Poésie d’utilité publique

9 novembre 2008

Poésie d'utilité publique Francis-Medellin

Depuis toujours, je défends l’idée que la poésie, même si elle est une activité savante, n’est pas réservée par principe à un petit groupe de spécialistes. Elle naît de l’usage que les peuples font de leur langue. Elle ne vit que parce qu’elle est mise en commun. Écrire un poème, comme chanter, peindre ou cuisiner est une façon de partager son plaisir. Pour moi la poésie est une fabrique de bonheur, un transformateur électrique qui convertit nos sentiments et nos idées en énergie. Elle est une façon d’être de plain pied dans le réel, sans s’accommoder de l’état des choses. Elle est à la fois la conscience et l’utopie du monde. Parole intime, elle est d’utilité publique.

 


 

Mea Culpa ? (N’y comptez pas.)

21 mai 2019

Pirate

Mea Culpa ?

(N’y comptez pas.)

Il me faut avouer toute honte bue
(La honte est pisse d’âne ou petite bière,
Ce n’est pas avec elle qu’on se désaltère)
Ce qui d’ordinaire en poésie est tu.
J’ai toute ma vie remué ciel et terre,
J’ai manié la truelle et me suis battu,
Souvent défait mais jamais vraiment vaincu
Pourtant je ne suis toujours pas millionnaire.
Les rafiots que j’ai mis à l’eau ont tenu
Mais jamais je n’ai fait au vrai des affaires…

– Mon pauvre, en affaires, il paraît que t’es nul
Poète, tu ne dois pas savoir compter
Si ce n’est sur tes doigts le nombre des pieds.
(Enfant tu étais très mauvais en calcul…
Il est tard aujourd’hui pour t’améliorer).
Tu n’as jamais su amasser de pécule
Miser de l’argent et le faire fructifier
En bons placements, en gens à exploiter.
Tu ignores tout de comment on spécule
Et tu t’es lancé sur les flots déchaînés
À la rame, avec ta barque de papier
Et tes frères d’aventure… C’est ridicule !

Poète, tu es un mauvais gestionnaire !
– Je sais… La faute est honteuse, même pire.
L’argent est de tout désormais le critère
Il est le seul dieu véritable sur Terre.
On juge à son aune les arts et les empires,
La valeur, le sport, les chanteurs, les carrières,
Le sens du travail, le succès littéraire…
La politique aussi se doit de servir
L’économie, c’est le règne des affaires
Et qui le refuse ici n’a rien à faire.
Au vrai, n’ayant pas cherché à m’enrichir
J’y suis parvenu… et dois m’en satisfaire.

Sébastien ne fut pas plus que moi criblé
Mais pour moi ce sont des flèches de papier :
PV, relances, lettres d’huissier, factures…
Attaché au poteau je reçois les traits
De leurs arbalètes, et étant sans armure
Si elles ne tuent pas, elles causent des blessures…
Or n’ayant jamais opté pour la tonsure
Ne comptez pas que je vante Pauvreté.
La pauvreté est un costume étriqué
Qui sérieusement vous gêne aux entournures ;
En elle il n’y a aucune sainteté.

Mais je vais répétant à qui veut l’entendre
« Poète pauvre vaut mieux que pauvre poète »
J’entends, qui n’a guère plus d’une idée en tête,
Sans inspiration, pâle et froid comme cendre
Privé de flamme… n’ayant plus que des lettres.
Vu du pas de ma porte, de ma fenêtre
Le poète pauvre est plus riche, à tout prendre !
Même si je dois, mes amis, reconnaître
Que la vie du commun n’est pas toujours tendre,
C’est de ce côté que le sort m’a fait naître
Et il est sans prix de n’être pas à vendre.

Francis Séb
(janvier-mai 2019)

Le pissenlit

25 avril 2019

pissenlit

Entre les cailloux

sur un sol déshérité

sans personne

pour s’occuper de lui

vaillamment

frêle

mais droit

jaune

tonitruant

né de mère inconnue

misérable

graine

à l’écart

estafette

avancée

d’un peuple

infini

répandu

sur la terre

à

l’avant-

garde

pousse

un

pissenlit.

pissenlit1

 

(Si les symptômes persistent, consultez un poète, Le Merle moqueur)

 

Ode sur ces choses que l’on perd…

14 avril 2019


casquette

Je ne sais pas si vous êtes comme moi
mais souvent, je perds des choses…
Et cela ne date pas d’hier.
(Quand cela a-t-il commencé ?
Il y a si longtemps que j’en ai perdu le souvenir…)
Enfant, déjà, je devais perdre des jouets ;
des petites voitures, mes billes, de temps en temps,
un bel ormeau nacré auquel je tenais,
une collection de timbres ou de pièces de monnaie…
Et parfois, comme tout le monde, j’ai pu perdre mon temps
(mais finalement, très peu…)
Plus tard, j’ai persévéré…
J’ai perdu de l’argent, souvent,
(mon porte-monnaie, des billets et ma carte bleue,
plusieurs fois, et pas seulement…)
Sans doute , cet argent que j’ai perdu
n’est pas perdu pour tout le monde…
Il y a aussi des stylos que j’ai perdus, plusieurs, auxquels je tenais,
des écharpes et des casquettes,
dans le métro, sur une banquette
ou sur le banc d’un jardin public…
Et des papiers aussi… Même des poèmes…
(« Pas une perte pour la poésie française… », diront certains.
Peut-être ceux-là perdent-ils une occasion de se taire,
car les poèmes qu’il m’est arrivé de lâcher par les rues
ne se sont pas perdus…
Ils se trouve toujours quelqu’un pour les recueillir.)

billes

Toutes ces choses que nous perdons nous apprennent
à ne pas trop nous attacher aux biens matériels.
Elles nous font plus légers.
(Et pour moi, qui ai pris du poids, ce n’est pas à mépriser).

Ces derniers temps, j’ai aussi perdu quelques amis,
des gens que j’aimais.
(Mais dans le grand panier dépareillé de ma mémoire,
eux non plus ne sont pas perdus ; je ne les perds pas de vue…
souvent même, ils réapparaissent).
Vivre, de toutes façons, c’est faire l’expérience de la perte.
Et cela risque bien de continuer
jusqu’à ce jour,
où à mon tour,
je me perdrai.

le 2 décembre 2018

Chanson de marche d’une vieille chaussure

31 mars 2019

vieilles chaussures

Ami, crois-moi, la chose est sûre
T’es rien qu’une vieille chaussure
Qui a beaucoup, beaucoup marché
Et dont la semelle est usée

Tu n’iras pas dans un musée
Ton sort est de finir jetée
(On te l’a dit – il faut y croire)
Dans les poubelles de l’Histoire

Ami, vois-tu, ce monde est dur
Pour nous autres, vieilles chaussures
Qui ont beaucoup, beaucoup servi
Et dont le cuir est avachi

Le cuir, pour sûr, mais pas le cœur
Qui bien que pas toujours vainqueur
Jamais n’aura démissionné
Jeté l’éponge, résigné.

Ami, les riches, les gavés
Volent au ciel et en voiture
Pendant que nous, vieilles chaussures
Vaillamment, battons le pavé

Tu auras connu des bonheurs
A défaut d’or, de gloire, de pompe
Et n’as pas eu le déshonneur
D’avoir jamais ciré des pompes

Ami, grolle, godasse usée
Allons en chœur manifester
Ensemble sous notre bannière
Et des grands botter le derrière !

Vieilles chaussures2

Cultiver la merveille

6 mars 2019

Födvar barque Fr+P

Je suis le chemin que je suis
dit un homme qui va.
Toujours sur le départ, toujours sur le retour
(Il n’est joie de partir
que pour qui reviendra).

Nous ne sommes pas candidats à l’exil
et n’avons nul lieu où choisir la liberté.
Nous n’avons pour l’instant qu’une seule planète
et pourtant, nous partons.

J’ai le souvenir d’une goélette peinte sur la chair pâle du bois
dans le cadre rond comme un hublot d’un nœud de platane
planté en bord de Seine, non loin du Louvre,
une goélette suspendue entre ciel et terre
une goélette qui ne prendra jamais la mer.
Mais elle est plus forte qu’un bateau, l’image du bateau
pour mettre le rêve à portée de main.
Et même si jamais je n’ai retrouvé l’arbre tatoué des quais de Seine
je sais que ce n’est pas un rêve.
Nous avions bu un chocolat chaud tout près de là en hiver
dans un café Grand siècle.
J’ai bien connu cette ville où les kiosques à musique,
sont silencieux
fréquentés seulement par des pigeons et des joueurs de boule
et désertés des musiciens.

J’ai aussi connu dans un autre pays un homme
qui mâchait du verre pilé et en faisait dans sa bouche comme une pâte verte.
(était-ce là aussi de la poésie ?)
C’était un soir au bord du Balaton
et à sa table chacun se pressait pour voir ce prodige.

Dans ce même pays qui avait nom Hongrie,
près d’un camping, j’ai souvenir d’un petit lac où nous faisions de la barque.
Tu y as perdu au fond de l’eau ta bague
et tu l’as oublié.

(Ou peut-être est-ce moi qui ai inventé ce souvenir… )

Ce poème est décousu comme l’est la mémoire,
beaux lambeaux de tissus
qui flottent dans le soir…
Bulles

La fée des Neiges touche du bout du doigt
l’astre terrestre, bulle de savon
abandonnée sur une branche de buisson
entre un parking de supermarché
et une déchetterie,
et la voici qui se couvre de cristaux.

Tu la prends dans la paume de ta main
et elle se met à chanter.

La merveille, c’est le réel
et son double rêvé,
l’un et l’autre recréés
par les mots du souvenir
et du désir mêlés.

Il y a dans Paris une Montgolfière
retenue par un filin au sol.
Mais les poèmes sont-ils des dirigeables ?
(J’ai souvent dirigé les miens ;
Parfois, je lâche leur fil qui se perd dans les airs…)

Je suis ce par quoi je chemine
et c’est du plus obscur que nous vient la clarté.

Comme un trousseau de clefs absentes qui s’inventent
déverrouillant les portes invisibles du vent
la poésie surgit de la métamorphose
incessante de vivre et d’aimer plus loin
qui nous porte plus haut
et nous fait avancer sur un chemin de pierre.

Nous voulons tout savoir, tout goûter, tout aimer
notre œil polymorphe ignore ses rebords
et de ne pas se voir ne le rend pas plus sage.

Le mot nous donne forme
et l’élan de chanter.

Nous avons fait l’expérience d’un amour agissant,
un amour qui tente d’élargir la cage du cœur
aux dimensions de la planète

Un amour qui invite la Terre entière
dans la cage oiselière du cœur
puis la pose à la fenêtre

Un amour qui se lève matin
et balaye
devant sa porte.

quai de seine

Pour un monde sans murs

24 février 2019

Éloge et condamnation des murs

Vive les murs qui soutiennent les toits
À bas les murs érigés en barrières
Vive les murs qui protègent du froid
À bas les murs qui servent de frontières
Vive les murs abritant des écoles
Et ceux des cours où courent des farandoles
À bas les murs couverts de barbelés
Faits pour barrer la voie aux réfugiés.
À bas les murs garnis de miradors
Vive les murs des chambres où l’on dort
À bas les murs qui font grandir la haine
Vive les ponts et les routes humaines
À bas les murs qui ouvrent des blessures
(Jamais les murs n’ont fait le monde sûr)
Vive les murs qu’éclairent des fenêtres
Vive les murs que le soleil pénètre
Les murs murant le monde murmurant
font de ce monde un champ de mines indigne
À bas les murs qui divisent les gens
Vive les murs où peut pousser la vigne.

Francis Combes

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Appel du Mouvement Poétique Mondial

Pour un monde sans murs

« Aujourd’hui, nous pouvons voir, à différents endroits sur la Terre (Amérique, Europe, Moyen-Orient, Inde …) que de nouveaux murs qui divisent les gens sont en train d’émerger. Murs de béton, murs de barbelés ou des murs plus invisibles mais très hauts construits par l’argent et les inégalités.
En tant que poètes participant au Mouvement Mondial de la Poésie, nous défendons un monde exempt de toute discrimination entre les peuples, de par leur couleur, leur identité nationale, leur statut social, leur sexe ou leurs croyances.
La poésie est un moyen de faire tomber les murs, les murs entre nous et les murs en nous.
C’est pourquoi nous appelons tous les poètes du monde à participer à la campagne internationale pour un monde sans murs et à organiser des événements dans leurs pays au cours du mois de février 2019 ».

le WPM (world poetry movement)
Mouvement mondial des poètes
La Crue poétique

La poule et le KFC

3 février 2019

Poule KFC


Mini fable

Devant le KFC se pavane une poule
Rêve-t-elle (« What a fool ! ») de s’y faire accepter ?
«  Il paraît, se dit-elle, que là-dedans c’est cool…
Les poules sont à l’honneur et elles se font dorer. »

Contrefable

La poule, face au KFC, plastronne
Elle défile, parade, fanfaronne.
« Unies, mes sœurs, demain nous ferons
Fermer ce camp d’extermination ! »

Te souviens-tu de ce jour vert ?

27 janvier 2019

Paris

Te souviens-tu de ce jour vert ?
Il pleuvait du soleil à verse
et la pluie nous illuminait.
Paris avait un goût d’averse,
un goût sauvage de rivière
d’amours débutantes, de pierre

jetée à la face du jour,
un goût de printemps pluvieux
avec tes cheveux dans les yeux,
comme un goût de baisers volés
pris sous la douche de la pluie
Nous avions trouvé un abri

dans le manteau sombre d’un porche
où nous nous étions embrassés
longuement, proches, très proches…
Paris avait le goût de l’eau
et sur la place le métro
faisait fleurir ses arabesques…

Plus tard, nous avons eu aussi
des jours d’orage, de vent, de pluie
des coups de tabac, des grains
qui nous trempèrent jusqu’aux os
mais de nos amours le rafiot
finalement n’a pas pris l’eau.

ombre Medellin

Justice populaire

7 janvier 2019

Justice

De France nous parviennent d’inquiétantes nouvelles,
(mauvaises pour l’image du pays et le chiffre d’affaires) :
des espèces de sans-culotte ont commencé à faire régner la Terreur.

Soupçonné d’avoir voulu réinstaurer la monarchie,
le président a été décapité en place publique
(du moins son effigie)
lors d’une représentation de théâtre amateur
qu’il n’ a apparemment pas appréciée.

Accusées de violence en réunion
pour avoir matraqué et gazé des citoyens en train de défiler pacifiquement,
avoir usé de flash-balls et de grenades offensives
et de ce fait provoqué de nombreuses blessures
(des yeux crevés et des mains arrachées),
les forces de l’ordre ont été désarmées
et il leur a été interdit d’approcher
à moins de deux cent mètres du moindre manifestant.

Pris en flagrant délit d’arbitraire, des juges et des procureurs
ont échappé de justesse à la prison ferme
mais ils ont écopé de peines avec sursis
assorties d’une interdiction de porter la robe et d’exercer,
en cas de récidive.

Enfin, les ministres et les élus de la majorité,
convaincus d’entente illicite avec les grands patrons,
et de délit d’initié avec les banquiers
en vue d’une prise illégale d’intérêt en faveur d’une minorité,
ont été contraints à la démission.

Plusieurs sanctions exemplaires ont été prononcées
à l’encontre de politiciens, de journalistes, d’experts et de financiers
condamnés à passer plusieurs nuits sur des ronds-points,
à s’installer dans des cités de banlieue,
à travailler en usine ou sur des chantiers
et à vivre pendant un minimum de six mois
avec le RSA.

(Mais, dans un geste d’apaisement,
il a été décidé qu’ils pourraient bénéficier
de la même prime de Noël
que les autres salariés).

De tels faits ne peuvent qu’effrayer les amis de la France,
pays de la douceur de vivre,
des Droits de l’Homme et de la Liberté.

Justice

L’homme de l’âge nucléaire

28 décembre 2018

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Je pense à toi dans la rade de Cherbourg
et à tes hanches pleines comme des flancs de sous-marin .
(Toutes les femmes ont des hanches, comme les violoncelles et les vaisseaux
et toutes les femmes sont des vaisseaux de haute mer).
Mais où sont passés les parapluies ?
Où sont les robes à fleurs  ?
Où sont les demoiselles ?
Et la ronde des desserts,
fraises des bois, guirlande des pompons de la marine
pour jeunes filles romantiques et solitaires que l’uniforme émeut ?
« Ah ! que la guerre était jolie »
quand la chantait Apollinaire …
Mais l’attrait du beau militaire n’est plus ce qu’il était;
même la moustache réglementaire a perdu de son attrait.
Dard noir dissimulé à l’extrémité de la presqu’île du Cotentin,
en cale sèche, dans un bassin de radoub de la rade de Cherbourg,
sommeille Le Redoutable.

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Après une longue carrière de voyageur paresseux sillonnant les mers à petite vitesse
sans autre but que la promenade,
après avoir, en onze ans de bons et loyaux services pour la France, la dissuasion nucléaire et la gloire du général De Gaulle,
fait plus de trois fois sous les flots la distance de la Terre à la lune,
il coule maintenant une retraite heureuse
à la Cité de la mer, énorme et noir
comme un gros cigare.
On dirait un requin de 128 mètres de long qui n’aurait ni bouche ni œil.
Avec la puissance de son réacteur, on pourrait fournir en électricité une ville de 100 000 habitants.
(à l’intérieur, un étroit boyau pour circuler et un enchevêtrement intestinal de tuyaux, de manettes de turbines et de manomètres).

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Dehors dans le ciel bleu glacial au-dessus de la Cité
de la mer, les mouettes poussent leur cri de sorcières…
Je pense à toi, dans la rade de Cherbourg,
toi que l’acier glacé des armes n’a jamais fait jouir et à tes hanches nocturnes et pacifiques de collines, tes hanches blanches incomparablement plus accueillantes que les hanches du Redoutable,
tes hanches qui ont donné le jour.
Il est un peu passé l’attrait du beau militaire
mais qui sait s’il ne reviendra pas, le sabre et le goupillon…
(Déjà le soir à la télévision vous pouvez vous payer Sainte Thérèse de Lisieux
pour 2, 50 euros, le ministre en visite aux armées le soir du réveillon et le pape en toute saison.)
Dans les aquariums de la Cité de la mer évoluent
lentement les étoiles de mer,
des méduses ombellifères, des hippocampes,
et des poissons des tropiques, des demoiselles saphir, des licornes, des poissons papillons, des chirurgiens voiliers,
des cochers solitaires, des nettoyeurs, des poissons soldats rouges, des marignans tachetés, des pois-sons coffres cornus, des poissons oiseaux
des bathyscaphes, des rémoras et des enfants…

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Si l’amour était au poste de commande
nous pourrions apprendre à devenir utiles …
Finie la carrière du Redoutable
et celle de ses frères : le Terrible, le Foudroyant, l’Indomptable, le Tonnant, l’Implacable…
Avec les trésors de la technique nous pourrions inventer des sous-marins puissants
capables d’explorer le fond des océans
et d’aller à la rencontre des 10 millions d’espèces inconnues qui vivent encore sous les eaux,
Nous pourrions créer des pouponnières au fond des mers pour nourrir toute l’humanité,
Nous pourrions dessaler l’océan et porter à boire au désert
ou, tout simplement, pour plaire aux petits et aux grands
sans autre but que la parade,
comme pour les sous-marins nucléaires qui dorment dans les rades,
nous inventerions des bateaux géants en forme
de sirène
avec des ventres de verre
pour visiter les mers…

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Voilà ce que nous pourrions faire
si nous en finissions avec les guerres…
Mais sans la fierté de son épée dressée, que reste-t-il à l’Homme ?
L’homme peut-il encore être homme
s’il n’est plus guerrier ?
L’homme n’a d’avenir que dans la femme…
mais il n’est pas la femme.
L’homme des âges nucléaires apprendra à dominer sa puissance.
Mais nous garderons le souvenir de notre passé de chasseurs,
notre enfance de guerriers, notre adolescence de chevaliers.
Nous garderons le goût du jeu, de la violence,
le goût viril du combat,
nous civiliserons notre antique passion de la joyeuse destruction
et la rendrons profitable.
Chevaliers de nos Dames,
nous garderons le goût de l’acte noble et inutile, de la parade, du dévouement et du tournoi d’Amour.

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