Une ballade anglaise

Pour Andy et Nikki

usine mer

Le train Newcastle Middlesbrough longe la mer.
A l’horizon le ciel tire un voile de pluie
Comme les combinaisons très claires de nylon
Que les femmes portaient autrefois sous leur robe
(Cela ne se fait plus… C’est aujourd’hui vintage
Comme on dit outre-Manche sur les bords de la Seine)
Tu n’es plus dans le coup ou bien c’est un fantasme.
La mer qui apparaît et disparaît parfois
Au détour de la voie me semble d’un bleu cru
Presque même cruel et je comprends pourquoi
Il se dit que le bleu est une couleur froide
(Si ne le réchauffe une touche de jaune).
Accrochée aux barrières une peinture naïve
Vante les mérites touristiques du coin
Mais il n’y a pas foule ici pour s’arrêter
Sauf un couple de vieux qui retournent chez eux.
Le charbon et l’acier sont partis en voyage
Mais les gens sont restés, ils n’avaient pas le choix.

Usine

Sur le front de la mer, par delà les prairies
Où serpente inutile une rivière obscure
Une énorme grue démantèle une fabrique.
Les rues toutes semblables des cités ouvrières
Descendent vers le port. Chacun suit sa pente.
Le jour est au chômage ; il pointe au Job Center.

Oiseaux

Les pavillons de briques s’alignent côté à côté,
Dupliqués, identiques, solitaires, solidaires.
Les seuls traits distinctifs : les rideaux aux fenêtres…
En marge, prolifère l’anarchie sympathique
Des jardins ouvriers qui plantent le désordre.
Les filles dans la rue portent des cheveux verts,
Mauve, orangés, roses, jaunes ou violets,
Couleurs glace à l’eau, bonbons acidulés,
Comme un défi jeté au brouillard, à l’hiver.

Lord Byron

La casquette de cuir élégante et british
Que tu m’as achetée est fabriquée en Chine.
L’Ouest est devenu un bureau donneur d’ordres
Qui fait exécuter ses travaux loin d’ici,
Mais garde les profits. Une tête difforme
Presque privée de corps et qui n’a plus de mains,
Ou des mains désœuvrées que les chantiers désertent.

À chaque arrêt du train, le contrôleur descend
Puis il remonte et fait le tour des voyageurs
Qui se sont installés dans l’un des deux wagons.
D’un toit s’envolent des pigeons que nul ne contrôle,
Des pigeons voyageurs qui restent à demeure.

Pont

Dans le compartiment près de nous sont assises
Une handicapée mentale de trente-cinq ans
Sa mère qui l’accompagne et sans doute une amie.
Elle serre sur son sein deux oursons de peluche.
De temps en temps, elle en colle un contre la vitre,
Pour lui faire admirer la campagne qui passe.
Elle transporte avec elle le pays de l’enfance
Où les hommes et le sexe n’auront jamais de place.

Et chacun dans son coin tripotant son IPhone
Envoie des SMS à travers l’univers
Pour dire :  » Pense à moi… Aime-moi, car j’existe. »

cheveux anglais

                                                                                          Middlesbrough
                                                                                          Le 27 avril 2018

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