Archive de la catégorie ‘actualités’

Le Planétariat

Dimanche 23 juin 2019

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à Jack Hirschman

 

Nous qui n’avons qu’une Terre
à tenir dans nos mains
une Terre à bercer
une Terre à soigner
une seule Terre
pour patrie
une Terre pour habiter
et se tenir debout
les uns avec les autres
Nous qui n’avons rien
que nos mains pour vivre
et notre esprit
Nous qui n’avons rien
que nos rêves d’amour
et nos nuits étoilées
Nous dont les ondes
électromagnétiques
parcourent le monde
à la vitesse de la lumière
Nous qui nous parlons
de bouche à oreille
par–dessus les frontières
Nous qui ne sommes rien
mais dont tout dépend
et même le destin
de la planète Terre
nous les nouveaux parias
nous, les ombres claires
nous les en-nombre, nous les plus nombreux
nous qui sommes le peuple-monde,
le peuple à-venir
nous voici, nous venons
hommes
femmes
enfants
Terriens
nous sommes
le Planétariat.

terre-globe

फ्रान्सिस कोम्बस् (फ्रान्स) (Sagesse traduit en népalais)

Dimanche 16 juin 2019

Mise en page 1

फ्रान्सिस कोम्बस् (फ्रान्स)
ज्ञान
किनकी
गुलाफको फूल मर्छ
के त्यसैले जीवन असङ्गत हो?
तर गुलाफको मृत्यु नै
गुलाफको बोटको जीवन हो।

(Traduit en népalais par Keshab Sigdel)

Sagesse

Alors
parce que la rose meurt
la vie serait absurde ?

Mais meurt la rose
et vit le rosier.

(in Si les symptômes persistent consultez un poète, Le Merle moqueur)

Wisdom

So,
because the rose dies
is life absurd?

But the death of the rose
is the life of the rosebush.

(traduit en anglais par Alan Dent, in If the Symptom Persist, Smokestack Books)

Keshab-Sigdel-photo

Et un poème de Keshab Sigdel traduit en français par Francis Combes :

La boutique à thé

Tous les matins, ils viennent
dans sa boutique
pour prendre une nouvelle tasse de thé.
Après en avoir déjà pris plusieurs
chez eux ou ailleurs.
Ici, il n’y a rien de spécial :
mais Mithila vaujau a le sens des convenances,
nécessaires dans les affaires.
Elle sourit indistinctement
à quiconque
entre dans sa boutique.
Sauf ces jours où
un habitué pique un journal
dans le salon de thé
et ressasse les nouvelles
sur la nocivité du gaz de schiste
ou la hausse du prix du sucre.

Ils viennent et ils parlent de leurs affaires,
le nouveau chef au bureau,
ou l’entrée des communistes au gouvernement.
Elle n’en n’a rien à faire de ces propos
mais elle les aime bien
car elle a le sens de l’étiquette
pour une commerçante :
aimer les choses
qui vous rapportent.

PS : vaujau en népalais signifie belle-sœur.

En ce jour d’anniversaire

Vendredi 31 mai 2019

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Aujourd’hui, trente-et-un mai,
c’est le jour de mon anniversaire.
(J’ai reçu pas mal de messages
envoyés de l’autre côté de la Terre
par des gens que j’aime).
Soixante-six ans…
l’âge enfin d’être peut-être sage.
Moi-même, j’ai du mal à y croire.
Malgré mes cheveux gris
et quelques dents que j’ai perdues
je me sens toujours
presqu’adolescent,
en tout cas
éternel apprenti du printemps.

Je marche toujours dans les rues,
porté par un sourire de femme
à peine entrevue,
ou le souvenir
d’un visage qui m’est cher…
Je suis toujours partisan
d’organiser des courants d’air,
toujours ouvert au vent,
toujours ému par les fleurs mauves du lilas
nostalgique et généreux
le lilas, ce bon compagnon
de notre voyage commun
sur cet astre terrestre.

Au fil de ces années,
j’aurais dispersé beaucoup de poèmes
(plus peut-être qu’il ne faut)
moi qui ne voulais écrire que ce qui serait vraiment nécessaire…
Mais sans doute pour moi étaient-ils nécessaires…
La question maintenant est de savoir
si quelques-uns
auront été utiles.

Vouloir faire la vie plus belle
est un rêve
mais la vie réelle
est aussi faite
de la matière des rêves.

Quand tu traverses la vie,
une casquette rouge sur la tête
tu ne dois pas compter
être couvert d’honneurs.

Alors, hier,
pendant que sur scène
lisait une jeune poète,
j’ai piqué dans la pelouse
un simple pissenlit,
modeste, éclatante fleur des pauvres
et me la suis mise,
en guise de décoration,
à la boutonnière.
Manière
à ma façon
d’adresser au soleil
un salut fraternel.

pissenlit

Montréal, le 31 mai 2019

Mea Culpa ? (N’y comptez pas.)

Mardi 21 mai 2019

Pirate

Mea Culpa ?

(N’y comptez pas.)

Il me faut avouer toute honte bue
(La honte est pisse d’âne ou petite bière,
Ce n’est pas avec elle qu’on se désaltère)
Ce qui d’ordinaire en poésie est tu.
J’ai toute ma vie remué ciel et terre,
J’ai manié la truelle et me suis battu,
Souvent défait mais jamais vraiment vaincu
Pourtant je ne suis toujours pas millionnaire.
Les rafiots que j’ai mis à l’eau ont tenu
Mais jamais je n’ai fait au vrai des affaires…

– Mon pauvre, en affaires, il paraît que t’es nul
Poète, tu ne dois pas savoir compter
Si ce n’est sur tes doigts le nombre des pieds.
(Enfant tu étais très mauvais en calcul…
Il est tard aujourd’hui pour t’améliorer).
Tu n’as jamais su amasser de pécule
Miser de l’argent et le faire fructifier
En bons placements, en gens à exploiter.
Tu ignores tout de comment on spécule
Et tu t’es lancé sur les flots déchaînés
À la rame, avec ta barque de papier
Et tes frères d’aventure… C’est ridicule !

Poète, tu es un mauvais gestionnaire !
– Je sais… La faute est honteuse, même pire.
L’argent est de tout désormais le critère
Il est le seul dieu véritable sur Terre.
On juge à son aune les arts et les empires,
La valeur, le sport, les chanteurs, les carrières,
Le sens du travail, le succès littéraire…
La politique aussi se doit de servir
L’économie, c’est le règne des affaires
Et qui le refuse ici n’a rien à faire.
Au vrai, n’ayant pas cherché à m’enrichir
J’y suis parvenu… et dois m’en satisfaire.

Sébastien ne fut pas plus que moi criblé
Mais pour moi ce sont des flèches de papier :
PV, relances, lettres d’huissier, factures…
Attaché au poteau je reçois les traits
De leurs arbalètes, et étant sans armure
Si elles ne tuent pas, elles causent des blessures…
Or n’ayant jamais opté pour la tonsure
Ne comptez pas que je vante Pauvreté.
La pauvreté est un costume étriqué
Qui sérieusement vous gêne aux entournures ;
En elle il n’y a aucune sainteté.

Mais je vais répétant à qui veut l’entendre
« Poète pauvre vaut mieux que pauvre poète »
J’entends, qui n’a guère plus d’une idée en tête,
Sans inspiration, pâle et froid comme cendre
Privé de flamme… n’ayant plus que des lettres.
Vu du pas de ma porte, de ma fenêtre
Le poète pauvre est plus riche, à tout prendre !
Même si je dois, mes amis, reconnaître
Que la vie du commun n’est pas toujours tendre,
C’est de ce côté que le sort m’a fait naître
Et il est sans prix de n’être pas à vendre.

Francis Séb
(janvier-mai 2019)

Le pissenlit

Jeudi 25 avril 2019

pissenlit

Entre les cailloux

sur un sol déshérité

sans personne

pour s’occuper de lui

vaillamment

frêle

mais droit

jaune

tonitruant

né de mère inconnue

misérable

graine

à l’écart

estafette

avancée

d’un peuple

infini

répandu

sur la terre

à

l’avant-

garde

pousse

un

pissenlit.

pissenlit1

 

(Si les symptômes persistent, consultez un poète, Le Merle moqueur)

 

Ode sur ces choses que l’on perd…

Dimanche 14 avril 2019


casquette

Je ne sais pas si vous êtes comme moi
mais souvent, je perds des choses…
Et cela ne date pas d’hier.
(Quand cela a-t-il commencé ?
Il y a si longtemps que j’en ai perdu le souvenir…)
Enfant, déjà, je devais perdre des jouets ;
des petites voitures, mes billes, de temps en temps,
un bel ormeau nacré auquel je tenais,
une collection de timbres ou de pièces de monnaie…
Et parfois, comme tout le monde, j’ai pu perdre mon temps
(mais finalement, très peu…)
Plus tard, j’ai persévéré…
J’ai perdu de l’argent, souvent,
(mon porte-monnaie, des billets et ma carte bleue,
plusieurs fois, et pas seulement…)
Sans doute , cet argent que j’ai perdu
n’est pas perdu pour tout le monde…
Il y a aussi des stylos que j’ai perdus, plusieurs, auxquels je tenais,
des écharpes et des casquettes,
dans le métro, sur une banquette
ou sur le banc d’un jardin public…
Et des papiers aussi… Même des poèmes…
(« Pas une perte pour la poésie française… », diront certains.
Peut-être ceux-là perdent-ils une occasion de se taire,
car les poèmes qu’il m’est arrivé de lâcher par les rues
ne se sont pas perdus…
Ils se trouve toujours quelqu’un pour les recueillir.)

billes

Toutes ces choses que nous perdons nous apprennent
à ne pas trop nous attacher aux biens matériels.
Elles nous font plus légers.
(Et pour moi, qui ai pris du poids, ce n’est pas à mépriser).

Ces derniers temps, j’ai aussi perdu quelques amis,
des gens que j’aimais.
(Mais dans le grand panier dépareillé de ma mémoire,
eux non plus ne sont pas perdus ; je ne les perds pas de vue…
souvent même, ils réapparaissent).
Vivre, de toutes façons, c’est faire l’expérience de la perte.
Et cela risque bien de continuer
jusqu’à ce jour,
où à mon tour,
je me perdrai.

le 2 décembre 2018

Chanson de marche d’une vieille chaussure

Dimanche 31 mars 2019

vieilles chaussures

Ami, crois-moi, la chose est sûre
T’es rien qu’une vieille chaussure
Qui a beaucoup, beaucoup marché
Et dont la semelle est usée

Tu n’iras pas dans un musée
Ton sort est de finir jetée
(On te l’a dit – il faut y croire)
Dans les poubelles de l’Histoire

Ami, vois-tu, ce monde est dur
Pour nous autres, vieilles chaussures
Qui ont beaucoup, beaucoup servi
Et dont le cuir est avachi

Le cuir, pour sûr, mais pas le cœur
Qui bien que pas toujours vainqueur
Jamais n’aura démissionné
Jeté l’éponge, résigné.

Ami, les riches, les gavés
Volent au ciel et en voiture
Pendant que nous, vieilles chaussures
Vaillamment, battons le pavé

Tu auras connu des bonheurs
A défaut d’or, de gloire, de pompe
Et n’as pas eu le déshonneur
D’avoir jamais ciré des pompes

Ami, grolle, godasse usée
Allons en chœur manifester
Ensemble sous notre bannière
Et des grands botter le derrière !

Vieilles chaussures2

Cultiver la merveille

Mercredi 6 mars 2019

Födvar barque Fr+P

Je suis le chemin que je suis
dit un homme qui va.
Toujours sur le départ, toujours sur le retour
(Il n’est joie de partir
que pour qui reviendra).

Nous ne sommes pas candidats à l’exil
et n’avons nul lieu où choisir la liberté.
Nous n’avons pour l’instant qu’une seule planète
et pourtant, nous partons.

J’ai le souvenir d’une goélette peinte sur la chair pâle du bois
dans le cadre rond comme un hublot d’un nœud de platane
planté en bord de Seine, non loin du Louvre,
une goélette suspendue entre ciel et terre
une goélette qui ne prendra jamais la mer.
Mais elle est plus forte qu’un bateau, l’image du bateau
pour mettre le rêve à portée de main.
Et même si jamais je n’ai retrouvé l’arbre tatoué des quais de Seine
je sais que ce n’est pas un rêve.
Nous avions bu un chocolat chaud tout près de là en hiver
dans un café Grand siècle.
J’ai bien connu cette ville où les kiosques à musique,
sont silencieux
fréquentés seulement par des pigeons et des joueurs de boule
et désertés des musiciens.

J’ai aussi connu dans un autre pays un homme
qui mâchait du verre pilé et en faisait dans sa bouche comme une pâte verte.
(était-ce là aussi de la poésie ?)
C’était un soir au bord du Balaton
et à sa table chacun se pressait pour voir ce prodige.

Dans ce même pays qui avait nom Hongrie,
près d’un camping, j’ai souvenir d’un petit lac où nous faisions de la barque.
Tu y as perdu au fond de l’eau ta bague
et tu l’as oublié.

(Ou peut-être est-ce moi qui ai inventé ce souvenir… )

Ce poème est décousu comme l’est la mémoire,
beaux lambeaux de tissus
qui flottent dans le soir…
Bulles

La fée des Neiges touche du bout du doigt
l’astre terrestre, bulle de savon
abandonnée sur une branche de buisson
entre un parking de supermarché
et une déchetterie,
et la voici qui se couvre de cristaux.

Tu la prends dans la paume de ta main
et elle se met à chanter.

La merveille, c’est le réel
et son double rêvé,
l’un et l’autre recréés
par les mots du souvenir
et du désir mêlés.

Il y a dans Paris une Montgolfière
retenue par un filin au sol.
Mais les poèmes sont-ils des dirigeables ?
(J’ai souvent dirigé les miens ;
Parfois, je lâche leur fil qui se perd dans les airs…)

Je suis ce par quoi je chemine
et c’est du plus obscur que nous vient la clarté.

Comme un trousseau de clefs absentes qui s’inventent
déverrouillant les portes invisibles du vent
la poésie surgit de la métamorphose
incessante de vivre et d’aimer plus loin
qui nous porte plus haut
et nous fait avancer sur un chemin de pierre.

Nous voulons tout savoir, tout goûter, tout aimer
notre œil polymorphe ignore ses rebords
et de ne pas se voir ne le rend pas plus sage.

Le mot nous donne forme
et l’élan de chanter.

Nous avons fait l’expérience d’un amour agissant,
un amour qui tente d’élargir la cage du cœur
aux dimensions de la planète

Un amour qui invite la Terre entière
dans la cage oiselière du cœur
puis la pose à la fenêtre

Un amour qui se lève matin
et balaye
devant sa porte.

quai de seine

La poule et le KFC

Dimanche 3 février 2019

Poule KFC


Mini fable

Devant le KFC se pavane une poule
Rêve-t-elle (« What a fool ! ») de s’y faire accepter ?
«  Il paraît, se dit-elle, que là-dedans c’est cool…
Les poules sont à l’honneur et elles se font dorer. »

Contrefable

La poule, face au KFC, plastronne
Elle défile, parade, fanfaronne.
« Unies, mes sœurs, demain nous ferons
Fermer ce camp d’extermination ! »

Te souviens-tu de ce jour vert ?

Dimanche 27 janvier 2019

Paris

Te souviens-tu de ce jour vert ?
Il pleuvait du soleil à verse
et la pluie nous illuminait.
Paris avait un goût d’averse,
un goût sauvage de rivière
d’amours débutantes, de pierre

jetée à la face du jour,
un goût de printemps pluvieux
avec tes cheveux dans les yeux,
comme un goût de baisers volés
pris sous la douche de la pluie
Nous avions trouvé un abri

dans le manteau sombre d’un porche
où nous nous étions embrassés
longuement, proches, très proches…
Paris avait le goût de l’eau
et sur la place le métro
faisait fleurir ses arabesques…

Plus tard, nous avons eu aussi
des jours d’orage, de vent, de pluie
des coups de tabac, des grains
qui nous trempèrent jusqu’aux os
mais de nos amours le rafiot
finalement n’a pas pris l’eau.

ombre Medellin

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