Poésie d’utilité publique

9 novembre 2008

Poésie d'utilité publique Francis-Medellin

Depuis toujours, je défends l’idée que la poésie, même si elle est une activité savante, n’est pas réservée par principe à un petit groupe de spécialistes. Elle naît de l’usage que les peuples font de leur langue. Elle ne vit que parce qu’elle est mise en commun. Écrire un poème, comme chanter, peindre ou cuisiner est une façon de partager son plaisir. Pour moi la poésie est une fabrique de bonheur, un transformateur électrique qui convertit nos sentiments et nos idées en énergie. Elle est une façon d’être de plain pied dans le réel, sans s’accommoder de l’état des choses. Elle est à la fois la conscience et l’utopie du monde. Parole intime, elle est d’utilité publique.

 


 

Modeste demande

2 avril 2018

oiseau

Oui, je l’avoue,
j’en ai assez
(souvent)
d’écrire des poèmes contre la guerre,
le racisme,
l’exploitation,
l’injustice,
la destruction des hommes
et de la nature…
Je voudrais n’avoir à écrire
que sur les sujets
qui le méritent vraiment :
les femmes,
les enfants,
les fleurs,
les oiseaux…

Alors,
s’il vous plaît,
mes amis,
rendez-moi un petit service :
Débarrassez-nous
du capitalisme.

rose Bury

Appel d’air

19 mars 2018

Nelson fenetre

« Si on ouvre la porte
à tous les pauvres de la Terre
ça fera un appel d ‘air ».

« Enfin… »
se dit l’homme
accoudé à sa fenêtre
et qui a du mal à respirer.

La marche du cœur

25 février 2018

Mimosa

1
Allongé sur le lit de la chambre d’hôpital, j’écoute les rumeurs confuses de la circulation, le chuintement du bus qui s’arrête sous les fenêtres, les coups de klaxon et de freins,

Allongé sur le lit, chambre 19, à l’hôpital de la Roseraie, je suis moi-même une ville pleine de rumeurs et de bruits
Comme la ville à la limite de l’embolie, moi aussi j’ai des problèmes de circulation, des artères rétrécies, des risques d’embouteillages, des voies en chantier, des canalisations qu’il faut réparer…
La vie trépidante, la course permanente, le travail, le stress, l’appétit de vivre qui nous fait lever tôt, cet appétit de gros mangeur à dévorer des montagnes et qui est notre idée même du bonheur, cet appétit qui nous fait vivre est aussi ce qui nous tue.
Et il en va pour moi comme pour la ville et pour la Terre entière.
Mais, pour moi, ce n’est rien…
Passant par le bras, l’égoutier qui va descendre dans mes artères pour les dilater est chaussé de délicatesse et je sortirai, le cœur remis en état de marche.
Avant l’intervention, pour l’électrocardiogramme, l’infirmière me pose sur la poitrine, les bras, le bas-ventre une dizaine de patches qui me font autant de nouveaux tétons sur le corps me changeant ainsi en un mutant improbable, un chien de mer échoué sur la plage de mes draps, une déesse futuriste de la fécondité.
« Epilation gratuite garantie », plaisante l’infirmière quand il faut enlever les patches. (Voilà que je  partage l’expérience douloureuse de mes sœurs, les femmes).
Dans l’attente de la coro, allongé sur le lit de la chambre d’hôpital, je lis Ma sœur la vie, de Boris Pasternak
(La poésie, c’est la vie transfigurée, la vie à côté, comme entre parenthèses ; mais pas comme dans une chambre d’hôpital,
plutôt la vie désirée, la vie regardée par la fenêtre d’une chambre d’hôpital.
La poésie, c’est la vie rêvée, la sœur imaginaire de la vie.)

2
Pour toi, mon frère, la chose a été bien plus sérieuse.

La veille de Noël tu as eu un infarctus. Aux urgences, les médecins ont essayé de faire repartir ton cœur à coups d’électrochocs, mais il ne voulait rien savoir.
A peine redémarrait-il qu’il s’arrêtait…
Alors, ils t’ont dirigé dans la nuit vers l’hôpital Bichat où l’équipe qui t’a pris en charge
a décidé de tenter une transplantation.
Deux jours après, ils ont enlevé ton cœur et ils t’en ont mis un autre.
Le cœur  de qui ? Tu ne le sais pas. Tu ne le sauras jamais.
Un motard qui a fini sa course contre un rail de sécurité ?
Une jeune et belle femme dont le cœur était à prendre ?
Peu importe… Un cœur est un cœur… c’est une pompe cachée dans la nuit du corps, une pompe qui alimente toute la machinerie des organes, un moteur autonome et résistant
auquel en général on ne pense pas, un ouvrier tenace qui fait son boulot dans l’obscurité de la salle des machines, à fond de cale, et à qui on ne prête pas attention.
La seule chose qu’on lui demande, c’est de se faire oublier.
Étrange, le cœur… les chansons en sont pleines, les romans, les films, les poèmes en parlent tout le temps, mais dans la vie réelle, en temps ordinaire, le cœur, le vrai, on ne s’en occupe guère.
Et voilà qu’ils t’ont fait un échange standard, comme avec le moteur d’une voiture
(après avoir ouvert le capot de ta poitrine).
Ainsi, une fois encore, il est démontré que ce sont les hommes (et non pas leurs dieux ni leurs religieux) qui accomplissent les vrais miracles…
Et, si certains s’imaginent que l’humanité marche à reculons et de travers, comme les crabes,
ici, elle avance et elle progresse…
F Hop

3

Merci donc à ceux qui réparent tous les jours les cœurs,

Merci aux cardiologues, aux chirurgiennes et aux chirurgiens, aux infirmiers et infirmières, aux aides-soignantes et aux aides-soignants
qui vous prennent le pouls,
qui écoutent votre poitrine, comme l’Indien qui pose sa tête contre le sol pour guetter l’arrivée du train ou le tonnerre du volcan,
Merci à ceux qui scrutent les mouvements de votre cœur sur leurs écrans,
comme le paysan qui observe le ciel pour savoir s’il pleuvra, s’il y aura de l’orage et si les récoltes ne vont pas être détruites,
comme l’ouvrier, le technicien qui surveillent leurs machines de haute précision,
comme le matelot qui suit les bulletins météo pour savoir si la tempête menace ou guette sur le sonar les récifs et les bancs de poissons.
Merci à tous ceux qui vous piquent, vous explorent, vous réparent, avec leurs pilules, leurs ressorts, leurs lubrifiants, leurs valves…
Merci à ceux qui réparent tous les jours les cœurs.

4
La vitre de la chambre est bloquée. On peut à peine l’entrebaîller pour laisser passer un courant d’air.

(Peut-être est-elle fermée pour empêcher les patients se prenant pour des oiseaux de sauter par la fenêtre)…
La tête d’un grand marronnier arrive à la hauteur de ma chambre au deuxième étage.
Un marronnier en hiver. Nu. (Comme celui qui prend sa douche à la Bétadine et se prépare pour l’intervention).
Toutes ses feuilles sont tombées…
Seules de petites boules noires solitaires, des marrons, s’accrochent encore aux branches
(… Je ne leur donnerai pas tort).

5
Michel, mon frère, tu ne fumais pas, tu ne buvais pas, tu ne mangeais pas plus qu’un autre… Et aucun signe avant-coureur, aucun éclair dans le ciel, aucune douleur

ne t’avait alerté (ou tu n’y as pas pris garde).
« On ne mérite pas ce qui vous arrive », me dit le cardiologue avec sagesse.
(Aujourd’hui, on s’imagine volontiers pouvoir tout contrôler… A en croire les magazines, il suffirait de faire du sport, de vivre sainement et chacun serait responsable ou coupable de son état de santé)…
Mais le corps vous joue des tours.
Le corps a ses raisons ; il en fait à sa tête et n’obéit pas toujours à notre esprit
… souvent même, c’est lui qui commande…

6
Pourtant nous essayons de le dompter, ce cheval rétif !

C’est lui qui vous emporte le long de la grève, qui vous fait plonger dans l’écume et ressortir de l’eau.
C’est lui qui nous porte à l’amour, à la lutte et à la joie.
Nous le montons à cru, nous ne l’épargnons pas, nous le faisons courir et nous le maltraitons,
sous nous, ses flancs se couvrent de sueur.
Emportés dans notre course vers l’avant, nous nous retournons de temps en temps mais nous ne revenons jamais en arrière.
Et nous voudrions que la course ne s’arrête pas…

Rêvons-nous devenir immortels ?
Peut-être pas… l’immortalité, nous le savons, est d’un ennui mortel…
Et c’est le fait qu’existe une plage, un rivage inconnu où s’arrêter et se coucher, et ne savoir jamais à quel moment nous l’atteindrons, qui nous donne tant d’élan.
Non, nous ne sommes pas des apprentis-sorciers qui rêvent d’en finir pour toujours avec la mort, car nous savons qu’en finir avec la mort ce serait aussi en finir avec la vie,
avec le renouvellement des cellules, des corps et des esprits.

Même si, de temps en temps, il faut nous changer une pièce, nous ne rêvons pas de devenir des androïdes transhumains, à l’épreuve des balles, des aléas de la température, des émotions, des peines de cœur, des enthousiasmes et des nostalgies.
(L’iode qui m’envahit les veines me chauffe, de la gorge aux testicules).
Immobile, sur la table d’opération, le poignet tenu par du sparadrap, avec un cathéter d’un mètre vingt qui s’enfonce dans l’artère, sous anesthésie et sous perfusion,
je ne me prends pas pour le Christ,
attaché à sa croix qui a souffert sur Terre pour racheter nos péchés.
Nous, nous ne sommes pas ici pour racheter nos péchés.
(D’autres peuvent chanter la Passion… Mais à mes yeux, la souffrance qui est parfois nécessaire, n’est pas sainte.

Nous qui sommes à nous-même nos propres dieux
nous n’avons de cesse de faire reculer la souffrance et la mort
mais elles sont toujours là, à l’horizon de notre vie…
Non, nous ne rêvons pas de devenir éternels ;
nous sommes juste un moment, chacun, de l’éternité terrestre.
Mortels, nous sommes tous des enfants d’Orphée qui n’a pas voulu se résigner
et nous aimerions que cela dure encore un peu…

Nous voulons rester vivants jusqu’à la fin.

C’est la marche du cœur qui nous fait tenir, aimer et avancer.
marronniers

7
P
rise de sang

« Serrez le poing… prenez votre inspiration… je pique ! Voilà, vous pouvez relâcher votre main… »
« Votre inspiration », me dit l’infirmière…
Si chaque fois que j’essaye de trouver l’inspiration, je devais me faire piquer, cela refroidirait sans doute mes ardeurs d’écrivailleur !

8
Le brin de mimosa

Tu m’as apporté le printemps d’un brin de mimosa
odorant, fragile, solaire
qui fleurit en février.

9
La perfusion

Accrochée à la potence,
la perfusion plantée dans mon bras gauche distille goutte à goutte dans mes veines le sérum physiologique.
Tandis qu’au bout de mon bras droit, de mon stylo à ma page, lentement s’écoule le sang noir de l’encre.

(Echanges de fluides,
vases communicants)

10
La clémentine

Couché comme un Romain sur mon lit , je me fais un banquet
d’une clémentine que tu m’as laissée.
Ambassadrice, elle aussi, du soleil, de l’amour et de la vie.

11
La nuit

Je vais chercher les étoiles au fond de mon lit
et la ville qui ne dort pas, dehors se meut lentement
comme une méduse au fond d’un aquarium.
Les lumières découpées en lamelles par le store dans l’obscurité de ma chambre
projettent au plafond des ombres chinoises.

Difficile de trouver le sommeil, avec le halètement des camions, le chuintement des bus à l’arrêt sous les fenêtres, le moulin à café des vélomoteurs qui viennent jouer de la machine à coudre jusque sur mon oreiller…

12
Chant de l’ardeur matinale

S’éveiller le matin dans la chambre d’hôpital,
le sexe en érection qui tend le tissu du pyjama chinois.
Miracle ordinaire et banal de l’ardeur matinale
Le cycle des hormones masculines ne s’arrête pas
La vie reprend ses droits.

La ville aussi s’éveille…
C’est l’heure de s’y mettre
avec joie, avec cœur.
Le matin, pour chacun ce devrait être l’instant béni de faire ce qui vous chante,
aimer, cultiver son jardin, écrire un poème
cueillir le présent d’une perle de rosée…

Les hommes ont leur heure… Et les femmes ?
Les femmes ont-elles aussi leur heure à elles ?

Bien sûr, nous voudrions leur donner toutes les heures de la journée…

Mais s’il est une heure qui leur serait particulière
que ce soit celle de la soierie des soirées
que nous aimerions à leurs pieds comme une robe déposer et déplier.

Aubervilliers, La Roseraie
du 18 au 20 février 2018

Au Père Lachaise

10 février 2018

Pour Anne-Charlotte Savarit

Père Lachaise neige1

Un mégot sur la neige
Les voitures portent des bonnets blancs
Attention à ne pas glisser !

*

Vers le funérarium
les feuilles vernissées du magnolia
défient l’hiver

Magnolia Père Lachaise
*

Dans le ciel bleu et froid
tu ne voles plus ; toi
qui fus avec nous sur Terre

*

(Le cimetière est en blanc)
Sous la neige
l’herbe nouvelle attend.

*

Appolinaire neige

10/02/2018

Haïku de la neige en février

8 février 2018

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Premier contact
Quand elle tombe
dans les bras de la ville
la neige fond

Pas neige

Nuit blanche
La neige de février
éclaire la nuit
et me tient éveillé

condorcet neige

Chutes de neige
Il neige ! il neige !
La ville trempe
dans le sirop d’orgeat

route neige

Embouteillage
10 à l’heure, sur l’autoroute
Si tu freines, tu dérapes
(Même les grosses bagnoles !)

square neige

Square Stalingrad
Joyeuse guerre
pacifique. Boules de neige
Baisers glacés

square neige épaisseur

Miracle de la neige
Habillé de blanc
le moindre paysage
devient élégant

Pigeons neige 2

Tout est blanc
Neige sur la ville
Où les moineaux
se sont-ils cachés ?

Bury neige 2

Ciel bleu
Le soleil et la neige
(Amours éphémères)
Profitons-en !

route2 neige

Leçon de la neige
Piétinée
la pureté
se change en boue

Chinois neige

Matin de neige
Qu’est-ce que la poésie ?
Le monde, tel qu’il est
transfiguré

le 8/02/18

Fidélité moderne et inclusive

27 janvier 2018

Clés

C’est une femme
(ou un homme, ne soyons pas sexiste…)
moderne.
Il ou elle transporte toujours avec lui,
accroché à son trousseau de clef,
sa carte de fidélité.
Elle ou il en a même plusieurs,
(car il ou elle a les idées larges)
avec des codes barres,
pour Auchan
Carrefour
Franprix
Casino
Cora
Jardiland
et quand il ou elle passe à la caisse
(car il faut toujours y passer)
elle et lui ont droit à une petite remise.

carte-fidelite

C’est ici

16 janvier 2018

Phoque

Je reviens d’un pays
où les gens dans les rues
se souhaitent « Meilleurs vœux »,
même s’ils ne se connaissent pas,
où le Noir et le Blanc se parlent poliment,
où celui qui sait lire aide celui qui ne sait pas,
où la femme voilée et celle qui ne l’est pas
emmènent ensemble leurs enfants au jardin public,
où il arrive même de croiser sur le trottoir une femme qui vous fait la bise,
un pays où l’on en sait un bout
sur les difficultés de la vie
mais où cela n’empêche pas
de trouver
qu’il fait plutôt doux
aujourd’hui.
Ce pays, c’est ici.
Vous n’êtes pas obligé de me croire ;
Il vous suffit de venir voir.

(Aubervilliers, le 4 janvier 2018)

Soleil d’hiver

1 janvier 2018

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Le vent souffle en tempête sur la plage
Chassant devant lui les ballots de draps…
Nuages qu’emportent pour le ménage
Des femmes de chambre aux très puissants bras.

Pendant ce temps, les rayons du soleil
Calmes descendent de derrière les cintres
Des nuées, théâtre aux rideaux vermeils
Qu’aurait décoré au Grand siècle un peintre.

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On comprend pourquoi devant ce spectacle
L’homme a pu penser voir en la Nature
Une œuvre divine, un saint Tabernacle.

Mais nul besoin de Dieu dans la Nature
Pour qu’elle bouge, lutte, s’élève et chante.
Et qu’elle soit souveraine nous enchante.

le 28/12/2017

Vœux 2018

1 janvier 2018

Vœux (cliquer pour lire)

Vœux 2018 dans actualités

Merci au site écri’turbulante pour la publication de ce poème.

 

Poète de droit commun

10 décembre 2017

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Chacun d’entre nous est unique
et ce n’est pas original.
On se croit seul au monde
mais le monde ne le sait pas.
Puis un jour, on s’en aperçoit :
ceux qu’on croise dans la rue,
sans les voir, en pressant le pas
ceux qui passent et ne comptent pas
ou si peu… ou pas plus que ça,
on les regarde et on se dit
qu’ils ont chacun leur propre vie.
Ils sont chacun comme nous sommes :
au centre de leur univers.
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Chacun d’entre nous est unique
et ce n’est pas original.
Chacun de nous est sans pareil
et plus semblable qu’il ne le croit.
Nous avons bien, en général
une bouche, un nez, deux oreilles
un cœur sans doute, même un cerveau
et à peu près le même paquet
de peurs, de rêves, de secrets
et dans la boîte aux noirs désirs
quelques fantasmes partagés.

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Tous semblables, tous uniques
dissemblables et identiques.
Nous sommes très singuliers
ce qui n’est guère particulier.
Nous sommes en cela comparables
aux arbres, aux galets de la mer,
et même au moindre grain de sable
parmi les milliards de la plage.
et c’est cette propriété,
(être divers et tous les mêmes),
qui rend possible le poème,
et sa surprise et son partage.
Nous sommes un peu tous les autres
et tous les autres sont nous-mêmes.

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