Un camion fou dans la cité

promenade

Un camion fou dans la cité

Un camion fou dans la cité
depuis longtemps cette image me hante
mais voici qu’évadé du purgatoire des vers abandonnés
il jaillit par la fenêtre brisée d’un cerveau malade
et déboule dans la vie réelle, sur la promenade des Anglais
fauchant sur son passage, hommes, femmes, enfants
Il a fait le plein de haine, une mèche allumée
comme d’autres avant lui
(Nous en avons tant vu qui s’imbibent de nuit
une encre noire les envahit comme un buvard
et se transforme en poudre
prête à exploser, à la terrasse d’un café,
n’importe où, au coin, sur un boulevard…)
Un camion fou dans la cité
Un homme est au volant, il a perdu la tête
boule lancée sur la piste du bowling
folle boule, tête dégoupillée dans la foule affolée
A-t-il voulu venger ceux qui tombent sous les bombes
là-bas, sur une autre terre mais sous le même ciel ?
Voulait-il faire payer la terre entière
parce que sa femme l’a quitté ? Parce que la Banque lui a refusé un crédit ?
Un camion fou dans la cité
Un homme est au volant, il a perdu la tête
il se prend pour Dieu, le châtiment céleste
en zigzaguant, il frappe les innocents, les promeneurs du soir
venus en famille pour voir
le feu d’artifice du 14 Juillet
Un camion fou dans la cité
et nulle barrière ne peut l’arrêter
nul état d’urgence, nul cordon de sécurité
Un camion fou dans la cité
sur la Promenade des Anglais.
Où sont passés les oiseaux de la raison humaine ?
Le cancer généralisé
de la guerre s’empare de la Terre
la Terre qui roule à tombeau ouvert
et se précipite dans le vide
où même les étoiles refusent de briller.

(Pour vaincre la terreur
il faudrait lancer sur le monde
au lieu des bombes des fleurs,
des colis de vêtements,
des aliments, des médicaments,
des poèmes et des messages de paix).

le 15/VII/2016

2 Réponses à “Un camion fou dans la cité”

  1. fuchsmann dit :

    Très beau poème Francis qui dit les choses, toutes les choses. je ne peux m’empêcher de penser à Aragon… des images faites de mots qu’il a semées ça et là notamment dans le Roman Inachevé et cela nous renvoie aussi à cet écrit du philosophe Alain Badiou, qui, quelques jours après le 13 novembre 2015 a fait cette conférence au théatre de la Commune à Aubervilliers (peut-être y étais-tu?):
    « Notre mal vient de plus loin. Penser les tueries du 13 novembre 2015″.
    Bien à toi.

  2. Laurent Fourcaut dit :

    Un poème à la fois beau et nécessaire.
    Qui démontre, entre autres, que la poésie est en effet, au plein sens de l’expression, d’utilité publique.

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