Poésie d’utilité publique

9 novembre 2008

Poésie d'utilité publique Francis-Medellin

Depuis toujours, je défends l’idée que la poésie, même si elle est une activité savante, n’est pas réservée par principe à un petit groupe de spécialistes. Elle naît de l’usage que les peuples font de leur langue. Elle ne vit que parce qu’elle est mise en commun. Écrire un poème, comme chanter, peindre ou cuisiner est une façon de partager son plaisir. Pour moi la poésie est une fabrique de bonheur, un transformateur électrique qui convertit nos sentiments et nos idées en énergie. Elle est une façon d’être de plain pied dans le réel, sans s’accommoder de l’état des choses. Elle est à la fois la conscience et l’utopie du monde. Parole intime, elle est d’utilité publique.

 


 

Sur la beauté

18 août 2016

Bonnefoy

Sur la beauté
à Yves Bonnefoy

La beauté ne cesse de se dérober
Elle nous entrouvre
pourtant sa robe

Elle est sortie pieds nus du bidonville
mais préfère les tapis fleuris

Elle fait souvent payer ses charmes
et fréquente volontiers les palais
(La beauté est une catin)

On peut la voir aussi
parfois dans les manifs

Elle peut mentir
et elle peut dire la vérité

Nous savons
qu’on ne peut lui faire crédit
sur sa bonne mine

Mais on la suit
Pas question de s’en passer

Elle change de visage à chaque saison
Quand on pense l’attraper, elle s’échappe

Elle est en nous
et au-devant de nous

Et chacun de ses visages
compose la rosace
dans l’eau d’un reflet
que nous avons rêvé

Elle est
dans la vie
ce qui
d’un coup d’aile
l’élève.

Moissons nocturnes

7 août 2016

campagne
Moissons nocturnes

Quand la lune se lève
Et monte sur les blés
Les moissonneuses-batteuses
se mettent en action.
(Cette année l a moisson
est en partie perdue.
Sur les champs et les prés
il a beaucoup trop plu).

L’herbe sèche coupée
Autour de la maison
Lui fait une litière
D’or dans l’obscurité.
Et nous, quelle a été
Notre propre moisson ?
Notre été est passé ;
C’est l’arrière saison.

Nous avions cru semer
Un rêve fraternel.
Nous aurons récolté
Plus d’orties que de blé…
La lune est dans le ciel
Haute au-dessus des blés.
Et la terre est à bas,
Plus bas qu’elle ne devrait.

Notre révolution
Nous aura fait faux bond…
Toujours litières dorées
Sont garnies de fumier.
Le futur est remis ;
L’espoir est sur la paille.
Pour ceux qui se renient
Il n’y a rien qui vaille.

Ah ! Ne regrettons rien
De nos rêves défaits.
Nous aurons vu au moins
Des matins se lever.
Terre faite à main d’homme,
L’aube aux collines blondes
Soulève l’horizon.
Eté… la Terre abonde…

Juillet 2016

Moissoneuse

Un camion fou dans la cité

16 juillet 2016

promenade

Un camion fou dans la cité

Un camion fou dans la cité
depuis longtemps cette image me hante
mais voici qu’évadé du purgatoire des vers abandonnés
il jaillit par la fenêtre brisée d’un cerveau malade
et déboule dans la vie réelle, sur la promenade des Anglais
fauchant sur son passage, hommes, femmes, enfants
Il a fait le plein de haine, une mèche allumée
comme d’autres avant lui
(Nous en avons tant vu qui s’imbibent de nuit
une encre noire les envahit comme un buvard
et se transforme en poudre
prête à exploser, à la terrasse d’un café,
n’importe où, au coin, sur un boulevard…)
Un camion fou dans la cité
Un homme est au volant, il a perdu la tête
boule lancée sur la piste du bowling
folle boule, tête dégoupillée dans la foule affolée
A-t-il voulu venger ceux qui tombent sous les bombes
là-bas, sur une autre terre mais sous le même ciel ?
Voulait-il faire payer la terre entière
parce que sa femme l’a quitté ? Parce que la Banque lui a refusé un crédit ?
Un camion fou dans la cité
Un homme est au volant, il a perdu la tête
il se prend pour Dieu, le châtiment céleste
en zigzaguant, il frappe les innocents, les promeneurs du soir
venus en famille pour voir
le feu d’artifice du 14 Juillet
Un camion fou dans la cité
et nulle barrière ne peut l’arrêter
nul état d’urgence, nul cordon de sécurité
Un camion fou dans la cité
sur la Promenade des Anglais.
Où sont passés les oiseaux de la raison humaine ?
Le cancer généralisé
de la guerre s’empare de la Terre
la Terre qui roule à tombeau ouvert
et se précipite dans le vide
où même les étoiles refusent de briller.

(Pour vaincre la terreur
il faudrait lancer sur le monde
au lieu des bombes des fleurs,
des colis de vêtements,
des aliments, des médicaments,
des poèmes et des messages de paix).

le 15/VII/2016

Salut Venezuela

5 juillet 2016

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Du 24 juin au 3 juillet, nous étions à Caracas pour participer au 13ème Festival mondial de poésie du Venezuela, en compagnie de 138 poètes (dont 38 invités étrangers).
Un grand moment qui nous a permis de rencontrer un public nombreux et passionné et de faire la découverte d’un peuple en révolution. Le Venezuela est confronté à de sérieux problèmes (liés notamment à la chute des prix du pétrole) mais la situation sur place ne ressemble pas à l’image qui en est souvent donnée dans les médias. Nous en rapportons un journal de voyage mêlant poème et photos.

Salut Venezuela

1.

Le jour se lève sur Caracas…
De la terrasse de l’hôtel
Nous voyons les tours
de la ville moderne
Le béton tropical
Et le mont Avila
Avec son écharpe
Matinale de brume
Les persiennes
Vertes des palmiers
Qui découpent en lamelles
La lumière du jour
Un soleil zébré
Des feuilles du potos
Qui rampent sur le sol
Et les palmes indolentes
Qui dessinent de longs cils
Féminins à la ville
Et lui font une beauté.

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2.

Venez
Venez au
Venez au Venezuela
Dont le nom murmure
Comme une fontaine
Dans la douceur du soir
Et l’ombre des ramures
Qu’une brise caresse
D’un baiser de rosée
Venezuela
Zézaiement d’un oiseau
Un colibri soudain
Bat des ailes
Et s’en va
Au milieu des fleurs
Venezuela
Souvenir de Venise
Un nom qui zinzinule
Insouciance des bulles
Dans un verre de soda
Dehors il se fait tard
Le soir qui descend
Lève ses voilures
Et sur le boulevard
Glissent les voitures
Passent les piétons
Dans la Grande Savane
A l’ombre des ramures
Dort l’anaconda
Sous le couvert
Inextricable et vert
Se cache un Jaguar
Pendant que loin de là
Paissent des silures
Dans la boue épaisse
D’un bain d’hydrocarbures.

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3.

C’est ici
Que venant de Valmy
Miranda planta
Le premier l’idée
de la République

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C’est ici qu’avec Bolivar
Est née la Grande Colombie
Le rêve de l’union
Des peuples d’Amérique

Et c’est ici
Qu’a ressuscité
La Révolution.

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Quand avorta
Son coup d’État,
Annonçant la fin des combats
À la télévision
Chavez déclara:
« Por ahora »

Car il savait que tôt ou tard
Sonnerait l’heure
De la révolution.

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4.

Ici
Sur les murs des masures
Des écoles
Des bibliothèques
Des ministères
Des garages, des entrepôts
Des théâtres, des magasins
Caracole le cheval de Bolivar

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Les vieilles maisons de toutes les couleurs
Les ponts, les voies rapides
Les centres de santé
Les jardins publics
Les barres d’immeubles
Des misiones vivienda
Et même les toits
De certaines banques
Portent le rouge béret
Du commandant Chavez.
Ce béret qui a donné le signal
De la rébellion
Est le fanion
De la révolution.

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Ce béret insolent
Comme un coquelicot
Qui se moque des saisons
Ce béret qui se redresse
Comme la crête d’un coq
orgueilleux et fanfaron
Est à certains insupportable
Car il chante à gorge déployée
Et sur tous les tons
Que voici venue l’heure
Du peuple travailleur
L’heure de la rébellion
L’heure du réveil du soleil populaire

Levé avant l’aube
Il chante, les ergots
Plantés dans le fumier
Confortable, humide et chaud

Des capitalistes
Et nul ne réussit
À le faire taire

Vous pouvez l’égorger
Il risque encore
Et encore de chanter.

Et moi qui, sur la tête,
Depuis longtemps
Arbore aussi
Une rouge casquette

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Je ne compte pas
De sitôt l’abandonner.

5.

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Déjà
Sur le campus de l’université
Entre béton et palmiers
En compagnie de Léger
Arp, Soto,
Villanueva,
(Là, sur ce campus
Où l’art abstrait atteint
Sa dimension pratique)
Le rêve de la Cité future
Avait ouvert les ailes,
À l’espace et la lumière
d’un nouvel horizon.

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Et nous n’en avons pas fini
Avec l’horizon…

« L’horizon, ligne imaginaire »
A écrit de nos jours un artiste suédois
Dans une salle d’exposition
Du Musée d’art contemporain.

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« L’horizon a la vie brève,
Ajoute un poète sceptique*.
La nuit,
Il disparaît. »

Il a raison.
Pour beaucoup
(poètes ou non),
Qui vivent dans la nuit,
Il n’y a pas d’horizon.

(Enfermés
dans un centre commercial,
pas non plus l’horizon).

Pour découvrir l’horizon
Il faut simplement
Se lever avec le jour
Et se mettre à marcher.

Bien sûr
Jamais nous ne l’atteignons
Mais c’est lui
Qui nous fait avancer.

6.

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Le téléphérique qui monte haut
Par dessus des tours
Et laisse
Tout en bas, dans la plaine
La ville moderne
Est une cigogne socialiste
qui emporte au milieu des airs
Dans un baluchon qu’elle tient fermement dans son bec
Les habitants des collines déshéritées
De San Augustin
Où arrivent à grand peine
L’eau
Et l’électricité.

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Au sommet
Les enfants
Et les adolescents
Qui ont déserté (pour l’instant
Du moins)
Les gangs
jouent pour nous du tambour
Et dansent comme des papillons.

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(La beauté
N’est pas la propriété
Privée des riches.
Mais la beauté
Est la richesse des pauvres.)

7.

Rio Cristal
À une heure de route de Caracas.

Ici pas de rivière
Et pas de cristal.

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Des montagnes vertes
Des routes défoncées
Des chemins bourbeux
Le bric-à-brac
D’un vieil atelier de mécanique
Et des baraques
Aux murs de briques
Inachevées
Amoncellement
De toits rouillés
tôle ondulée
rouge sang et gris.

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Le village pauvre
S’accroche à la montagne
Comme un enfant
maigre et somnolent
Aux flancs de sa mère.

Le seul or
Qui pousse par ici
Ce sont les petits soleils mats des mangues
Que gaulent des gamins
Avec leur perche de bambou.

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Et au milieu de ce fouillis
Humain et végétal
Une place nette
A été faite
Au soleil
Pour les bâtiments clairs
De la base sociale
Le bureau du médecin
Les installations sportives
Le local dédié aux activités
Artistiques, éducatives, culturelles
Et la lutte contre
L’analphabétisme.

Ici, la poésie, c’est la vie…
Mais la vie augmentée
De son rêve de beauté.

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Laissons pour aujourd’hui
Et pour demain
La parole à l’enfant de dix ans
L’enfant rêveur
Aux cheveux longs,
Et aux traits fins,
Qui devant ses camarades
Et les invités assis,
lit le poème qu’il a écrit
Et qui dit :

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« Dans la montagne
Il y a un chemin
Et moi je suis le chemin
Qui grimpe sur la montagne »…

                                                                       Caracas,  – 03/07/2016

 * Henrique Mayo

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Les photos sont de Patricia.

Une autre nuit

18 juin 2016

Ciel Bury

Une autre nuit

Cette nuit la lune voyageuse est entrée chez nous
Elle est passée par la croisée de la fenêtre
et a déposé.
son grand corps blanc sur le lit.

Cette croix pacifique de lumière
posée sur nos draps
ne nous gène pas…
Elle ne nous fait pas d’ombre.

Nous aussi, nous sommes habitués au voyage
mais ce soir
et beaucoup d’autres encore, j’espère,
nous dormirons ensemble
sous le regard de la lune
dans la chambre au plafond étoilé.

Sur la directive européenne en matière de nuages

14 juin 2016

Pour ceux qui n’entendent pas bien la vidéo. A revoir ici.

Sur la directive européenne en matière de nuages

Et les nuages… Qu’allons-nous faire des nuages ?
ils passent les frontières
sans papiers, sans autorisation
Violant notre espace aérien, ils se promènent dans notre ciel
comme si de rien n’était.
Ils se croient chez eux tout autour de la Terre
mais ils viennent de l’étranger
(d’ailleurs, les perturbations viennent toujours d’ailleurs)
et ils nous apportent la pluie.
(Un peu, me direz-vous, ce n’est pas mal
pour les jardins, les cultures, l’économie…
mais trop c’est trop…
En matière de nuages, aussi,
il faudrait imposer une politique d’immigration choisie.)
Tous ces nuages… Qu’allons-nous faire de ces nuages ?
Mettre en place un check-point, pour les filtrer ?
Les arrêter à la frontière ?
Les interner en camp de rétention ?
Les renvoyer chez eux ?
La plupart de ces nuages, apparemment, viendraient de la mer,
la mer qui s’évapore
car ça chauffe en divers coins de la Terre…
Mais si ça chauffe
ce n’est pas notre affaire !

– Justement, parlons un peu du soleil,
le fameux soleil d’or…
– Je vous vois venir, vous objectez :
« lui non plus, il n’est pas d’ici.
Lui aussi, à sa façon, c’est un étranger…
Mais vous le laissez passer,
vous le bénissez, vous l’adorez… »

Normal !…
En interne, comme à l’international,
notre loi,
c’est bien sûr :
deux poids,

deux mesures.

Le 31/05/2016

La Seine fait des siennes

14 juin 2016

crue paris


La Seine fait des siennes

Ce matin,
la Seine est sortie de son lit
Elle a inondé les berges
La voie rapide est submergée
Seul dépasse de l’eau

verte et boueuse
un panneau d’interdiction de s’arrêter
et sur le pont
le pont sous lequel les bateaux mouches
ne peuvent plus passer
les touristes s’arrêtent
pour le photographier…

Moi aussi, ce matin
je suis sorti de mon lit,
et personne n’y a fait allusion
ni à la radio ni à la télévision…

Bah…
Ne soyons pas jaloux ;
sans doute est-ce normal.
Quand un fleuve sort de son lit

l’événement n’est pas banal.
Mais quand tous les matins
nous faisons de même
pour nous rendre
(et parfois même nous livrer,
pieds et poings liés)
au bureau ou à l’atelier,
ça ne mérite pas
une ligne dans le journal.

Pour que l’ordre soit respecté 
chacun doit rester où il est :
les fleuves dans leur lit
tranquilles, à se la couler douce,
jusqu’à la mer…
Et les prolos,
les intellos
(qui parfois sont les mêmes)
au boulot !
(ou à l’Agence pour l’Emploi).

Il est vrai qu’un fleuve
quand il sort de son lit
peut faire pas mal de dégâts…
Alors qu’un travailleur
qui fait ses huit heures
(quelques fois moins
quelques fois plus)
sans se faire remarquer
au noir ou déclaré –
se contente d’être utile
comme un bon outil
sage et discipliné
qui fait tourner la machinerie
de la société.

Il fait son devoir
comme le chômeur
qui se lève aussi
pour lire les petites annonces,
et qui chaque soir
se dit, désespéré :
«  Faut pas que je renonce… »

L’événement,
le fait surprenant,
l’inattendu, le désarmant,
ce serait au contraire :
qu’ouvriers et ouvrières
employées et employés
étudiants et professeurs,
éboueurs et savants,
ingénieurs et infirmières
chauffeurs de bus ou du métro
programmeurs, chimistes et cheminots,
arpètes, chauffagistes
stylistes et poètes
esclaves et chômeurs,
un beau matin
décident en chœur
tous ensemble
de rester dans leur lit…

Voilà qui ferait du joli !

le 4/06/2016

Grève générale

29 mai 2016

feu

Grève générale

Ils ont mis le feu aux palettes et aux pneus
à l’entrée du dépôt de carburant
pour empêcher les camions de ravitailler les pompes.
« Ça va leur chauffer les fesses là-haut ! », s ‘exclame Jérôme
(Il ne pense ni au sexe des anges ni aux petits oiseaux).

La nuit est fraîche, le printemps est récalcitrant.
Sur le piquet de grève, ils sont plus de deux cents ;
La fournaise des colères réchauffe l’atmosphère.

Quand on ne les écoute pas, quand on ne veut pas les voir
quand ceux qui sont en haut refusent d’entendre ceux qui sont en bas
les travailleurs n’ont pas d’autre choix.

Les cheminots
qui tous les jours assurent les transports de millions de passagers
mettent les trains à l’arrêt…

Les dockers qui désengorgent les navires et les ports
laissent tout à quai…

Les électriciens qui veillent sur le feu nucléaire
lui disent de se taire…

Les ouvriers de la raffinerie qui délivrent d’habitude le sang noir
qui alimente tout le système circulatoire
du pays coupent le robinet…

Pour tout débloquer
les travailleurs n’ont pas d’autre choix
que bloquer tout.

Et voici que soudain tout le monde voit
ceux qui d’ordinaire sont invisibles,
ceux auxquels on ne fait pas attention,
ceux qui ne passent pas à la télévision.

C’est quand plus rien ne tourne
que chacun peut voir
grâce à qui la Terre tourne.

Dimanche 29 mai 2016

La verrière

28 mai 2016

verrière usine


La verrière

L’usine détruite laisse voir sous le ciel à nu
sa verrière où se reflètent les jours chômés ;
verrière abandonnée, hommes mis au rebut…
Les usines sont les cathédrales martyrisées
de l’âge de l’industrie.
Mais la classe ouvrière aujourd’hui crucifiée
sur le trepalium du marché mondial
demain ressuscitera
plus forte encore.

L’histoire des prélats et des maîtres
préfère ne rien savoir
de ceux qui ont œuvré dans le noir à leur gloire :
constructeurs de cathédrales et de palais,
serfs, paysans,
ouvriers,
peuples colonisés,
salariés, précaires
dont jamais ils n’ont pu se passer,
et dont ils ne se passent toujours pas,
prolétaires des quatre coins de la Terre
dont l’heure un jour viendra.

 

Même si le rêve en semble aujourd’hui impossible,
un jour viendra leur tour,
le jour où les lois de l’économie
seront pour tous transparentes comme la verrière
de l’atelier par où passe la lumière du soleil
qui tombait comme une bénédiction,
une brûlure ou un sourire fraternel,
sur le poste de travail,
la machine-outil, la fraiseuse et le tour
maintenant endormis…

Ce jour viendra
quand les prolétaires
venant des quatre coins de l’horizon
innombrables et transparents
comme les gouttes de pluie
glissant sur la verrière
formeront dans les rues de la ville
une seule rivière
et à leur tour licencieront
les lois sacro-saintes du marché.

 Poème figurant dans le recueil « Arsenal-Traces »,
(sur la fermeture de l’Arsenal de Tarbes)
publié par la Malle d’Aurore et René Trusses
avec des textes de vingt poètes
et des photos d’Ili Endewelt

 

L’oxalis

16 mai 2016

oxalis

L’oxalis

La petite fleur mauve de l’oxalis
envahit — pacifiquement
le territoire des pâquerettes.
Petite fleur des bordures
elle ne se laisse pas tenir en lisière.
c’est une fleur de liberté
qui essaime où ça lui plaît.
Modeste fleur du faux-trèfle
à quatre feuilles
du vrai porte-bonheur
elle n’a pas le label.
Mais elle est belle
et ça suffit
pour aujourd’hui
à mon bonheur.

16/V/2016

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