                        dans la société future).
A notre Déjeuner sur l’herbe
il n’y avait pas de monsieur en costume

            ni de dame plantureuse et nue
mais un romancier

            un ingénieur

                        un postier

                                   un économiste égyptien
une électricienne

            une employée de bureau

                        une comptable
des retraités

                        et des étudiantes
un pique-assiette avec deux chiens
un amoureux perdu avec une rose fanée
un ou deux peintres sans chevalets
un physicien
en ébullition comme la cornue d’un chimiste
un chanteur et un guitariste
et des poètes
aussi nombreux que les bouteilles…
Nous avons dit des poèmes et bu
en l’honneur de Jean-Baptiste Clément
Omar Khayyam,
Li Taï Po,
Abu Nuwas,
Villon, Ronsard, Rimbaud, Verlaine, Apollinaire et Brecht…
Et nous avons chanté
« Juste, a dit le chanteur,

            car nous chantions ensemble ».
Des jeunes filles assises en rond
ont appris de nouvelles chansons
(qui sont d’anciens chants révolutionnaires)

                        parce que c’est de leur âge.
Puis nous les avons suivies
et avons repris leur chant

                        parce que c’est de notre âge.
Le pique-nique de notre brigade fraternelle
a connu un succès prometteur.
(Ce n’était pas un pique-nique géant

                        mais il deviendra grand…)
Il n’y a que toi qui manquais.

La prochaine fois,
                        tu viendras.
Nous nous allongerons côte à côté sur l’herbe
au sommet de la colline,
nous regarderons le soleil se coucher sur Paris
et
(puisque la poésie moderne
recycle les images du passé et leur redonne une jeunesse)
nous boirons
     à la coupe de nos lèvres
  dans la douceur du crépuscule
            la clarté mordorée du ciel
                          lentement
                                   comme un vieux rhum.

le 2 juillet 2011

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2 juin 2011

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le 15 juin prochain, à 19 heures, place du colonel Fabien, se tiendra une soirée d’hommage au poète Jacques Gaucheron, avec Jean-Pierre Siméon, Roger Bordier, Charles Dobzynski, René Trusses, Denis Pérus, Francis Combes. Poèmes, chants, musique, buffet et verre de l’amitié.

 

Le pommier du poète

pour Jacques Gaucheron

 

J’ai revu le pommier que tu avais planté
sans savoir si un jour tu en aurais les fruits
sur la hauteur
au-dessus de la Seine
où de tes mains
tu as bâti ta maison
Poète de la parole, de la pensée et du geste
tu l’avais planté là
pour succéder au pommier de plein vent
que tu as chanté
et qui est mort.
Tu l’as planté parce qu’il faut que tout continue,
la vie, les arbres,
et la parole buissonnante des hommes
toujours en quête du printemps.
Bien sûr
tu ne m’entends pas,
            même si toi tu nous parles
            et que nous t’écoutons
arrêté pour toujours sur le seuil de tes poèmes.
Tu ne m’entends pas mais je veux te dire
que ton pommier a belle allure.
Anne et toi, tout un plein jour, vous aviez creusé
dans l’obscur, la caillasse et l’humide
pour qu’il trouve ses aises
et qu’il puisse grandir sur la colline
            dans un rêve de clarté.
Je l’ai connu dans sa jeunesse
quand tu l’avais harnaché de cordages
haubané comme un voilier
pour qu’il prenne le large au-dessus de la Seine
Appareillé,
non pas comme une machine volante
pour monter dans les étoiles de la fantasmagorie
mais comme un arbre sur la Terre
pour que ses branches prennent la forme de l’accueil
l’aubaine de la main, doigts écartés, feuilles écarquillées
qui protège le regard de trop de lumière
car la maison doit être édifiée
l’enfant élevé
et l’arbre greffé et éduqué
pour faire la nature humaine.
(Beauté et liberté naissent dans les fers)

Ce pommier te va bien, Jacques,
homme des plaines, poète terrestre,
qui étais « à tu et à toi » avec l’arbre
qui se dresse à fleur de ciel…
Ce pommier te va bien,
qui se défie de l’exotisme à la beauté convulsive
mais travaille dans la patience de la sève
à l’explosion des floraisons.
Comme toi,
toujours inquiet de la germination invisible du futur.
(« le révolutionnaire,
- tu te souviens de ce que disait Marx -
doit entendre
l’herbe qui pousse… »)

Il te va bien, cet arbre, Jacques,
toi qui ne cultivais pas le mystère
mais l’émerveillement de vivre.
Appartenant à la grande famille des rosacées,
des pommiers, il en est de toute sorte…
Il en est même qui sont épineux.
Ce qui n’est pas le cas du tien.
(Mais toi, qui, avec une bande de compères
avait crée le club de l’épigramme
  tu pouvais, si tu voulais,  piquer.)
Ton pommier, Jacques, a le tronc droit et rugueux
(comme toi, qui pouvais aussi être rugueux parfois)
et il a comme toi maîtrise de la délicatesse.
Il médite dans le silence la plénitude du fruit
(qui « rondine » dans les vergers
disait l’ami Couté).
La pomme, une joue à embrasser
dans l’enjouement du poème,
chair laiteuse du bonheur,
monde rond à partager…
Bien sûr, c’aurait pu être un cerisier
que nous aurions, de temps en temps,
déshabillé ensemble de ses perles de sang.
Mais c’est un pommier
et ce n’est pas indifférent
car il y a une sagesse révolutionnaire du pommier :
Arbre de la connaissance,
le pommier qu’on nomme en latin « malus »,
            bel arbre du péché de se passer de dieu
            pour devenir enfin
hommes et femmes sur la Terre.
(L’image ancienne renouvelée enfin changée en bonne nouvelle)
La raison et le plaisir des sens
enfin réconciliés
dans ton poème
comme dans la pomme
qui n’est pas qu’un symbole.
(Pour être utile
et vivre en beauté
il suffit d’aimer
et c’est un long apprentissage)
Il te va bien, cet arbre à la tête frémissante
de pensées secrètes
qui fait front aux orages
Résistant
naturellement,
sans forfanterie
Arbre à contre-vent,
à contre-nuit
qui parle à voix basse
et connaît les mots de passe du printemps.
Arbre planté dans sa terre
mais accueillant à tous les vents migrateurs,
aux oiseaux de passage
et à leurs chants impertinents
patient même
avec leurs piaillements…
Il y a une sagesse du pommier, une leçon du pommier.
Même tordu et mutilé,
il se redresse vers la lumière ;
simple leçon de dignité,
l’art de se tenir droit
à quoi se résume parfois
le poème de la vie.
J’ai revu le pommier que tu avais planté
pensant peut-être n’en jamais voir les fruits
devant ta maison
où tu as bâti ton chant
à main d’homme
d’une truelle musicienne
légère comme une feuille…
Des fruits, avec Anne, tu en as cueilli quelques-uns…
Tu nous en as offerts…
Et s’il en est qui tombent dans l’herbe et qui pourrissent,
ne sois pas inquiet…
Bien des fruits que nous avons produits et voulions partager
n’ont pas trouvé preneur…
Bien des idées
ont été jetées comme de vieux trognons
dans le fossé, sur le bord du chemin…
Mais le pépin de la parole porte toujours promesse d’aube
et nous emporterons dans notre besace
les belles pommes
de ton pommier.

Francis Combes – le 21/V/2011