Poésie d’utilité publique

9 novembre 2008

Poésie d'utilité publique Francis-Medellin

Depuis toujours, je défends l’idée que la poésie, même si elle est une activité savante, n’est pas réservée par principe à un petit groupe de spécialistes. Elle naît de l’usage que les peuples font de leur langue. Elle ne vit que parce qu’elle est mise en commun. Écrire un poème, comme chanter, peindre ou cuisiner est une façon de partager son plaisir. Pour moi la poésie est une fabrique de bonheur, un transformateur électrique qui convertit nos sentiments et nos idées en énergie. Elle est une façon d’être de plain pied dans le réel, sans s’accommoder de l’état des choses. Elle est à la fois la conscience et l’utopie du monde. Parole intime, elle est d’utilité publique.

 


 

La loro inquietudine, nostra speranza

1 avril 2020
Anna

Anna Lombardo avec Patricia à la manifestation pour sauver les retraites le 17 décembre 2019. De passage à Paris, elle nous avait rendu visite à la table que tenait Le Temps des Cerises sur le trajet de la manif.

 

Coloro che ci governano hanno ragione a essere inquieti
ché dal momento in cui la vita di tutti è a rischio
d’improvviso ciascuno si rende conto
che di loro noi potremmo fare a meno.

Sì, coloro che ci governano hanno ragione a essere inquieti
poiché dei politici, finanzieri, uomini d’affari,
amministratori, quadri superiori
che hanno sacrificato al profitto privato la convenienza della maggioranza,
dei loro esperti che non sanno niente, neppure tacere,
e dei loro giornalisti pappagalli
potremmo facilmente fare a meno.

Ma dei medici, infermieri, inservienti,
degli scienziati nei laboratori, pompieri, soccorritori, agenti di sicurezza, netturbini, spazzini, delle signore delle pulizie
negli uffici, nei negozi, nelle officine,
dei camionisti sulle strade, dei ferrovieri nelle stazioni, sui TGV,
dei fattorini, magazzinieri, delle cassiere dei supermercati,
dei fornai, delle fornaie, dei commercianti nei mercati,
degli operai nei cantieri e nelle fabbriche,
dei contadini nei campi,
degli elettricisti, postini, maestri, professori,
degli scrittori, artisti e cantanti
non possiamo fare a meno.
Sì, coloro che ci governano hanno ragione a essere inquieti
e la loro inquietudine dà a noi buona ragione di sperare.

Traduzione Gianluca Asmundo

Poème lu par Anna Lombardo, poète italienne de Venise :

 

 

 

La Dame de la Tour Eiffel

1 avril 2020

Le 31 mars 1889, était fêté la fin du chantier
de la Tour Eiffel pour l’exposition universelle
du 5 mai au 31 octobre 1889 et le centenaire
de la Révolution française.
Plus de 400 ouvriers y ont travaillé pendant deux ans.
Pour le centenaire de la Dame de Paris,
j’avais écrit ce poème,
accompagné d’une sérigraphie de François Féret.

IMG_0762

À François Féret
Pour l’avoir peinte et baptisée

Je sais ; ça n’est pas normal
ça pourrait même devenir inquiétant
mais je suis amoureux d’une demoiselle
plus âgée que moi
qui fête cette année
sa centième année
Elle est belle et s’appelle
« La Dame
de la Tour Eiffel »
Vous me direz :
C ‘est banal
Aujourd’hui tout le monde
– plus ou moins mais quand même –
aime
le cunéiforme fanal
C’est ainsi que les jours de brume
quand le ciel bougon avale
tout le deuxième étage
nous sommes quelques milliers
de veufs à travers la ville
qui errons l’âme en peine
le cœur en berne
inutiles
comme des mutilés
à scruter le front de Seine
en quête d’une apparition
IMG_0738

De temps en temps, nous levons la tête
Nous guettons sa silhouette
d’échassier farouche et maniéré
d’élégante nubile
de grande capricieuse
qui nous laisse en carafe
Nous l’aimons, la précieuse, la fragile
debout, les pattes écartées
Elle se penche, comme une girafe
pour boire
le soir
l’eau grise sous les ponts…
Depuis ce temps qu’elle veille sur nous et sur                              nos ponts
« Bergère Ô Tour Eiffel »
la crainte nous prendrait de la voir s’en aller
car les bergères à ce qu’on dit s’envolent
elles jouent les filles de l’air
et partent vers les villes
pour y vivre leur vie
Des fois, elles se marient
et finissent très tard
le soir au fond d’un bar
ou derrière un guichet
Et dans les froids alpages
plus personne jamais
n’entend parler
de celles
qui n’ont pas été sages

C’est qu’il ne faudrait pas
qu’elle se fasse la belle
Notre Dame
de la Tour Eiffel
Très Sainte Mère
et très vierge
et catin
Car – de vous à moi –
nous en avons besoin

Aux premiers jours, c’est vrai
on a poussé des cris
des hauts et des petits
Mais à force
on s’est habitué
à cette grande gigue
à cette vieille fille
effrontée qui nous fait
du gringue sur les quais
avec des mines
de ne pas y toucher
Oui, on s’est habitué
à ses grands airs
à son port de princesse
où ne s’attachent que les nuages
à son élégance
sa gorge immense
ses amygdales
son galbe, ses hanches
ses anses de métal
la douceur de ses courbes
et son corset d’acier
le porte-jarretelle
de ses jolies poutrelles
ses croisillons
ses hauts talons
sa dentelle de fer
et sa chair féminine
Ah ! mais qui sait vraiment
le sexe
de la Tour Eiffel
ses désirs, ses émois
et sa joie
Et les choses terribles
qu’elle murmure
à l’oreille de la ville
quand elle lui fait l’amour ?

Notre idole
est un être androgyne
Elle ouvre grand les cuisses
et pointe vers le ciel
elle le fore
et l’affole
et l’air
qui passe par ses trous
en est tout retourné
Mais elle s’offre
au moindre signe du soleil
à la moindre caresse
à l’amour d’un passant
à la tendresse
et prend dans ses filets
toute existence ailée passant à sa portée

Le malheur
le bonheur
se retrouvent captifs
dans la nasse verticale
de son beau regard
inverse qui se reflète
(miracle de la chambre noire)
dans les yeux de ceux
qui jettent
leur vie par-dessus bord
Les suicidés
qui en perdant le nord
ont perdu
leur étoile polaire
et tombent en poussière
quelque part dans la Voie lactée
entre la constellation consternée
de l’Ours mal léché
et celle, calculatrice,
du banquier glacé
qui inlassablement
compte et recompte
ses banquises

IMG_0748
(La femme du métro
assise en face de moi
porte le masque blanc
de l’Inconnue de la Seine)
mais elle
quand tout vacille
quand tout bascule et se défile
elle se tient
debout
plantée sur la ville
Elle est l’axe
qui passe
par la tangente de nos centres
le carré de l’hypoténuse
le milieu céleste de la circonférence terrestre
l’oblique de nos amours
la perpendiculaire
se nos corps allongés
entre nos draps, entre nos suaires
et qui dérivent à ses pieds
dans les flots pâles des jours à l’eau
Sous le pont des âmes
sous le front de l’alme
sous les monts des dames
sous le mont d’une dame
qu’on appelait Vénus
ou bien peut-être Diane…

Oh ! là, un peu de calme…
Jeune ami qui renâcles
résistons à l’ivresse
des mots en liesse !
Ce n’est pas un si grand miracle
que d’en pincer pour cette Dame
qui à son arc a tant de cordes
qu’à tous vents elle sème ses flèches

(Dans le café
deux femmes, à la table à côté
débattent des mérites comparés
de la Marie-Brizard et de la Suze-Cassis)

C’est vrai qu’en sa jeunesse,
poursuit mon contradicteur,
elle fut fort décriée
Mais ce temps est passé
Inutile d’en rajouter
Paris et elle se sont accommodés
et quand ils sortent dans la rue
bras dessous, bras dessus,
les gens peuvent penser
qu’ils sont ensemble
depuis une éternité…
La Tour Eiffel
ne porte pas d’ombrelle
Elle marche dans la rue
d’un bon pas, tête nue
Salière géante
si on la renverse
il en tombe
une pluie d’étincelles

En vérité, je vous le dis
elle a tout connu
l’Exposition universelle
les présidents du Conseil
les Affaires, les Colonies
Elle a bien connu
la Mata Hari
la belle espionne de Vittel
de son vrai nom Gertrude Zelle
qu’on a fusillée sans merci
Et d’autres dont les noms passent
le fantôme de Fantômas
les amateurs d’émotions fortes
les bricoleurs de parachute
et leurs chutes
mortelles
(l’un s’appelait Reichelt
il fut tailleur et Autrichien)
Elle a exercé
pas mal de métiers
a tourné pour le cinéma
et la publicité
Un certain Citroën
pour deux millions cinq cent mille francs
un jour s’est payé sur son ventre
son nom, en lettres de lumière
Elle a servi sous les deux guerres
Elle a été mobilisée
comme agent de liaison
(et des liaisons, elle en a eues
de plus ou moins fréquentables)
à la Libération
elle a servi de night-club
privé pour les soldats
de la US Army
Aujourd’hui son restaurant
où les huîtres pleurent dans un verre
de champagne
est fréquenté par d ‘autres étrangers
des touristes japonais
des hommes d’affaires américains
des femmes d’argent saoudiennes
et de petits soldats de plomb…
Quant à vous
les Espagnols d’Aubervilliers
les Africains d’Issy
les Parisiens d’ailleurs
les Chinois de Bercy
les Arabes d’à côté
les vrais enfants d’ici
qui jamais
là-haut
n’êtes montés
n jour
je vous inviterai.
Car pour l’instant, c’est vrai
ma Gente dame
la plus populaire des sept merveilles de la Cité
fréquente assez peu les banlieues
elle traîne plutôt dans la haute
mais elle est sortie du ruisseau
et reste proche du pavé
on dit qu’elle a fait le trottoir
elle porte une lanterne rouge
elle est la reine
du plus vaste des lupanars
la marraine esseulé
des filous et des anars
à l’heure mauve où Lupin s’enfuit
sur les quais de la Seine
elle fait le tapin

Elle a bon cœur
Les jours de semaine et de fête
elle accepte
de faire la courte échelle
aux petits et aux grands
qui la grimpent
pour monter au ciel

Quand les nuages se dissipent
au-dessus de Paris
(et les nuages aux rondeurs amoureuses
au-dessus de Paris
sont souvent dissipés)
certains prétendent avoir vu
à son sommet
deux grandes lèvres
outrageusement fardées
qui s’étalent sur le ciel
deux lèvres
ballon rouge dirigeable
pièce détachée
d’une poupée gonflable
de dimension atmosphérique
amarrée à la terre
par un filin d’acier

Des histoires ?
Elle en a eues sur son trottoir
On a voulu la démonter
On a voulu la faire sauter
On l’a vendue à la ferraille
mais elle s’en est toujours tirée
Elle a enjambé son époque toujours en avant                               du progrès
Les premiers mots qu’a balbutiés
la TSF, c’était elle
et la télé aussi
Aujourd’hui quand elle y songe
elle a lancé au monde
toutes ces années
tant de messages importants
et tant de banalités
que la tête lui résonne
que le crâne lui bourdonne
(Elle aurait bien besoin
de s’aérer
le troisième étage…

Elle aimerait parfois
s’en aller en voyage
Visiter ses copines
les chutes d’Igaçu
ou la Muraille de Chine)
Mais à part ce regret
tout va bien
À cent ans, elle a toujours
bon pied, bon œil
toutes ses dents
une santé de fer
(les radiologues n’en reviennent pas)
et des nerfs d’acier
Ces dernières années
pour ne pas s’empâter
elle a suivi un régime
Et a perdu ainsi
plusieurs tonnes de métal
(Elle tient beaucoup à sa réputation
de chef d’œuvre de légèreté)
elle reste jeune
et s’est offerte
il y a peu une beauté :
désormais, de la tête aux pieds
chaque nuit, elle est illuminée…

Pour demain
elle ne s’en fait pas
Elle sait
qu’elle sera dépassée
non qu’elle soit trop petite
Au contraire
parce que sa taille est un défi
mais elle s’en fiche
C’est ainsi que va la vie
elle reste belle
et folle
comme au premier jour
Elle reste le symbole
de la modernité
ce désir toujours
de jeter une jambe
plus en avant que l’autre
qui nous fit lancer
hier des cathédrales de métal
aujourd’hui des sondes spatiales
À chaque époque son avant-garde
Il y a toujours des idées
à gifler
des idées et des goûts
aux joues
trop grasses d’évidence
À chaque temps sa tache
Hier
la Tour éclatée de Delaunay
disait, dans tous ses états
le monde en mouvement
Aujourd’hui
à nous de rassembler
les pièces détachées
de la fusée humaine

La dame
de la Tour Eiffel
quant à elle
sur sa rampe de lancement
droite et fine
veille

Comme on dit
« Elle se pose là »
et s’y trouve bien

Et si elle a
une morale
C’est :
Être
et se dresser.

Commencé dans le métro,
poursuivi dans un café parisien,
rattrapé et achevé à la terrasse d’un Hôtel des Deux-Alpes
Le 23 févier 1989

IMG_0755

Leur inquiétude, notre espoir

31 mars 2020

Infirmières

Ceux qui nous gouvernent ont raison d’être inquiets
car au moment où la vie de tous est en danger
soudain chacun se rend compte
que d’eux nous pourrions nous passer.

Caissière

Oui, ceux qui nous gouvernent ont raison d’être inquiets
car des politiciens, des financiers, des hommes d’affaires,
des gestionnaires, des cadres supérieurs
qui ont sacrifié au profit privé les intérêts de la majorité,
de leurs experts qui ne savent rien, même pas se taire,
et de leurs journalistes perroquets
nous pourrions aisément nous passer.

eboueur

Mais des médecins, des infirmiers, des aides-soignants,
des savants dans les laboratoires,
des pompiers, des ambulanciers, des agents de sécurité, des éboueurs,
des balayeurs, des femmes de ménage dans les bureaux, les magasins, les ateliers,
des camionneurs sur les routes, des cheminots dans les gares, les TGV,
des livreurs, des manutentionnaires, des caissières des supermarchés,
des boulangers, des boulangères, des marchands sur les marchés,
des ouvriers sur les chantiers et dans les usines,
des paysans dans les champs,
des électriciens, des postiers, des instituteurs,  des professeurs,
des écrivains, des artistes et des chanteurs
nous ne pouvons pas nous passer.
Oui, ceux qui nous gouvernent ont raison d’être inquiets
et leur inquiétude nous est bonne raison d’espérer.

Révolution poings levés

le 31/03/2020

Souvenir des jours de terreur au patelin-Heine

25 mars 2020

Heinrich_Heine portrait 2

Souvenir des jours de terreur au patelin*

Nous, bourgmestre et sénateurs,
En vrais pères de la ville, nous adressons
À nos fidèles concitoyens de toutes les classes,
L’avis suivant :

Ce sont les étrangers, venus d’ailleurs,
Pour la plupart, qui parmi nous ont semé
L’esprit de rébellion. Pareils pécheurs,
Dieu soit loué ! sont rarement enfants du pays.

Ils sont aussi, pour la plupart, négateurs de Dieu ;
Celui qui se dresse contre son Dieu,
Finira, en renégat, par s’opposer
Aux autorités terrestres.

Obéir à l’autorité est
Le premier devoir du Juif et du Chrétien.
Chacun doit fermer boutique,
Dès la tombée du jour, qu’il soit Juif ou Chrétien.

Tout attroupement de plus de trois personnes
Doit se disperser.
Personne ne doit être vu
Dehors, la nuit, sans lumière.

Chacun doit déposer les armes
Dans la Maison des Guildes ;
De même les munitions de toutes sortes
Doivent être laissées au même endroit.

Celui qui sera trouvé  dans la rue à raisonner
Sera immédiatement fusillé.
Raisonner par gestes
Sera aussi sévèrement puni.

Faites confiance à vos magistrats
Qui défendent l’État avec affection et piété
Par une conduite clémente et pleine de sagesse ;
Ce qui vous vous signifie : Fermez-là !

Henri Heine

(in Henri Heine, le Tambour de la liberté,
traduit de l’allemand par Francis Combes,
Le Temps des Cerises, 2007)
*« Erinnerung aus Krähwinkels Schrekenstagen », in Gedichte 1853-1854.
(C’est le Sénat de Hambourg qui est visé).

Poème à la fenêtre

24 mars 2020

La Factorie, maison de poésie de Normandie, publie chaque jour la vidéo d’un poème jeté par la fenêtre dit par son auteur ou un acteur.

Vous pouvez retrouver le mien en cliquant ici.

Il est extrait de mon recueil paru en 2013, Si les symptômes persistent consultez un poète.

Souvenir de la Grande peste

20 mars 2020

peste2

Marseille a gardé souvenir de la Mort noire,
la Grande peste qui par un jour de novembre
de l’an 1347, arriva dans le port par bateau.
Marseille et toute la Provence ont longtemps gardé mémoire
de la Grande peste qu’on nomma la Mort noire.

peste bateau

On dit qu’elle débarqua avec les marins génois
puis qu’elle se répandit dans tout le Midi
par les bateaux, les canaux, les routes, les charriots,
qu’elle infesta l’Europe et fit des millions de morts,
la peste qui vint avec les rats et les bateaux génois.

peste mort

La Mort noire vint dit-on d’un port lointain de Crimée,
un port génois, que les Mongols avaient assiégé,
le port de Caffa – où, par dessus les murailles,
les Mongols auraient jeté des cadavres infestés.
Ainsi aurait voyagé la peste depuis les côtes de Crimée.

peste docteur

(Sans doute un des premiers cas de guerre bactériologique…)
Et rien, ni la fermeture des bains, ni la quarantaine
ni les bûchers, ni les prières, ni les exécutions
des juifs accusés d’avoir empoisonné les puits,
rien ne semblait arrêter la peste bubonique…

danseuse de saint guy

On vit à l’ombre hallucinée des clochers
la mort décharnée chevaucher, une faux en main,
sa carne efflanquée, pendant que la ronde macabre
emportait dans la danse de Saint-Guy, main dans la main,
au fond de l’abime, les vivants et  les cadavres.

peste procession

De Provence en Italie, innombrables ceux qui moururent,
qu’ils fussent riches ou pauvres, (pauvres surtout… car quelques-uns,
si j’en crois Boccace, purent, dans un jardin
loin de la ville attendre en devisant que la peste prît fin).
Mais ce fut la fin du monde pour tous ceux qui moururent…

Danse_macabre

… Et puis, après la fin du monde, se leva un jour nouveau.
Dans les campagnes où la forêt avait repris ses droits,
le servage disparut car les paysans se levèrent
la houe à la main pour réclamer leurs droits
… et sur le dos des collines les ailes des moulins tournèrent à nouveau.

moulin

journal de confinement 1

19 mars 2020

pissenlits

 

Le printemps a cogné à la vitre
Dans la pelouse les pissenlits clignent de l’œil
L’enfant qui n’a rien fait est consigné chez lui
Seuls les oiseaux échappent au confinement
La police court après deux jeunes
Et dans la ville déserte et silencieuse
On pourrait presqu’entendre le cri d’un sans abri.

Lettre d’amour, poste restante et Billet doux pour une amazone

8 mars 2020

Un de mes recueils de poèmes vient

de paraître à La Passe du Vent.

Lettres d’amour, poste restante

Il sera présenté dans le cadre du

Magnifique Printemps (programme)

organisé par l’Espace Pandora

à Lyon et dans les environs,

les 15 et 16 mars 2020.

 

Livres FC

 

Petit extrait pour le 8 mars :

Billet doux pour une amazone


Amazones

La connais-tu la légende des Amazones
qui se faisaient couper un sein
pour mieux tirer à l’arc
quand elles montaient à cheval ?
Toi, mon Amazone,
s’il te plaît,
ne fais pas comme elles.
je te préfère entière
et même avec deux seins
tes flèches
m’atteignent en plein cœur.

Écouter ici

 

La leçon des oiseaux migrateurs

16 février 2020

Oiseaux migr

L’hiver a oublié de passer par chez nous
Pissenlits, pâquerettes poussent en février
Et dans le ciel déjà les oiseaux migrateurs
Font le V victorieux du retour vers le nord

(Tant de douceur inquiète mais c’est peut-être à tort)

Les grues et les cigognes ne suivent pas un chef
On dit qu’elles se relaient pour affronter les vents
Chacune étant portée aux courants ascendants
Par le battement d’ailes du commun mouvement

Les oiseaux migrateurs ne suivent pas de chef
mais tous prennent appui sur l’appel d’air qu’ils font
côte à côte en volant affrontant tour à tour
dans les hauteurs la pression de la transparence

le plafond de verre qu’ils percent et traversent

(Ainsi de temps en temps, levant les yeux au ciel,
Il pourrait nous venir des idées pour la Terre…)

le 15/02/2020


oiseau migr

La Ballade de Bobby Sands

11 février 2020

Disque Bobby1

Le score du Sinn Fein nous rappelle un bien triste événement.

Comment ne pas penser à Bobby Sands, mort à 27 ans, après une grève de la faim de 66 jours dans la prison de Maze.

Il était membre de l’IRA provisoire et député à la Chambre des communes du Royaume-Uni du 9 avril au 5 mai 1981 (élu alors qu’il est en prison), date de sa mort. A sa demande de reconnaissance des prisonniers politiques, le premier ministre de l’époque, l’infâme Margaret Thatcher, déclarait : « Nous ne sommes pas prêts à accorder un statut spécial catégoriel pour certains groupes de gens accomplissant des peines en raison de leurs crimes ou délits. Un crime ou un délit est un crime ou un délit et seulement cela, ce n’est pas politique. » Honte à Thatcher qui l’a laissé mourir ainsi que ses camarades.

Le résultat du Sinn Fein aux élections sonne comme une belle revanche.

J’avais écrit une chanson en 1981 sur cette abomination : La Ballade de Bobby Sands. Une belle interprétation de Mireille Rivat.

Cliquer ici pour l’entendre


La Ballade de Bobby Sands

Juste après deux heures dans la nuit
son cœur s’est arrêté.
Alors soudain se fait un grand silence.
Les soldats de l’Empire
britannique se terrent
serrés les uns aux autres
dans leurs cercueils de fer.
Big Ben se tait.
St George la honte au front se retire.
À Westminster dans les salons
même les fauteuils font le dos rond.
La nuit d’Irlande se tient debout
derrière une momie nommée Thatcher ;
pour elle il est toujours cinq heures
elle boit son thé avec des gâteaux
secs trempés dans le sang.
Flottant sur le thé les yeux aveugles de Bobby Sands
sont du plus mauvais effet.
On croque en silence le petit doigt levé
des lambeaux de peau noircie.
l’Internationale des lâches
est invitée pour le goûter
mais les os, c’est dur à avaler.
Dans la rue, les enfants de Belfast
portent leurs cheveux verts
des jours de colère
leurs cheveux d’herbes folles qui conquièrent les collines
au-dessus de la mer
et dans leurs mains ils serrent
comme des grenades
des mottes de leur terre.

 
Huma

12345...31