Peire Vidal – Le Loup amoureux

Les éditions Federop viennent de publier, dans leur collection dédiée aux troubadours, un choix des poésies de Peire Vidal que j’ai traduites de l’occitan.


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Peire Vidal est un de nos grands troubadours. Sa vie (qui va de la fin du XIIème siècle au début du XIIIème) semble avoir été passablement agitée. Fils d’un « pelissier », un fourreur de Toulouse, il fréquenta plutôt les cours, les chevaliers, et surtout leurs dames. Homme du Sud-Ouest, il a beaucoup voyagé. On le trouve à Marseille, en Italie, en Espagne, à Chypre, et même en Hongrie…  Mais c’est la Provence qui fut sa terre d’élection. Sa trace se perd après son passage à Malte, à la cour du corsaire Enrico Pescatore.
Peire Vidal se distingue à la fois par son art poétique raffiné (le « trobar ric »), et par sa vigueur, sa sincérité, sa fantaisie. Poète de l’amour, il a aussi écrit nombre de poèmes politiques. Chez lui le lyrisme se mêle au sens de la satire et la « chanso » au « sirventès ».
D’après son biographe, Peire Vidal « s’éprenait de toutes les belles dames qu’il voyait et toutes les priait d’amour » .
L’une de ses aventures les plus marquantes est celle qui l’unit à la Louve de Pennautier.  Pour attirer son attention, Peire Vidal se serait mis un beau jour à gambader dans les fourrés entourant le château, couvert d’une peau de loup ; si bien que les bergers l’auraient pourchassé, rossé et laissé pour mort. Après quoi la dame et son mari l’auraient recueilli et soigné.
À travers cette mésaventure, qui fait penser au Roman de Renard ou aux fabliaux du Moyen-Âge, on voit comment survit dans la poésie d’un troubadour (et dans sa « geste » amoureuse) toute une tradition païenne qui a bien peu à voir avec l’idée chrétienne de l’amour que l’Église tentera d’imposer.
« Il chantait mieux que nul homme au monde, et fut bon « trouveur », dit son biographe ; et faisait plus beaux airs, et grandes folies d’amours et d’armes. »
Peire Vidal, c’est la vitalité du désir jointe à l’extravagance du comportement. Et il nous touche toujours, comme un frère vantard et fantasque, ayant toujours en tête la quête et la conquête du bonheur.


Peire Vidal

En respirant je hume l’air

En respirant je hume l’air
Que je sens venir de Provence
Tout ce qui vient de là me plaît
Si j’en entends dire du bien
Alors j’écoute en souriant
Et j’en demande pour un mot cent
Tant j’aime entendre en bien parler

Il n’est de plus douce contrée
Que celle entre le Rhône et Vence
Enclose entre mer et Durance
Ni où s’éclaire si pure joie
Aussi parmi ces nobles gens
Ai-je laissé mon cœur joyeux
Auprès de celle qui fait rire les tristes.

On ne peut mal aimer le jour
Où d’elle on a la souvenance
En elle la joie naît et commence.
Celui qui en ferait l’éloge
Disant du bien ne mentirait
Elle est la meilleure, sans conteste,
La plus noble qui se voit au monde.

Et si je sais rien dire ou faire
C’est bien à elle que je le dois
M’a donné science et connaissance
Par elle je suis gai et chanteur
Et tout ce que fais d’avenant
Me vient de son beau corps plaisant
Même quand de bon cœur je songe.

 Ab l’alen tir vas me l’aire

Ab l’alen tir vas me l’aire
Qu’eu sen venir de Proensa :
Tot quant es de lai m’agensa,
Si que, quan n’aug ben retraire,
Eu m’o escout en rizen
E·n deman per un mot cen :
Tan m’es bel quan n’aug ben dire.

Qu’om no sap tan dous repaire
Cum de Rozer tro qu’a Vensa
Si com clau mars e Durensa,
Ni on tant fis jois s’esclaire
Per qu’entre la franca gen
Ai laissat mon cor jauzen
Ab leis que fa·ls iratz rire.

Qu’om no pot lo jorn mal traire
Qu’aja de lieis sovinensa
Qu’en liei nais jois e comensa
E qui qu’en sia lauzaire
De ben qu’en diga no·i men ;
Que·l melher es ses conten
E·l genser qu’el mon se mire.

E s’eu sai ren dir ni faire,
Ilh n’aja·l grat, que sciensa
M’a donat e conoissensa,
Per qu’eu sui gais et chantaire
Et tot quan fauc d’avinen
Ai del seu bel cors plazen
Neis quan de bon cor consire.

Une réponse à “Peire Vidal – Le Loup amoureux”

  1. DIGGI dit :

    Lo libre es de trobar a l’Espaci Occitan dels Aups.

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