Archive de la catégorie ‘actualités’

Les deux mains

Mercredi 31 octobre 2018

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Quelle est la main que tu préfères ?
La droite, la plus habile,
Celle qui écrit, celle qui tient le crayon et le stylo,
celle qui manie le pinceau et le couteau ?
Ou bien la gauche,
la petite sœur, la timide,
toujours un peu comme en retrait
mais qui te rend des services pourtant
aussi bien pour porter un sac
tenir la fourchette, manger ou caresser…

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Quelle est la main que tu préfères ?
Et pourquoi cette question ?
Qui te somme de choisir ?
Quel est le bourreau qui voudrait t’amputer ?
Ne te laisse pas faire, ne te laisse pas mutiler

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Nous sommes tous, plus ou moins, bipolaires
plus ou moins latéralisés
et nos deux mains nous sont nécessaires,
la gauche comme la droite,
le futur comme le passé,
la nostalgie comme l’espérance,
la tendresse comme le désir,
l’amour comme la lutte,
la poésie comme l’action,
la raison comme la passion,
le rêve comme la réalité.

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Au pays des lanternes

Samedi 29 septembre 2018

Quatre poèmes écrits à l’occasion

du festival de poésie de Zigong

et d’une rencontre

du comité de coordination international

du WPM

(Mouvement mondial des poètes).

 

mariage

Les trois cerfs-volants


Dans la cour du musée des lanternes, à Zigong (Sichuan)
trois vieillards jouent au cerf-volant.
Ils rivalisent d’audace et d’adresse
à qui fera monter le sien le plus haut.

(La passion du jeu et de la compétition
si nécessaire au capitalisme
est précieuse aussi au socialisme.)

cerf-volant vieux

Dans la cour du musée trois vieillards
déroulent le fil de leur cerf-volant
et l’accompagnent de leur regard
tout là-haut dans le ciel

(En tirant sur le fil
c’est à leur enfance qu’ils s’accrochent
la retenant encore pour un instant sur Terre)

Francis lanterne

Les cerfs-volants montent très haut
en liberté surveillée
Et plus la main est ferme et souple
et plus ils volent haut.

(Dans leur jeunesse, les trois vieillards
furent peut-être des gardes-rouges.
Ils ont connu l’utopie
et le retour au sol des cerfs-volants.)

cerf volant

Dans la cour du musée des lanternes
trois vieillards,
passagers sur la Terre,
pour l’éternité,
jouent au cerf-volant.

(Le vieux rêve de voler plus haut
vit toujours sur la Terre
et dans le cœur des hommes.)

Et moi, dont la vue a baissé,
je scrute le ciel
à la recherche des cerfs-volants.

le 21/09/2018

Jardin4


Après avoir visité le Musée du sel, à Zigong


Pour extraire tout le sel de la terre
combien de litres d’eau salée
a-t-il fallu extraire
de la sueur des hommes ?

le 22/IX/2018

ouvriers sel


Au pays natal des dinosaures

1.
On a découvert au sud du Sichuan
de nombreux squelettes de dinosaures.
Les scientifiques se sont penchés sur eux
ainsi que les autorités, les journalistes
et l’office du tourisme.
On les a ressuscités, on leur a prodigué des soins
on a incité à leur reproduction
en série, pour les besoins locaux
et pour le marché mondial
et maintenant les dinosaures sont partout.
Ils ont envahi la rue, ils ont grimpé sur les toits,
ils se sont installés sur la pelouse de notre hôtel
et jusque dans le hall.
Nous devons les côtoyer quand nous allons prendre notre petit déjeuner
et il est impossible de sortir de l’hôtel sans passer devant leur gueule grande ouverte.

Dinosaure toit

2.
Mais les dinosaures ne font plus peur à personne…
(Nous avons apprivoisé les anciens dragons).
Leur peau épaisse en caoutchouc est souple et douce.
Les enfants peuvent leur caresser les flancs
et quand nous les croisons, ils hochent tristement la tête.
Ce sont nos lointains parents…
(En vérité, une branche divergente de l’évolution familiale).
Nous pouvons éprouver pour eux un certain sentiment de fraternité.
(Et pas seulement parce qu’ils furent déjà, en leur temps, les probables victimes
des changements climatiques).

Dinosaure Jack Aggie

3.
Nous décidons alors,
Aggie, Jack et moi,
vieux poètes révolutionnaires que certains traiteraient aisément de dinosaures,
de nous faire photographier devant le plus grand d’entre eux.
Prenant la pose pour éterniser l’instant
(car on peut être marxiste et avoir quelques relations avec l’éternité
et cela risque même de s’aggraver)
nous pensons à ce retour en grâce inattendu des dinosaures,
à leur réhabilitation tardive mais méritée
et à leur triomphe posthume.
Et – pour nous rassurer – nous nous disons
que tout n’est pas perdu.

Zigong, le 24/IX/2018

dinosaure jardin


« Que cent fleurs rivalisent ! »

Lors du Forum des poètes, nous avons eu droit à un exposé
sur la revitalisation des zones rurales.
Et la camarade qui présentait le rapport
(une belle femme, charmante, qui n’avait pas l’air de plaisanter)
après avoir insisté sur les investissements concernant les infrastructures,
la rénovation de l’habitat,
le développement d’une agriculture diversifiée
et l’implantation à la campagne de l’informatique et des activités de pointe
acheva son discours sur les objectifs du parti
en parlant de la nécessité de promouvoir
une « vie poétique ».

Fleurs 2

Une vie poétique ?
Ce serait une vie dans laquelle, comme le disait le Manifeste
« Le  libre développement de chacun serait la condition du libre développement de tous »
Une vie poétique,
cela voudrait dire que chaque femme, chaque homme, chaque enfant
pourrait se tenir droit sur la Terre
et attraper son morceau de ciel,
que chacun pourrait allumer la lanterne qui sommeille en lui
et voler de ses propres ailes
et nous verrions alors partout tout autour de la planète
s’élever dans le soir un peuple immense de lucioles.

Poète chinois

Dehors, un poète chinois s’est assis pour fumer
devant une pelouse de fleurs sauvages mais apprivoisées
qui poussent là en toute liberté
dans un désordre total
et en toute harmonie,
chacune pour elle et non pas contre mais avec les autres,
des fleurs de différentes sortes, de différentes tailles, différentes couleurs…
Et parmi elles, il y en a aussi qui sont rouges.
« Si le socialisme ressemblait à ça, me souffle Aggie,
on pourrait le vendre partout. Même aux États-Unis… »

« Que cent fleurs rivalisent… », disait autrefois le président Mao.

Zigong, le 24/IX/2018

Poésie campagne

 

Poètes inter

Haïkus de l’été

Lundi 27 août 2018

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Plume de goéland posée sur l’eau,
La vague passe
et ne l’emporte pas.

                                            Dans la cour de l’école déserte
                                            les lauriers roses se balancent.
                                            Où sont passés les cris d’enfants ?

Une plage – 7 h du matin :
un goéland – deux naïades
et un vieux cachalot.

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                                            À chacun, le soleil attribue
                                            sa part d’ombre.
                                            Et l’amour, sa part de soleil.

À peine arrivée au bord de la mer
la nouvelle voiture est tombée en panne.
Elle va nous offrir des vacances forcées.

                                            À la terrasse du café –
                                            malgré l’interdiction –
                                            les pigeons picorent les assiettes.

Au siège du PS, à Sète,
trois roses dans la vitrine
(mais elles sont en plastique).

                                            Les hirondelles s’affairent
                                            Premières levées.
                                            À ton tour de battre des ailes…

Trois jeunes gens sur la plage…
Ils tournent le dos à la mer
et plongent dans leur téléphone portable.

                                            Chaque matin, à son balcon
                                            la belle fume. Sans un regard
                                            pour qui la regarde.

Pleine lune

Pleine lune. Tu ne trouves pas le sommeil,
ma chérie qui vis au rythme de la lune.
(Moi, c’est à ton rythme que je vis).

                                            Nuit de pleine lune. Éveillée,
                                            tu lis un polar sur la terrasse.
                                            (Je connais déjà la coupable).

Calme du matin sur les flots…
De l’eau, dépasse le goulot
d’une Veuve Clicquot.

                                            Rapportés du marché, les abricots
                                            petites boules lovées dans leur sac,
                                            promesse de plaisir.

Mouettes rieuses, posées sur les vagues.
Comme nous, parfois elles ne volent pas
et elles ne rient pas toujours.

                                            Au village, c’est l’heure de la messe.
                                            En terrasse, au bar de la place
                                            Fanny montre ses fesses.

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Les roses trémières jaillissent du goudron.
Elles se dressent et fleurissent, élégantes, fières…
Et nous, faute de mieux, nous les admirons.

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Un rouge-queue s’est perché
                                            sur l’antenne télé.
                                            Prêt pour le 20 heures.

Matin salué d’un pet sonore.
(« La poésie, pour certains,
est langage du corps ».)

                                            Un chat noir et blanc remonte la rue.
                                            Seigneur du village
                                            à l’heure de la sieste.

Les cyprès tendent vers le ciel
leur longue barbiche de derviche austère
Mais le ciel n’en a cure et la Terre s’en fiche.

                                            La tarentule, gecko nocturne,
                                            escalade prudemment le mur d’en face,
                                            dissimulant son double pénis.

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En voilier, au milieu de l’étang de Thau
avec des huîtres et du vin blanc…
La vie est brève mais supportable.

                                            Un poisson saute hors de l’eau.
                                            Est-ce qu’il rêve
                                            parfois de liberté ?

Poussé par le vent et les courants
notre vaisseau dérive…
Mais nous gardons le cap.

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                                            Perdus au milieu des eaux,
                                            seuls sous le ciel,
                                            ensemble sur la Terre.

Caressés par les derniers rayons du soleil
et bercés par les vagues…
Il va falloir rentrer.

                                            La nuit, le mont Saint-Clair s’illumine.
                                            Nous traversons les parcs à huîtres,
                                            sombres cachots lacustres.

Dans la nuit, vers le port,
fixer une lumière dans le lointain
et tenir la barre.
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(15.08.2018)

Mardi 21 août 2018

Matin bury2

Si tu ne sais plus ce qu’est la poésie
sors dans la campagne à sept heures du matin,
prends ta voiture pour aller au village acheter les croissants,
descends les collines ensommeillées
longe les près
les champs moissonnés barbus et mal rasés
accueille le jour qui se lève
tends l’oreille
aux premiers accords des oiseaux
qui te disent que c’est un jour nouveau…
Sur l’autoradio passe le concerto n°1 de Camille Saint-Saens
pour violoncelle et orchestre
Par la musique
les musiciens tentent d’accéder à la parole
et ils la débordent
(Et c’est par là qu’ils nous touchent)
La partition emporte en elle des rivières de printemps,
des bosquets en lévitation
qui s’envolent, avec autour du cou,
des clochettes de cristal.
Et si tu étends ta main
le monde se met à chanter sous tes doigts
car le monde entier nous accompagne.
Accueille-le
avec son coq importun
avec sa guêpe matinale
avec son soleil boxeur
qui se poste au milieu de ta route
Accueille-le
avec ses nouvelles et ses catastrophes
le pont de l’autoroute à Gènes qui s’effondre
les 40 morts
les enfants qui s’insultent
et se réconcilient
et la télévision
qui bourdonne comme un essaim de frelons
Accueille le monde
avec ses ports lointains ,
avec ses usines, ses grues,
sa plage encore déserte
ses amours en partance
Accueille-le, ramasse ses décombres,
berce ses blessures
et offre-lui
des vacances à la mer,
un collier à fleurs,
un trottoir de sourires,
un canon à bulles, perles irisées,
ou à baisers…
À nouveau, tu le sais,
la poésie est le chant du monde
et son enchantement.

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La chanson de l’amour qui dure

Mardi 10 juillet 2018

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Ah ! L’amour fait passer le temps
Et le temps fait passer l’amour.
Ainsi que le disent les gens
Le nôtre dure pourtant toujours.

Averses, soleil, tour à tour
Il a essuyé quelques grains
Mais l’embellie jamais ne craint
Croiser la pluie sur son parcours.

Rimes croisées, entrelacées,
Qu’importe l’air et la chanson
Nos vies se sont croisées, lacées.
Fort est le nœud que nous faisons.

Nos vies mêlées se sont lacées
Sans se lasser ; le croirait-on ?
Grâce à ces lacets, nous portons
Tous deux des sandales ailées.

L’amour est un désir qui dure,
Disent les gens ; ils ont raison…
C’est, ce n’est pas, seule décision.
Douce est la chanson qui nous dure.

L’amour est un combat sur Terre
Commun pour vivre solidaires…
Désir, tendresse, main dans la main,
Nous tiendrons bien jusqu’à demain.

Le Match

Mardi 3 juillet 2018

- Barcelone/Real de Madrid- Liga - 01.04.2006

Comme la limaille attirée par l’aimant
comme les électrons attirés par le noyau
comme les flocons, les feuilles, la pluie
obéissant à la loi de l’attraction terrestre qui tombent sur le sol irrésistiblement
comme les fidèles qui se dirigent vers la mosquée
pour le prêche du vendredi
les supporters
sortent de la station du RER
descendent de voiture
marchent sur les trottoirs
déboulent par les rues
pour rejoindre le stade
l’immense soucoupe blanche
posée sur la banlieue
avec en son centre
le cercle vert luminescent de la pelouse
vaisseau extraterrestre prêt à s’envoler
pour emporter
joueurs et spectateurs
pendant une heure et demie
ailleurs
plus haut
sur une planète
où ils seront les plus forts.

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C’est ici le Temple
où vont faire leur apparition
se produire, comme on dit,
ceux qui ne produisent rien
que le spectacle
d’un miracle :
les « dieux du stade »
les très humains gladiateurs
olympiens.

Match,
Moment sacré de transe
où chacun restant lui-même
devient un autre.
« Le plus beau jour de ma vie »
déclare une jeune femme
un soir de victoire
en Coupe du monde
alors qu’elle n’y est pour rien
et qu’elle ne touche
pas un ballon.
(Vie par procuration)

drapeaux

En ce moment
sur le terrain
un garçon
jonglant avec ses pieds
défie les lois
de la pesanteur
et place le ballon
dans la lucarne
ouvrant une fenêtre sur la victoire.

Alors
le stade
entre en lévitation

Le stade tout entier ?
La moitié seulement…
l’autre siffle et hue
et tape des pieds.

Karim est là, comme chaque fois
Karim est supporter de l’OM
Il déteste le PSG.
Il brandit
le drapeau de l’Algérie si c’est l’Algérie
qui joue et celui de la France
si la France qui joue contre un autre pays.

(Karim a des amours multiples
mais chaque fois
exclusives).

On ne sort plus le drapeau que pour les matches
et La Marseillaise est devenue
un hymne sportif.

« Qui ne saute pas n’est pas Français »
scandent les supporters en tapant des pieds

car ici, il faut communier
et fusionner…
« Enculés ! Enculés ! »

Dans les tribunes les supporters
se sont fait des peintures de guerre
comme des Indiens
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(Dans cet univers, la compétition
sportive est l’image
de la concurrence pure et parfaite
où tous les acteurs
sont à égalité
et que le meilleur gagne !
En vérité,
la concurrence est tout le contraire ;
elle est imparfaite, inégale et impure
et le sport, une évasion
organisée
pour échapper, l’espace d’une soirée,
à l’engrenage quotidien
de la guerre
économique.
Mais le sport
est aussi la poursuite
par d’autres moyens
de cette même guerre.)

L’un des rares moments
où le peuple
se réunit
et communie
dans sa division.

Passion du jeu ?
passion du beau jeu ?

Panem et circenses

« L’important, c’est de participer »,
disait Pierre de Coubertin
aujourd’hui, chacun répète :
« Seule la victoire sera belle »

Puis,
dans la nuit,
une fois la passion retombée
et l’effet de la bière dissipé
tous retournent se coucher.

Nouveauté

Dimanche 24 juin 2018

Vient de paraître la monographie consacrée à Francis Combes
dans la collection « Poètes trop effacés »…
Avec une sélection de poèmes pris dans les différents livres publiés depuis 1981.
Et une dizaine d’inédits. 

 Couv Athanor FC blog


Poème en forme de flûte

Pas loin de la Gare de l’Est
Juste à côté d’un abribus
une femme est debout
presque dressée sur
la pointe des pieds
elle sourit et fait
un signe vers
une fenêtre
à l’étage
en face
qu’elle
vient
sans
doute
de
quitter
elle est
à cet instant
une flûte de champagne
où montent des bulles de légèreté.

Pour se procurer ce livre vous pouvez le commander aux éditions LE NOUVEL ATHANOR
70 avenue d’Ivry – Boîte 270 – 75013 Paris
15 € – franco de port 16 € (Chèque à l’ordre de : Le Nouvel Athanor)

Le Rétamage (Marius Roy – 1833-1921)

Samedi 23 juin 2018

Le Musée Paul Valéry de Sète organise une exposition du 30 juin au 4 novembre,

sur le thème « Peinture et poésie ». Chaque toile, prise dans la collection du musée,

est accompagnée par le texte d’un poète contemporain.

Pour ma part, j’ai choisi le tableau de Marius Roy,

Le Rétamage (1833-1921) huile sur toile (155 x206 cm).

le rétamage Marius Roy

Sur la toile de Marius Roy, l’ouvrier qualifié
(avec une élégance de mousquetaire)
recouvre lentement d’une couche d’étain
un pot pour combattre l’oxydation.
(Scène pacifique valant bien des sujets militaires).
Entouré de ses pioupious apprentis
il transmet les gestes précis du métier.
A ses pieds, toute une armée en déroute d’ustensiles
attend d’être remise en ordre et de se rendre utile.
(Le peintre de métier ne dédaigne pas peindre les métiers).

Aujourd’hui, l’électrolyse a fait des progrès.
On ne rétame plus guère marmites et vieilles poêles…
La classe ouvrière
(ainsi que son histoire, dont elle peut être fière,
même si s’attachent à sa gloire
quelques casseroles)
a été mise au rebut.
Et c’est le travail lui-même qui est rétamé.

Pourtant, aux quatre coins de la Terre
Par la main, l’œil, le cerveau,
la machine-outil et l’ordinateur,
les nouveaux travailleurs (ceux qui continuent de se lever tôt)
s’attachent toujours à rétamer notre univers
pour le faire tourner, le rendre plus utile et plus beau.

Richesse et pauvreté

Dimanche 17 juin 2018

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Comme je suis pauvre,
je ne peux t’offrir
que le monde entier.

*

Mieux vaut être un poète pauvre
qu’un pauvre poète

*

Notre richesse ?
Ce qui n’a pas de prix.

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Gaza aujourd’hui

Jeudi 17 mai 2018

Le massacre par l’armée israélienne des manifestants
désarmés de la bande de Gaza rappelle un autre
massacre qui avait révolté les consciences,
celui de Sabra et Chatila.

A l’époque, j’avais rédigé un bref poème, qui avait
servi à une affiche.

 

Palestine

Chatila

Quand il reviendra
sourd de peine, de honte et de colère
sur la tête,
le Messie portera
le foulard des Feddayin.

Et, en 2004, reçu à Gaza par le poète palestinien
Ahmed Dahbour, aujourd’hui décédé, j’avais été
impressionné par les conditions de vie impossibles
faites aux habitants et par le courage de
la jeunesse estudiantine que j’avais rencontrée.

Je connais une prison nommée Gaza
                                                           pour Ahmed Dahbour

Dans Gaza sont prisonnières les gazelles

Les Palestiniens sont entassés entre la mer et le désert
parqués derrière des barbelés et des miradors

à Gaza les enfants ont beau courir dans les rues
au mépris du danger au milieu des voitures
ils ne voyagent pas

à Gaza les mulets qui tirent leurs carrioles
ont beau trottiner toute la journée
jamais ils ne s’évadent

à Gaza les voitures ont beau klaxonner
et se croiser en tous sens
jamais elles ne prennent le large

à Gaza les rêves des étudiants
ont beau pousser dans les livres
jamais ils ne fleurissent

à Gaza le sable à beau se soulever,
jamais il ne s’en va

et la mer elle-même,
avec ses poissons et son horizon
est en prison.
                                                                                              (in La Barque du pêcheur, éditions Al Manar)

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