Archive de la catégorie ‘actualités’

Coquelicots

Dimanche 23 juin 2013

Salut, camarades coquelicots

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Voici qu’à nouveau les champs
sont fleuris de coquelicots.
Malgré le froid et la pluie,
ils portent beau.

Fragiles mais fougueuses, leurs têtes
dépassent des cultures
et sur la nature jettent
leur manifeste ardent.

 Ne leur reprochez pas d’être  légers !
Leur couleur est un défi
et un affront
au ciel gris
qui se croit profond.

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Le 22/06/2013

D’Aragon à Eluard, l’amour en jeu

Dimanche 2 juin 2013

D'Aragon à Eluard, l'amour en jeu aragon-elsa

Le numéro 180 de Cerises est sorti. Pour lire mon papier « D’Aragon à Eluard, l’amour en jeu », cliquez sur le lien.

D’Aragon à Eluard

Trois sonnets

Lundi 20 mai 2013

Trois sonnets rodin-blog

La fin des sortilèges

Fut un temps les amours étaient au purgatoire ;
On épousait la terre, les châteaux et les veaux,
Barbe Bleue enfermait ses femmes dans l’armoire,
Quand d’autres en  cheveux traînaient au caniveau.

En ce temps les poètes érigeaient des statues
À Éros, dieu martyr, dans leurs chants, sur les places,
À la femme, intouchable, impavide mais nue
Et les feux de l’Amour lançaient des traits de glace.

Aujourd’hui, ma chérie, nous pouvons nous aimer
Sans crainte, et la femme de l’homme étant l’égale,
Il nous suffit d’un baiser pour réanimer

Les statues de l’amour, les prendre par la main
Et, les faisant descendre de leur piédestal,
Les entraîner par les rues et par les chemins.
  Le 11/V/2013

Sacerdoce de la joie

Je porte en moi la joie comme une croix offerte,
Une plaie lumineuse en ma poitrine ouverte.
Je porte en moi  la joie comme un beau sacerdoce
Terrestre et le combat contre l’ennui atroce.

Bien sûr, je sais, ici la joie n’est guère de mise.
(Le bonheur sur la Terre serait partie remise).
Qui est heureux, dit-on, ne peut être sérieux.
Le grand art, paraît-il, réclame d’autres jeux…

Le bonheur en ce monde est toujours importun…
Foin des prêches moroses ! Vraiment, peu m’importe un
Triste art qui ne saurait mettre le feu aux poudres.

Et tant pis s’il me faut apprivoiser la foudre,
Du bonheur je ferai ma profession de foi.
Poète, j’ai l’emploi de propager la joie.
Le 18/V/2013

Baluchon de  soleil

Aimer est un fardeau qui nous rend plus légers.
Avoir souci de l’autre ainsi que de soi-même
C’est cela dira-t-on qu’on nomme « double peine »
Et c’est la double joie dont je suis affecté.

Aimer est un fardeau qui nous rend plus légers.
La colonne de l’homme sous son poids se redresse
Et la femme se sent des ailes de déesse
Car tous ceux qu’Amour frappe en sont privilégiés.

Chacun porte sur lui son sac plein de soucis,
Un sac lesté de pierres et de diamants aussi
Où brillent les éclats d’un soleil naufragé.

Va, trimbale dans les rues ton baluchon de rêves !
Aime, souffre, jouis… puisque la vie est brève…
Aimer est un fardeau qui nous rend plus légers.
Le 18/V/2013

Maïakovski, la révolution de l’amour

Lundi 20 mai 2013

Mon dernier papier dans Cerises sur Maïakovski :

Maïakovski, la révolution de l’amour maia

Lire en cliquant.

Confessions d’un pigeon

Jeudi 9 mai 2013

Confessions d'un pigeon pigeon3

1

Si j’étais un pigeon
Ma vie serait très différente.
Je passerais mes journées
À me baguenauder en ville,
À fureter, de ci de là,
En quête de pitance
Je boirais l’eau du caniveau,
Je traînerais sur les trottoirs
Et respirerais à pleins poumons,
Sans me plaindre, l’air vicié
Du printemps dans Paris.

2.

Si j’étais un pigeon
De temps en temps je roucoulerais,
Je ferais le joli cœur
Je me rengorgerais
Dans mon plastron nacré
Je lisserais mes plumes
Avec mon bec
Pour me recoiffer
Et ne pas ressembler
À un vieil oiseau déplumé
Et quand Dame pigeon
Me regarderait
Il pourrait m’arriver
De me trouver beau.

3.

Si j’étais un pigeon
Il arriverait que certains
(Ceux qui m’aiment bien)
Disent de moi :
Francis est trop gentil,
Il a tendance
À trop faire confiance…
Et d’autres, moins gentils,
N’hésiteraient pas sur mon compte
À répandre des calomnies,
À prétendre par exemple,
Que je transporte des parasites,
Voire, peut être, même
Que je serais brun
Alors que j’ai le cœur rouge
Et un plumage gris perle
A reflets bleu et rose.

4.

Si j’étais un pigeon
On ne ferait guère attention à moi,
Je ne passerais pas à la télé,
Je n’aurais pas de compte en Suisse,
On ne trouverait pas mes livres
En pile et en tête de gondole
Dans les grandes librairies
Et personne, probablement,
Ne songerait à moi
Pour la saison des prix…
Alors pourquoi changer
De peau, de poils,
De plumes, de vie ?

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5.

Mais si j’étais un pigeon
De temps en temps
D’un simple coup d’aile,
J’irais voler
Sur la plus haute branche du marronnier,
Ou me poser sur un balcon,
Pour picorer quelques miettes
Et jeter un coup d’œil
Bref et totalement indifférent,
À la belle femme nue
Qui sort de sa douche
Et passe dans sa cuisine
Pour se faire un café.

Je pourrais aussi, parfois,
En toute impunité,
Lâcher une fiente
Sur la casquette
D’un policier.

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Guadeloupe

Samedi 27 avril 2013

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L’Arbre du voyageur

Pour Ernest Pépin et Roger Toumson


1 – La traversée de l’Atlantique

L’humeur du matin a les mains vagabondes

Nous accompagnons le jour dans sa course afin qu’il ne finisse pas
Mais il finira, nous le savons…

Et  pourtant nous volons dans le sens du soleil
pour prolonger sa course

Qui a dit que nous avions tort de désirer l’ailleurs,
le lendemain ?
Qui a dit que nous avions tort d’espérer ?
Que les questions que nous posons mèneraient toujours à d’autres questions ?
Que le chemin que nous emprunterions ne conduirait jamais qu’à un autre chemin ?
et que la poussière retomberait toujours sur nos chaussures ?
Qui a dit que  nous devions nous arrêter-là,
poser notre bagage à nos pieds et attendre sans bouger ?

Mais l’humeur de nos jours a les mains vagabondes…

Dehors, à l’extérieur de la carlingue de l’avion,
il fait moins 60°

La porte du frigo est restée ouverte
et les moraines du givre ont tout envahi

L’océan atlantique est un bouillon froid
à dégraisser avec une cuiller de bois
pour écumer la mousse qui se forme en surface

Les sommets des cumulus s’empilent les uns sur les autres
et ne semblent pas se gêner

Icebergs de nuages
Banquise en débâcle…

La nuagerie céleste ne manque pas de panache…
Tout un peuple silencieux et indolent
portant la toge,
penché en avant, le regard tourné vers le ciel,
figé dans des poses de tragédiens classiques.
Acteurs à perruque et chapeaux à plumes
dans un théâtre baroque
qui glissent sur le parquet de l’océan…

nuage-ciel

Ne sont-ils là que pour le décor
sortant des cintres invisibles de l’espace pour donner une représentation
de l’infini
sans se soucier qu’il y ait ou non des spectateurs dans la salle ?

(De là l’idée folle du thaumaturge suprême…
Dieu, metteur en scène d’un grand spectacle permanent
pour quelques privilégiés des transports aériens ?)

Mais les nuages font simplement leur travail de porteurs d’eau
et c’est encore plus beau de les savoir utiles,
émanation de la terre et arrosoir céleste,
produits de l’évaporation des océans et agents actifs du cycle de l’hydrogène,
leur destin est de retourner à la glèbe et à la vague.
(Tout comme nous).
Les nuages voyagent, les poches pleines de mouchoirs,
les sacoches remplies de charpie, de tampons de coton hydrophile pour soigner la Terre,
ses craquelures et ses escarres.

ciel

Et nous, nous sommes des nuages et nous n’y pouvons rien.
Nous nous formons et nous déformons à la faveur des vents qui font le tour de la Terre.
Notre existence est de passer par-dessus les frontières,
tant que les vents nous portent…
Nous n’existons que dans le changement
et notre vie est un voyage où nous ne revenons jamais en arrière,
un voyage où nous traversons des paysages qui nous traversent et nous transforment,
des paysages qui changent et que nous changeons
comme changent nos visages.
(De la naissance à la mort, toute vie est un voyage
et l’histoire de l’humanité entière est un voyage).

Nous faisons en huit heures ce que les bateaux négriers faisaient en trois mois
et nous trouvons ça long.

Je te regarde regarder la vidéo
qui pour moi est noire et ne montre rien.
et toi, tu es ma télé-réalité.

Nous avançons, centimètre par centimètre, sur l’écran du ciel,
à la surface de la mappemonde

Overdose d’azur

En-dessous,
six mille mètres plus bas
la mer, comme la peau immense d’un grand être
bleu profond…
La mer, couverte de ridules
La mer, beaucoup plus vieille que nous
mais qui n’en fait pas toute une histoire
toujours au plus haut d’elle-même
engrossée de vie, de force et de jeunesse.

La mer est une cage transparente
et le ciel infini une prison sans murs.

Mais voici bientôt les îles sous le vent

Oasis dans le désert liquide

Ilots chicots

Les Caraïbes dans les hauts fonds comme le squelette d’une crevette éléphantesque
Archipel dispersé
Corps démembré dont la tête est Cuba
et dont les pattes se recroquevillent sous les eaux translucides

Chaque écaille de son corps en demi-lune
courbe et articulé
est une île qui émerge

Et voici maintenant
la  terre,
le vert de la nature matricielle
et les champs rapiécés à mains d’homme.

sable-noir

2. Descente au paradis

L’île-papillon où nous nous posons
a les ailes lourdes et ne peut s’envoler.

En contrebas de la route
après les cités HLM de la périphérie de Pointe-à-Pitre
dans l’émeute viride de la végétation
penché près de la rivière qui se perd dans l’obscur, le brun et le vert
à demi-cachées, le fatras des cases aux toits de tôle ondulée
aux murs de planches fardées
turquoise, rose, fuchsias

Le tape-à-l’œil de la misère

pte-fille-velo

A la City tout le monde est vêtu de gris
mais ici
par les masques multicolores du papillon
par les visages peints des maisons
par les robes des femmes noires
et les habits des écoliers
loin des pièces d’Inde prolifère
le carnaval de la vie
qui prend la revanche des couleurs
sur le  baron
blanc
de la mort.

indien

Dans la zone commerciale de Gosier
la tête géante d’un Indien Cheyenne décapité
est posée  à l’entrée d’une discothèque.

Et sur le cordon de la route de la traversée
entre Grande-Terre et Basse-Terre
les voitures qui vont au pas…

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Toi, qui voyages avec moi, vois ce que nous avons fait ici.

Dans les parages du paradis, nous avons installé une casse automobile
où rouille sous le soleil mouillé des Tropiques
la carcasse rouge d’un camion

Et partout s’étale la modernité du marché globalisé

Dia – Leader Price – Super U – Gifi

(Les grands magasins des pauvres sont ici chez eux
comme en banlieue.
La Guadeloupe est une île
de la grande banlieue.)

Carrefour Market – Gedimat
Lapeyre  - But – Kiabi
MacDonalds – KFC
Vito – Texaco
Renault

(Ce sont leurs enseignes dans la nuit
qui éclairent l’île
et balisent le périmètre de l’ennui).

Canal +  et Super Loto
«  Avec  ISIO
je veux tout »

Ici comme ailleurs les mêmes marques
marquent leur territoire
«  Il faut bien, me dis-tu, qu’ici comme ailleurs
les gens fassent leurs courses… »
Tu as raison, bien sûr…
(Où que ce soit sur Terre
la vie est quotidienne.)

Hantise du règne de la marchandise.
nous accumulons, nous accumulons
Il faut vendre et déstocker
et le monde autour de nous
est de plus en plus laid.

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Pourquoi devons-nous toujours saloper tous les visages
du paysage, jusque dans ces parages ?

Bien sûr nous avons besoin
de chaussures, d’aspirateurs,
de sandwichs, de pizzas, de canapés,
d’ordinateurs…
Mais pourquoi le crier sur les places
pourquoi les hisser sur les toits
pour en faire des totems
des fanaux dans la nuit
des dieux nouveaux qui nous épient
au détour de toutes nos routes
toutes nos villes
toutes nos vies ?

Il n’y a nulle honte à être descendants d’esclaves
Mais qui peut être fier, sur quelque coin de la Terre,
d’être devenus les esclaves de la pub  et de la conso ?

D’après l’INSEE, le taux de chômage à la Guadeloupe en 2012 est de 23%.
56% des demandeurs d’emploi sont au chômage depuis plus de trois ans .
Le taux de chômage des femmes (25 %)
reste plus élevé que celui des hommes (20,5 %).
Les plus touchés par le chômage sont encore les jeunes actifs de moins de 30 ans
avec un taux de chômage de 45,9 %.
Moins d’une personne sur deux en âge de travailler est en situation d’activité.
Au dernier trimestre 2011, l’île comptait 50 976 allocataires du R.S.A.

Ici nous importons
la pomme empoisonnée du capitalisme
et les onguents de la République,
les gendarmes et les services publics.

Et Pointe-à-Pitre le dimanche
est une ville abandonnée.

rue2-pap

A quoi servent les paroles fleuries ?
Les discours sur la mémoire et l’identité
comme la flèche de Zénon
se rapprochent sans fin de leur cible
et ne l’atteignent jamais.

Ce sont toujours les mêmes qui s’enrichissent
et les mêmes qui restent sur le sable
Car ici comme ailleurs
le peuple ne commande pas à l’économie,
C’est l’économie qui commande au peuple.

A quoi servent les discours s’il n’y a pas l’action ?
Au lieu de se tenir chacun sur son îlot
il est temps de rejoindre les autres,
pour faire houle
pour faire vague et mascaret !

Sur le bord de la route, des inscriptions :
« LKP »
«  A bas le sarkolonyalizm ! »
« Tjen red
contre la profitasion ! »

De temps en temps des jeunes postés sur le bas-côté
proposent aux automobilistes
des grappes de crabes de terre

Des morceaux de bagasse écrasée traînent sur la chaussée

Un cantonnier marche
une machette sur l’épaule

C’est le battement d’ailes du peuple qui se soulève
qui peut faire décoller le papillon.

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3. le communisme des riches

Ici, j’ai connu le communisme des riches
(riches très provisoires que nous sommes,
invités du congrès des écrivains de la Caraïbe).

Nous nous rassemblons le soir sur la terrasse de l’hôtel
au bord des lèvres du rivage
dans la compagnie doctorale des palmiers que dépeignent les alizés.
(C’est l’heure où les lions
vont boire et vont manger.)

Le buffet est ouvert
chacun peut se servir librement
planteurs, jus de fruits ananas, orange, mangue, goyave blanche,
vin, bière et rhum
poissons, acras, escalopes, boudins antillais, gratin créole
entrées plats desserts boissons à discrétion
(nous n’avons pas à payer).

Ici règne l’abondance raisonnable dont nul n’abuse.
Ici est mise en œuvre  la maxime :
« A chacun selon ses besoins »
Et personne n’accumule
Personne ne prélève sur la table commune
plus que ce qu’il peut manger.

Ainsi est à nouveau démontré le caractère réaliste  de l’utopie communiste
car si la chose est possible à petite échelle pour nous
(dont les qualités morales ne sont pas exemplaires)
pourquoi ne le serait-elle pas un jour pour tous ?

Pour l’instant
les merles chapardeurs qui voltigent sous l’auvent de la terrasse
et  sautillent entre les tables
vivent des miettes
que laissent les touristes.

Les merles sans-gêne
viennent jusque sur les tables
picorer les assiettes
et voler des sachets de sucre
en robes de papier madras.

canne-a-sucre

O, le sucre
l’innocent berlingot
que je tiens dans mes doigts
pour le café du matin
O, la poudre blanche et brune
qui verse sur nos tables
ses monticules de consolation…
Depuis la première tasse de chocolat
servie à la Cour de Versailles
jusqu’aux techniques modernes d’addiction
de l’industrie agro-alimentaire,
toute l’histoire  de l’extraction de la douceur
porte la trace
de la violence et du malheur,
de l’esclavage, du sang et de la sueur.

4. Dans les bras de la mer

sable-pluie

Les palmiers tournent dans le vent
comme les ailes des moulins
sur lesquelles soufflent les enfants
et nous sommes des enfants
(Le rôle des poètes est de dire la laideur
du monde et sa beauté,
sa beauté par-dessus tout).

Il a plu cette nuit
et la peau de la plage est tavelée de vérole,
un  visage de nègre albinos
qui regarde la mer.

Assise sur un rocher volcanique
tu renverses ta tête en arrière
et fermes les yeux pour boire le soleil

Mais j’arrive par-derrière
et soudain te cache le soleil,
mon astre.
- Ne t’inquiète pas, te dis-je, je ne suis qu’un nuage qui passe…
- Un peu plus que ça…
me réponds-tu, rassurante.

*
Tu entres dans cette mer
comme dans un ciel liquide

Au creux de ta main
la palpitation de la turquoise

*
Puis, se sécher au soleil reptilien
Retourner vers la maternité marine

La mer est d’un bleu laiteux et trompeur
On ne voit pas ses pieds

Les pélicans
têtes de couteaux ptérodactyles
plongent à côté de nous

Ils pourraient nous transpercer de leur bec.

pelicans

*
On se demande pourquoi les colonisateurs ont toujours
choisi d’occuper des pays de paradis…

(Ne pouvant les arracher des hauts plateaux marins
pour les emporter chez eux
ils ont choisi d’y poser leurs pattes d’insectes velus
et d’y enfoncer leur trompe
pour les vider de leur sève, de leur sang
et de leur beauté).

Nous, nous n’avons pas besoin de posséder  le monde
pour qu’il nous appartienne.

pelican

*
Les nuages se traînent sur la mer

Les nuages noirs qui montent des grands fonds
et avancent sans bruit dans le ciel
se répandent comme une encre,
bouleversement silencieux, annonciateur de pluie.
Pour l’instant, ils se donnent en spectacle,
lent cortège, procession
funéraire frangée d’or,
comme un parement de corbillard…

Le volcan invisible se cache dans la brume

Le rocher crépu de la Tête à l’Anglais
s’enfonce sous l’eau

Le ciel se fait de miel
Et vers l’horizon, sur la mer, la pluie
comme un rideau de douche
en plastique transparent.

bananes

*
Mais derrière la carte postale,
dans le soir qui descend,
la déchirure du sang,
la balafre du cafre,
la violence de la dépossession
dans un pays de laves refroidies
ensemencé d’oubli.

Le ressac de la houle
roule spectres sans suaires
par grappes les corps
enchaînés des esclaves
jetés par-dessus bord.

Dans la chair de l’île
s’est pris
le sexe ensanglanté de l’Histoire.

Le scolopendre de la bassesse et de l’oppression
rampe toujours par-là.

Et sur les mornes dans la nuit
les feux de brousse de la rébellion
ont laissé des souvenirs
qui flambent sous les étoiles
comme chaudrons de rhum.

*

solitude

Cette histoire,
la longue histoire des peuples noirs déportés
et mis en esclavage,
est la même
que celle des Indiens décimés,
la même histoire prolongée des serfs
à qui les seigneurs faisaient couper les jarrets
quand ils se révoltaient,
la noire histoire des enfants phtisiques dans les mines,
la grande histoire des ouvriers,
que l’armée fusille parce qu’ils se sont mis en grève,
l’histoire des peuples colonisés,
l’histoire des têtes que l’on coupe et qui ouvrent encore la bouche,
la longue histoire des exploités du monde entier,
notre histoire partagée de sang et de sueur
qui a fait et fait toujours la richesse
de l’Occident et sa puissance,
la longue histoire de l’oppression
toujours pas clôturée
dont il faudra bien sortir un jour.

5. Nos amours tropicales

Mais, pour l’instant, levons la coupe de la joie !

Viens avec moi,
et pour la sieste rejoignons
le grand remue-ménage du sang tropical
le jaillissement de la sève insulaire
la copulation joyeuse de l’averse et de l’arc-en-ciel

Viens avec moi et réinventons
dans le jour neuf et blanc de nos draps
le grand bordel végétal
l’appel généralisé sous les alizés à la frénésie génésique.

Ici, toute la nature est turgescence.

bougainvillier

Les bougainvillées de toutes les couleurs
dansent la danse nuptiale de la séduction.
Le balisier multiplie les tendres pinces de crabe
de la tentation.
Les fleurs rouges sortent leurs lances
du capuchon vert pâle de leur prépuce
Les bananes en érection s’agrippent fermement
à leurs troncs
Et la grosse corolle jaune
de l’allamanda
au toxique latex
s’offre comme un sexe.

allamanda

Oiseaux en forme de fleurs
fleurs en forme d’oiseaux
la nature ici
s’amuse à nous confondre.
Ici, l’oiseau de paradis
est une fleur
dont l’aile se déplie
comme un pénis orange.
L’anthurium,
la fleur flamant-rose, érige le pistil
rouge de son clitoris
sur son calice de chair pastel.

fleurs

Flamboyant
Frangipanier plumeux
Tulipier du Gabon
Inflorescence duveteuse
Orchidée du pauvre
Belles de nuit
Rose de porcelaine
Rhododendron géant
Potos tigré
Arbre à pain
Herbe à miel
Herbe papillon
Dame de la nuit
Chandelle dangereuse du datura
Qui pendent des arbres
Epine du Christ
Hibiscus piment
Gueule de loup
Millefleur
Bignone
Goutte de sang
Lis
Aloès
Alpinia pourpre
Culotte du diable
Amaryllis…

*
« Rage de dents passe mal d’amour », dit-on…
Mais quand nous avons fait l’amour
je n’ai plus senti le mal de dents qui me vrillait la mâchoire
(Mon corps a dû libérer suffisamment d’endomorphines…)
Ainsi, rage d’amour passe mal de dents…
*
Allons, viens, recommençons…
Révisons sur la page de nos corps, mon amour,
l’inépuisable encyclopédie botanique
de nos caresses.

Effleurons la sensitive si doucement qu’elle s’ouvre

Viens à moi jusqu’au recoin secret
au plus intime de l’île
dans le repli de la vallée
envahie de fougères géantes
de balisiers, de bananiers abandonnés
de lianes épiphytes
de siguines à larges feuilles
par-delà la barrière des bambous
Reviens avec moi vers la rivière
la transparence glacée
dans la vasque des rochers
viens avec moi
te baigner à la source

riviere

Viens qu’à nouveau je pénètre
l’Origine du monde
dont je ne me lasse pas.

Je suis hanté par Antée
qui pour s’envoler
reprend pied
sur terre
Antée, Antée
Je veux enter en terre un mât
en toi mon moi !

Ouvre à nouveau pour nous
le portique de la joie
Et que nos corps forment
une arche de lumière
par-dessus la mer !

pf

*
Faisons l’amour mes frères,
Faisons l’amour mes sœurs,
Accouplons-nous et jaillissons vers le ciel !
C’est là le début,
le balbutiement de l’union planétaire !

Allons, j’appelle à la copulation généralisée !

Et nous accouplant dans la danse de la vie,
dans le corps à corps de l’amour,
nous éprouverons la force fugitive de la joie,
le goût du bonheur,
et nous oublierons pour un temps nos vieilles douleurs,
nous nous débarrasserons des habits fatigués de notre ancienne peau,
nous nous libérerons du convoi de nos chaînes et nos divisions,
de notre généalogie de servage et de soumission
de notre présent  d’aliénés.

Et après, nous retomberons
heureux et comblés
dans le repos laiteux de la mer Caraïbe.
Car on ne peut pas toujours être au sommet du désir et de la tension
On ne peut pas rester toujours dans l’incandescence
de la lutte et la révolution.

mer-transparente

Après l’explosion de nos feux d’artifice
nous connaîtrons la paix, le repos, l’amitié.
Mais pour mériter cette paix d’après l’orgasme
il nous faut sortir de nous mêmes
nous transformer en bouche-à-feu de pirate
en fission et en fusion
en ballet d’atomes électronisés
et frotter le bois sec de nos vies pour en faire incendie.
O mes frères et mes sœurs,
mélangeons-nous !
Soyons-nous-mêmes et soyons les autres
Soyons l’homme et la femme
le Blanc avec le Noir
le tambour et le violon
Mêlons le sucre et le citron
la sagesse avec la folie
la raison et la fantaisie !

Il nous faut voler au-dessus de nous-mêmes
En nous agrippant aux fesses du réel
Et nous tenir solidement aux hanches de la Terre
La déesse mère, la métis,
L’accueillante la fertile.
Dans le feu génésique du savoir.

6. Dans la nuit fraternelle

Dans la nuit grouillante et familière
les odeurs remontent de la terre
l’air se fait aussi doux que la mélasse
Les grenouilles chantent sans fin sur deux notes

Toute la nature murmure et monologue
Bêtes et plantes parlent dans notre dos
On dirait des ivrognes dans un bar obscur
échangeant des secrets qu’ils ne comprennent pas

Les mains de la vallée portent des lucioles
tremblantes dans le noir qui dansent un ballet
Les lumières solitaires des maisons dessinent
une constellation de la présence humaine

dispersée, ou groupée, fragile, omniprésente…
Est-elle plus réelle que celles dans le ciel
où nul trait ne relie les étoiles entre elles ?
(C’est à nous qu’il revient de renouer les points).

source-chaude

Dans la cuvette chaude des roches volcaniques
allongés côte à côte, ne nous connaissant pas,
nos jambes forment l’étoile intérieure d’un oursin
Nous regardons le ciel pâlir sur la mer sombre

Nous cohabitons dans la nuit intime
Peu à peu, pareilles à des bulles à la surface,
des mots se forment… Nous nous parlons dans le silence…
L’humanité s’avance vers le devant-jour.

7. L’arbre du Voyageur

Au petit matin
l’Arbre du Voyageur déploie sa palme
académique et hiératique
son éventail de main d’accueil
totémique
Emblème bénéfique
aux feuilles collectrices
de l’eau du ciel.

L’arbre du voyageur
lui-même est voyageur.
Il vient d’ailleurs
d’au loin, Madagascar…

Nous sommes tous en transit
voyageurs de la planète Terre.

Sois donc à son image
dressé, fier,
royal, ouvert.

Deshaies, Le 12 Avril 2013

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Le désir et la déraison

Vendredi 22 mars 2013

Le désir et la déraison dans Ma chronique dans Cerises dada

Mon papier dans le dernier Cerises.

 

Troisième rubrique à l’eau de vie dans Cerises :

Samedi 16 février 2013

Troisième rubrique à l’eau de vie dans Cerises : dans Ma chronique dans Cerises abyssinie

Lire ma troisième rubrique à l’eau de vie dans Cerises :

Arthur, la révolte et la fuite dans un numéro de Cerises très poétique.

De quelle humanité nous parle la poésie aujourd’hui – Nantes – 1er février – 18 h.

Lundi 28 janvier 2013

Je serai à Nantes, le vendredi 1er février pour parler poésie à l’invitation de la Société des amis de l’Huma. Voici l’invitation. Si vous êtes dans la région vous êtes les bienvenus.

LA SOCIÉTÉ DES AMIS et LA SOCIÉTÉ DES LECTRICES ET LECTEURS

du journal L’Humanité présentent en Loire- Atlantique

l’Huma-Café®, café citoyen à Nantes

La POÉSIE fait irruption dans notre réflexion citoyenne

« Quelle humanité voulons-nous être ? » 

Vendredi 1er Février 2013 à 18h

au Salon de Musique du Lieu Unique à Nantes

« De quelle humanité nous parle la poésie d’aujourd’hui ? »

ou,

pour suivre Rimbaud… la magique étude du bonheur…

Avec Francis COMBES
Poète, auteur, éditeur
Directeur de la BIENNALE INTERNATIONALE DES POÈTES en Val de Marne

Gratuit. Entrez libre, ressortez plus libre encore !

La poétique du bonheur dans Cerises

Dimanche 27 janvier 2013

La poétique du bonheur dans Cerises cerises

Toutes les deux semaines, je tiens une rubrique dans Cerises.

Mon premier article définit l’objet de cette rubrique : une réflexion sur la poétique du bonheur en relation avec les questions de la révolution.

Retrouvez cette rubrique.

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