Poésie d’utilité publique

9 novembre 2008

Poésie d'utilité publique Francis-Medellin

Depuis toujours, je défends l’idée que la poésie, même si elle est une activité savante, n’est pas réservée par principe à un petit groupe de spécialistes. Elle naît de l’usage que les peuples font de leur langue. Elle ne vit que parce qu’elle est mise en commun. Écrire un poème, comme chanter, peindre ou cuisiner est une façon de partager son plaisir. Pour moi la poésie est une fabrique de bonheur, un transformateur électrique qui convertit nos sentiments et nos idées en énergie. Elle est une façon d’être de plain pied dans le réel, sans s’accommoder de l’état des choses. Elle est à la fois la conscience et l’utopie du monde. Parole intime, elle est d’utilité publique.

 


 

Richesse et pauvreté

17 juin 2018

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Comme je suis pauvre,
je ne peux t’offrir
que le monde entier.

*

Mieux vaut être un poète pauvre
qu’un pauvre poète

*

Notre richesse ?
Ce qui n’a pas de prix.

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Une ballade anglaise

19 mai 2018

Pour Andy et Nikki

usine mer

Le train Newcastle Middlesbrough longe la mer.
A l’horizon le ciel tire un voile de pluie
Comme les combinaisons très claires de nylon
Que les femmes portaient autrefois sous leur robe
(Cela ne se fait plus… C’est aujourd’hui vintage
Comme on dit outre-Manche sur les bords de la Seine)
Tu n’es plus dans le coup ou bien c’est un fantasme.
La mer qui apparaît et disparaît parfois
Au détour de la voie me semble d’un bleu cru
Presque même cruel et je comprends pourquoi
Il se dit que le bleu est une couleur froide
(Si ne le réchauffe une touche de jaune).
Accrochée aux barrières une peinture naïve
Vante les mérites touristiques du coin
Mais il n’y a pas foule ici pour s’arrêter
Sauf un couple de vieux qui retournent chez eux.
Le charbon et l’acier sont partis en voyage
Mais les gens sont restés, ils n’avaient pas le choix.

Usine

Sur le front de la mer, par delà les prairies
Où serpente inutile une rivière obscure
Une énorme grue démantèle une fabrique.
Les rues toutes semblables des cités ouvrières
Descendent vers le port. Chacun suit sa pente.
Le jour est au chômage ; il pointe au Job Center.

Oiseaux

Les pavillons de briques s’alignent côté à côté,
Dupliqués, identiques, solitaires, solidaires.
Les seuls traits distinctifs : les rideaux aux fenêtres…
En marge, prolifère l’anarchie sympathique
Des jardins ouvriers qui plantent le désordre.
Les filles dans la rue portent des cheveux verts,
Mauve, orangés, roses, jaunes ou violets,
Couleurs glace à l’eau, bonbons acidulés,
Comme un défi jeté au brouillard, à l’hiver.

Lord Byron

La casquette de cuir élégante et british
Que tu m’as achetée est fabriquée en Chine.
L’Ouest est devenu un bureau donneur d’ordres
Qui fait exécuter ses travaux loin d’ici,
Mais garde les profits. Une tête difforme
Presque privée de corps et qui n’a plus de mains,
Ou des mains désœuvrées que les chantiers désertent.

À chaque arrêt du train, le contrôleur descend
Puis il remonte et fait le tour des voyageurs
Qui se sont installés dans l’un des deux wagons.
D’un toit s’envolent des pigeons que nul ne contrôle,
Des pigeons voyageurs qui restent à demeure.

Pont

Dans le compartiment près de nous sont assises
Une handicapée mentale de trente-cinq ans
Sa mère qui l’accompagne et sans doute une amie.
Elle serre sur son sein deux oursons de peluche.
De temps en temps, elle en colle un contre la vitre,
Pour lui faire admirer la campagne qui passe.
Elle transporte avec elle le pays de l’enfance
Où les hommes et le sexe n’auront jamais de place.

Et chacun dans son coin tripotant son IPhone
Envoie des SMS à travers l’univers
Pour dire :  » Pense à moi… Aime-moi, car j’existe. »

cheveux anglais

                                                                                          Middlesbrough
                                                                                          Le 27 avril 2018

Gaza aujourd’hui

17 mai 2018

Le massacre par l’armée israélienne des manifestants
désarmés de la bande de Gaza rappelle un autre
massacre qui avait révolté les consciences,
celui de Sabra et Chatila.

A l’époque, j’avais rédigé un bref poème, qui avait
servi à une affiche.

 

Palestine

Chatila

Quand il reviendra
sourd de peine, de honte et de colère
sur la tête,
le Messie portera
le foulard des Feddayin.

Et, en 2004, reçu à Gaza par le poète palestinien
Ahmed Dahbour, aujourd’hui décédé, j’avais été
impressionné par les conditions de vie impossibles
faites aux habitants et par le courage de
la jeunesse estudiantine que j’avais rencontrée.

Je connais une prison nommée Gaza
                                                           pour Ahmed Dahbour

Dans Gaza sont prisonnières les gazelles

Les Palestiniens sont entassés entre la mer et le désert
parqués derrière des barbelés et des miradors

à Gaza les enfants ont beau courir dans les rues
au mépris du danger au milieu des voitures
ils ne voyagent pas

à Gaza les mulets qui tirent leurs carrioles
ont beau trottiner toute la journée
jamais ils ne s’évadent

à Gaza les voitures ont beau klaxonner
et se croiser en tous sens
jamais elles ne prennent le large

à Gaza les rêves des étudiants
ont beau pousser dans les livres
jamais ils ne fleurissent

à Gaza le sable à beau se soulever,
jamais il ne s’en va

et la mer elle-même,
avec ses poissons et son horizon
est en prison.
                                                                                              (in La Barque du pêcheur, éditions Al Manar)

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Trois poèmes de circonstance

9 mai 2018

                                                                  Avec une pensée pour Brecht


TV5 Monde

Maquillage

Avant l’émission de télé, on m’a poudré le nez,
tamponné les joues, estompé des rougeurs
effacé quelques rides
et l’ombre grise de la barbe sur la peau,
que je paraisse plus beau…
(D’ordinaire
nul ne s’occupe de moi comme ça).

Mais c’est ainsi que l’on fait
avec les gens qui passent à la télé.
Pour qu’ils passent bien,
il faut les maquiller.

C’est que le mensonge
ne peut pas être dit sans fard.

La vérité,
non plus,
d’ailleurs.

*

Le Théâtre de marionnettes

marionnettes
Devant le castelet, dans le jardin public
les enfants regardent le spectacle de marionnettes,
un Vaillant Chevalier, une Belle et un Dragon…
Il ne doit y avoir aucun doute dans l’assistance
sur qui sont les gentils et qui sont les méchants.
Le public horrifié pousse des cris ou applaudit
quand le chevalier frappe de son épée
le dragon soupçonné de pouvoir cracher du feu.
Avec sa croix d’attelle, le montreur, caché
manipule ses fantoches et c’est nous le public
qui dansons la gigue au bout de ses fils.

*

Une question sans réponse

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Il nous est souvent reproché,
à nous autres les marxistes, remarquait Brecht,
d’avoir réponse à tout.
Il faudrait donc, proposa-t-il,
établir une liste des questions
pour lesquelles nous n’avons pas de réponse.

En voici donc une :
« Jusqu’à quand
ce qui ne peut plus durer
peut-il encore durer ? »

(La réponse, évidemment,
appartient à tous).

*

Kang5

Dernières nouvelles des oiseaux

22 avril 2018

oiseau1

Dimanche de printemps – le soleil n’est pas au rendez-vous.
Mais nous, nous sommes venus, nous nous sommes rendus
au chevet de la Nature, pour prendre son pouls.
J’arpente le chemin au milieu des champs détrempés par la pluie.
Sur les talus, poussent les fleurs jaunes des coucous,
les très simples primula veris, les primevères officinales.
Ici ou là, j’aperçois quelques violettes.
(Par chance pour elles, elles ne sentent rien,
je vais donc les épargner).
Comme je proclamais mon intention de parler des oiseaux,
un ami m’a fait remarquer que je n’en faisais rien.
Alors, parlons un peu des oiseaux !
Je suis venu ici aussi pour prendre de leurs nouvelles.
La grande presse nous dit qu’ils se sont envolés
et que la campagne désormais se tait.
Mais aujourd’hui j’entends toute la campagne
qui résonne en stéréo du chant des oiseaux.
Une alouette lance sa trille, très haut dans le ciel, au-dessus de ma tête…
Je l’entends mais ne la vois pas.
A l’approche du hallier, le geai que je ne vois pas non plus
jette son cri d’alarme.
Il y a par ici des merles qui chantent bien avant l’aube
(comme en ville)
mais aussi des mésanges bleues, des rouges-gorges, des pinsons,
des poules faisanes, des pouillots, des pic verts,
des tourterelles de Turquie, des faucons, des coucous,
et plus tard dans la saison, des hirondelles.
(Sans oublier les pies et les corbeaux).
Et partout au printemps, les prés et les taillis
sont envahis du chant des passereaux…
Imbéciles ! Ils n’ont pas compris
que – comme nous – ils avaient disparu !
On les croyait muets,
et les voici qui s’en donnent à cœur joie…
Ces écervelés chantent à tue-tête
tout comme nous, pour le simple plaisir,
semble-t-il, de chanter.
A moins que ce soit pour prendre congé…
Ou peut-être que ces oiseaux font de la Résistance.
Modestes oiselets, camarades anonymes…`
Oiseau… le mot le plus bref de la langue française
qui comporte toutes ses voyelles,
sans lesquelles elle ne chanterait pas.
Et nous, si les oiseaux venaient à se taire,
pourrions-nous encore chanter ?
(Il nous faut prendre garde au petit peuple ailé.)
(le 8/IV/2018)

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Modeste demande

2 avril 2018

oiseau

Oui, je l’avoue,
j’en ai assez
(souvent)
d’écrire des poèmes contre la guerre,
le racisme,
l’exploitation,
l’injustice,
la destruction des hommes
et de la nature…
Je voudrais n’avoir à écrire
que sur les sujets
qui le méritent vraiment :
les femmes,
les enfants,
les fleurs,
les oiseaux…

Alors,
s’il vous plaît,
mes amis,
rendez-moi un petit service :
Débarrassez-nous
du capitalisme.

rose Bury

Appel d’air

19 mars 2018

Nelson fenetre

« Si on ouvre la porte
à tous les pauvres de la Terre
ça fera un appel d ‘air ».

« Enfin… »
se dit l’homme
accoudé à sa fenêtre
et qui a du mal à respirer.

La marche du cœur

25 février 2018

Mimosa

1
Allongé sur le lit de la chambre d’hôpital, j’écoute les rumeurs confuses de la circulation, le chuintement du bus qui s’arrête sous les fenêtres, les coups de klaxon et de freins,

Allongé sur le lit, chambre 19, à l’hôpital de la Roseraie, je suis moi-même une ville pleine de rumeurs et de bruits
Comme la ville à la limite de l’embolie, moi aussi j’ai des problèmes de circulation, des artères rétrécies, des risques d’embouteillages, des voies en chantier, des canalisations qu’il faut réparer…
La vie trépidante, la course permanente, le travail, le stress, l’appétit de vivre qui nous fait lever tôt, cet appétit de gros mangeur à dévorer des montagnes et qui est notre idée même du bonheur, cet appétit qui nous fait vivre est aussi ce qui nous tue.
Et il en va pour moi comme pour la ville et pour la Terre entière.
Mais, pour moi, ce n’est rien…
Passant par le bras, l’égoutier qui va descendre dans mes artères pour les dilater est chaussé de délicatesse et je sortirai, le cœur remis en état de marche.
Avant l’intervention, pour l’électrocardiogramme, l’infirmière me pose sur la poitrine, les bras, le bas-ventre une dizaine de patches qui me font autant de nouveaux tétons sur le corps me changeant ainsi en un mutant improbable, un chien de mer échoué sur la plage de mes draps, une déesse futuriste de la fécondité.
« Epilation gratuite garantie », plaisante l’infirmière quand il faut enlever les patches. (Voilà que je  partage l’expérience douloureuse de mes sœurs, les femmes).
Dans l’attente de la coro, allongé sur le lit de la chambre d’hôpital, je lis Ma sœur la vie, de Boris Pasternak
(La poésie, c’est la vie transfigurée, la vie à côté, comme entre parenthèses ; mais pas comme dans une chambre d’hôpital,
plutôt la vie désirée, la vie regardée par la fenêtre d’une chambre d’hôpital.
La poésie, c’est la vie rêvée, la sœur imaginaire de la vie.)

2
Pour toi, mon frère, la chose a été bien plus sérieuse.

La veille de Noël tu as eu un infarctus. Aux urgences, les médecins ont essayé de faire repartir ton cœur à coups d’électrochocs, mais il ne voulait rien savoir.
A peine redémarrait-il qu’il s’arrêtait…
Alors, ils t’ont dirigé dans la nuit vers l’hôpital Bichat où l’équipe qui t’a pris en charge
a décidé de tenter une transplantation.
Deux jours après, ils ont enlevé ton cœur et ils t’en ont mis un autre.
Le cœur  de qui ? Tu ne le sais pas. Tu ne le sauras jamais.
Un motard qui a fini sa course contre un rail de sécurité ?
Une jeune et belle femme dont le cœur était à prendre ?
Peu importe… Un cœur est un cœur… c’est une pompe cachée dans la nuit du corps, une pompe qui alimente toute la machinerie des organes, un moteur autonome et résistant
auquel en général on ne pense pas, un ouvrier tenace qui fait son boulot dans l’obscurité de la salle des machines, à fond de cale, et à qui on ne prête pas attention.
La seule chose qu’on lui demande, c’est de se faire oublier.
Étrange, le cœur… les chansons en sont pleines, les romans, les films, les poèmes en parlent tout le temps, mais dans la vie réelle, en temps ordinaire, le cœur, le vrai, on ne s’en occupe guère.
Et voilà qu’ils t’ont fait un échange standard, comme avec le moteur d’une voiture
(après avoir ouvert le capot de ta poitrine).
Ainsi, une fois encore, il est démontré que ce sont les hommes (et non pas leurs dieux ni leurs religieux) qui accomplissent les vrais miracles…
Et, si certains s’imaginent que l’humanité marche à reculons et de travers, comme les crabes,
ici, elle avance et elle progresse…
F Hop

3

Merci donc à ceux qui réparent tous les jours les cœurs,

Merci aux cardiologues, aux chirurgiennes et aux chirurgiens, aux infirmiers et infirmières, aux aides-soignantes et aux aides-soignants
qui vous prennent le pouls,
qui écoutent votre poitrine, comme l’Indien qui pose sa tête contre le sol pour guetter l’arrivée du train ou le tonnerre du volcan,
Merci à ceux qui scrutent les mouvements de votre cœur sur leurs écrans,
comme le paysan qui observe le ciel pour savoir s’il pleuvra, s’il y aura de l’orage et si les récoltes ne vont pas être détruites,
comme l’ouvrier, le technicien qui surveillent leurs machines de haute précision,
comme le matelot qui suit les bulletins météo pour savoir si la tempête menace ou guette sur le sonar les récifs et les bancs de poissons.
Merci à tous ceux qui vous piquent, vous explorent, vous réparent, avec leurs pilules, leurs ressorts, leurs lubrifiants, leurs valves…
Merci à ceux qui réparent tous les jours les cœurs.

4
La vitre de la chambre est bloquée. On peut à peine l’entrebaîller pour laisser passer un courant d’air.

(Peut-être est-elle fermée pour empêcher les patients se prenant pour des oiseaux de sauter par la fenêtre)…
La tête d’un grand marronnier arrive à la hauteur de ma chambre au deuxième étage.
Un marronnier en hiver. Nu. (Comme celui qui prend sa douche à la Bétadine et se prépare pour l’intervention).
Toutes ses feuilles sont tombées…
Seules de petites boules noires solitaires, des marrons, s’accrochent encore aux branches
(… Je ne leur donnerai pas tort).

5
Michel, mon frère, tu ne fumais pas, tu ne buvais pas, tu ne mangeais pas plus qu’un autre… Et aucun signe avant-coureur, aucun éclair dans le ciel, aucune douleur

ne t’avait alerté (ou tu n’y as pas pris garde).
« On ne mérite pas ce qui vous arrive », me dit le cardiologue avec sagesse.
(Aujourd’hui, on s’imagine volontiers pouvoir tout contrôler… A en croire les magazines, il suffirait de faire du sport, de vivre sainement et chacun serait responsable ou coupable de son état de santé)…
Mais le corps vous joue des tours.
Le corps a ses raisons ; il en fait à sa tête et n’obéit pas toujours à notre esprit
… souvent même, c’est lui qui commande…

6
Pourtant nous essayons de le dompter, ce cheval rétif !

C’est lui qui vous emporte le long de la grève, qui vous fait plonger dans l’écume et ressortir de l’eau.
C’est lui qui nous porte à l’amour, à la lutte et à la joie.
Nous le montons à cru, nous ne l’épargnons pas, nous le faisons courir et nous le maltraitons,
sous nous, ses flancs se couvrent de sueur.
Emportés dans notre course vers l’avant, nous nous retournons de temps en temps mais nous ne revenons jamais en arrière.
Et nous voudrions que la course ne s’arrête pas…

Rêvons-nous devenir immortels ?
Peut-être pas… l’immortalité, nous le savons, est d’un ennui mortel…
Et c’est le fait qu’existe une plage, un rivage inconnu où s’arrêter et se coucher, et ne savoir jamais à quel moment nous l’atteindrons, qui nous donne tant d’élan.
Non, nous ne sommes pas des apprentis-sorciers qui rêvent d’en finir pour toujours avec la mort, car nous savons qu’en finir avec la mort ce serait aussi en finir avec la vie,
avec le renouvellement des cellules, des corps et des esprits.

Même si, de temps en temps, il faut nous changer une pièce, nous ne rêvons pas de devenir des androïdes transhumains, à l’épreuve des balles, des aléas de la température, des émotions, des peines de cœur, des enthousiasmes et des nostalgies.
(L’iode qui m’envahit les veines me chauffe, de la gorge aux testicules).
Immobile, sur la table d’opération, le poignet tenu par du sparadrap, avec un cathéter d’un mètre vingt qui s’enfonce dans l’artère, sous anesthésie et sous perfusion,
je ne me prends pas pour le Christ,
attaché à sa croix qui a souffert sur Terre pour racheter nos péchés.
Nous, nous ne sommes pas ici pour racheter nos péchés.
(D’autres peuvent chanter la Passion… Mais à mes yeux, la souffrance qui est parfois nécessaire, n’est pas sainte.

Nous qui sommes à nous-même nos propres dieux
nous n’avons de cesse de faire reculer la souffrance et la mort
mais elles sont toujours là, à l’horizon de notre vie…
Non, nous ne rêvons pas de devenir éternels ;
nous sommes juste un moment, chacun, de l’éternité terrestre.
Mortels, nous sommes tous des enfants d’Orphée qui n’a pas voulu se résigner
et nous aimerions que cela dure encore un peu…

Nous voulons rester vivants jusqu’à la fin.

C’est la marche du cœur qui nous fait tenir, aimer et avancer.
marronniers

7
P
rise de sang

« Serrez le poing… prenez votre inspiration… je pique ! Voilà, vous pouvez relâcher votre main… »
« Votre inspiration », me dit l’infirmière…
Si chaque fois que j’essaye de trouver l’inspiration, je devais me faire piquer, cela refroidirait sans doute mes ardeurs d’écrivailleur !

8
Le brin de mimosa

Tu m’as apporté le printemps d’un brin de mimosa
odorant, fragile, solaire
qui fleurit en février.

9
La perfusion

Accrochée à la potence,
la perfusion plantée dans mon bras gauche distille goutte à goutte dans mes veines le sérum physiologique.
Tandis qu’au bout de mon bras droit, de mon stylo à ma page, lentement s’écoule le sang noir de l’encre.

(Echanges de fluides,
vases communicants)

10
La clémentine

Couché comme un Romain sur mon lit , je me fais un banquet
d’une clémentine que tu m’as laissée.
Ambassadrice, elle aussi, du soleil, de l’amour et de la vie.

11
La nuit

Je vais chercher les étoiles au fond de mon lit
et la ville qui ne dort pas, dehors se meut lentement
comme une méduse au fond d’un aquarium.
Les lumières découpées en lamelles par le store dans l’obscurité de ma chambre
projettent au plafond des ombres chinoises.

Difficile de trouver le sommeil, avec le halètement des camions, le chuintement des bus à l’arrêt sous les fenêtres, le moulin à café des vélomoteurs qui viennent jouer de la machine à coudre jusque sur mon oreiller…

12
Chant de l’ardeur matinale

S’éveiller le matin dans la chambre d’hôpital,
le sexe en érection qui tend le tissu du pyjama chinois.
Miracle ordinaire et banal de l’ardeur matinale
Le cycle des hormones masculines ne s’arrête pas
La vie reprend ses droits.

La ville aussi s’éveille…
C’est l’heure de s’y mettre
avec joie, avec cœur.
Le matin, pour chacun ce devrait être l’instant béni de faire ce qui vous chante,
aimer, cultiver son jardin, écrire un poème
cueillir le présent d’une perle de rosée…

Les hommes ont leur heure… Et les femmes ?
Les femmes ont-elles aussi leur heure à elles ?

Bien sûr, nous voudrions leur donner toutes les heures de la journée…

Mais s’il est une heure qui leur serait particulière
que ce soit celle de la soierie des soirées
que nous aimerions à leurs pieds comme une robe déposer et déplier.

Aubervilliers, La Roseraie
du 18 au 20 février 2018

Au Père Lachaise

10 février 2018

Pour Anne-Charlotte Savarit

Père Lachaise neige1

Un mégot sur la neige
Les voitures portent des bonnets blancs
Attention à ne pas glisser !

*

Vers le funérarium
les feuilles vernissées du magnolia
défient l’hiver

Magnolia Père Lachaise
*

Dans le ciel bleu et froid
tu ne voles plus ; toi
qui fus avec nous sur Terre

*

(Le cimetière est en blanc)
Sous la neige
l’herbe nouvelle attend.

*

Appolinaire neige

10/02/2018

Haïku de la neige en février

8 février 2018

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Premier contact
Quand elle tombe
dans les bras de la ville
la neige fond

Pas neige

Nuit blanche
La neige de février
éclaire la nuit
et me tient éveillé

condorcet neige

Chutes de neige
Il neige ! il neige !
La ville trempe
dans le sirop d’orgeat

route neige

Embouteillage
10 à l’heure, sur l’autoroute
Si tu freines, tu dérapes
(Même les grosses bagnoles !)

square neige

Square Stalingrad
Joyeuse guerre
pacifique. Boules de neige
Baisers glacés

square neige épaisseur

Miracle de la neige
Habillé de blanc
le moindre paysage
devient élégant

Pigeons neige 2

Tout est blanc
Neige sur la ville
Où les moineaux
se sont-ils cachés ?

Bury neige 2

Ciel bleu
Le soleil et la neige
(Amours éphémères)
Profitons-en !

route2 neige

Leçon de la neige
Piétinée
la pureté
se change en boue

Chinois neige

Matin de neige
Qu’est-ce que la poésie ?
Le monde, tel qu’il est
transfiguré

le 8/02/18

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