Archive de la catégorie ‘actualités’

La chanson de l’amour qui dure

Mardi 10 juillet 2018

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Ah ! L’amour fait passer le temps
Et le temps fait passer l’amour.
Ainsi que le disent les gens
Le nôtre dure pourtant toujours.

Averses, soleil, tour à tour
Il a essuyé quelques grains
Mais l’embellie jamais ne craint
Croiser la pluie sur son parcours.

Rimes croisées, entrelacées,
Qu’importe l’air et la chanson
Nos vies se sont croisées, lacées.
Fort est le nœud que nous faisons.

Nos vies mêlées se sont lacées
Sans se lasser ; le croirait-on ?
Grâce à ces lacets, nous portons
Tous deux des sandales ailées.

L’amour est un désir qui dure,
Disent les gens ; ils ont raison…
C’est, ce n’est pas, seule décision.
Douce est la chanson qui nous dure.

L’amour est un combat sur Terre
Commun pour vivre solidaires…
Désir, tendresse, main dans la main,
Nous tiendrons bien jusqu’à demain.

Le Match

Mardi 3 juillet 2018

- Barcelone/Real de Madrid- Liga - 01.04.2006

Comme la limaille attirée par l’aimant
comme les électrons attirés par le noyau
comme les flocons, les feuilles, la pluie
obéissant à la loi de l’attraction terrestre qui tombent sur le sol irrésistiblement
comme les fidèles qui se dirigent vers la mosquée
pour le prêche du vendredi
les supporters
sortent de la station du RER
descendent de voiture
marchent sur les trottoirs
déboulent par les rues
pour rejoindre le stade
l’immense soucoupe blanche
posée sur la banlieue
avec en son centre
le cercle vert luminescent de la pelouse
vaisseau extraterrestre prêt à s’envoler
pour emporter
joueurs et spectateurs
pendant une heure et demie
ailleurs
plus haut
sur une planète
où ils seront les plus forts.

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C’est ici le Temple
où vont faire leur apparition
se produire, comme on dit,
ceux qui ne produisent rien
que le spectacle
d’un miracle :
les « dieux du stade »
les très humains gladiateurs
olympiens.

Match,
Moment sacré de transe
où chacun restant lui-même
devient un autre.
« Le plus beau jour de ma vie »
déclare une jeune femme
un soir de victoire
en Coupe du monde
alors qu’elle n’y est pour rien
et qu’elle ne touche
pas un ballon.
(Vie par procuration)

drapeaux

En ce moment
sur le terrain
un garçon
jonglant avec ses pieds
défie les lois
de la pesanteur
et place le ballon
dans la lucarne
ouvrant une fenêtre sur la victoire.

Alors
le stade
entre en lévitation

Le stade tout entier ?
La moitié seulement…
l’autre siffle et hue
et tape des pieds.

Karim est là, comme chaque fois
Karim est supporter de l’OM
Il déteste le PSG.
Il brandit
le drapeau de l’Algérie si c’est l’Algérie
qui joue et celui de la France
si la France qui joue contre un autre pays.

(Karim a des amours multiples
mais chaque fois
exclusives).

On ne sort plus le drapeau que pour les matches
et La Marseillaise est devenue
un hymne sportif.

« Qui ne saute pas n’est pas Français »
scandent les supporters en tapant des pieds

car ici, il faut communier
et fusionner…
« Enculés ! Enculés ! »

Dans les tribunes les supporters
se sont fait des peintures de guerre
comme des Indiens
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(Dans cet univers, la compétition
sportive est l’image
de la concurrence pure et parfaite
où tous les acteurs
sont à égalité
et que le meilleur gagne !
En vérité,
la concurrence est tout le contraire ;
elle est imparfaite, inégale et impure
et le sport, une évasion
organisée
pour échapper, l’espace d’une soirée,
à l’engrenage quotidien
de la guerre
économique.
Mais le sport
est aussi la poursuite
par d’autres moyens
de cette même guerre.)

L’un des rares moments
où le peuple
se réunit
et communie
dans sa division.

Passion du jeu ?
passion du beau jeu ?

Panem et circenses

« L’important, c’est de participer »,
disait Pierre de Coubertin
aujourd’hui, chacun répète :
« Seule la victoire sera belle »

Puis,
dans la nuit,
une fois la passion retombée
et l’effet de la bière dissipé
tous retournent se coucher.

Nouveauté

Dimanche 24 juin 2018

Vient de paraître la monographie consacrée à Francis Combes
dans la collection « Poètes trop effacés »…
Avec une sélection de poèmes pris dans les différents livres publiés depuis 1981.
Et une dizaine d’inédits. 

 Couv Athanor FC blog


Poème en forme de flûte

Pas loin de la Gare de l’Est
Juste à côté d’un abribus
une femme est debout
presque dressée sur
la pointe des pieds
elle sourit et fait
un signe vers
une fenêtre
à l’étage
en face
qu’elle
vient
sans
doute
de
quitter
elle est
à cet instant
une flûte de champagne
où montent des bulles de légèreté.

Pour se procurer ce livre vous pouvez le commander aux éditions LE NOUVEL ATHANOR
70 avenue d’Ivry – Boîte 270 – 75013 Paris
15 € – franco de port 16 € (Chèque à l’ordre de : Le Nouvel Athanor)

Le Rétamage (Marius Roy – 1833-1921)

Samedi 23 juin 2018

Le Musée Paul Valéry de Sète organise une exposition du 30 juin au 4 novembre,

sur le thème « Peinture et poésie ». Chaque toile, prise dans la collection du musée,

est accompagnée par le texte d’un poète contemporain.

Pour ma part, j’ai choisi le tableau de Marius Roy,

Le Rétamage (1833-1921) huile sur toile (155 x206 cm).

le rétamage Marius Roy

Sur la toile de Marius Roy, l’ouvrier qualifié
(avec une élégance de mousquetaire)
recouvre lentement d’une couche d’étain
un pot pour combattre l’oxydation.
(Scène pacifique valant bien des sujets militaires).
Entouré de ses pioupious apprentis
il transmet les gestes précis du métier.
A ses pieds, toute une armée en déroute d’ustensiles
attend d’être remise en ordre et de se rendre utile.
(Le peintre de métier ne dédaigne pas peindre les métiers).

Aujourd’hui, l’électrolyse a fait des progrès.
On ne rétame plus guère marmites et vieilles poêles…
La classe ouvrière
(ainsi que son histoire, dont elle peut être fière,
même si s’attachent à sa gloire
quelques casseroles)
a été mise au rebut.
Et c’est le travail lui-même qui est rétamé.

Pourtant, aux quatre coins de la Terre
Par la main, l’œil, le cerveau,
la machine-outil et l’ordinateur,
les nouveaux travailleurs (ceux qui continuent de se lever tôt)
s’attachent toujours à rétamer notre univers
pour le faire tourner, le rendre plus utile et plus beau.

Richesse et pauvreté

Dimanche 17 juin 2018

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Comme je suis pauvre,
je ne peux t’offrir
que le monde entier.

*

Mieux vaut être un poète pauvre
qu’un pauvre poète

*

Notre richesse ?
Ce qui n’a pas de prix.

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Gaza aujourd’hui

Jeudi 17 mai 2018

Le massacre par l’armée israélienne des manifestants
désarmés de la bande de Gaza rappelle un autre
massacre qui avait révolté les consciences,
celui de Sabra et Chatila.

A l’époque, j’avais rédigé un bref poème, qui avait
servi à une affiche.

 

Palestine

Chatila

Quand il reviendra
sourd de peine, de honte et de colère
sur la tête,
le Messie portera
le foulard des Feddayin.

Et, en 2004, reçu à Gaza par le poète palestinien
Ahmed Dahbour, aujourd’hui décédé, j’avais été
impressionné par les conditions de vie impossibles
faites aux habitants et par le courage de
la jeunesse estudiantine que j’avais rencontrée.

Je connais une prison nommée Gaza
                                                           pour Ahmed Dahbour

Dans Gaza sont prisonnières les gazelles

Les Palestiniens sont entassés entre la mer et le désert
parqués derrière des barbelés et des miradors

à Gaza les enfants ont beau courir dans les rues
au mépris du danger au milieu des voitures
ils ne voyagent pas

à Gaza les mulets qui tirent leurs carrioles
ont beau trottiner toute la journée
jamais ils ne s’évadent

à Gaza les voitures ont beau klaxonner
et se croiser en tous sens
jamais elles ne prennent le large

à Gaza les rêves des étudiants
ont beau pousser dans les livres
jamais ils ne fleurissent

à Gaza le sable à beau se soulever,
jamais il ne s’en va

et la mer elle-même,
avec ses poissons et son horizon
est en prison.
                                                                                              (in La Barque du pêcheur, éditions Al Manar)

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Trois poèmes de circonstance

Mercredi 9 mai 2018

                                                                  Avec une pensée pour Brecht


TV5 Monde

Maquillage

Avant l’émission de télé, on m’a poudré le nez,
tamponné les joues, estompé des rougeurs
effacé quelques rides
et l’ombre grise de la barbe sur la peau,
que je paraisse plus beau…
(D’ordinaire
nul ne s’occupe de moi comme ça).

Mais c’est ainsi que l’on fait
avec les gens qui passent à la télé.
Pour qu’ils passent bien,
il faut les maquiller.

C’est que le mensonge
ne peut pas être dit sans fard.

La vérité,
non plus,
d’ailleurs.

*

Le Théâtre de marionnettes

marionnettes
Devant le castelet, dans le jardin public
les enfants regardent le spectacle de marionnettes,
un Vaillant Chevalier, une Belle et un Dragon…
Il ne doit y avoir aucun doute dans l’assistance
sur qui sont les gentils et qui sont les méchants.
Le public horrifié pousse des cris ou applaudit
quand le chevalier frappe de son épée
le dragon soupçonné de pouvoir cracher du feu.
Avec sa croix d’attelle, le montreur, caché
manipule ses fantoches et c’est nous le public
qui dansons la gigue au bout de ses fils.

*

Une question sans réponse

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Il nous est souvent reproché,
à nous autres les marxistes, remarquait Brecht,
d’avoir réponse à tout.
Il faudrait donc, proposa-t-il,
établir une liste des questions
pour lesquelles nous n’avons pas de réponse.

En voici donc une :
« Jusqu’à quand
ce qui ne peut plus durer
peut-il encore durer ? »

(La réponse, évidemment,
appartient à tous).

*

Kang5

Modeste demande

Lundi 2 avril 2018

oiseau

Oui, je l’avoue,
j’en ai assez
(souvent)
d’écrire des poèmes contre la guerre,
le racisme,
l’exploitation,
l’injustice,
la destruction des hommes
et de la nature…
Je voudrais n’avoir à écrire
que sur les sujets
qui le méritent vraiment :
les femmes,
les enfants,
les fleurs,
les oiseaux…

Alors,
s’il vous plaît,
mes amis,
rendez-moi un petit service :
Débarrassez-nous
du capitalisme.

rose Bury

Appel d’air

Lundi 19 mars 2018

Nelson fenetre

« Si on ouvre la porte
à tous les pauvres de la Terre
ça fera un appel d ‘air ».

« Enfin… »
se dit l’homme
accoudé à sa fenêtre
et qui a du mal à respirer.

La marche du cœur

Dimanche 25 février 2018

Mimosa

1
Allongé sur le lit de la chambre d’hôpital, j’écoute les rumeurs confuses de la circulation, le chuintement du bus qui s’arrête sous les fenêtres, les coups de klaxon et de freins,

Allongé sur le lit, chambre 19, à l’hôpital de la Roseraie, je suis moi-même une ville pleine de rumeurs et de bruits
Comme la ville à la limite de l’embolie, moi aussi j’ai des problèmes de circulation, des artères rétrécies, des risques d’embouteillages, des voies en chantier, des canalisations qu’il faut réparer…
La vie trépidante, la course permanente, le travail, le stress, l’appétit de vivre qui nous fait lever tôt, cet appétit de gros mangeur à dévorer des montagnes et qui est notre idée même du bonheur, cet appétit qui nous fait vivre est aussi ce qui nous tue.
Et il en va pour moi comme pour la ville et pour la Terre entière.
Mais, pour moi, ce n’est rien…
Passant par le bras, l’égoutier qui va descendre dans mes artères pour les dilater est chaussé de délicatesse et je sortirai, le cœur remis en état de marche.
Avant l’intervention, pour l’électrocardiogramme, l’infirmière me pose sur la poitrine, les bras, le bas-ventre une dizaine de patches qui me font autant de nouveaux tétons sur le corps me changeant ainsi en un mutant improbable, un chien de mer échoué sur la plage de mes draps, une déesse futuriste de la fécondité.
« Epilation gratuite garantie », plaisante l’infirmière quand il faut enlever les patches. (Voilà que je  partage l’expérience douloureuse de mes sœurs, les femmes).
Dans l’attente de la coro, allongé sur le lit de la chambre d’hôpital, je lis Ma sœur la vie, de Boris Pasternak
(La poésie, c’est la vie transfigurée, la vie à côté, comme entre parenthèses ; mais pas comme dans une chambre d’hôpital,
plutôt la vie désirée, la vie regardée par la fenêtre d’une chambre d’hôpital.
La poésie, c’est la vie rêvée, la sœur imaginaire de la vie.)

2
Pour toi, mon frère, la chose a été bien plus sérieuse.

La veille de Noël tu as eu un infarctus. Aux urgences, les médecins ont essayé de faire repartir ton cœur à coups d’électrochocs, mais il ne voulait rien savoir.
A peine redémarrait-il qu’il s’arrêtait…
Alors, ils t’ont dirigé dans la nuit vers l’hôpital Bichat où l’équipe qui t’a pris en charge
a décidé de tenter une transplantation.
Deux jours après, ils ont enlevé ton cœur et ils t’en ont mis un autre.
Le cœur  de qui ? Tu ne le sais pas. Tu ne le sauras jamais.
Un motard qui a fini sa course contre un rail de sécurité ?
Une jeune et belle femme dont le cœur était à prendre ?
Peu importe… Un cœur est un cœur… c’est une pompe cachée dans la nuit du corps, une pompe qui alimente toute la machinerie des organes, un moteur autonome et résistant
auquel en général on ne pense pas, un ouvrier tenace qui fait son boulot dans l’obscurité de la salle des machines, à fond de cale, et à qui on ne prête pas attention.
La seule chose qu’on lui demande, c’est de se faire oublier.
Étrange, le cœur… les chansons en sont pleines, les romans, les films, les poèmes en parlent tout le temps, mais dans la vie réelle, en temps ordinaire, le cœur, le vrai, on ne s’en occupe guère.
Et voilà qu’ils t’ont fait un échange standard, comme avec le moteur d’une voiture
(après avoir ouvert le capot de ta poitrine).
Ainsi, une fois encore, il est démontré que ce sont les hommes (et non pas leurs dieux ni leurs religieux) qui accomplissent les vrais miracles…
Et, si certains s’imaginent que l’humanité marche à reculons et de travers, comme les crabes,
ici, elle avance et elle progresse…
F Hop

3

Merci donc à ceux qui réparent tous les jours les cœurs,

Merci aux cardiologues, aux chirurgiennes et aux chirurgiens, aux infirmiers et infirmières, aux aides-soignantes et aux aides-soignants
qui vous prennent le pouls,
qui écoutent votre poitrine, comme l’Indien qui pose sa tête contre le sol pour guetter l’arrivée du train ou le tonnerre du volcan,
Merci à ceux qui scrutent les mouvements de votre cœur sur leurs écrans,
comme le paysan qui observe le ciel pour savoir s’il pleuvra, s’il y aura de l’orage et si les récoltes ne vont pas être détruites,
comme l’ouvrier, le technicien qui surveillent leurs machines de haute précision,
comme le matelot qui suit les bulletins météo pour savoir si la tempête menace ou guette sur le sonar les récifs et les bancs de poissons.
Merci à tous ceux qui vous piquent, vous explorent, vous réparent, avec leurs pilules, leurs ressorts, leurs lubrifiants, leurs valves…
Merci à ceux qui réparent tous les jours les cœurs.

4
La vitre de la chambre est bloquée. On peut à peine l’entrebaîller pour laisser passer un courant d’air.

(Peut-être est-elle fermée pour empêcher les patients se prenant pour des oiseaux de sauter par la fenêtre)…
La tête d’un grand marronnier arrive à la hauteur de ma chambre au deuxième étage.
Un marronnier en hiver. Nu. (Comme celui qui prend sa douche à la Bétadine et se prépare pour l’intervention).
Toutes ses feuilles sont tombées…
Seules de petites boules noires solitaires, des marrons, s’accrochent encore aux branches
(… Je ne leur donnerai pas tort).

5
Michel, mon frère, tu ne fumais pas, tu ne buvais pas, tu ne mangeais pas plus qu’un autre… Et aucun signe avant-coureur, aucun éclair dans le ciel, aucune douleur

ne t’avait alerté (ou tu n’y as pas pris garde).
« On ne mérite pas ce qui vous arrive », me dit le cardiologue avec sagesse.
(Aujourd’hui, on s’imagine volontiers pouvoir tout contrôler… A en croire les magazines, il suffirait de faire du sport, de vivre sainement et chacun serait responsable ou coupable de son état de santé)…
Mais le corps vous joue des tours.
Le corps a ses raisons ; il en fait à sa tête et n’obéit pas toujours à notre esprit
… souvent même, c’est lui qui commande…

6
Pourtant nous essayons de le dompter, ce cheval rétif !

C’est lui qui vous emporte le long de la grève, qui vous fait plonger dans l’écume et ressortir de l’eau.
C’est lui qui nous porte à l’amour, à la lutte et à la joie.
Nous le montons à cru, nous ne l’épargnons pas, nous le faisons courir et nous le maltraitons,
sous nous, ses flancs se couvrent de sueur.
Emportés dans notre course vers l’avant, nous nous retournons de temps en temps mais nous ne revenons jamais en arrière.
Et nous voudrions que la course ne s’arrête pas…

Rêvons-nous devenir immortels ?
Peut-être pas… l’immortalité, nous le savons, est d’un ennui mortel…
Et c’est le fait qu’existe une plage, un rivage inconnu où s’arrêter et se coucher, et ne savoir jamais à quel moment nous l’atteindrons, qui nous donne tant d’élan.
Non, nous ne sommes pas des apprentis-sorciers qui rêvent d’en finir pour toujours avec la mort, car nous savons qu’en finir avec la mort ce serait aussi en finir avec la vie,
avec le renouvellement des cellules, des corps et des esprits.

Même si, de temps en temps, il faut nous changer une pièce, nous ne rêvons pas de devenir des androïdes transhumains, à l’épreuve des balles, des aléas de la température, des émotions, des peines de cœur, des enthousiasmes et des nostalgies.
(L’iode qui m’envahit les veines me chauffe, de la gorge aux testicules).
Immobile, sur la table d’opération, le poignet tenu par du sparadrap, avec un cathéter d’un mètre vingt qui s’enfonce dans l’artère, sous anesthésie et sous perfusion,
je ne me prends pas pour le Christ,
attaché à sa croix qui a souffert sur Terre pour racheter nos péchés.
Nous, nous ne sommes pas ici pour racheter nos péchés.
(D’autres peuvent chanter la Passion… Mais à mes yeux, la souffrance qui est parfois nécessaire, n’est pas sainte.

Nous qui sommes à nous-même nos propres dieux
nous n’avons de cesse de faire reculer la souffrance et la mort
mais elles sont toujours là, à l’horizon de notre vie…
Non, nous ne rêvons pas de devenir éternels ;
nous sommes juste un moment, chacun, de l’éternité terrestre.
Mortels, nous sommes tous des enfants d’Orphée qui n’a pas voulu se résigner
et nous aimerions que cela dure encore un peu…

Nous voulons rester vivants jusqu’à la fin.

C’est la marche du cœur qui nous fait tenir, aimer et avancer.
marronniers

7
P
rise de sang

« Serrez le poing… prenez votre inspiration… je pique ! Voilà, vous pouvez relâcher votre main… »
« Votre inspiration », me dit l’infirmière…
Si chaque fois que j’essaye de trouver l’inspiration, je devais me faire piquer, cela refroidirait sans doute mes ardeurs d’écrivailleur !

8
Le brin de mimosa

Tu m’as apporté le printemps d’un brin de mimosa
odorant, fragile, solaire
qui fleurit en février.

9
La perfusion

Accrochée à la potence,
la perfusion plantée dans mon bras gauche distille goutte à goutte dans mes veines le sérum physiologique.
Tandis qu’au bout de mon bras droit, de mon stylo à ma page, lentement s’écoule le sang noir de l’encre.

(Echanges de fluides,
vases communicants)

10
La clémentine

Couché comme un Romain sur mon lit , je me fais un banquet
d’une clémentine que tu m’as laissée.
Ambassadrice, elle aussi, du soleil, de l’amour et de la vie.

11
La nuit

Je vais chercher les étoiles au fond de mon lit
et la ville qui ne dort pas, dehors se meut lentement
comme une méduse au fond d’un aquarium.
Les lumières découpées en lamelles par le store dans l’obscurité de ma chambre
projettent au plafond des ombres chinoises.

Difficile de trouver le sommeil, avec le halètement des camions, le chuintement des bus à l’arrêt sous les fenêtres, le moulin à café des vélomoteurs qui viennent jouer de la machine à coudre jusque sur mon oreiller…

12
Chant de l’ardeur matinale

S’éveiller le matin dans la chambre d’hôpital,
le sexe en érection qui tend le tissu du pyjama chinois.
Miracle ordinaire et banal de l’ardeur matinale
Le cycle des hormones masculines ne s’arrête pas
La vie reprend ses droits.

La ville aussi s’éveille…
C’est l’heure de s’y mettre
avec joie, avec cœur.
Le matin, pour chacun ce devrait être l’instant béni de faire ce qui vous chante,
aimer, cultiver son jardin, écrire un poème
cueillir le présent d’une perle de rosée…

Les hommes ont leur heure… Et les femmes ?
Les femmes ont-elles aussi leur heure à elles ?

Bien sûr, nous voudrions leur donner toutes les heures de la journée…

Mais s’il est une heure qui leur serait particulière
que ce soit celle de la soierie des soirées
que nous aimerions à leurs pieds comme une robe déposer et déplier.

Aubervilliers, La Roseraie
du 18 au 20 février 2018

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