Refus d’obtempérer

Francis délinquant

 

Refus d’obtempérer

Dans la cellule où forte tête
Je tue le temps et fort m’embête
Je tourne en rond depuis midi
L’air est malsain et confiné.
Mais tel est le prix par ici
Pour un refus d’obtempérer.

Je n’étais pas dans un bon jour
Sans doute et c’est l’état d’urgence.
Je faisais seulement demi-tour
Quand un jeune flic plein d’arrogance
M’a ordonné de m’arrêter ;
Je l’ai envoyé balader.

J’ai dû souffler dans leur machine
(Pour eux j’étais soûl, j’imagine)
Mais j’étais clair comme l’eau qui court.
On m’a fiché, interrogé
Mais on ne m’a pas molesté
Et pas pendu ni haut ni court.

Dans cette geôle où nous passons
File des heures la chanson.
Le temps qui passe est comme un vin
Perdu et que l’on verse en vain.

Dehors, les piafs font la fête…
Gardé à vue mais sans lunettes
(Confisquées pour ma protection)
Diminué et démuni
Je piaffe comme un oisillon
Dans cette geôle où on m’oublie.

- Ne te plains pas ; t’as de la chance
Tu sais que c’est l’état d’urgence
Et que les flics sont sur les nerfs.
Ils t’avaient dit de t’arrêter ;
Tu aurais mieux fait de te taire.
Sois heureux qu’ils n’aient pas tiré !

(Ne dites jamais que la Terre
Est une geôle à ciel ouvert…)
Depuis qu’on m’a pris mon portable
Je ne sais plus quelle heure il est.
Est-ce la nuit ? Sont-ils à table ?
S’inquiète-t-elle ma bien-aimée ?

Dans cette geôle où nous passons
File des heures la chanson.
Le temps qui passe est comme un vin
Perdu et que l’on verse en vain.

Je suis enfermé au sous-sol
Des tapis jetés sur le sol.
J’attends, avec un jeune Noir
Qui s’est déjà presqu’endormi.
Lui a fui la Côte d’Ivoire
Et la guerre pour voir Paris.

- A votre âge est-ce sérieux
De se conduire en délinquant ?
- Allez vous faire voir !… A mes yeux
C’est, à mon âge, rassurant
Plutôt, de se faire embarquer
Pour un refus d’obtempérer.

Notre geôle ne fait pas envie…
Qu’importe ! Sous peu je me tire
Pour retrouver dehors la vie.
Mais derrière moi je vais laisser
Le jeune voleur à la tire.
De lui, qui donc va se soucier ?

le 6/2/2016

4 Réponses à “Refus d’obtempérer”

  1. fuchsmann dit :

    Je ne sais pas pourquoi mais cela me fait penser à cette chanson de Jean Ferrat « hou hou, méfions-nous, les flics sont partout ».. ou Brassens n’hésitant pas à dire dans une de ses chansons « Mort aux vaches »… je n’ose imaginer s’ils étaient encore de ce monde et s’aventuraient (car cela en serait une à n’en pas douter) à chanter ces chansons-là ou si des média (mais comment est-ce possible?) les diffusaient, de quels délits ils se verraient accuser:trouble à l’ordre public?mise en cause de la sécurité intérieure? Il fut un temps où nos héros étaient ceux qui contestaient l’ordre établi (Robin des Bois, Thierry la fronde, Arsène Lupin, Jacquou le Croquant, Zorro, Rocambole,etc) maintenant ce sont les gardiens de l’ordre qui sont les nouveaux héros!
    Puisque Francis Combes fait de sa mésaventure,une chanson, il m’en vient une subitement aux lèvres et particulièrement sa dernière strophe. Elle est de jean Ferrat rendant hommage à Boris Vian:
    « On va quitter ces pauvres mecs et faire une java d’enfer
    Manger la cervelle d’un évêque et le foie d’un militaire
    Faire sauter à la dynamite la bourse avec le panthédon
    Pour voir si ça tuera le mites qui nous devore tout du long
    Pauvre Boris,
    Tu vois rien n’a vraiment changé depuis que tu nous as quitté.

    NB:si dans quelque temps, vous n’aviez plus de nouvelle de moi, peut-être, sans doute que je serai le nouvel occupant de la cellule où a croupi Francis Combes..et auquel cas je ne manquerai pas de donner au jeune noir de tes nouvelles.

  2. Destom Bottin dit :

    A Paris 13, nous t’appelions « le prince de l’UEC » pour tes manières élégantes que nous aimions opposer à la rusticité séquanodionysienne des nôtres. Te voilà adoubé manant par le jeune flic, mais qui fais le fringant en sortant !
    Indécrottable !
    Cath

  3. jean-Pierre Bastid dit :

    Merci, canaille,
    Heureux de te voir militant dans le rang des honnêtes gens.
    Salutation révolutionnaires. JPB

  4. Boutillot-Cauquil denis dit :

    Toi Francis
    Non je reve
    Plutôt un cauchemard
    Pas possible
    Pantin devient malsain
    Cela se saurait
    Toute mon amitié dans cette galère grise et glauque. Je pense bien à toi

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