Archive de la catégorie ‘actualités’

Le jardin public

Jeudi 30 septembre 2021

Même planète T.Sarfis FC - copie

Quelques poèmes de mon dernier livre paru chez Delga,

Le Jardin public, qui mêle réflexions sur la morale et

poèmes écrits pendant le confinement.

 Les cartes sont l’œuvre du graphiste Thierry Sarfis.


 

Plus utiles-T.SarfisFC - copie


La fin du PCUS

d’après Henri Alleg

Quand, après le coup de force de Boris Eltsine,
l’agent de police se présenta
au siège du Comité central du PCUS à Moscou
pour remettre copie
du décret officiel
portant dissolution du parti,
nul,
parmi les 2 000 permanents présents,
ne prit les armes,
ne s’insurgea,
n’entra en résistance,
ou ne décréta
l’occupation illimitée des locaux.
Chaque fonctionnaire,
sous le coup de la terrible nouvelle,
abattu,
ramassa ses affaires,
rangea ses papiers, ses gommes, ses stylos,
la photo de ses enfants
dans sa serviette
et rentra chez lui
(où plus d’un,
ce soir-là,
dut affronter
la colère de sa femme).
Ainsi,
cela même qui avait fait la force du parti,
– l’unité, la discipline –
précipita sa perte.
drapeau - copie 9

 

Mini-poèmes

Un simple virus
donne une leçon d’économie aux plus grands experts :

Faire des économies
parfois
cela peut coûter cher.


Liberté d’expression
(nouvelle définition) :

Tu as le droit de dire ce que tu penses
Mais en silence.

« Il faut faire un effort de pédagogie… »

(Le plus difficile
c’est quand les gens ont bien compris).

                                   Onzième commandement :

                                   Ceux qui sont les plus utiles

seront les plus mal payés.

L’addition

C’est quand ceux qui ne comptent pas

demanderont des comptes.

 

Méfiez-vous T. SarfisPL - copie

 

Le strip-tease socialiste
à Yves et Izabela

Dans la grande salle
du restaurant de la tour de la télèvision
sur la colline qui domine Cracovie
nous étions six amis attablés
devant un repas sans charme.
(Comme à l’accoutumée, la carte abondante
ne tiendrait pas ses promesses).
Quelques couples dansaient :
un directeur d’usine
avec sa secrétaire
ou sa femme peut-être,
de vieux paysans,
des étudiants…
Soudain,
sortant du vestiaire,
nous avons vu monter sur scène,
une employée,
tout à fait normale,
une fille ordinaire,
sans doute une bonne camarade.
Elle avait troqué sa tenue de serveuse
pour un nouvel emploi
artistique.
Lentement
elle se mit à se déshabiller
avec des gestes gauches,
malhabiles,
qui faisaient pitié.

Visiblement, cet exercice d’effeuillage
ne l’enchantait pas.
(Nous non plus, d’ailleurs.)
Le chemisier ôté,
elle ressemblait déjà
à un poulet plume
comme on en trouve
dans les rayons
du supermarché.
Sans doute un peu frileuse
elle avait la chair de poule…
Et quand elle fut
en petite culotte,
rouge de confusion,
elle se précipita
vers les cuisines.

Par la suite
à plusieurs reprises
nous avons assisté à d’autres strip-teases socialistes
de la part de dirigeants
qui se défaisaient de leurs convictions
une à une
pour séduire le public.

Mais plus ils se déshabillaient
plus le public se détournait.

couv jardin

Missive à mes pirates

Lundi 27 septembre 2021

pirate002

J’adresse cette lettre comme une bouteille à la mer
à vous que je ne connais pas
pirates qui avez parasité mon compte pour voler mon identité numérique
tenter de m’escroquer et d’escroquer mes contacts, mes camarades
Usurpant mon identité
vous avez utilisé mon adresse pour envoyer à plusieurs banques
des ordres de virement
venant prétendument de moi

Je ne sais pas si vous avez le pied marin
ni s’il vous arrive de boire du rhum au clair de lune
Mais vous n’êtes pas de ceux qui sillonnent les mers
vous ne courez pas les océans en quête d’aventure
et que vous soyez ou non tatoués,
vous n’êtes que de  minables arnaqueurs qui ne prennent pas de risques.
Vous vous contentez de naviguer sur Internet,
enfermés dans la nuit de vos écrans
protégés par votre anonymat,
Malheureux galériens des ordinateurs,
Prisonniers de l’argent-roi.

Laborieux et appliqués
vous avez dû vous renseigner assez précisément sur mes activités
pour rendre l’escroquerie aussi crédible que possible
et il s’en est fallu d’un cheveu que ça réussisse
(Mais une employée de banque s’est montrée vigilante
et, fort heureusement, pourrais-je presque dire,
il n’y a pas cet argent sur mes comptes…)

Nous vivons dans un monde étrange
où les nouveaux moyens de communication
qui nous permettent d’envoyer des messages d’amour, de répondre à des amis,
de discuter avec des poètes du monde entier
peuvent aussi être utilisés pour nous espionner, nous voler, nous porter préjudice
On se sent alors un peu comme une tête de pipe prise pour cible
dans une baraque de fête foraine
ou un pigeon lors d’un lâcher
ne sachant pas où est posté le tireur
et ne pouvant pas riposter

Homo homini lupus ? Toujours, sans doute…
Mais, nous sommes sans inquiétude…
Un peu de patience :
vous vous retrouvez tous au chômage
le jour où nous pourrons enfin nous passer de l’argent…

Le Jardin public

Mercredi 15 septembre 2021

couv jardin

 

Vient de paraître aux éditions Delga :

Le Jardin public

Pour une morale de la vie commune

Le Jardin était le nom de l’école d’Épicure, pour qui  le but de la philosophie était la recherche du bonheur. Cette sagesse de l’Antiquité nous parle toujours. Mais les épicuriens se tenaient à l’écart de la politique.

Dans ce livre, Francis Combes, s’appuyant sur toute une tradition humaniste du marxisme, (mais aussi sur d’autres pensées, venues d’autres horizons), réfléchit à ce que peut être une morale matérialiste pour aujourd’hui, engagée dans le combat pour le bonheur commun, à la fois Individuel et collectif.

Une morale du Jardin public, en quelque sorte.

Une telle morale ne peut pas ignorer la politique. Et réciproquement.

Chemin faisant, cela le conduit à s’interroger sur quelques-unes des questions les plus actuelles (la conscience de classe, l’écologie, l’identité, le féminisme, le trouble dans le genre, le trans-humanisme, le désir, la société de contrôle, la démocratie…)

Ce livre singulier offre deux entrées : des notes de caractère théorique et des poèmes. Dont certains, écrits pendant le confinement.

J’avais déjà publié aux éditions Delga un essai : La Poétique du bonheur.

En couverture : « La Fontaine de Jouvence des enfants de Venus », miniature de Christophoro de Predis, Milan, 1480.

Pour recevoir le livre, le commander dans toutes les bonnes librairies, selon la formule consacrée.

Ou auprès des éditions Delga

Un poème du recueil :

Taoqian1


« Cinq saules », le sage de Wuhan

Après trente ans comme fonctionnaire subalterne,
dont quelques-uns au service de l’empereur
de la première dynastie Song du Sud,
T’ao Yuan-ming renonça à ses charges.

« L’oiseau en cage se languit de ses bois ;
Le poisson du bassin rêve de rivière… »
écrivait-il, en songeant à son village
natal, vers Wuhan, là-bas, qui l’attendait…

Là, il partagea la vie des paysans ;
il vécut modeste dans une chaumière,
à côté de cinq saules, d’où lui vient son nom,
à boire, à écrire, à cultiver son champ.

Ayant planté devant chez lui des pêchers,
qu’il taillait quand venait la fin de l’hiver
il récoltait des fruits aux joues duveteuses
douces comme sont des joues de jeune fille.

À vivre ainsi une vie très ordinaire,
parmi tous ceux qui prennent soin de la vie,
le poète T’ao fut un plus grand sage
que les ermites, cachés dans leur montagne.

 

main T'ao

 

Table des matières des sujets abordés

Sur la nature humaine – 5
Sur la liberté  – 8
La VIe Thèse – 10
Sur deux dangers – 12
Le produit n’est pas égal à la somme  des unités – 14
Sur l’idiotisme – 18
Sur l’angélisme – 20
La question morale du communisme – 22
La fin justifie les moyens – 26
Matérialisme et idéalisme I – 28
La maladie infantile et la maladie sénile – 34
Lénine moraliste – 38
Matérialisme et idéalisme II – 40
Reflet et réel – 42
Nécessité des illusions – 44
Se raconter – ou pas – des histoires – 46
Relatif et universel – 48
Remettre l’idéalisme sur ses pieds – 50
La statue inachevée ou l’Homme générique – 52
Sur l’immortalité de l’âme – 54
Actualité révolutionnaire des valeurs universelles – 56
Morale et politique – 58
Révolutionnaires et conservateurs – 58
Contre l’idéalisme naturaliste – 58
Matérialisme poétique – 60
Sur l’alliance avec l’écologie – 62
Cultiver son jardin – 64
Actualité des pensées anciennes – 66
L’Ubuntu – 68
Un jardinier vietnamien – 70
Philosophie chinoise – 72
Kong Tseu – 74
Mo Tseu – 74
Lao Tseu – 74
Les écoles grecques – 78
Stoïciens et épicuriens – 80
Les Stoïciens – 80
Les épicuriens – 80
Orient et Occident – 86
Sagesse et révolution – 88
Ivresse et liberté – 90
Pour le matérialisme orphique – 94
L’homme est une contradiction en marche – 98
Pour une morale dialectique – 98
Une grande chance – 100
Transformer le monde – 102
Au principe de l’aliénation – 104
Sur l’idolâtrie – 106
Formes modernes de l’aliénation – l’aliénation économique de la classe ouvrière – 110
L’aliénation de l’homo consumens – 114
L’aliénation politique – 118
L’entretien de la peur – 120
L’aliénation technologique – 122
L’aliénation culturelle – 124
Le monde virtuel – 126
La solitude moderne – 128
Tableau résumé de la misère morale sous forme de croquis – 128
Désir de reconnaissance – 132
Troubles dans l’identité – 134
La question religieuse – 136
Liberté et laïcité – 138
Antiracisme et racialisme – 140
Féminicide du féminisme – 142
L’homosexualité, l’autre, le même – 148
Troubles dans le genre… – 152
La valse des étiquettes – 156
Une parenthèse sur la tolérance – 156
Et une autre sur la prostitution – 158
Libération individuelle et libération collective – 162
La révolution et le programme de la désaliénation – 164
La conscience de classe comme valeur morale – 164
être du Peuple-monde – 166
être soi – 168
Pour être il faut avoir – 168
Avoir ne suffit pas pour être – 172
Pour être il faut aussi faire  -172
Sur la création et la dimension morale des valeurs esthétiques – 174
Pour l’individu – 176
Parenthèse sur l’histoire ancienne de l’Homme nouveau – 178
Force et faiblesse du socialisme – 180
« L’individu au centre » – 182
Vertu du collectivisme – 182
Roger Vailland et la souveraineté – 184
Le renversement des passions – 188
La volonté et l’histoire – 188
De l’auto-transcendance – 190
Un idéal toujours actuel – 194
Morale et politique – 196
Pouvoir et morale – 200
Unité et discipline – 202
Réalisme et courage – 204
La souveraineté et l’amour – 206
éros – 208
Dépasser la malédiction de l’amour – 210
Vers un éros solidaire – 214
Philia et l’amour plurielle – 218
L’amour, sentiment productif – 220
Vers la société érotique – 222
Agapé et l’amour de la vie – 224
4e couv jardin

Jack, le barde américain

Jeudi 26 août 2021

Ivry2012-10

 

Notre ami, le grand poète américain Jack Hirschman est mort, hier, 22 août. Quelques instants seulement avant un « chat » auquel nous devions prendre part. (Une réunion du comité de coordination du Mouvement mondial des poètes qui devait prendre des décisions quant à l’avenir du mouvement).

C’est sa compagne, la poétesse américano-suédoise Agneta Falk qui nous a appris la nouvelle. Tous ceux qui l’ont connu et aimé sont évidemment sous le choc. Nous adressons à Agneta nos pensées les plus solidaires et affectueuses.

Nous ne verrons plus la haute silhouette de Jack, sa grande carcasse amicale déambuler dans les rues du quartier de la Petite Italie, à San Francisco, dans le « triangle des Bermudes de la poésie américaine », entre le Café Trieste, le bar du Specs et la librairie City Lights de son copain Ferlinghetti. Nous ne verrons plus la haute silhouette de ce globe-trotter de la poésie hanter les rues de Paris, de Naples ou de Chengdu, l’œil malicieux, nous n’entendrons plus son rire tonitruant, ni cette langue américaine qui lui était propre et dans laquelle se mêlaient des mots colorés de yiddish, de russe, à des néologismes de son invention.

Jack était une barde américain, dans la grande tradition de la Poésie démocratique de Whitman ou de Ginsberg. Il en avait la stature, la carrure poétique et le souffle. Son vers était porté par le vent des colères, des douleurs, des drames de notre histoire. Il réagissait comme un tambour vibrant à chaque événement du monde. Lui qui était si attentif au rythme de la parole et à la création verbale, ne concevait pas la poésie comme un simple exercice formel. Seule comptait vraiment à ses yeux ce qu’il nommait la poésie révolutionnaire.

S’il fut un vrai poète révolutionnaire, c’est d’abord parce qu’il ressentait toutes les injustices. Il était spontanément du côté des exploités, des humiliés, des aliénés, des exclus, Mais s’il est un poète révolutionnaire c’est aussi parce que toute sa poésie nous appelait à nous relever et à recouvrer notre dignité.

Né à New York (le 13 décembre 1933), Jack avait commencé à écrire très tôt .Jeune homme, il avait envoyé ses premiers essais à Ernest Hemingway qui lui répondit qu’il n’avait rien à lui apprendre car il écrivait aussi bien que lui à son âge… Après de premiers pas dans le journalisme, il a commencé à enseigner à l’Université. Mais sa carrière universitaire est rapidement interrompue. Dans les années soixante-dix il se fait renvoyer de l’UCLA, l’Université de Californie, pour avoir encouragé les étudiants à s’opposer à la guerre du Vietnam.

A débuté alors une longue vie, bagarreuse et précaire, de poète au grand air, vivant au jour le jour, écrivant beaucoup, distribuant ses poèmes sous forme de tracts dans les rues, logeant dans de minuscules chambres d’hôtel comme celle où nous lui avions rendu visite dans ce quartier de San Francisco qui était devenu sa petite patrie.

Jack a côtoyé les poètes de la Beat Generation, mais il n’était pas vraiment des leurs. S’il partageait leur révolte et leur refus de la guerre, il n’a jamais été attiré ni par la drogue ni par les expériences mystiques bouddhistes. Et il était sans aucun doute l’un des plus poètes américains avec la plus vive conscience politique.

Jack Hirschman était un communiste. Ce qui n’est pas si courant, aux USA comme ailleurs… Il prétendait même (un peu par provocation mais aussi par refus des caricatures historiques) être le seul poète « staliniste » des États-Unis. En fait, il militait au sein d’un des partis de la gauche radicale américaine, la Ligue révolutionnaire pour une nouvelle Amérique, qui entend donner la parole à la « nouvelle classe » de ceux que le capitalisme moderne exclut. A ce titre, il fut un correspondant régulier du journal People’s Tribune.

Jack défendait avec vigueur ses convictions, mais cela ne l’empêchait pas de se montrer constamment curieux et ouvert.

Fortement marqué par l’histoire de sa famille et les persécutions contre les juifs sous le nazisme, il haïssait le racisme, la haine, la violence, le fascisme sous toutes ses formes. La mort pour qui il ne manifestait nulle complaisance est très présente dans son œuvre, de même que l’interrogation humaine la plus universelle sur le sens de l’existence, dans les différentes manifestations qui sont les siennes. Ce poète marxiste fut ainsi un passionné de la kabbale et le traducteur d’Artaud en américain. Il s’intéressait aussi bien à Mallarmé qu’à Maïakovski qu’il a traduits, aux poètes haïtiens, italiens ou albanais… Il a d’ailleurs toute sa vie mené une incroyable activité de traduction, (non comme traducteur professionnel mais comme poète) à partir d’une kyrielle de langues.

Son œuvre poétique compte plus de cinquante titres. Elle comprend beaucoup de poèmes assez brefs, qui sont souvent des « choses vues ». On a parlé à propos de ces poèmes (comme ceux réunis dans le recueil « J’ai su que j’avais un frère » que j’avais édité au Temps des Cerises) de « Street poetry », poésie de la rue.  Beaucoup de ces poèmes racontent en effet des rencontres, dressent des portraits, avec une humanité, un sens de l’empathie qui leur donnent une grande force poétique. Jack Hirschman expliquait que c’était, jeune homme, en entendant une de ses amies lui lire des poèmes d’Éluard qu’il avait senti que la poésie pouvait justement dire l’espérance humaine, si souvent menacée dans la société capitaliste actuelle. Et cette espérance qui, pour lui comme pour beaucoup d’autres, avait pris la dorme d’une révélation était l’espérance dans le socialisme, une société plus solidaire et fraternelle. On voit aujourd’hui que nombre de jeunes aux États-Unis, redécouvrent cet idéal.

Poète protestataire et combattif, poète de la lucidité », Jack était aussi un tendre. Il avait gardé cette innocence, la proximité avec l’enfance, la candeur qui est souvent la marque des grands poètes. D’où parfois certains de ses entêtements et de ses enthousiasmes.

Dans un poème essentiel, « Path », il exprime un art poétique que beaucoup d’entre nous peuvent tenter de faire leur :

Go to your broken heart.
If you think you don’t have one, get one
To get one, be sincere…
Marche vers ton cœur brisé.
Si tu penses que tu n’en as pas, va t’en trouver un.
Pour le trouver, sois sincère.
Et (quand tu l’auras trouvé), va, chante…
écris ton poème, simplement

À côté de ces poèmes empreints de tendresse, de sens de l’observation, d’humour, d’esprit polémique, il y a aussi une série de grands poèmes épico-philosophiques, les « Arcanes » qui traitent aussi bien de la mort de Pasolini que du Vietnam, de la disparition de son fils David, de l’intifada ou que de son amour pour Aggie… Cette œuvre majeure n’a pas pu paraître aux États-Unis mais a été éditée en deux énormes volumes en Italie par les éditions  Multimédia de Sergio Iagulli et Raffaela Marzano, de la maison de la poésie de Salerne. Et nous en avons publié un important choix en France.

Jack a aussi eu un rôle permanent d’organisateur et d’agitateur poétique.

Il avait été l’animateur de la mobilisation des poètes états-uniens pour le Nicaragua et a toujours été aux côté des peuples en lutte en Amérique latine.

En 2006, il a été nommé Poète lauréat de San Francisco et a présidé le festival de poésie de la ville qui fut l’une des plus belles manifestations poétiques en Amérique du Nord au cours de ces années, dans un esprit internationaliste, avec de nombreux poètes venus du monde entier.

Ces dernières années, Jack Hirschman était à l’origine de la formation des BRP, des « Brigades de poètes révolutionnaires » notamment à San Francisco et Los Angelès, ce qui a débouché sur la publication de plusieurs anthologies internationales, comme récemment « Overthrowing capitalism » (Se débarrasser du capitalisme »).

Il y a dix ans, jack fut aussi l’un des fondateurs du Mouvement mondial des poètes (le WPM – World Poetry movement) lors du festival de Medellin. Et depuis deux ans il en assurait la coordination générale.

En France sont parus cinq de ses recueils, en coédition entre le  Temps des Cerises et la Maison de poésie Rhône-Alpes, dans des traductions de son ami Gilles Bernard Vachon.

Jack va sérieusement nous manquer… Mais le Merle moqueur continuera à faire entendre sa voix.

 

SF19

 

Un poème de Jack Hirshman

P A T H

Go to your broken heart.
If you think you don’t have one, get one.
To get one, be sincere.
Learn sincerity of intent by letting
life enter, because you’re helpless, really,
to do otherwise.
Even as you try escaping, let it take you
and tear you open
like a letter sent
like a sentence inside
you’ve waited for all your life
though you’ve committed nothing ;
let it send you up.
Let it break you, heart.
Broken-heartedness is the beginning
of all real reception.
The ear of humility hears beyond the gates.
See the gates opening.
Feel your hands going akimbo on your hips,
your mouth opening like a womb
giving birth to your voice for the first time ;
Go singing whirling into the glory
of being ecstatically simple.
Write the poem.

SF3

 

CHEMINEMENT

Marche vers ton cœur brisé.
Si tu penses que tu n’en as pas, va t’en trouver un.
Pour le trouver, sois sincère.
Connais la sincérité de tes désirs en laissant
la vie entrer, parce que tu n’arrives à rien, vraiment à rien
si tu t’y prends autrement.
Même si tu essayes de te défiler, laisse-la te prendre
et t’ouvrir comme si elle déchirait
l’enveloppe d’une lettre
qui contient un jugement
que tu as attendu toute ta vie
bien que tu n’aies rien fait de mal.
Laisse-la t’envoyer en tôle.
Laisse-la te briser, mon cœur.
Un cœur brisé c’est le début
de toute perception véritable.
Ton humilité a des oreilles, elles écoutent derrière les portes.
Regarde ces portes en train de s’ouvrir.
Sens que tes mains se posent d’aplomb sur tes hanches,
que ta bouche s’ouvre comme un ventre
qui enfante ta voix pour la première fois.
Va, chante, entre et virevolte dans la radiance
d’exister en pleine extase, simplement.
Écris ton poème.

Traduit en français par Gilles B. Vachon

 

P1010890

 

Un poème que j’ai écrit lors du festival de San Francisco en 2009

et publié dans « Poèmes du Nouveau monde », écrits des Forges, 2011

Le rire du dinosaure

Cette nuit, j’ai partagé l’appartement d’un dinosaure.
J’ai couché dans la chambre à côté de la sienne
Et c’est vers trois heures du matin que je l’ai entendu…
Sortant de la caverne de sa poitrine :
De sombres éclats de voix,
Des grommellements, d’abord, puis, soudain un beuglement,
Quelque chose comme un barrissement
(Faute de littérature scientifique suffisante sur le sujet
On ne sait pas trop par quel terme exact
Désigner le cri du dinosaure).
En fait, je ne comprenais pas vraiment ce qu’il disait,
Sauf, de temps en temps, un mot qui revenait, un cri :
« Aggie! »
En rêve, il appelait la femme blonde
Penchée sur son grand corps de dinosaure,
Car le dinosaure parle quand il est profondément endormi,
(Après avoir fini sa bouteille de vodka).
Dans son rêve, les ordinateurs ont pris le pouvoir
Et ils écrivent des kilomètres de poèmes
Que personne ne comprend ;
Staline travaille maintenant dans une nurserie
Et il a un bébé sur chaque bras ;
Les « ismes » n’existent plus
Et pourtant les peuples tendent les mains dans les rues…
Puis, il se calme
Et voici que, soudain, il rit aux éclats
D’un rire énorme.
Qu’est-ce qui lui prend de rire comme ça ?

Peut-être quelqu’un lui a-t-il dit
Qu’il appartenait à une espèce
Depuis longtemps disparue
De la surface de la Terre.

Ivry2012-7

Poèmes sans culotte

Mercredi 4 août 2021

4 août

 

Poèmes ss cul couple2

 

Les tombeurs de la Bastille

Parmi les tombeurs de la Bastille
plus d’un, plus d’une
n’était pas parfait
Certains avaient même de sérieux défauts
Pierre-Antoine buvait
Gros-Georges jouait et battait sa femme
Aline aussi était portée sur la boisson
et c’était une vraie harengère
Aristide était pingre et enfermait sa belle-fille à la maison
Alix était volage
et Julie terriblement jalouse
Jean-François, ouvrier chez Revillon,
perdait tout l’argent qu’il gagnait
avec des prostituées
Jean-Baptiste maltraitait volontiers son chien
Dominique, l’apprenti boulanger, avait deux mains gauches
Marie était superstitieuse
Elle craignait monsieur le curé, croyait aux horoscopes
et courait les diseuses de bonne aventure
Petit-Jean aussi était crédule et faible
Plus d’une fois il s’était fait rouler
ou frapper par plus grand que lui
L’un était un peu bas de plafond
L’autre était estropié
La plupart ne sortaient pas de l’Université
Beaucoup même ne savaient pas lire
et leurs connaissances historiques étaient des plus limitées
Ainsi, parmi les héros tombeurs de la Bastille
plus d’un avait de sérieux défauts
(Comme ont souvent les gens du peuple,
et les autres aussi,
aujourd’hui tout autant qu’hier)

Et pourtant,
emportés par leur colère
et portés en avant d’eux-mêmes
par leur mouvement de foule
ils ont accompli la plus pure des actions
et ils ont écrit, eux, les illettrés,
l’une des plus belles pages
de l’histoire de l’humanité.

 

 Poèmes ss cul homme

 

Sur le peuple français

(contre la pédagogie de l’auto-phobie)

Le peuple français, la chose est connue,
a de sérieux défauts
Il a la tête légère
Toujours prêt à faire la fête
à boire et à manger
à danser et à s’aimer

Le peuple français,
(les gouvernants vous le diront)
a de sérieux défauts
(C’est en tout cas ce qu’ils essayent
de lui faire entrer
de force dans la tête)

Il paraît qu’il n’a pas assez
la tête au travail
Il est toujours en retard
sur ses voisins
qu’il devrait imiter
pour faire la course en tête

Mais le peuple français
n’a peut-être pas
la tête de l’emploi

Où ce peuple a-t-il donc la tête ?
Peut-être bien sur les épaules
(Le peuple français
a oublié d’être bête)

Il est réfractaire, paraît-il
et désobéissant
(En vérité
pas assez souvent)

Mais il n’aime pas qu’on se paye sa tête
Ni qu’on touche trop
à ses libertés
C’est pourquoi on dit de lui
qu’il a la tête près du bonnet

Parfois
il envoie tout valser
et jette son bonnet
par-dessus les moulins

En vérité,
il n’en fait qu’à sa tête

Il lui est même arrivé
(il ne faudrait pas l’oublier)
autrefois d’en faire tomber.

Poèmes ss cul femme2

 

Les Sans-culottes

Les sans-culottes sont à poil
Ils n’ont pas d’armée
Pas de télévision, pas de grands médias
Pas de grand parti
Pas de porte-parole, ni de leader vénéré.

Les sans-culottes
N’ont que leur bite et leur couteau
(Et encore, pas toutes)
Mais c’est assez, semble-t-il,
Pour prendre une Bastille.

Poèmes ss cul caravane

Ode de l’Âne rouge, en forme de plaidoyer pro-domo

Lundi 19 juillet 2021

IMG_1002(Edited)

Oui, je l’avoue, je dois être un âne.
Pourquoi ? Parce que je suis rouge
Et que c’est, comme chacun le sait,
La couleur des ânes.

Oui, je dois être un âne,
Car je rue dans les brancards
Et je tire sur ma corde.
Nos maîtres étant par trop insupportables,
Ils me font souvent braire
Et j’ouvre grand ma gueule.

Qui me connaît le confirmera :
Je suis pourtant d’un naturel
Doux et confiant.
Mais il ne faut pas trop me chercher
Car je sais mordre.

Je suis du genre endurant
Et patient (« Patience » est même le nom
Qu’un grand poète m’a donné).
Et je peux faire montre de fidélité.
Mais, je le reconnais,
Je n’en fais qu’à ma tête.

Je ne prétends pas être libre
J’ai porté mon faix
Parfois sur des chemins escarpés
Et je continue
Mais ce n’est pas une raison
Pour me traiter d’âne bâté.

J’ai souvent l’air hésitant
Et pensif… (Je le suis).
Mais en fait je suis têtu,
C’est connu.
Et déterminé.
Quand j’ai décidé où je voulais aller
Pas facile de m’en détourner.

Je dois être un âne
Car j’ai beau avoir beaucoup marché
De moi, on ne pourra jamais dire :
« Il est arrivé ».
(Probable que je ne suis
Pas doué pour les honneurs
Ni les affaires.
Mais a-t-on jamais vu
âne s’enrichir ?)

Je n’ai pas non plus le sens
Suraigu de la propriété.
D’ailleurs, ce n’est pas moi
Qui ai planté ces piquets
Tout autour du pré.

On dit « bête à manger du foin »
C’est un propos de paysan
Qui n’en a jamais mangé.
Mais ne lui en faisons pas reproche.
(Tout le monde
N’est pas herbivore).

« Pourquoi rouge ? », me demandera-t-on.
Est-ce une aberration de la nature ?
Une rareté
Comme rouquin chez les humains ?
Une exception,
Un problème de pigmentation,
Comparable au cas des albinos?
Nenni, plutôt,
« Entraînement de milieu »
Aurait dit Aragon.
(Cela vient de mes parents
Et de mon propre cheminement
Sur les sentiers de la vie
Bordés de ronces et d’églantine).

On pense que je suis triste.
(Peut-être pas autant
Qu’il n’y paraît.
Mais à voir ce que les humains font
De la nature,
De la culture,
De leur science,
De leur société,
Et de leurs propres enfants,
Il y aurait de quoi…

Si beaucoup de mes camarades
Se contentent d’en être tristes
(Ce qui leur donne le poil gris),
Moi et les miens, nous voyons rouge.
D’où cette couleur
Somme toute naturelle.

« Doctus cum libro
Asinus, sine »

Disait mon bon maître,
Qui se moquait volontiers
De sa propre espèce.
Mais voilà que pour les petits comme pour les grands
On a remplacé les livres par les écrans…
Qu’allons-nous devenir ?

(Il faut dire que les livres eux-mêmes
Censés nous rendre plus savants
Le plus souvent
Ne servent qu’à divertir…)

Bien sûr, il est rare
Qu’on me tende un micro.
Je ne fais pas partie
Des experts patentés
Que la télé invite
Quelque soit le sujet.
Etant toujours d’accord
Avec l’autorité
Ils peuvent avec autorité
Parler de tout à tout propos.
Même de ce qu’ils ignorent.
Et leur avis
Est des plus avisés.

Moi, je dois être un âne
Car, comme le dit le philosophe,
« Je sais que je ne sais rien ».
En tout cas très peu…
Et le peu que je sais
Je préfère le partager
Avec mes congénères.

Déjà en son temps
Hugo sur ces sujets
Et sur mon propre compte
Avait dit des choses décisives.

N’étant pas très bavard
Et encore moins vantard
Je n’ajouterai rien
Et m’arrête donc là.

Le 10/07/2021
ane rouge

La mort de Tycho Brahé

Mercredi 7 juillet 2021

Tychi Brahe

Il est des hommes qui brillent dans la vie par leurs actes
et certains – parfois les mêmes – brillent aussi par leur mort.
Tycho Brahé, l’astronome danois, fut de ceux-là.
Disciple de Copernic, il eut pour disciple Kepler.
On lui doit de grands progrès dans l’observation du ciel
pour laquelle il se dota de savants instruments.

Ayant suivi en 1572 le passage de la Supernova
il remit en cause l’idée d’Aristote
de l’immobilité du monde supra-lunaire ;
mais il croyait à celle du monde sublunaire.

Tyco brahé théorie

Il avait prévu le passage de la Grande Comète de 1577
mais il croyait encore que la Terre
se tenait sagement au milieu
de l’Univers
(conformément à la loi de Dieu).

Tycho Brahe

Lors d’un duel avec un lointain cousin
qui s’était moqué d’une de ses prophéties
celui-ci lui coupa le nez.
Il dut porter ensuite un appendice artificiel
fait, dit-on, de cuivre et d’or.
(Par quoi il brillait en société
comme ses chères étoiles dans le ciel).

Mais sa mort fut plus remarquable encore.
Alors qu’il vivait près de Prague,
l’empereur Rodolphe II l’invita un jour
à voyager avec lui dans son carrosse.
Le voyage était long
et forte son envie de pisser…
Il n’osa pas demander qu’on arrêtât le carrosse
et mourut dans la nuit
d’une crise d’urémie.
Tycho Brahe et nez

Ainsi a fini
ce savant observateur du monde céleste
qui observait trop les convenances terrestres
et avait pour les astres
princiers
trop de respect.

le 30/12/2020

Un jour d’automne à la Samaritaine

Lundi 28 juin 2021

Souvenir de la Samaritaine avant sa rénovation.

Poème publié dans mon recueil « La Fabrique du bonheur », Écrit des Forges, 2000

Pigeon rouge

En vain, je t’ai attendue toute une après-midi
À la Samaritaine, assis sur la terrasse.
Longtemps, comme à la hune d’un bateau,
J’ai regardé la flamme dans le vent
D’un fanion qui faseye.
En altitude,
Les nuages qui vont, courant dans le ciel jaune
Ont l’air plus solitaires.
À la hauteur des têtes,
S’envolent des moineaux.
Des Invalides,
J’aperçois le dôme que le soleil redore.
Près du Pont-Neuf une péniche
Comme en dormant très lentement se traîne
Et lance un cri très triste de sirène.
Les bruits de la ville montent vers moi
Humblement et se perdent.
Je domine Paris,
Et sens que m’envahit
La torpeur si coutumière aux dieux.
J’ai là, sous les pieds, tout un grand magasin
Comme une ruche immense bourdonnante de femmes,
De mots caressants et joyeux, chuchotés et câlins,
De tissus que l’on touche et qui s’offrent, soyeux…
Et bientôt me saisit
Une ancienne et toujours vive tentation
Pour nous autres, les Terriens :
Je sens que dans le dos me poussent des ailes ;
Je me change en ange…
Mais personne n’y prend garde,
Pas même à la table voisine
Les jolies touristes qui boivent leur thé brûlant sans un regard pour moi.
Emmitouflé dans le manteau de ton amour
J’écris et je t’attends.
Je suis en ce moment un poète céleste
Et frigorifié
Avec, pour tout compagnon,
Un café-calva, un papier
Et un bout de crayon.
Mais voici que le froid qui commence à m’engourdir
M’éclaircit l’esprit :
« Le monde, me dis-je,
Pris d’une soudaine inspiration –
Il ne faut pas seulement
Le regarder d’en haut ! »
Alors
Touché par cette révélation
je change d’altitude
Et
les bras serrés au corps
Les mains dans les poches bien enfoncées
Avec application
J’observe à mes pieds le manège des pigeons,
Compères claudiquant, silencieux et modestes
À qui nous ne prêtons guère attention.
Le tiers-monde des oiseaux,
Petit peuple des laissés-pour-compte,
S’aventure entre nos tables
Quêtant des miettes à picorer…
Je les observe et me dis :
Que ferions-nous
Si,
D’aventure
dans la nuit,
Les pigeons de Paris se changeaient en géants
Et marchaient dans la rue
Pour réclamer leur dû ?…
Pendant que, mâchonnant mes vers,
Je médite intensément
Sur cette question
Plus importante qu’il n’y paraît
Le jour – qui, visiblement
N’en avait rien à faire –
S’en va
Et toi,
Tu ne viens pas…
Il se fait tard,
Nous nous sommes manqués.
(Peut-être es-tu déjà rentrée ?…)
Ah ! Ne me dis pas ce soir
Sur un ton de reproche :
« Où étais-tu passé ?
Pourquoi ne m’as-tu pas cherchée ? »
Ne me dis pas que toi aussi tu étais là
Que tu t’impatientais
Deux étages plus bas…
Moi,
Je t’attendais,
J’étais dans les nuages
Et j’y ai pris froid.

samaritaine

Fable tirée de l’histoire de la République de Weimar

Lundi 14 juin 2021

rot front

Dans les rues de Berlin défilent
Menaçantes, les chemises brunes.
Et face à eux, marchent au pas
Les bataillons du Rot Front

Le poing levé, contre les Nazis
Et le ministre social-démocrate, Carl Severing,
Qui veut mettre hors-la-loi le Rot Front.
(On sait qui tira les marrons du feu).

Entre Severing et le Rot Front
Ce n’était pas une petite question d’ego,
De défense d’intérêts d’appareils,
De prééminence ni de concurrence
Électorale. Entre les sociaux-démocrates
Et le Rot Front, il y avait le sang
De Karl Liebknecht et celui de Rosa.
Leurs raisons étaient des plus sérieuses.
(Pourtant, nous savons
qui tira les marrons du feu).

Le 30/V/2021

Rot Lux et Liebkn

La Fontaine de Jouvence

Dimanche 6 juin 2021

Fontaine

Le temps qui passe nous fait offense
Mais notre amour semble durer.
Serait-ce donc affaire de chance
Ou d’humaine nécessité ?

De grand vouloir aussi, je pense
Le long désir de s’entr’aimer
Nous fait sourciers de transparence
À l’antre obscure des baisers.

Il faut pour faire l’amour durer
Le feu, la fougue et la patience…
Aimer de toute éternité
Nous est Fontaine de Jouvence.

Le 9/V/2021

 

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