Archive de la catégorie ‘actualités’

[A propos des bons gestes]

Dimanche 1 décembre 2019

mésange2

Nous sommes tout disposés à prendre
la déposition des nuages,
le témoignage des vagues,
les plaintes de la rosée,
la main courante des écureuils,
des bergeronnettes, des rossignols…
Nous nous ferions volontiers porte-parole des mésanges
et des hirondelles,
Ambassadeurs du châtaignier, du platane et de l’orme.

abeille

Nous sommes tout prêts à accepter le procès-verbal
que nous dressent, dans leur vol qui se raréfie, paraît-il,
les abeilles
et décrétons qu’elles sont parmi les plus importantes
créatures terrestres…
Nous trions nos déchets,
dans des sacs verts et jaunes,
Nous reprenons nos vieux vélos oubliés dans la remise,
Nous pouvons même épargner l’araignée
qui se croit chez elle dans notre salle de bain…

auraignée6

Partout sur la Terre
nous multiplions les signes de bonne volonté,
les gestes individuels de tendresse
pour notre Planète-Mère.
Mais cela suffira-t-il ?

arbre en fleur

(La Nature n’est pas une mendiante.
Elle n’a pas besoin que nous lui fassions l’aumône.
Peut-être aurait-elle simplement besoin
que l’humanité prenne soin d’elle-même).

le 23/X/2019
(Saint-Domingue)

Nos sœurs les pommes

Dimanche 17 novembre 2019

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I

Quel est ce monde où nous vivons ?
Même ce qui nous est le plus proche, le plus familier, soudain nous devient étranger.
La pomme, la simple pomme, ronde, lisse, brillante que nous soupesons dans la paume de notre main, bientôt nous paraîtra suspecte.
« Trop polie pour être honnête »

Elle ne porte pas sur elle les stigmates du péché originel
mais ceux du péché mortel
d’un système au stade terminal,
la tare d’un monde sénile qui essaye, désespérément,
de rester jeune et qui expose dans ses étals l’univers du faux.

Pommes3


II

Se faire sélectionner
génétiquement,
produire à la tonne,
élever patiemment,
se faire aligner sagement sur des centaines de rangs,
cueillir, calibrer, lustrer,
pour se présenter sous son meilleur jour,
se laisser mettre en cageot, estampiller, expédier, étiqueter ;
pour mener une carrière banale dans la consommation
(au rayon fruits et légumes de Carrefour)
ne jamais protester
et finir comme un vieux trognon.

– Pomme.
Est-ce un destin que nous pouvons envier ?

III

Sur l’aire de Nemours, Aurélien a voulu s’arrêter pour acheter
non une pomme mais un McDo.
Comme je ne voulais pas mourir idiot, j’y ai goûté.
Horreur ! La viande — couverte d’une substance rouge — était sucrée !
Voilà comment les industries alimentaires attirent les clients
et rendent malade la planète entière.

Le capitalisme moderne a une icône :
la méchante sorcière de Blanche Neige
et sa pomme empoisonnée.

sorcière BN

IV

Vas-tu instruire le procès des pommes ?

La pomme est innocente
(et c’est sa plus grande faute)

La pomme ne se pose pas de questions
Elle tombe toujours d’un bateau de pommes

La pomme est une planète heureuse,
la métaphore de la plénitude.

(Il ne faut pas incriminer les pommes).

Lauryne pommes

V

Les pommes n’y sont pour rien si des collines entières dans le centre de la France sont couvertes de filets
Les pommes n’ont pas demandé à recevoir chaque année 35 à 40 traitements phytosanitaires
Elles n’ont pas demandé à être aspergées de pesticides, de bactéricides, d’acaricides
Elles n’aiment pas plus que ça les herbicides ni les régulateurs de croissance.

Les pommes n’ont pas demandé à être produites à la tonne et elles se passeraient bien (quand tourne le vent du marché) d’être jetées à la décharge et couvertes de gasoil.

Pomme1

VI

Si les pommes, touchées par la baguette magique de la fée, pouvaient parler, peut-être préfèreraient-elles être données.

Dans la Grèce antique, pour déclarer son amour aux filles, les garçons avaient coutume de leur offrir une pomme.

Aujourd’hui, nous aurions assez de pommes pour les offrir
à tous les enfants du monde.

Pommes 2

« Nous ferons mieux la prochaine fois »

Samedi 9 novembre 2019

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Berlin 89

Au centre de Berlin, près de l’Hôtel de ville
et à deux pas de l’ancien Reichstag,
quelques heures après la chute du Mur,
sur le socle du Monument à Marx et Engels
(ou l’on voit Marx assis, l’air profond, dur et sombre,
et Engels, toujours debout
fidèlement, derrière)
une main anonyme a écrit ces mots :
« Nous ferons mieux la prochaine fois ».

(in Cause commune, Le Temps des Cerises, 2001)

Saint-Domingue – Journal poétique

Jeudi 31 octobre 2019

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Du 21 au 26 octobre 2019, s’est tenue la semaine internationale

de la poésie à Saint-Domingue à laquelle je participais.

J’en rapporte beaucoup d’images et quelques poèmes.


Isabela

De l’ancienne colonie d’Isabela
ne reste que la trace presque effacée
d’un très modeste hameau
et quelques tombes.

Pourtant,
c’est là
qu’a commencé l’occupation
de tout un continent.

(Puissance de l’or
et déjà de la technologie :
les armures, les chevaux, les canons…)

Colomb croyait accoster à Cipango ;
Il a mis le pied sur le Nouveau monde.

(De grandes erreurs
conduisent parfois à de grandes découvertes.
Et de grandes découvertes conduisent parfois
à de grandes erreurs).

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La mendiante de la Place Colón

ballon

7 heures et quelques du matin, place Colón,
Un homme se tient derrière un banc
avec à la main un bouquet de ballons
rouges, blancs, argentés.
Il y a aussi quelques pigeons, déjà au travail,
qui furètent, de-ci, delà
et des poètes, prêts pour le départ.

Une mendiante habillée d’un drap
couleur canari, s’approche, d’entre les arbres
centenaires peut-être,  des ficus
aux têtes pensives, aux pieds tordus.
Elle est d’un noir profond,
plus profond que la nuit.
Les yeux enfoncés, le menton en galoche,
déformé. Mais aux pieds pas de chaussures.
Elle est maigre, décharnée…
(Elle pourrait rivaliser
avec les mannequins de la Semaine de la mode).

Avec sa cape sur le dos, elle paraît rescapée
d’une longue nuit de fête…
Mais à la main, dans son gobelet,
pas de champagne,
seulement le vide d’une vie sans vie.
Pourtant son visage difforme
s’éclaire d’un sourire énorme.

Puis, ayant fureté elle aussi
auprès des poètes,
elle s’éloigne, drapée
dans sa cape jaune.

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Au bal des flamants roses


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A la Pointe de la saline
près des baraques de planches peintes en bleu
le sel des hommes attend,
patients monticules blancs.

De l’autre côté de la baie,
sous un ciel qui se couvre
soudain se découvre
l’envol des flamants.

Ils passent au-dessus de nous
qui les contemplons, fascinés
serrés dans notre barque provisoire
qui danse au milieu des vagues.

Non, nous n’avons pas inventé la beauté…
Elle est là qui passe, étrangère, indifférente,
fragile, éphémère, éternelle…

Avec leur grand filet invisible
les flamants roses nous emportent
dans le ciel mauve du jour qui descend,
vers les hauteurs.

 

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Les cabanons d’amour

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Ici, l’amour à pignon sur rue.
La ville est pleine d’orchidées
aux formes généreuses
et le désir des corps
est un jus de papaye
pressé qui a la cote.

Vers le péage de l’autoroute, près de la mer
s’affiche un chapelet de motels
aux noms explicites : les cabañas de amor,
cœurs énormes, LOVE en lettres lumineuses,
promesses torrides…

Là peuvent se retrouver pour une heure ou plus,
les amours débutantes, les couples illégitimes,
les prostituées et leurs clients,
ou les pédophiles amateurs de cabris…

Ici, à l’abri des regards indiscrets,
derrière les portes de garages des studios,
alignés comme des caveaux
de famille dans un cimetière,
se pratique le blanchiment de l’argent
du sexe, dans la grande machine
à laver de l’amour,
avec beaucoup de détergent,
très peu de sentiment,
et une dosette rose ou bleue de colorant.

 

love

 

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Délégation de pouvoir

Sur son pare-brise arrière
la voiture affirme, fière :
« Dios puede todo ! »

Si Dieu peut vraiment tout,
la question est :
« Pourquoi ne fait-il rien ? »

 D’où, une suggestion pour l’ordre du jour
d’une prochaine Assemblée
Générale des Terriens :
Récupérer les pouvoirs qui lui sont délégués.

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Épitaphe pour une vache


vache
Revenant de nuit, en bus,
de San José de las Matas
(où ils avaient adopté une motion
pour la défense de la vie sur Terre)
l’équipe des poètes du festival international
a percuté une vache.

La vache ne s’en est pas remise
(le minicar non plus)
mais les poètes n’ont rien eu.

Avec trois de ses copines,
la vache traversait la voie
dans le noir et sans phares.
— Elle a payé le prix
de sa liberté.

Elle était plutôt maigre
(comme les vaches d’ici)
mais elle était gravide.

Demain, dans les journaux,
on lira peut-être :
« Sur l’autoroute Santiago—Saint-Domingue
Double assassinat d’une vache
par une bande de poètes en liberté ».

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Jeu de balles


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Dans le hall de l’hôtel
les serveurs suivent avec passion
le match de base-ball
entre l’équipe des Stars de Houston
(les meilleurs)
et le National de Washington.

Aujourd’hui, dans le morne, j’ai vu
deux jeunes, noirs et pauvres,
(cela va souvent ensemble
et ils sont les plus nombreux)
grimper dans les grands arbres
avec une témérité et une agilité
incroyables, pour, avec une perche,
décrocher les lunes
d’or vert
des avocats

puis les lancer
et les réceptionner
sans coup férir.

(Mais eux, ne passent pas à la télé).

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Mal de amores


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Jamais je ne pourrais chanter
La nostalgie du Mal aimé.
(Toujours aimé, aimant toujours,
Le mal d’amour m’est inconnu).
Tant pis, ce sera mon regret…

Qu’y faire ? Dehors des filles-fleurs
Croisent au large dans la rue,
Toute prêtes à se fiancer
Pour une heure ou une journée.
(L’argent efface les années).

Elles resteront des inconnues…
Et seul, ce soir, assis au bar,
En compagnie d’un verre de rhum,
Goûtant un plaisir solitaire,
Je peux chanter le mal d’aimer.

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Un cygne

Samedi 19 octobre 2019


Cygne

Au pas, sur la voie express, à l’heure de pointe, le soir,
Du côté de Bercy, j’ai tourné à droite la tête
Et j’ai vu au beau milieu de la pluie, dans la grisaille
D’un décor d’encre et de suie, par delà les entrepôts

A contre-courant remontant impavide la Seine
Bien qu’il pleuve, traçant son chemin au mitan du fleuve,
Contre le temps, l’averse, les adverses circonstances,
Droit, silencieux, paraissant glisser sur la surface,

Sans peine derrière lui tirant tel un voilier la ville
Superbe, indifférent, presqu’irréel, un cygne blanc.
Frappé, je me suis dit :  Voici un poème qui passe…

Altière beauté tout entière à sa loi attachée
(Sans souci de la critique, sans mépris pour la masse).
Mais le cygne n’a pas daigné vers moi tourner la tête.

le 19/X/2019

La nuit est une myrtille

Dimanche 13 octobre 2019

nuit étoilée

 

La nuit est une myrtille

Il y a entre nous un oiseau dont tu peux sentir battre le cœur
et qui envoie en morse des messages irréguliers

Nous voyageons dans des trains et nous passons des ponts au-dessus des fleuves quelque part vers le Sud ou bien L’Est

Les amoureux sont rangés dans leurs draps comme des cuillers endormies

Mais le sommeil nous fuit, la mélatonine nous fait des infidélités

Il y a toujours dans la tasse de nos nuits un peu de sucre au fond qui n’aura pas fondu

et les mots tournent en vain, électrons désorbités qui s’échappent dans le vide interstellaire qu’habite la matière… Nuages moléculaires, vents solaires, champs magnétiques

poussière de graphite condensée en quelques notes échevelées prises dans les pages du carnet qui repose sur la table de nuit et qui seront illisibles demain matin

La nuit est une myrtille qui renferme son obscurité dans un tiroir secret

Il ne s’y cache pas de lettres perdues mais l’agitation silencieuse des électrons dans la galaxie

Je ne suis pas jaloux des rêves que tu fais ni toi non plus des miens

Nous voyageons ensemble et séparés pourtant par le sommeil et l’insomnie
L’être humain dit-on est toujours seul sur Terre, mais il ne devrait pas

toujours et jamais seul, ni dans ses craintes ni  dans ses désirs, toujours et jamais seul, ni dans ses bras ni dans les bras des autres, ni dans sa vie ni dans sa mort, ni dans la veille ni dans le sommeil

L’être humain sur la Terre est toujours seul, mais il ne l’est jamais

C’est dans la nuit du sommeil et de l’oubli qu’il se retrouve
qu’il s’éparpille comme graines dispersées
qu’il se rassemble et se recueille

La nuit des solitaires est amère comme un voyage sans port et sans raison, une baie empoisonnée

Notre nuit en commun sur la Terre est douce
comme une myrtille

myrtille

(nuit du 10 au 11 octobre 2019)

Le tombeau d’Engels

Mercredi 18 septembre 2019

Engels jeune

Toi qui te rends à Londres
n’y cherche pas la tombe de Friedrich Engels
(mort en 1895 dans la capitale de l’empire britannique).
Il n’est pas enterré au cimetière de High Gate
aux côtés de son ami et maître, Karl Marx.
Nulle part tu ne trouveras son tombeau,
encore moins son mausolée.
(En vérité, aucun révolutionnaire
ni Lénine, ni Mao, ni Ho Chi Minh,
ni Dimitrov, ni Castro…
n’a demandé qu’on lui érige après sa mort un palais).
Mais Engels n’a pas même une pierre
ou une plaque à son nom, dans un cimetière.

À sa mort, l’auteur de la Dialectique de la Nature,
pour qui tout était matière et mouvement
et l’esprit lui-même
la forme la plus élaborée de la matière,
a demandé que ses cendres soient jetées à la mer
près des falaises d’Eastbourne.

Falaise Eastbourne

Ainsi, pas un pouce de terre
ne serait inutilement occupé par son cercueil
et, même mort,
il continuerait à prendre part au cycle de la nature,
de la vie et du cosmos.

Pourtant son souvenir,
dans les eaux tumultueuses de la Manche
et des océans du monde,
ne s’est pas perdu.

Engels Manche

Gilets jaunes, jacquerie ou révolution

Dimanche 8 septembre 2019

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Francis Combes présentait ce soir sur TV5 Monde, le livre collectif qui vient de sortir « Gilets Jaunes, jacquerie ou révolution ».
A voir sur ce lien : https://www.youtube.com/watch?v=rL7crBd4k9w&feature=youtu.be

Sortie pour la fête de L’Humanité

Gilets jaunes, jacquerie ou révolution

Le mouvement des Gilets jaunes est certainement le mouvement social le plus long qui se soit jamais produit au cours de l’histoire de la France contemporaine. Même si de nombreuses références historiques s’expriment, en particulier à la Révolution française et aux Sans-culottes, c’est un mouvement qui présente des traits originaux et forts qui bousculent les images toutes faites, dans les médias, mais aussi dans le monde syndical et politique.

Jacquerie ? Révolte appelée à s’éteindre ? Mouvement populiste et démagogique ? Lutte populaire porteuse d’avancées sociales et démocratiques ? Révolution qui s’annonce ?
Ce livre réunit des témoignages de participants au mouvement. Ils aident à mieux comprendre la réalité de ce qui se passe et mettent à mal la caricature parfois faite des Gilets jaunes. Ouvrage collectif, il présente aussi des analyses, solidaires ou empreintes de sympathie, mais différentes, et parfois même contradictoires, produites « à chaud » par des historiens, des philosophes, des militants syndicaux ou politiques.

Les auteurs : Yves Vargas – Sonia – Badiaa Benjelloun – Réza Afchar Naderi – Laura Follezou – Michèle Riot-Sarcey – Laurent Thines – Cathy Jurado – Bruno Drweski – Gérard Bras – Yvon Quiniou – Norbert Lenoir – Stathis Kouvélakis – Stéphane Sirot – Richard Dethyre – Jean-Pierre Page – Christian Picquet – Alain Lipietz – Roland Hureaux – Georges Gastaud – Francis Combes – Jacques Lancier

Trois poèmes sur Ho Chi Minh

Mercredi 4 septembre 2019

trois poèmes de « Cause commune »,

à l’occasion du cinquantième anniversaire

de la disparition de Ho Chi Minh

 

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Le père Thu

« Des nuages, des monts,
Des monts et des nuages
Un fleuve en bas miroite… »
Au début de février 1941
Aï Quoc franchit la frontière à la borne 108
avec sa valise de rotin et sa machine à écrire.
Il s’installe dans une grotte à Pac-Bo
prend le pseudonyme de Père Thu
et commence à organiser la Résistance.
Chaque matin, il se rend à la source.
Un rocher lui sert de table
(il sait qu’il peut s’appuyer sur le pays
car le combat pour la libération sociale
passe par la libération nationale).
Il mange peu, mais de bon appétit
de la bouillie de maïs et des pousses de bambou,
reçoit des émissaires
et écrit des appels à l’union et à la rébellion.
« La vie d’un révolutionnaire
 est magnifique », écrit-il.

Dans ces moments heureux
ses poèmes sont des tracts.
(Pour la poésie, il a peu de temps
car tout son temps est pris
 par la poésie).

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Le tabouret d’Ho Chi Minh

à Nguyen Din Thi

Au Palais présidentiel
l’Oncle Ho préférait la maison du jardinier.
Pour travailler, il avait fait installer
près du lac, dans le parc du Palais présidentiel
un bureau de plein air protégé seulement
du soleil et de la pluie par un toit de paille
et près de son bureau, par terre,
il avait posé un tout petit tabouret.
(Lui qui faisait trembler
les tigres de fer du colonialisme).

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C’est là qu’il s’asseyait de temps en temps
pour bavarder avec les enfants
qui lui rendaient visite
et jouer avec eux.
« Est grand qui garde un cœur d’enfant. »
disait Meng Tseu.
(On pourrait dire aussi
« en se mettant à la hauteur des plus petits
les grands
se grandissent »).

Ho3

 

La bague
à Madeleine Riffaud
Le vent dans le ciel au-dessus des rizières
est un enfant qui pousse de son bâton
le buffle noir des nuages.
L’avion qui étincelait sous le soleil
et apportait la mort sur les paillottes
a été abattu par la jeune servante de la D.C.A.
Sur la photo, le soldat américain
(un grand diable blond
aux allures d’enfant bien nourri)
marche les mains sur la tête
devant une combattante, jeune et toute menue.
De partout surgissent en file indienne
de petits hommes en uniformes noirs
(comme des fourmis, dirait le soldat).
— Mais les fourmis ont parfois raison des aigles
et ce peuple a fait des miracles.
Dans la tôle d’aluminium du bombardier Phantom
des mains très fines
demain auront découpé un peigne et une bague.

Vietnamienne

 

et un inédit
(car nous avons toujours le Vietnam au cœur)…


26 Novembre 1967

Ce qui nous touche au plus près est parfois le plus loin…
C’est par solidarité que pour la première fois
Près de la Gare de l’Est, le long du Saint-Martin
J’ai battu le pavé, dans un ruissellement de jeunesse.

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Départ de lycéens d’Aubervilliers (du cercle Fabien-Thälmann de la Jeunesse communiste) à une manifestation pour la paix au Vietnam.

Nous défilions pour la paix et le peuple vietnamien.
Peut-on faire plus lointain ? Ils furent pourtant nos frères
Ces petits hommes verts, ou cette fille en noir
Nous étaient des images de courage et d’espoir.

Ils furent à nos côtés pendant bien des années
Nous les retrouvions dans des salles enfumées
À la Mutualité ou au Cirque d’hiver
Et faisions trépider les gradins sous nos pieds

Ils vécurent avec nous, simples de grandeur
Ils découpaient des peignes dans les B52
Ils creusaient des tunnels pour sauver la lumière,
Écrivaient sous les bombes des poèmes d’amour.

Ils montrèrent au monde ce qu’un peuple peut faire
Fort de la tendresse des peuples de la Terre.

 
Paix au Viet

Ballade pour une pomme trouvée

Samedi 17 août 2019

Pommes

Pomme je suis, le ver en moi
Joyeusement fait son office
Et ce que, terrible, de moi
Ici je dis, parlant à tous,
Je pourrais de chacun le dire

Le soleil sur ma joue se joue
Au milieu des gouttes de pluie
Et puis s’en va s’en vient le vent…
Marchant dans l’herbe j’ai trouvé
Une pomme à moitié rongée

Pomme encore verte abandonnée
Qu’un coup de vent a fait tomber
Avant son heure de son pommier
Elle a pris un coup sur la joue
Etalée la pomme est talée

Mais d’un ver elle fait bien l’affaire
Qui creuse un tunnel dans sa chair
Quand d’autres en seraient dégoûtés
Certains la trouvent à leur goût
(Il en va de même pour nous)

La croisant je pense à ses sœurs
Luisantes, rondes, calibrées
Lisses, bien rouges, vertes, dorées
De la grande distribution,
Pauvres pommes conditionnées…

Ce sort nous sera épargné,
Nous sommes pommes qu’on délaisse
N’avons ni prix ni pedigree
Nul comice ne nous prima
On ne nous vend pas à la tonne

Puissions-nous pourtant mes chères sœurs
Pommes sauvages, acidulées
Trouver preneur… Moi, vif ou mort
J’espère avoir du goût encore
Pour qui voudrait croquer dedans.

 

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