Poésie d’utilité publique

9 novembre 2008

Poésie d'utilité publique Francis-Medellin

Depuis toujours, je défends l’idée que la poésie, même si elle est une activité savante, n’est pas réservée par principe à un petit groupe de spécialistes. Elle naît de l’usage que les peuples font de leur langue. Elle ne vit que parce qu’elle est mise en commun. Écrire un poème, comme chanter, peindre ou cuisiner est une façon de partager son plaisir. Pour moi la poésie est une fabrique de bonheur, un transformateur électrique qui convertit nos sentiments et nos idées en énergie. Elle est une façon d’être de plain pied dans le réel, sans s’accommoder de l’état des choses. Elle est à la fois la conscience et l’utopie du monde. Parole intime, elle est d’utilité publique.

 


 

La femme de ménage et le Théâtre

13 novembre 2017

JR

Ce poème a été publié dans mon recueil La Ballade d’Aubervilliers en 2007.

 

La femme de ménage et le Théâtre

à Jack Ralite

Chaque jour, la femme de ménage vient balayer les planches du théâtre.
Parfois, elle assiste à la répétition… Mais revient-elle le soir
pour la représentation ?
L’auteur de pièces
tente lui aussi de faire le ménage
dans les coulisses de son propre cerveau
et sur la scène pas propre du monde.
Avec jubilation, il monte et démonte,
comme un jeu de construction,
le grand théâtre des conflits humains
sur cette Terre
où l’homme n’est pas toujours
un homme pour l’homme.
Sur scène, les acteurs, à leur tour, montent l’histoire
des grands et des brigands, l’histoire du peuple ;
ils montrent la mort et la vie d’un commis voyageur,
d’un roi, d’un soldat, d’une cantinière,
d’un juge et d’un enfant que se partagent deux mères ;
ils jouent la vie d’un homme de couleur et d’une femme de ménage…
Et dans la salle obscure,
ils maintiennent vive la lumière
dans l’attente que le peuple
et les femmes de ménage
à leur tour,
montent sur la scène.

Pierre Laurent – 1942

31 octobre 2017

Pierre Laurent – 1942
pour Ginette Laurent

Photos Anciennes Ginette 1 - Copie

Pierre Laurent et sa famille quelques mois avant sa mort.
Ginette, la maman de Patricia, est à gauche sur la photo.

Un poème sur le grand père de Patricia, ouvrier à Asnières. Tué par la police française pour fait de résistance en 1942.

Ouvrier en usine il aimait dessiner
Et faisait au fusain le portrait des enfants.
Il avait sur la porte d’une vieille armoire
Au burin dans le bois taillé des hirondelles…

Sa fille se souvient qu’il était musicien.
Ce grand gaillard fleur bleue tâtait de la chanson.
Il jouait dans son lit sur son accordéon
Parfois Cœur de cristal ou Reine de Musette…

(Le pays sous la botte avait perdu ses ailes
Et l’heure n’était plus guère aux bals ni aux chansons).
Alors Pierre, sur les murs, collait des papillons :
« Du pain pour les vieillards ! Du lait pour les enfants ! »

Un soir, les policiers ont serré son copain ;
Lui a pu s’échapper… Il est rentré chez lui
Et fait brûler ses tracts dans le poêle Godin.
Mais les flics ont rappliqué et l’ont embarqué.

D’après le témoignage d’une fille de joie,
Ils s’y sont mis à trois, dans le commissariat,
Pour le rouer de coups et l’ont laissé pour mort.
Puis il fut condamné à six mois de prison.

Mais la Santé n’a pas arrangé sa santé…
Il passait son temps à cracher des fleurs de sang
Et n’a quitté la prison que pour l’hôpital.
(Jamais il ne devait retourner près des siens).

Ouvrier aux mains d’or, pour le bois et le métal
Prolétaire résistant, tué par la police
Homme simple, Cœur de cristal et mains d’argent,
et pour tout mémorial, des fleurs rouge de sang.

Élégie pour le Che

16 octobre 2017

Close-Up Of Che Guevara


Élégie pour le Che

1
Le Che est réapparu chez moi
ainsi qu’au fin fond du Mexique
au Chili et au Nicaragua.
Sa photo est posée sur mon bureau
entre le globe terrestre
et la vieille machine à écrire
made in USA.
Le Che est venu s’installer chez moi
avec son regard de gamin rebelle
provocateur d’étincelles
et sa barbe d’adolescent
Et il sourit
malgré la fièvre et l’asthme
et les contradictions de l’histoire.
Le Che rit de bon cœur
heureux et pur comme un matin
quand l’eau du maté se met à bouillir
dans le camp des guérilleros
encerclé par la brume
Christ combattant d’implacable douceur
Étoile du Sud
Ange complètement terrestre
d’un amour sans pardon
Il fume le cigare
et les cendres qui tombent de sa barbe tropicale
malgré les pluies, malgré les années
mettent le feu à la montagne.

2
Sur le ciel bleu passé de la carte
l’Amérique du Sud
a un corps torturé de pendu
et des plaies ouvertes que lui laissent ses bourreaux
tombent des enfants-lumière.
Che est un enfant tombé sur cette terre
Et – après qu’il eût marché
par les chemins de la souffrance humaine
sur le dos du continent perclu –
l’enfant fugueur
a ramassé sa trousse de médecin
et il a pris les armes.

3
Dans la Sierra Maestra
du temps de la guerre révolutionnaire
(Ceci est tiré de la Légende dorée des Saints
sanglants parfois de la Révolution)
harcelés, les guérilleros traversent la montagne à marche forcée
Che
que l’asthme empêche d’avancer
dit à Fidel :
« Laisse-moi, je vais vous retarder »
mais Fidel refuse de l’entendre.

4
« La beauté n’est pas fâchée,
disais-tu,
avec la Révolution. »
5
Che,
camarade ministre
tu conduis un tracteur et tu joues
tu tiens à la main la machette
des combattants de la zafra
des guerilleros de la production
mais même la terre de Cuba
si légère
colle aux pieds
et le ciel se fait lourd.
« L’économie socialiste
dis-tu –
sans la morale communiste
ne m’intéresse pas ».
La route à peine ouverte
il te faut repartir.

6
Che
tu n’auras pas connu
la honte de vieillir
de prendre du ventre
de t’accommoder
des petits honneurs
et des grandes misères.
Tu n’auras pas connu
le goût cendré
de la résignation.

7
Trahi par ceux
pour qui tu combattais
tu t’es perdu
dans le froid et le vert
sur les chemins d’un pays austère
mais les errements
le désastre militaire
l’isolement et la défaite
dans la nuit de la terre
et dans le cœur obscur des peuples
comme par enchantement
se sont transformés
en source de lumière.

8
Che
tu es réapparu chez moi
et dans les rayons des supermarchés
sur les étals des magasins
sur les pochettes des CD
imprimé sur des T. Shirts
ou sur le chrome des zippos
nouvelle icône à vendre et à acheter
super produit gagnant
du grand concours de beauté
des martyrs et des révoltés.
Le capitalisme fait ventre
de toutes les rébellions
et se nourrit
même
de ce qui le détruit.
Che
tu es le rêve inguérissable
d’un monde sans rêve
et sans révolution
un rêve qui réveille au milieu du sommeil.

9
Comandante Che
ce soir
devant ma machine à écrire
un cigare aux lèvres
au milieu des plantes vertes
je me demande qui a dit :
« La Révolution est une bicyclette ;
si tu t’arrêtes
de pédaler
tu tombes. »

(publié dans Cause commune, éditions Le Temps des Cerises)

A demain

8 octobre 2017

affiche Lénine Coup de balais

A demain


Elle passe l’aspirateur

et avale un nuage.


Elle est bien partie

pour nettoyer le monde.

Rencontre

24 septembre 2017

M. et Mme


Rencontre

à Juliette

Un homme et une femme se croisent dans la rue.

L’un tient en laisse un petit nuage gris
qui reste au-dessus de lui
en position géostationnaire
et qui pleut sur sa tête.

L’autre, tire un soleil un peu fou
et joyeux
qui agite la queue.

Ils se saluent poliment
d’un signe de la tête…
Puis chacun s’en va
poursuivant son chemin dans la vie
moitié pleurs et pluie
moitié ris et souris.

Le poète est un communiste

12 septembre 2017

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Le poète est un communiste
à Olivier Mayer
 
Tout poète – même s’il l’ignore
et même s’il le refuse –
tout poète est un communiste.
Tout poète
partout et toujours
dit que le monde,
la terre et les mers,
les arbres, les oiseaux, les villes
et tout ce qu’elles contiennent,
même les palais, les Champs-Élysées,
les ponts sur la Seine,
le sourire des femmes,
de toutes les femmes
(même celles qui ne sont pas la tienne…
Mais en vérité, aucune n’est ta propriété)
et le sourire des enfants
et celui des hommes
et le regard des bêtes
tout,
la Terre entière,
le monde et ses saisons,
l’automne et ses richesses,
l’hiver et ses plaisirs,
le printemps, ses promesses,
l’été et ses moissons
tout est à nous.
tout ce que nous ne possédons pas,
par les pouvoirs que nous confèrent
l’imagination, la poésie
et le rêve nécessaire
de l’humanité,
tout nous appartient
et nous appartenons à tout.
Toute la vie sur Terre est notre affaire.
Tout nous parle et nous répondons de tout.
Tout est à nous.
et partout et toujours
tout
nous est à partager

Manif 12-09-17

Malgré…

3 septembre 2017

Lecture au Théâtre de la mer, pendant le festival de Sète, avant le spectacle de Paco Ibanez, 26 juillet 2017

cliquez ici

 

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Malgré…

Malgré la débâcle des banquises
et les écueils et les brisants
malgré les eaux glacées
malgré les congères et les tornades
malgré les dunes et les dos courbés
malgré les marais et les sables mouvants
dans les bureaux, les rues, les avenues
malgré les vents contraires et les orties
les buissons d’épineux  qui poussent dans nos cités
malgré les collines de l’espérance
toujours à escalader. Malgré la fatigue
et ceux qui voudraient nous décourager
nous franchirons le jour
en nous tenant la main.

La joie des autres est aussi la nôtre…

15 août 2017

élactic blog

 

La joie des autres est aussi la nôtre…

1.
Les enfants
attachés à des courroies élastiques
rebondissent sur le trampoline,
sautent haut dans les airs
et font des saltos arrières.
Ce jeu n’est pas pour toi,
mais tu partages leur joie.

élastique blog

2.
Tu as ôté sa laisse à la chienne
et elle court librement
sur la plage déserte.
Elle fait des bonds
et patauge dans les vagues…
Toi, tu ne pourrais pas
courir comme ça,
mais tu es content
de la voir qui s’en donne à cœur joie.

plage blog

3.
Dans la rue tu croises deux jeunes gens.
Ils sont beaux et amoureux
et s’embrassent tendrement.
Tu ne les connais pas
mais tu es heureux
de les voir heureux.
(Toi qui pourtant
d’être amoureux
n’a pas encore passé le temps).

Amoureux blog

le 13/08/17
(écrit dans la voiture pendant que tu faisais les courses)

La chanson des rivières de France

19 juillet 2017

Mon livre La France aux quatre vents vient de reparaître
dans une édition revue et augmentée.

Disponible au Temps des Cerises.

 

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LA CHANSON DES RIVIÈRES DE FRANCE

France la belle est parée
De fleuves et de cours d’eau
Mille rivières, un collier,
Une parure de joyaux
Paisibles et joviaux

Mille cours d’eau qui l’habillent
D’un pourpoint étincelant
Ruisselant et qui brille
Une rivière de diamants
Un don, un couronnement

Une aube soyeuse et sombre
Fraîcheur où le ciel se mire
Un miroir aux trésors d’ombre
Où les nuages s’admirent
Et les feux du jour chavirent

Elles ont des noms de chanson
L’Aron, l’Arnon, l’Armançon
L’Auron, l’Auzon, l’Anguison
Le Doron et le Cosson
L’Ecaillon et l’Echandon

Elles ont des noms d’échanson
L’Allondon et le Beuvron
L’Alagnon, le Sausseron

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Le Scardon, le Salleron
La Savoureuse, l’Alzon

Elégants noms d’alezans
Elles disent les prénoms de France
De ses amants élégants
L’Ance, l’Amance, l’Argens
L’Aumance, l’Armance et l’Auxance

Amants plus ou moins charmants
L’Avance, la Canse, la Durance
L’Augronne, la Dranse, la Furans
L’Apance, comme la Cousances
La Rance aussi, la Cuisance…

Les rivières font un collier
De tous les noms de la vie
Qu’ignorent les écoliers
La Vésubie, la Dourbie
La Voulzie, la Bénovie

De l’aurore à la vesprée
Elles sont nymphes et luronnes
Courent toutes nues par les prés
Charentone, Dronne, Gimone
Egvone, Maronne ou Lizonne

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Comme un orchestre de chambre
Harpes, flûtes ou clarines
Elles chantent de Creuse à Sambre

Colombine, Valserine
L’Aube, l’Aure, l’Albarine

Elles sont nobles ou bien pauvres
Et n’en ont nulle vergogne
Qu’elles se nomment Bièvre ou Vauvre
Seine, Saône ou bien Dordogne
Orge ou mortelle Vologne

Certaines ont des noms étranges
Venus d’histoires anciennes
Comme l’Ancolin, l’Ardour, l’Ange
L’Airain, le Vair, la Varenne
Doron de Beaufort, la Vienne

L’Arc, la Lanterne et la Mauldre
L’Arconce, l’Albe, l’Andelle
L’Agout, l’Ailette et la Sauldre
L’Arve, l’Arvan, et la Celle
La Meuse, la Deule, la Moselle

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Le Touch, le Var, la Tourmente
L’Oise, L’Oison, la Tortonne
La Muze, l’Allier, la Gartempe
La Bonne, la Bionne, la Bléone
La Borne, la Brame, la Boutonne

D’autres, des noms fort bizarres
Comme la Niche, l’Oze, l’Alzette
L’œil, le Piou, la Lys, le Bar
La Sioule, la Vis, la Nonette
L’Oignon, l’Ourse ou la Ouette

La Couarde, le Gland, la Fure
La Boivre, l’Aff, le Rognon
Le Merdereau et la Cure
L’Alène, l’Aire ou L’Orilhon
L’Allagnon, l’Ancre, l’Alzon

Il en est, de vraies couleuvres
Lentes, tranquilles, souveraines
Tout comme l’Ill ou La Souleuvre
L’Oise, le Cher, le Loing, l’Aisne
La Marne ou bien La Vilaine

Et d’autres qui courent, qui ruent
Et qui donnent de l’éperon
Des gaves, des torrents, des rus
La Save, le Luech, L’Estéron
Le Buëch, le Drac, le Gardon

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L’Auron, la Dive, la Douze
L’Auvézère, l’Isère, l’Arize
La Midouze, la Dadalouze
L’Automne, l’Arnon, l’Autize
Le Fier, le Nant, la Devise…

Mais quelle que soit la chanson
Qu’elles murmurent sur les galets
Quel que soit leur chant, leur nom
Les rivières font un collier
à la France de beauté

Leur chevelure vif argent
Glisse, s’écoule et s’étend
De ses épaules à son dos.
Les rivières font à la France
Le don de leur abondance
Et de leur douceur cadeau.

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Libre choix

11 juillet 2017

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Libre choix


Des vertes et des pas mûres,
des blettes et des pas fraîches,
des salées et des saumâtres
des tonnes, des pas bonnes
des poires d’angoisses, des porte-poisse
des purgatifs, des cagatoires
des torgnoles, des tartes,
des coups et des blessures
à se faire battre comme plâtre
si vous en voulez, si vous en revoulez
vous en aurez
et vous en re-n’aurez

Mais si d’aventure
vous préférez les cerises
rouges, juteuses, mûres
faites donc le mur
et venez faire
un p’tit tour chez nous.

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