Poésie d’utilité publique

9 novembre 2008

Poésie d'utilité publique Francis-Medellin

Depuis toujours, je défends l’idée que la poésie, même si elle est une activité savante, n’est pas réservée par principe à un petit groupe de spécialistes. Elle naît de l’usage que les peuples font de leur langue. Elle ne vit que parce qu’elle est mise en commun. Écrire un poème, comme chanter, peindre ou cuisiner est une façon de partager son plaisir. Pour moi la poésie est une fabrique de bonheur, un transformateur électrique qui convertit nos sentiments et nos idées en énergie. Elle est une façon d’être de plain pied dans le réel, sans s’accommoder de l’état des choses. Elle est à la fois la conscience et l’utopie du monde. Parole intime, elle est d’utilité publique.

 


 

Gilets jaunes, jacquerie ou révolution

8 septembre 2019

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Francis Combes présentait ce soir sur TV5 Monde, le livre collectif qui vient de sortir « Gilets Jaunes, jacquerie ou révolution ».
A voir sur ce lien : https://www.youtube.com/watch?v=rL7crBd4k9w&feature=youtu.be

Sortie pour la fête de L’Humanité

Gilets jaunes, jacquerie ou révolution

Le mouvement des Gilets jaunes est certainement le mouvement social le plus long qui se soit jamais produit au cours de l’histoire de la France contemporaine. Même si de nombreuses références historiques s’expriment, en particulier à la Révolution française et aux Sans-culottes, c’est un mouvement qui présente des traits originaux et forts qui bousculent les images toutes faites, dans les médias, mais aussi dans le monde syndical et politique.

Jacquerie ? Révolte appelée à s’éteindre ? Mouvement populiste et démagogique ? Lutte populaire porteuse d’avancées sociales et démocratiques ? Révolution qui s’annonce ?
Ce livre réunit des témoignages de participants au mouvement. Ils aident à mieux comprendre la réalité de ce qui se passe et mettent à mal la caricature parfois faite des Gilets jaunes. Ouvrage collectif, il présente aussi des analyses, solidaires ou empreintes de sympathie, mais différentes, et parfois même contradictoires, produites « à chaud » par des historiens, des philosophes, des militants syndicaux ou politiques.

Les auteurs : Yves Vargas – Sonia – Badiaa Benjelloun – Réza Afchar Naderi – Laura Follezou – Michèle Riot-Sarcey – Laurent Thines – Cathy Jurado – Bruno Drweski – Gérard Bras – Yvon Quiniou – Norbert Lenoir – Stathis Kouvélakis – Stéphane Sirot – Richard Dethyre – Jean-Pierre Page – Christian Picquet – Alain Lipietz – Roland Hureaux – Georges Gastaud – Francis Combes – Jacques Lancier

Trois poèmes sur Ho Chi Minh

4 septembre 2019

trois poèmes de « Cause commune »,

à l’occasion du cinquantième anniversaire

de la disparition de Ho Chi Minh

 

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Le père Thu

« Des nuages, des monts,
Des monts et des nuages
Un fleuve en bas miroite… »
Au début de février 1941
Aï Quoc franchit la frontière à la borne 108
avec sa valise de rotin et sa machine à écrire.
Il s’installe dans une grotte à Pac-Bo
prend le pseudonyme de Père Thu
et commence à organiser la Résistance.
Chaque matin, il se rend à la source.
Un rocher lui sert de table
(il sait qu’il peut s’appuyer sur le pays
car le combat pour la libération sociale
passe par la libération nationale).
Il mange peu, mais de bon appétit
de la bouillie de maïs et des pousses de bambou,
reçoit des émissaires
et écrit des appels à l’union et à la rébellion.
« La vie d’un révolutionnaire
 est magnifique », écrit-il.

Dans ces moments heureux
ses poèmes sont des tracts.
(Pour la poésie, il a peu de temps
car tout son temps est pris
 par la poésie).

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Le tabouret d’Ho Chi Minh

à Nguyen Din Thi

Au Palais présidentiel
l’Oncle Ho préférait la maison du jardinier.
Pour travailler, il avait fait installer
près du lac, dans le parc du Palais présidentiel
un bureau de plein air protégé seulement
du soleil et de la pluie par un toit de paille
et près de son bureau, par terre,
il avait posé un tout petit tabouret.
(Lui qui faisait trembler
les tigres de fer du colonialisme).

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C’est là qu’il s’asseyait de temps en temps
pour bavarder avec les enfants
qui lui rendaient visite
et jouer avec eux.
« Est grand qui garde un cœur d’enfant. »
disait Meng Tseu.
(On pourrait dire aussi
« en se mettant à la hauteur des plus petits
les grands
se grandissent »).

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La bague
à Madeleine Riffaud
Le vent dans le ciel au-dessus des rizières
est un enfant qui pousse de son bâton
le buffle noir des nuages.
L’avion qui étincelait sous le soleil
et apportait la mort sur les paillottes
a été abattu par la jeune servante de la D.C.A.
Sur la photo, le soldat américain
(un grand diable blond
aux allures d’enfant bien nourri)
marche les mains sur la tête
devant une combattante, jeune et toute menue.
De partout surgissent en file indienne
de petits hommes en uniformes noirs
(comme des fourmis, dirait le soldat).
— Mais les fourmis ont parfois raison des aigles
et ce peuple a fait des miracles.
Dans la tôle d’aluminium du bombardier Phantom
des mains très fines
demain auront découpé un peigne et une bague.

Vietnamienne

 

et un inédit
(car nous avons toujours le Vietnam au cœur)…


26 Novembre 1967

Ce qui nous touche au plus près est parfois le plus loin…
C’est par solidarité que pour la première fois
Près de la Gare de l’Est, le long du Saint-Martin
J’ai battu le pavé, dans un ruissellement de jeunesse.

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Départ de lycéens d’Aubervilliers (du cercle Fabien-Thälmann de la Jeunesse communiste) à une manifestation pour la paix au Vietnam.

Nous défilions pour la paix et le peuple vietnamien.
Peut-on faire plus lointain ? Ils furent pourtant nos frères
Ces petits hommes verts, ou cette fille en noir
Nous étaient des images de courage et d’espoir.

Ils furent à nos côtés pendant bien des années
Nous les retrouvions dans des salles enfumées
À la Mutualité ou au Cirque d’hiver
Et faisions trépider les gradins sous nos pieds

Ils vécurent avec nous, simples de grandeur
Ils découpaient des peignes dans les B52
Ils creusaient des tunnels pour sauver la lumière,
Écrivaient sous les bombes des poèmes d’amour.

Ils montrèrent au monde ce qu’un peuple peut faire
Fort de la tendresse des peuples de la Terre.

 
Paix au Viet

Ballade pour une pomme trouvée

17 août 2019

Pommes

Pomme je suis, le ver en moi
Joyeusement fait son office
Et ce que, terrible, de moi
Ici je dis, parlant à tous,
Je pourrais de chacun le dire

Le soleil sur ma joue se joue
Au milieu des gouttes de pluie
Et puis s’en va s’en vient le vent…
Marchant dans l’herbe j’ai trouvé
Une pomme à moitié rongée

Pomme encore verte abandonnée
Qu’un coup de vent a fait tomber
Avant son heure de son pommier
Elle a pris un coup sur la joue
Etalée la pomme est talée

Mais d’un ver elle fait bien l’affaire
Qui creuse un tunnel dans sa chair
Quand d’autres en seraient dégoûtés
Certains la trouvent à leur goût
(Il en va de même pour nous)

La croisant je pense à ses sœurs
Luisantes, rondes, calibrées
Lisses, bien rouges, vertes, dorées
De la grande distribution,
Pauvres pommes conditionnées…

Ce sort nous sera épargné,
Nous sommes pommes qu’on délaisse
N’avons ni prix ni pedigree
Nul comice ne nous prima
On ne nous vend pas à la tonne

Puissions-nous pourtant mes chères sœurs
Pommes sauvages, acidulées
Trouver preneur… Moi, vif ou mort
J’espère avoir du goût encore
Pour qui voudrait croquer dedans.

 

Bal macabre en bord de Loire

5 août 2019

FRANCE-MISSING-INVESTIGATION-POLICE-ART-MUSIC

pour Steve

Les eaux qui s’en vont vers le lointain m’appellent…
Elles passent, elles s’enfuient effaçant  les histoires
Elles portent dans leurs flancs d’oublieuse mémoire
Les traces de nos vies,  les meurtres, les querelles.

Dans l’eau nocturne et trouble où nulle étoile ne veille
Un corps est retrouvé qui met fin au mystère
– Il met fin à l’attente, aux nuits de longue veille
(Mais le mystère n’a guère de place en cette affaire).

Ah ! Le fleuve est obscur, on dirait un tunnel
D’où jamais ne devait sortir la vérité.
– Mais n’allez pas chanter que la Loire est cruelle
Ou que c’est un effet de la fatalité.

Il n’avait pas rêvé prendre un bain de minuit.
Sa faute fut d’avoir fait la fête et dansé.
Jetés à l’eau les jeunes ne font plus de bruit
Et tant pis si certains ne savent pas nager !

Un corps est retrouvé au milieu des vasières…
Il a dû séjourner dans la nuit des lamproies
Des algues, des aloses… Involontaire proie,
Vivant en ville, des violences policières.

Si les eaux qui s’en vont se perdent dans l’estuaire
Peuvent-elles effacer le crime en bord de Loire ?
– Les eaux, les eaux, petit, n’ont aucune mémoire
Mais ceux qui étaient là refusent de se taire.

« Sur l’quai de Nantes, un bal y est donné
Non, non mon fils tu n’iras pas danser !
Tu vas danser et puis dans l’eau tu glisses…
Il y a danger car rôde la police.

Non, non, ma fille tu n’iras pas danser
Sous peine aussi de te faire noyer.
Il nous faut croire les autorités :
Voici le sort des enfants obstinés. »

Tournesols

2 août 2019

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(La compagnie des tournesols)

Plantés au beau milieu du champ de bataille.
Ils sont rayonnants.
Armée de tournesols en leur midi.
Innombrables, fiers et lumineux dans la clarté du jour
Ils portent sur la terre les armes du soleil
En rangs serrés, bataillons de la jeunesse ardente à qui tout est promesse
Ils ont pour eux l’espérance, la justice, l’avenir et le droit
Ils se lèvent dans la plaine et déferlent des collines
Ils se tiennent debout, droits et magnifiques
Ils décrètent leur clarté victorieuse sur la nuit et sur l’obscurité caverneuse du passé
Leur œil unique fixe le centre de l’été
Puis vient la fin de la saison
Ils ont bu du regard tant de soleil
que leur rétine en est brûlée,
leur œil immense a noirci,
leur cœur est lourd
et, quand le jour décline, ils courbent la tête,
disposés à donner le meilleur d’eux-mêmes,
mûrs pour la moisson,
prêts pour le passage de témoin
au sommet de la colline.

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Poèmes bretons

17 juillet 2019

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Une visite à Saint-Pol-Roux

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Nous sommes passés par Camaret
et avons vu de haut le port,
les bateaux, les magasins,
l’église en front de mer…
(Mais le curé, nenni
ni ses attributs,
ni sa tribu de filles
dont nous n’avons entrevu que des lettres qui brillent
sur des maillots, à la boutique aux souvenirs).

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Puis nous sommes montés vers la pointe de Penn-hir,
l’alignement des menhirs sur la lande
et, près du bord de la falaise,
le manoir détruit
du poète Saint-Pol-Roux,
le Magnifique,
qui se prenait pour un mage,
créateur d’images poétiques
Alambic idéoréaliste,
Adorateur de la religion du Tournesol,
Soleil sacré
de la Beauté et de la Vérité.

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Dans la nuit du 23 juin 1940,
un soldat allemand investit le manoir,
tua la gouvernante, blessa le poète et rudoya sa fille,
baptisée Divine.
Puis, il s’enfuit, effrayé par le chien de la maison.
Sa fille violentée, sa maison pillée, ses écrits éparpillés et déchirés,
le poète ne s’en remettra pas
et, quelques mois plus tard,
meurt de chagrin.

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Il n’aura pas vu, en août 44, les avions alliés
bombarder et incendier le manoir
dont ne restent que quelques pans de murs
et quatre tourelles.

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Saint-Pol-Roux, aujourd’hui, est bien oublié…
Pourtant peu de poètes laissent derrière eux
des ruines à visiter.

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Avant de repartir,
m’écartant de l’amas de pierres,
j’ai vu un jeune lapin
sortir d’un buisson de genêts,
hésiter… puis disparaître.

                 ****

Une chèvre

Une petite chèvre douce et blanche
est enfermée, solitaire, dans son enclos
et moi, avec ma canne et mon  chapeau,
j’ai quelque chose de M. Seguin.

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Je m’arrête et de loin
je lui fais : « Béééh… »
Complaisante, elle me répond : « Béééh… »
et cela dure un moment…
(Une sorte de dialogue,
plus que courtois,
complice).

Bien sûr, nous n’échangeons pas de grandes idées,
pas même vraiment de paroles,
mais nous communiquons
(comme on dit aujourd’hui).

Nous partageons quelque chose,
peut-être quelque chose d’important,
et, sans aucun doute
nous nous comprenons.

***

scarabée

Retournement du hanneton

En descendant vers la plage
j’ai rencontré un gros hanneton noir,
peut-être une lucane
renversée sur le dos
qui ne pouvait plus bouger.
Alors, je l’ai remise à l’endroit.

Peut-être dira-t-on
que j’ai agi humainement.
Mais l’enfant, sur la plage,
qui tue avec sa pelle des poux de plage
lui aussi, agit humainement.

(Nous qui pouvons détruire
nous pouvons protéger)

***

L’humanité mériterait bien
autant d’attention que les hannetons…
Mais  pour que l’immense majorité
ne reste pas sur le sable
et pour assurer notre salut commun
c’est la société entière
qu’il faudrait retourner
et remettre sur ses pieds.

le 14 /VII/2019
Kervigo

Le Planétariat

23 juin 2019

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à Jack Hirschman

 

Nous qui n’avons qu’une Terre
à tenir dans nos mains
une Terre à bercer
une Terre à soigner
une seule Terre
pour patrie
une Terre pour habiter
et se tenir debout
les uns avec les autres
Nous qui n’avons rien
que nos mains pour vivre
et notre esprit
Nous qui n’avons rien
que nos rêves d’amour
et nos nuits étoilées
Nous dont les ondes
électromagnétiques
parcourent le monde
à la vitesse de la lumière
Nous qui nous parlons
de bouche à oreille
par–dessus les frontières
Nous qui ne sommes rien
mais dont tout dépend
et même le destin
de la planète Terre
nous les nouveaux parias
nous, les ombres claires
nous les en-nombre, nous les plus nombreux
nous qui sommes le peuple-monde,
le peuple à-venir
nous voici, nous venons
hommes
femmes
enfants
Terriens
nous sommes
le Planétariat.

terre-globe

फ्रान्सिस कोम्बस् (फ्रान्स) (Sagesse traduit en népalais)

16 juin 2019

Mise en page 1

फ्रान्सिस कोम्बस् (फ्रान्स)
ज्ञान
किनकी
गुलाफको फूल मर्छ
के त्यसैले जीवन असङ्गत हो?
तर गुलाफको मृत्यु नै
गुलाफको बोटको जीवन हो।

(Traduit en népalais par Keshab Sigdel)

Sagesse

Alors
parce que la rose meurt
la vie serait absurde ?

Mais meurt la rose
et vit le rosier.

(in Si les symptômes persistent consultez un poète, Le Merle moqueur)

Wisdom

So,
because the rose dies
is life absurd?

But the death of the rose
is the life of the rosebush.

(traduit en anglais par Alan Dent, in If the Symptom Persist, Smokestack Books)

Keshab-Sigdel-photo

Et un poème de Keshab Sigdel traduit en français par Francis Combes :

La boutique à thé

Tous les matins, ils viennent
dans sa boutique
pour prendre une nouvelle tasse de thé.
Après en avoir déjà pris plusieurs
chez eux ou ailleurs.
Ici, il n’y a rien de spécial :
mais Mithila vaujau a le sens des convenances,
nécessaires dans les affaires.
Elle sourit indistinctement
à quiconque
entre dans sa boutique.
Sauf ces jours où
un habitué pique un journal
dans le salon de thé
et ressasse les nouvelles
sur la nocivité du gaz de schiste
ou la hausse du prix du sucre.

Ils viennent et ils parlent de leurs affaires,
le nouveau chef au bureau,
ou l’entrée des communistes au gouvernement.
Elle n’en n’a rien à faire de ces propos
mais elle les aime bien
car elle a le sens de l’étiquette
pour une commerçante :
aimer les choses
qui vous rapportent.

PS : vaujau en népalais signifie belle-sœur.

En ce jour d’anniversaire

31 mai 2019

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Aujourd’hui, trente-et-un mai,
c’est le jour de mon anniversaire.
(J’ai reçu pas mal de messages
envoyés de l’autre côté de la Terre
par des gens que j’aime).
Soixante-six ans…
l’âge enfin d’être peut-être sage.
Moi-même, j’ai du mal à y croire.
Malgré mes cheveux gris
et quelques dents que j’ai perdues
je me sens toujours
presqu’adolescent,
en tout cas
éternel apprenti du printemps.

Je marche toujours dans les rues,
porté par un sourire de femme
à peine entrevue,
ou le souvenir
d’un visage qui m’est cher…
Je suis toujours partisan
d’organiser des courants d’air,
toujours ouvert au vent,
toujours ému par les fleurs mauves du lilas
nostalgique et généreux
le lilas, ce bon compagnon
de notre voyage commun
sur cet astre terrestre.

Au fil de ces années,
j’aurais dispersé beaucoup de poèmes
(plus peut-être qu’il ne faut)
moi qui ne voulais écrire que ce qui serait vraiment nécessaire…
Mais sans doute pour moi étaient-ils nécessaires…
La question maintenant est de savoir
si quelques-uns
auront été utiles.

Vouloir faire la vie plus belle
est un rêve
mais la vie réelle
est aussi faite
de la matière des rêves.

Quand tu traverses la vie,
une casquette rouge sur la tête
tu ne dois pas compter
être couvert d’honneurs.

Alors, hier,
pendant que sur scène
lisait une jeune poète,
j’ai piqué dans la pelouse
un simple pissenlit,
modeste, éclatante fleur des pauvres
et me la suis mise,
en guise de décoration,
à la boutonnière.
Manière
à ma façon
d’adresser au soleil
un salut fraternel.

pissenlit

Montréal, le 31 mai 2019

Mea Culpa ? (N’y comptez pas.)

21 mai 2019

Pirate

Mea Culpa ?

(N’y comptez pas.)

Il me faut avouer toute honte bue
(La honte est pisse d’âne ou petite bière,
Ce n’est pas avec elle qu’on se désaltère)
Ce qui d’ordinaire en poésie est tu.
J’ai toute ma vie remué ciel et terre,
J’ai manié la truelle et me suis battu,
Souvent défait mais jamais vraiment vaincu
Pourtant je ne suis toujours pas millionnaire.
Les rafiots que j’ai mis à l’eau ont tenu
Mais jamais je n’ai fait au vrai des affaires…

– Mon pauvre, en affaires, il paraît que t’es nul
Poète, tu ne dois pas savoir compter
Si ce n’est sur tes doigts le nombre des pieds.
(Enfant tu étais très mauvais en calcul…
Il est tard aujourd’hui pour t’améliorer).
Tu n’as jamais su amasser de pécule
Miser de l’argent et le faire fructifier
En bons placements, en gens à exploiter.
Tu ignores tout de comment on spécule
Et tu t’es lancé sur les flots déchaînés
À la rame, avec ta barque de papier
Et tes frères d’aventure… C’est ridicule !

Poète, tu es un mauvais gestionnaire !
– Je sais… La faute est honteuse, même pire.
L’argent est de tout désormais le critère
Il est le seul dieu véritable sur Terre.
On juge à son aune les arts et les empires,
La valeur, le sport, les chanteurs, les carrières,
Le sens du travail, le succès littéraire…
La politique aussi se doit de servir
L’économie, c’est le règne des affaires
Et qui le refuse ici n’a rien à faire.
Au vrai, n’ayant pas cherché à m’enrichir
J’y suis parvenu… et dois m’en satisfaire.

Sébastien ne fut pas plus que moi criblé
Mais pour moi ce sont des flèches de papier :
PV, relances, lettres d’huissier, factures…
Attaché au poteau je reçois les traits
De leurs arbalètes, et étant sans armure
Si elles ne tuent pas, elles causent des blessures…
Or n’ayant jamais opté pour la tonsure
Ne comptez pas que je vante Pauvreté.
La pauvreté est un costume étriqué
Qui sérieusement vous gêne aux entournures ;
En elle il n’y a aucune sainteté.

Mais je vais répétant à qui veut l’entendre
« Poète pauvre vaut mieux que pauvre poète »
J’entends, qui n’a guère plus d’une idée en tête,
Sans inspiration, pâle et froid comme cendre
Privé de flamme… n’ayant plus que des lettres.
Vu du pas de ma porte, de ma fenêtre
Le poète pauvre est plus riche, à tout prendre !
Même si je dois, mes amis, reconnaître
Que la vie du commun n’est pas toujours tendre,
C’est de ce côté que le sort m’a fait naître
Et il est sans prix de n’être pas à vendre.

Francis Séb
(janvier-mai 2019)

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