Poésie d’utilité publique

9 novembre 2008

francisouverture.jpg

Depuis toujours, je défends l’idée que la poésie, même si elle est une activité savante, n’est pas réservée par principe à un petit groupe de spécialistes. Elle naît de l’usage que les peuples font de leur langue. Elle ne vit que parce qu’elle est mise en commun. Écrire un poème, comme chanter, peindre ou cuisiner est une façon de partager son plaisir. Pour moi la poésie est une fabrique de bonheur, un transformateur électrique qui convertit nos sentiments et nos idées en énergie. Elle est une façon d’être de plain pied dans le réel, sans s’accommoder de l’état des choses. Elle est à la fois la conscience et l’utopie du monde. Parole intime, elle est d’utilité publique.

 


Le Point du 17 novembre 2011

18 novembre 2011

franciscombes002.jpg
Dans Le Point Patrick Besson a fait un article sur Bernard Delvaille et sur mon recueil « L’aubépine ». Lire en cliquant ici.

Station de métro Saint-Amboise à Paris

14 novembre 2011

L’un de mes poèmes affiché par le Printemps des Poètes à la station du métro parisien Saint-Amboise.

 

pomestamboise12.jpg

 

pomestamboise21.jpg

L’Aubépine

5 octobre 2011

Un nouveau recueil de Francis Combes  vient de paraître

aux éditions Le préau des collines


L’Aubépine

Cent un sonnets pour un amour frondeur

Le livre sera présenté

le jeudi 20 Octobre 2011

à 18 heures

au préau des collines

145, bis avenue de Choisy
75013 Paris

Tous les amis sont conviés



Et voici, en avant première, quelques sonnets :

1

Il y a si longtemps qu’écrivent les poètes
Aubes, pastourelles, rondeaux, sonnets d’amour

À tant chanter l’amour à la fin c’est assez
Pensent certains, la chose est pour eux dépassée

Le lyrisme à leurs yeux est un type à descendre
À coller contre un mur pour s’en débarrasser

Mais il a la vie dure et il nous survivra
Et ceux-là qui l’enterrent seront vite oubliés

Ils peuvent toujours dire : « Défense d’afficher
En vers des sentiments ou des idées », qu’importe

L’amour, la poésie des interdits se fichent
Leurs vers depuis longtemps seront bouffés aux vers

Qu’il s’écrira toujours des poèmes d’amour
Car le désir toujours de ses cendres renaît.

p10000271.jpg

3

Tu as la main heureuse avec l’ordinateur
Tu appartiens au monde où vivent les objets

On disait autrefois des femmes qu’elles avaient
Des liens privilégiés avec les forces obscures

On les disait sorcières, magiciennes ou fées
Elles savent les secrets plutôt de la clarté.

Elles ont depuis longtemps l’usage de ce monde
Des outils familiers que s’inventent les hommes

De leurs pauvres mystères et de leurs grandes peurs
Elles savent avant tout le prix fort de la vie.

Par toi la terre est ferme et je marche dessus
Tu organises l’aube évidente des choses

Et parmi toutes celles qu’il m’advint de croiser
Tu m’es la plus terrestre et tu m’es la plus claire.

5

Il n’est pas si facile d’écrire sur l’amour
User de mots nouveaux pour dire l’ancienne chose

Ou avec d’anciens mots dire chose encore neuve
Pourtant telle est la loi d’aimer en poésie

Aimer est un miracle ordinaire et commun
Dont l’homme ni la femme jamais ne se déprennent

L’alphabet de nos gestes est à peu près le même
Mais sont presque infinies les phrases qu’ils composent

Et dans chaque poème se reforme le lien
Par quoi l’universel tient au particulier

Nous sommes si semblables et si divers aussi
Nous sommes si nombreux à nous penser uniques

Mais par le jeu d’amour nous devenons utiles
Ainsi chanter l’amour reste un jeu nécessaire.

10

Aimer, dit-on, c’est vivre d’illusion
Tout comme écrire un poème, une chanson

Chacun dans la rue porte un habit de rêves
Sans quoi il serait bien malheureux et nu

L’univers des images que nous enfantons
Nous entoure tel un halo, un corps astral

Et ce corps lumineux qui nous accompagne
Nous est aussi nécessaire que l’air

Enfant de Désir et Besoin réunis
Il est aussi réel que l’est notre Terre

Comme l’eau pour le poisson, l’air pour l’oiseau
Le courant de l’amour est notre élément

C’est vivre sans aimer qui n’est qu’illusion
(Amour nous produit et nous le produisons).

20.

La femme est dans l’homme, comme un rosier grimpant
L’architecture imaginaire de son futur

La femme est dans l’homme un rêve inachevé
Le souvenir d’une tendresse à conquérir

La femme est dans l’homme comme la part du fruit
Dont s’essaiment les graines au secret de la terre

La femme est dans l’homme la part de la douceur
Et celle de la plus terrestre intelligence

Car dans tout homme il y a une femme en puissance
L’image d’une statue prête à s’animer.

Et dans la femme ? Dans la femme il y a un homme
L’homme qu’elle invente et qui lui donne le jour.

L’homme et la femme, reflets inverses, dissemblables,
Sont l’un à l’autre la promesse du futur.

22.

J’ai grimpé dans la tête de ton cerisier
ses branches me faisaient comme une sphère céleste

et j’étais entouré par ses bras en arceaux
où s’accrochaient par milliers des planètes rouges

petites perles incarnat et translucides
comme autant de gouttes de sang clair et sucré

qui tiennent prisonnière la lumière du soleil.
(Ton cerisier est une galaxie heureuse).

Juché sur mon échelle, au milieu de ses feuilles
j’étais comme noyé dans une chevelure

mais je ne sombrais pas, je grimpais vers le ciel
et j’ai passé des heures à retirer, un à un,

du bout des doigts ses pendentifs écarlates
sans jamais parvenir à le déshabiller.

dsc61541.jpg

Chez Hugo à Guernesey

12 août 2011

dsc65031.jpg

La traversée

Sur le Victor Hugo nous traversons la Manche
Au départ de Diélette pour rejoindre Saint-Pierre
Dès la sortie du port il se met à tanguer
(Serait-ce donc ainsi la voie du paradis ?)

« Un poète est un monde enfermé dans un homme »
On nous a dérobé le grand air, les embruns
Nous sommes ballotés comme dans un manège
La mer a des vapeurs et le cœur se soulève

Marâtre sans douceur et sans égards pour nous
La mer brutalement secoue notre berceau
(Ainsi devait-elle faire déjà du temps d’Hugo…)
Elle qui est pourtant berceau de toute vie.

« Homme libre toujours tu chériras la mer »…
Pour Verlaine elle avait de verts reflets d’absinthe
Aujourd’hui, les temps changent, elle est d’un bleu pétrole ;
Et nous, poissons volants, nous rêvons de terre ferme.

L’histoire nous a aussi pas mal ballotés
Et de vomir devons souvent nous retenir
(Tant de petits poissons se font bouillir au bleu)…
Mais il fait un grand vent et le soleil nous suit.

le 10/08/2011

 

dsc65301.jpg

 

Hauteville House

Au jardin de Hugo poussent des agapanthes
Etait-ce ainsi déjà au temps de son exil ?
C’est un jardin tout en longueur
enserré par un mur qui domine la colline au-dessus de la mer,
on y trouve aussi des hortensias, des fleurs du pêcheur
des pommiers, des poiriers, un potager avec des tomates
et un grand chêne que le poète avait planté en l’honneur
des États Unis d’Europe.
(Le chêne se porte bien
l’Europe beaucoup moins)

dsc65371.jpg

Au jardin de Hugo poussent des agapanthes
et sur la façade de la maison blanche
l’escalier de secours qui monte en colimaçon vers le ciel
avec le soleil dessine une légère dentelle
« Pas mal, ce rocher fleuri pour un exil »,
se dit le visiteur qui ne fait que passer
(car ce jour-là, le ciel est évidemment bleu)
Hugo, lui, a bien cru que cette maison serait son tombeau
et, de son vivant, il s’en est fait un mausolée
où comme dans sa vision de l’humanité on monte
de l’ombre vers la lumière.
Il faut passer par les salles obscures de l’univers gothique
peuplées de symboles
pour grimper l’escalier, traverser la bibliothèque
et, accédant à la connaissance,
atteindre le palier de la clarté,
la vigie sur le toit formée de baies vitrées
où il écrivait, debout devant la mer,
avec à ses pieds un puits de lumière
pour éclairer les étages inférieurs…

dsc66011.jpg

Dans la maison de Hugo il y a
une horloge sans cadran ni aiguille
car le temps de l’exil
est un temps hors du temps.

Chassé de Bruxelles, puis de Jersey
c’est ici qu’il s’est réfugié
et devenant propriétaire
s’est mis à l’abri d’une nouvelle expulsion.
Et c’est ici sur ce balcon qu’il se postait tous les matins,
à moitié nu peut-être,
pour rassurer Juliette qui le guettait
dans la maison voisine sur la colline.

Dans le jardin de Hugo où poussent des agapanthes
un petit garçon de trois ans demande à son papa
« Où il est Victor Hugo ? »
« Il est sorti… » lui dit son père, pour le rassurer
(car aux enfants de trois ans on ne parle pas de mort).
La maison bien sûr est hantée par son fantôme ;
Mais ici, Hugo ne faisait pas tourner les tables.
(Il a arrêté quand son ami Jules Allix est devenu fou).
On ne l’entendra donc pas cogner contre les cloisons de bois.
Il pourrait pourtant donner de la voix et tonner.
Notre temps en effet ne vaut pas mieux que le sien
Nous avons-nous aussi un Napoléon très petit.
Et combien d’entre nous se sentent en exil
dans leur propre pays ?

Pourtant la roue du progrès,
sous laquelle tant de fleurs naissent
et tant de fleurs sont écrasées,
poursuit sa route
vers beaucoup d’ombre
ou un peu plus de lumière…
(Tout dépendra de ce que nous écrirons.)

Pendant ce temps, en dehors du temps,
au jardin de Hugo poussent les agapanthes
les fleurs de l’agapè, du plaisir de vivre et de l’amour
pour l’humanité.

le 12/08/2011

dsc66261.jpg

 

La Fête aux Buttes Chaumont

3 juillet 2011

julietteetledrapeau.jpg

La fête au Temps des Cerises

Le temps des cerises a pris rendez-vous avec l’été
Nous nous sommes posés comme une volée d’oiseaux
sur la pelouse des Buttes Chaumont
près du Rosa Bonheur.
Du haut de la colline, nous dominions Paris
dans la lumière du soir
(nous dominions mais n’écrasions personne
pas même les insectes qui s’ébattent sur le sol).
Nous avons déposé sur l’herbe nos grandes nappes rouges et noires
comme des drapeaux de pirates et de révolutionnaires,
quelques livres, quelques victuailles et quelques bouteilles.
Chacun a apporté ce qu’il voulait

            ce qu’il pouvait

                        et nous avons partagé.
(Car telle est notre idée du bonheur commun

                        dans la société future).
A notre Déjeuner sur l’herbe
il n’y avait pas de monsieur en costume

            ni de dame plantureuse et nue
mais un romancier

            un ingénieur

                        un postier

                                   un économiste égyptien
une électricienne

            une employée de bureau

                        une comptable
des retraités

                        et des étudiantes
un pique-assiette avec deux chiens
un amoureux perdu avec une rose fanée
un ou deux peintres sans chevalets
un physicien
en ébullition comme la cornue d’un chimiste
un chanteur et un guitariste
et des poètes
aussi nombreux que les bouteilles…
Nous avons dit des poèmes et bu
en l’honneur de Jean-Baptiste Clément
Omar Khayyam,
Li Taï Po,
Abu Nuwas,
Villon, Ronsard, Rimbaud, Verlaine, Apollinaire et Brecht…
Et nous avons chanté
« Juste, a dit le chanteur,

            car nous chantions ensemble ».
Des jeunes filles assises en rond
ont appris de nouvelles chansons
(qui sont d’anciens chants révolutionnaires)

                        parce que c’est de leur âge.
Puis nous les avons suivies
et avons repris leur chant

                        parce que c’est de notre âge.
Le pique-nique de notre brigade fraternelle
a connu un succès prometteur.
(Ce n’était pas un pique-nique géant

                        mais il deviendra grand…)
Il n’y a que toi qui manquais.

La prochaine fois,
                        tu viendras.
Nous nous allongerons côte à côté sur l’herbe
au sommet de la colline,
nous regarderons le soleil se coucher sur Paris
et
(puisque la poésie moderne
recycle les images du passé et leur redonne une jeunesse)
nous boirons
     à la coupe de nos lèvres
  dans la douceur du crépuscule
            la clarté mordorée du ciel
                          lentement
                                   comme un vieux rhum.

le 2 juillet 2011

rogerdanslalumirelafte.jpg

2 juin 2011

pommierla.jpg

 

le 15 juin prochain, à 19 heures, place du colonel Fabien, se tiendra une soirée d’hommage au poète Jacques Gaucheron, avec Jean-Pierre Siméon, Roger Bordier, Charles Dobzynski, René Trusses, Denis Pérus, Francis Combes. Poèmes, chants, musique, buffet et verre de l’amitié.

 

Le pommier du poète

pour Jacques Gaucheron

 

J’ai revu le pommier que tu avais planté
sans savoir si un jour tu en aurais les fruits
sur la hauteur
au-dessus de la Seine
où de tes mains
tu as bâti ta maison
Poète de la parole, de la pensée et du geste
tu l’avais planté là
pour succéder au pommier de plein vent
que tu as chanté
et qui est mort.
Tu l’as planté parce qu’il faut que tout continue,
la vie, les arbres,
et la parole buissonnante des hommes
toujours en quête du printemps.
Bien sûr
tu ne m’entends pas,
            même si toi tu nous parles
            et que nous t’écoutons
arrêté pour toujours sur le seuil de tes poèmes.
Tu ne m’entends pas mais je veux te dire
que ton pommier a belle allure.
Anne et toi, tout un plein jour, vous aviez creusé
dans l’obscur, la caillasse et l’humide
pour qu’il trouve ses aises
et qu’il puisse grandir sur la colline
            dans un rêve de clarté.
Je l’ai connu dans sa jeunesse
quand tu l’avais harnaché de cordages
haubané comme un voilier
pour qu’il prenne le large au-dessus de la Seine
Appareillé,
non pas comme une machine volante
pour monter dans les étoiles de la fantasmagorie
mais comme un arbre sur la Terre
pour que ses branches prennent la forme de l’accueil
l’aubaine de la main, doigts écartés, feuilles écarquillées
qui protège le regard de trop de lumière
car la maison doit être édifiée
l’enfant élevé
et l’arbre greffé et éduqué
pour faire la nature humaine.
(Beauté et liberté naissent dans les fers)

Ce pommier te va bien, Jacques,
homme des plaines, poète terrestre,
qui étais « à tu et à toi » avec l’arbre
qui se dresse à fleur de ciel…
Ce pommier te va bien,
qui se défie de l’exotisme à la beauté convulsive
mais travaille dans la patience de la sève
à l’explosion des floraisons.
Comme toi,
toujours inquiet de la germination invisible du futur.
(« le révolutionnaire,
- tu te souviens de ce que disait Marx -
doit entendre
l’herbe qui pousse… »)

Il te va bien, cet arbre, Jacques,
toi qui ne cultivais pas le mystère
mais l’émerveillement de vivre.
Appartenant à la grande famille des rosacées,
des pommiers, il en est de toute sorte…
Il en est même qui sont épineux.
Ce qui n’est pas le cas du tien.
(Mais toi, qui, avec une bande de compères
avait crée le club de l’épigramme
  tu pouvais, si tu voulais,  piquer.)
Ton pommier, Jacques, a le tronc droit et rugueux
(comme toi, qui pouvais aussi être rugueux parfois)
et il a comme toi maîtrise de la délicatesse.
Il médite dans le silence la plénitude du fruit
(qui « rondine » dans les vergers
disait l’ami Couté).
La pomme, une joue à embrasser
dans l’enjouement du poème,
chair laiteuse du bonheur,
monde rond à partager…
Bien sûr, c’aurait pu être un cerisier
que nous aurions, de temps en temps,
déshabillé ensemble de ses perles de sang.
Mais c’est un pommier
et ce n’est pas indifférent
car il y a une sagesse révolutionnaire du pommier :
Arbre de la connaissance,
le pommier qu’on nomme en latin « malus »,
            bel arbre du péché de se passer de dieu
            pour devenir enfin
hommes et femmes sur la Terre.
(L’image ancienne renouvelée enfin changée en bonne nouvelle)
La raison et le plaisir des sens
enfin réconciliés
dans ton poème
comme dans la pomme
qui n’est pas qu’un symbole.
(Pour être utile
et vivre en beauté
il suffit d’aimer
et c’est un long apprentissage)
Il te va bien, cet arbre à la tête frémissante
de pensées secrètes
qui fait front aux orages
Résistant
naturellement,
sans forfanterie
Arbre à contre-vent,
à contre-nuit
qui parle à voix basse
et connaît les mots de passe du printemps.
Arbre planté dans sa terre
mais accueillant à tous les vents migrateurs,
aux oiseaux de passage
et à leurs chants impertinents
patient même
avec leurs piaillements…
Il y a une sagesse du pommier, une leçon du pommier.
Même tordu et mutilé,
il se redresse vers la lumière ;
simple leçon de dignité,
l’art de se tenir droit
à quoi se résume parfois
le poème de la vie.
J’ai revu le pommier que tu avais planté
pensant peut-être n’en jamais voir les fruits
devant ta maison
où tu as bâti ton chant
à main d’homme
d’une truelle musicienne
légère comme une feuille…
Des fruits, avec Anne, tu en as cueilli quelques-uns…
Tu nous en as offerts…
Et s’il en est qui tombent dans l’herbe et qui pourrissent,
ne sois pas inquiet…
Bien des fruits que nous avons produits et voulions partager
n’ont pas trouvé preneur…
Bien des idées
ont été jetées comme de vieux trognons
dans le fossé, sur le bord du chemin…
Mais le pépin de la parole porte toujours promesse d’aube
et nous emporterons dans notre besace
les belles pommes
de ton pommier.

Francis Combes -- le 21/V/2011

 

Ferlinghetti

23 mai 2011

ferlinghetti1.jpg

Lawrence Ferlinghetti au Café Trieste à San Francisco

 

En relisant Ferlinghetti

Ce frère en poésie
est un distributeur de joie.
Il vend (gratuitement)
du côté de North Beach
ou de l’Embarcadero
des cornets de glace bleu ciel.

D’après les analyses spectro-chimiques
elles ne contiendraient
aucune substance hallucinogène
mais ceux qui la goûtent
s’en vont en gambadant
tout nus dans la rue
sans tenir compte des flics
des militaires et des curés.
Quant à sa barbe-à-papa
elle provient des touffes de nuages
que ce garnement de 90 ans
arrache de temps en temps
aux poils célestes du bon Dieu
et à ses anges gardiens.
Puis, heureux de son méfait,
il saute sur son vélo
et disparaît en pédalant
derrière les collines
de San Francisco.

le 11/5/2011

fclf.jpg

Lawrence Ferlinghetti, Ferruccio Brugnaro et Francis Combes au Trieste en juillet 2009.

La Ballade de Bobby Sands

8 mai 2011

Il y a trente ans, mourait Bobby Sands, républicain irlandais,

dans une prison de Mme Thatcher, au terme d’une grève

de la faim de 66 jours. Il avait 27 ans.Ce poème écrit

sur le moment a été chanté par Mireille Rivat.

Un extrait en cliquant ici.

 

bobby.jpg

Juste après deux heures dans la nuit son cœur s’est arrêté.
Alors soudain se fait un grand silence.
Les soldats de l’Empire
britannique se terrent
serrés les uns aux autres
dans leurs cercueils de fer.
Big Ben se tait.
St George la honte au front se retire.
À Westminster dans les salons
même les fauteuils font le dos rond.
La nuit d’Irlande se tient debout
derrière une momie nommée Thatcher ;
pour elle il est toujours cinq heures
elle boit son thé avec des gâteaux
secs trempés dans le sang.
Flottant sur le thé les yeux aveugles de Bobby Sands
sont du plus mauvais effet.
On croque en silence le petit doigt levé
des lambeaux de peau noircie.
l’Internationale des lâches
est invitée pour le goûter
mais les os, c’est dur à avaler.

Dans la rue, les enfants de Belfast
portent leurs cheveux verts
des jours de colère
leurs cheveux d’herbes folles qui conquièrent les collines
au-dessus de la mer
et dans leurs mains ils serrent
comme des grenades
des mottes de leur terre.

Mai 1981

Publié dans Cause Commune au Temps des Cerises, éditeurs

29 avril 2011

Ce qui change et ce qui ne change pas

Dans les pays arabes, les présidents à vie
sont bousculés par l’exigence universelle de démocratie.

Et en Angleterre, la royauté
fête son éternité.

(Bien sûr, cela n’a rien à voir…)

 

Le 29/IV/2011
Wedding Day de William et Kate

 

Pour la Libye, la Côte d’Ivoire
et les prochaines interventions…

La chose est bien connue :
nos missiles sont sans pareil,
ils protègent les civils.
Nos chasseurs bombardiers
quant à eux répandent la démocratie.
Et c’est à nous de choisir
les chefs d’État des pays étrangers.

 » Cette poésie n’est pas bien bonne »,
me dites-vous.

Vous avez sans doute raison…
Mais ces guerres-là,

non plus.

Le cerisier du Japon

14 avril 2011


cerisierjapon.jpg

J’ai fait la connaissance d’un cerisier du Japon,
(un sakura autrement nommé prunus serrulata),
planté sur la terrasse
au sommet de la Tour Périscope
avenue d’Italie
dans le treizième arrondissement.
Assis dans la salle de réception du dernier étage
nous sommes entourés de baies vitrées qui dominent Paris,
Paris qui se cache tout en bas
dans un brouillard gris et doré
comme si le monde entier
souffrait de cataracte.
A côté de nous, une piscine
à l’œil bleu et clair, dort,
transparente et tranquille,
sans une vague.
Nous sommes loin du tsunami,
loin du tremblement de terre
et de l’accident nucléaire…
Pendant la lecture de poésie,
je regarde le prunus à travers la vitre épaisse.
Ses branches lourdes de fleurs roses en grappes serrées,
que bousculent les bourrasques et les giboulées…
Le prunus tient bon
au milieu des courants d’air contraires, dans le vent des hauteurs.
Ambassadeur, malgré lui, d’un pays qu’il ne connaît pas.
Et je me dis, même si certains le nient,
que nous sommes bien sur le même bateau,
chahuté par la tempête.
La planète comme la barque de bois clair
que nous porte le serveur du restaurant de sushis
et nous,
qui nous serrons à bord.