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Une ode pour Yaoundé

Lundi 10 décembre 2012

Du 1er au 5 décembre, j’ai participé

au festival de poésie des 7 collines

à Yaoundé au Cameroun.

J’en rapporte quelques images…

Une ode pour Yaoundé 1354462461087

à Anne Cillon Perri

1.
Déjà, j’avais arpenté les vieilles cités d’Europe et marché dans les rues tumultueuses et pacifiques de la Chine
J’avais déjà foulé les trottoirs de San Francisco et j’avais côtoyé les gratte-ciels et les mendiants de l’Amérique
J’avais déjà longé la mer des Caraïbes sur le Malecon de la Havane et respiré l’air du large
J’avais déjà vagabondé dans Alger, pêché des rougets au Chenoua, glissé sur le Nil et escaladé les pyramides du Mexique
mais jamais je n’avais posé le pied sur le sol de l’Afrique, au sud du Sahel, le continent noir.
Jusqu’à maintenant, c’est l’Afrique qui se déplaçait pour venir me voir….
L’Afrique, je l’avais, enfant, longuement regardé, intrigué, impressionné et vaguement inquiet, dans la collection de masques et de statuettes Baoulé, Bambara, Malinké, Fang ou Sénoufo d’un oncle, ex-caporal des zouaves, au Maroc…
L’Afrique, adulte, je la croisais maintenant dans les rues d’Aubervilliers ou de Barbès,
prenant le métro très tôt le matin pour partir travailler en usine ou pour faire des ménages,
l’Afrique, je la voyais tous les jours, porte de la Villette, devant le foyer des travailleurs immigrés, assise en djellaba devant des caddies chargés de poulets plumés ou quelques paquets de cigarettes posés par terre et vendus à la sauvette
L’Afrique, je la croisais parfois dans la tristesse d’un regard d’homme, perdu dans le froid
et parfois je la voyais briller sur l’épaule nue que laissait entrevoir le boubou d’une femme dans les allées du marché,
ronde et pleine de soleil comme un pamplemousse noir
et je trouvais à sa beauté négresse un port de princesse.

L’Afrique, jusqu’à maintenant, c’est elle qui venait me voir.
Aujourd’hui, je lui rends la politesse.

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2.
Assis dans la salle d’embarquement de l’aéroport, j’ai vu tout d’abord surgir devant mes yeux l’Afrique nourricière
dans le jaillissement du sein à l’aréole énorme d’une femme qui donnait à téter à son enfant,
un sein rond et auto-suffisant,
un sein terrestre et plein,
non pas comme une éclipse de lune,
mais plutôt comme un lever de la planète Terre tel qu’on pourrait l’observer de la Lune,
un lever de Terre brune,
un sombre clair de Terre.
Qui a dit que l’histoire des fils d’Adam et Eve était prête à s’épuiser sur cette Terre ?
Voici que se presse dans la file d’attente du contrôle des bagages une foule tropicale aux bras noueux, au sourire clair, aux paroles turbulentes et sonores, toute à la joie de retourner vers le soleil du pays…
L’Afrique nourricière….
L’Afrique qui elle-même a la forme d’une femme enceinte et qui se tient le ventre.

L’Afrique, berceau de l’humanité,
L’Afrique, de la plus ancienne humanité
est aujourd’hui un chaudron de jeunesse.
L’Afrique sera-t-elle la pouponnière du futur ?

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3.
Vue du ciel, la mer aperçue dans l’échancrure festonnée des nuages,
la mer sous le soleil brille comme une peau de nacre…
Et voici, qu’une fois tirée la couette blanche des nuées, apparaît une autre mer :
le Sahara.
Nous survolons une carte de géographie.
En bas, il n’y a rien.
La Terre est comme un tableau effacé à la fin de la leçon,
où le chiffon aurait laissé des traces…
Le sable à perte de vue, avec parfois l’incision fine d’une piste,
à fleur de sol, quelques pustules rondes de pétrole,
pas d’oasis et pas d’humains,
le sable à l’infini comme une peau hérissée qui a la chair de poule
sous le feu du soleil,
le sable couvert de veinules, un lacis laissé par le vent qui fait des ourlets
un lacis de sable qui n’a pas plus de sens que la trace au fond de la tasse du marc de café.
De temps en temps, les nuages-parasol font à la terre un peu d’ombre passagère…
Et voici bientôt les monts du Niger,
bientôt l’Afrique,
là-bas vers l’Equateur invisible qui partage notre ciel
et nos saisons d’hommes sur la Terre…

Et bientôt dans la nuit la ville immense et pauvre
accroupie au milieu du tas de pierreries de ses lumières.

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4.
L’Afrique se lève tôt.
Dès cinq heures du matin tintent les casseroles et les calebasses que les femmes nettoient ;
le coq enroué d’avoir chanté toute la nuit avec les chiens reprend pourtant son office quotidien.
On entend les cris et les pleurs d’un enfant de trois ans que sa grande soeur gronde…
Il est temps de se lever pour rejoindre la rumeur du jour !
Prendre une douche froide au mince filet d’eau.
(L’eau est partout dans ce pays de lacs, de fleuves et de montagnes, et pourtant l’eau ici fait souvent défaut… )
Puis je sors rejoindre l’empire blanc du soleil qui se met à chauffer comme tous les jours.
Je croise des fillettes en uniforme qui partent pour l’école,
une belle femme aux fesses haut perchées qui porte sur la tête un bidon rempli d’eau,
et un homme triste et maigre engoncé dans son costume gris qui a peut-être rendez-vous dans un ministère et attend, je ne sais pas quoi…
Partout le matin, les femmes et les enfants s’activent à nettoyer.
Ils passent la serpillière et époussettent la courette avec leurs balais courts en fibres de palmes,
ils sortent les tapis de sol et lavent les voitures…
Partout, les femmes et les enfants nettoient
mais dans la rue traînent dans la poussière des bouteilles plastique efflanquées au ventre crevé, des capsules de bière et des fruits pourris et écrasés.

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5.
Ô Yaoundé
dont le nom mal compris par les Allemands vient du peuple Ewondo ;
Yaoundé, la ville aux sept collines qui se dégagent lentement de la brume comme des belles sortant du bain.
Ô les rues de Yaoundé !
Les rues ravinées, les rues défoncées dont l’asphalte a disparu emporté par les orages,
les rues ravagées comme si la crue était passée par là,
les rues par la fête de la pluie et du soleil brutalement défaites,
les rues de latérite rouge, comme des veines ouvertes et étirées sur le corps d’un écorché,
les rues de la ville comme des troncs d’arbres éventrés de varices,
les rues aux entrailles lacérées, les rues en pente bosselées et torturées, les rues trouées de nid de poule où les voitures font des tours et des détours pour éviter de se briser,
les rues où marchent les hommes et les femmes toute la journée avec sur la tête des seaux, des couvertures, des tables et des chaises, des bassines, des régimes de banane et des paquets à livrer,
les rues bordées d’une kyrielle d’échoppes de bois aux façades de guingois,
avec des pneus empilés près de l’atelier du garagiste,
les rues qui dévalent la colline où noircit au soleil une carcasse de voiture à côté d’un bananier,
les rues où court en zigzagant une poule
et parfois un chien,
les rues encombrées de taxis jaunes et de motos sur lesquelles s’entassent les clients,
les rues klaxonnantes, les rues bruyantes, vivantes et lentement déglutissantes,
les rues du pays saigné.
(Car il se pratique ici silencieusement une saignée continue à la pliure du coude dans les bras grands ouverts de la terre pour en faire couler jusqu’à nos ports le pétrole, l’or, et le diamant).

Oui, mon ami, mon frère,
 » Un autre monde est possible « 
et ce monde autre, c’est le nôtre.
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6.
Dans le quartier de Montée-Jouvence
l’homme blanc est allongé, nu sous la moustiquaire qui lui fait une tente transparente et pointue comme un clocher d’église,
l’homme blanc sous sa cloche à fromage se protège de la malaria.
(Les premières révoltes au Cameroun furent provoquées par les colons allemands qui pour se prémunir des parasites avaient voulu déplacer les populations et les chasser de la terre de leurs ancêtres).
Mais les moustiques sont toujours là, minuscules et bruyants…
Il fait chaud et humide et l’homme transpire…
L’homme est allongé sur son lit et lit une poétesse africaine qui parle crûment de son désir,
du pénis, comme un bâton de manioc, élastique et ferme, qui se tend
(Le manioc a l’odeur acre et douceâtre est ici partout.
On dirait un serpent emmailloté et ficelé dans sa feuille de bananier…)
Et l’homme blanc sent que son serpent aussi s’éveille…
Ici les femmes n’ont pas peur de leur désir
et les hommes non plus, malgré le sida,
et les poètes d’ici célèbrent toujours joyeusement le coït, l’ardeur du sexe et de la vie.
Le péché n’a pas pris le pouvoir et le plaisir des corps, ici comme ailleurs, est toujours la meilleure fontaine de Jouvence…
Mais le poète blanc, qui est très sage
et bien qu’aimant l’amour et la poésie, 
qui se défie de l’ivresse des mots et des sens,
n’aura de tout cela qu’une livresque connaissance…
Comme il est seul, il laisse là le livre
et va prendre encore une douche.

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7.
La semelle de ma chaussure gauche s’est décollée et je marche dans la rue avec une chaussure qui baille.
Elle ouvre grand sa gueule noire et rit de toutes ses dents…
Mais elle n’a pas de dents.
Ma chaussure est un crocodile avachi et édenté qui ne menace personne,
mais avec cette chaussure usée à mon pied, je me sens un peu plus proche de la terre, je respire à la hauteur du sol et fraternise avec la poussière…
Moi le poète français qui marche dans la rue avec un chapeau blanc digne des colonies,
avec cette chaussure qui baille, je me sens un peu plus le compagnon des va-nu-pieds !
Pourtant, je ne partage pas leur sort.
Je n’ai pas eu la vie de ces enfants qui me voyant passer dans la rue s’amusent à m’en mettre plein la vue en faisant des sauts périlleux sur un tas de sable,
ces enfants qui s’envolent mais ne prendront peut-être jamais l’avion,
Je ne partage pas le sort du jeune homme à moitié déculotté qui retient comme il peut son pantalon crasseux qui lui tombe sur les genoux.
Je n’ai pas la vie de celui qui marche sur la chaussée, une basket posée sur la tête,
le petit vendeur de chaussures qui porte sur lui son enseigne, et ne doit chaque jour pas gagner beaucoup plus que le prix de son repas du jour.
Et qu’est-ce que je sais de la petite fille de quatre ans enveloppée dans un grand voile bleu qui lui cache la moitié du visage et qu’elle retient d’une main pendant qu’elle tend l’autre pour mendier ?
Qu’est-ce que je saurai de la vie de zombie de ces jeunes attroupés autour de la voiture qui quémandent la pièce avec laquelle ils pourront se payer le tube de colle qu’ils iront ensuite tour à tour respirer pour mourir et oublier ?…

(Demain, le cordonnier africain, qui ne jette rien, fera un miracle et rendra à ma chaussure vie et dignité.)

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8.
Voici ma chérie les dernières nouvelles d’ici :
Les fleurs de flamboyant sont jaunes
L’orage qui menaçait a fini par tomber
(Une pluie verticale a fait du tam tam
sur le toit en tôle ondulée
et la température a un peu baissé)
L’église de la Rédemption convoque ses fidèles
Dans le quartier Bastos les rues sont goudronnées
Un homme traverse, une poupée sur la tête,
Un autre porte sur son dos un cheval de rotin
Il y a un siècle à peine
le roi Bamoun inventait l’écriture
Le frère qui vit au village
a commandé un fauteuil de chef
qu’il ne peut pas payer
On parle ici trois cents langues africaines
Deux personnages dansent accrochés
à l’enseigne du supermarché
Marie Claire est partie travailler au ministère
Il faut acheter de grands sacs de poissons et de poulets
pour l’enterrement de la tante
On est passé en un siècle à peine
de la chasse et de la cueillette
à la production en série des antiquités
Un lézard court le long du mur
Le Cameroun fait partie du Commonwealth
Un président à vie reçoit un dictateur
(ou c’est peut-être le contraire)
A la Librairie des Peuples noirs
Mongo Beti garde les yeux ouverts
Ruben Um Nyobé n’est pas oublié
Un oiseau s’est perché au sommet d’un cocotier
Il y a des tableaux noirs dans les cours des maisons
Partout on étudie
Tu es restée en France
Et moi qui t’aime
Je t’envoie ce texto :

« Bonjour ma belle.
Ici, ce matin, le soleil est voilé
mais il se fait pourtant sérieusement sentir.
Ainsi est notre amour :
Il est au loin
mais il rayonne. »

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9.
« Celui qui n’a pas d’ennemi n’a pas d’avenir » clame l’affiche géante du prédicateur.
Car Dieu est posté à tous les coins de rue.
Il se fait de la publicité sur les parechocs des motos et des voitures.
C’est lui qui sait tout et toi, tu dois le suivre docilement…
Et tu le suis non pas sur les routes du paradis qui se cache dans les profondeurs inaccessibles du ciel mais sur les pistes échevelées de la terre où se mêlent toujours le paradis et l’enfer
et ce dieu-là ne fait rien pour toi.
(Afrique, peut-être que tu souffres d’un excès de foi…)
Afrique des grigris,
Afrique des sectes protestantes et des confréries secrètes,
Afrique du vaudou et des esprits qui rôdent parmi nous,
Afrique des esprits qui se vautrent dans la boue au fond du fleuve Wouri
où vivent des villages engloutis,
Afrique des marabouts,
des petits et des grands,
de ceux qui tordent le cou des poulets, te promettent la santé, la fortune ou l’obéissance de la femme
et de ceux qui roulent en limousines,
portent des lunettes de soleil,
racontent des histoires au peuple
et restent au pouvoir tant qu’ils ne touchent pas aux affaires des Blancs,
n’imposent pas de renégocier les conventions, les termes de l’échange et les conditions d’une vraie coopération.
« Celui qui n’a pas d’ennemi, n’a pas d’avenir »
Aujourd’hui je suis d’accord avec le prédicateur.
Afrique tes ennemis sont ici chez eux. Ils sont ici chez toi.
Hier, ils vendaient leurs frères au marchand d’esclaves.
Aujourd’hui, ils vendent tes richesses et délaissent les entrailles de ta terre-mère.
Afrique, viendra-t-il enfin le jour où c’est en toi que tu croiras ?

(Mais cela que je dis aujourd’hui de l’Afrique pourrait se dire de tous les peuples de la Terre).

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10.
Debout, levons-nous ce matin de bonne heure !
Rejoignons la joyeuse troupe
des poètes d’Afrique et d’ailleurs
qui se regroupe pour entamer
l’ascension du Mont Fébé.
Debout, levons-nous et partons
avant que le soleil de plomb
ne soit à l’aplomb de nos pauvres têtes !
Debout, marchons et montons
par la route sinueuse vers le vert des hauteurs et vers les crêtes !
Debout, marchons et en route nous dirons
à chaque halte nos vers !
Debout marchons et dépassons
la vendeuse de pamplemousse,
le marchand d’ananas,
le policier aux gants blancs,
la jeunesse sportive qui redescend
de la montagne en petite foulée
et sourit de nous.
Debout, marchons et délaissons
la termitière indifférente qui se dresse au bord de la route.
Marchons et délaissons cette autre termitière, le Palais présidentiel…
Nous, nous montons plus haut, plus près du ciel.
Les poètes aiment s’élever…
Ils sont comme les enfants
et comme les chèvres ;
ils ne peuvent pas voir une colline sans rêver d’y grimper.
Pour dominer ? peut-être…
Pour voir plus loin aussi, pour élargir l’horizon, pour respirer…
Non pas pour dépasser les autres mais pour se dépasser.
Allons, debout, marchons ensemble, cote à côte…
Nous ne faisons que commencer notre ascension !

le 9/XII/2012

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Poème pour hier ou pour demain

Vendredi 9 novembre 2012

La femme de l’Homo erectus

Poème pour hier ou pour demain dsc_7211

Souvent, ma chérie,
je te vois te battre avec les objets :
une prise électrique,
un compteur,
une machine à coudre,
un ordinateur,
un moteur de voiture,
un logiciel…
Tu les observes, tu les palpes,
tu les retournes, les démontes
tu les manipules, tu t’énerves un peu
et, finalement, tu en as raison.
Te regardant faire,
je pense à l’homo faber,
l’homo sapiens sapiens
(ou plutôt à sa femme)
qui sans se laisser abattre
pendant que l’homme, fier de lui, rentrait de la chasse,
dans sa caverne,
frottait l’un contre l’autre deux morceaux de bois
jusqu’à ce que naisse l’étincelle.
Toi, tu es sa descendante…
C’est avec des êtres comme toi que l’espèce progresse…
Quant à moi
qui ne suis qu’un homo erectus
pendant que je te regarde,
pour me consoler
de mon inutilité,
je bois une boisson fermentée,
et je t’admire.

Lettre ouverte à François Hollande

Vendredi 2 novembre 2012

Lettre ouverte à François Hollande

Monsieur le Président,

 

De divers côtés nous parviennent des informations préoccupantes concernant la vie culturelle et singulièrement la place faite à la poésie aujourd’hui en France. La dernière en date, et l’une des plus préoccupantes, concerne le Printemps des poètes dont chacun sait le rôle, depuis de nombreuses années, pour que la poésie vive, s’exprime et se diffuse dans l’ensemble du pays.

Le Ministère de l’Éducation, qui contribue depuis toujours au fonctionnement de cette association, vient en effet de réduire de 60 000 euros la subvention qu’il lui verse. Ce qui met le Printemps des poètes dans une grande difficulté.

On invoquera sans doute la rigueur des temps et la nécessité de faire des économies… Mais  cette rigueur semble pour l’instant inégalement répartie.

Serait-ce qu’au sein du gouvernement (et singulièrement au Ministère qui a pour mission l’éducation de la jeunesse) la poésie est considérée comme un luxe, un supplément d’âme dont la plupart de nos concitoyens pourraient se passer sans dommage majeur ?

Si tel était le cas, ce serait une erreur grave.

La poésie n’est pas qu’un jeu gratuit sur les mots. Même si cette dimension ludique fait partie de ses possibilités. Ou si c’est un jeu, il est vital, comme est vital le jeu pour le développement de l’enfant et sa aptitude à grandir. La poésie est la manifestation de la capacité des êtres humains à « habiter le monde », à le faire leur, à s’ouvrir aux autres, à ressentir plus vivement le réel en même temps qu’à le rêver, à le transformer par le recours à l’imagination. Elle est, au meilleur d’elle, une lucidité sensible, une des formes les plus hautes de la conscience.

Un peuple sans poésie serait un peuple sans rêve.

Déjà, dans un texte de 1948 intitulé « La fonction poétique »,  Pierre Reverdy écrivait : « Non, la poésie n’est pas cette chose inutile et gratuite dont on pourrait si facilement se passer — elle est au commencement de l’homme, elle a ses racines dans son destin. (…) Elle est l’acte magique de transmutation du réel extérieur en réel intérieur sans lequel l’homme n’aurait jamais pu surmonter l’obstacle inconcevable que la nature dressait devant lui. »

Porter atteinte à cette fonction poétique, qui a tant à voir avec l’essence même de la liberté humaine (qui est de ne pas se résigner au réel tel qu’il est) ce serait aller dans le sens de la pente, qui existe dans notre société, à considérer les hommes et les femmes comme des consommateurs et non comme des producteurs, des clients d’un imaginaire sans imagination et non comme les auteurs de leur vie et de leur futur. Cette pente, c’est celle qui tend à faire d’un peuple acteur de son destin une simple population passive et manipulable.

Réduire la culture, ici et aujourd’hui comme hier et ailleurs, c’est toujours ouvrir la voie à l’abêtissement et au fascisme.

Ce caractère nécessaire de la fonction poétique me paraît d’ailleurs particulièrement évident dans les périodes de crise, telles celle que nous vivons actuellement. Quand bien des aspects de la vie sociale poussent à la résignation devant ce qui est perçu comme une fatalité, le recours au poème apparaît pour ce qu’il est aux yeux de beaucoup : « une salve contre l’habitude », (pour reprendre l’expression d’Henri Pichette), une insurrection contre la vie morne et une action, apparemment modeste mais précieuse, pour imaginer le monde. Or n’est-ce pas ce qui manque le plus aujourd’hui : la capacité à rêver le futur et la transformation du monde ? Le vieux mot d’ordre de Rimbaud, « Changer la vie » est toujours le programme des poètes du monde entier. A mes yeux, il n’y a guère de poésie possible sans utopie. C’est d’ailleurs à mon sens l’une des raisons du succès que connaissent aujourd’hui bien des manifestations poétiques, telles la campagne d’affichage des poèmes dans le métro, dont je me suis occupé avec Gérard Cartier pendant quinze ans, le Printemps des poètes et les divers marchés et festivals qui participent du regain de la vie poétique en France.

J’ajouterais, pour être régulièrement invité dans des festivals à l’étranger, que j’ai parfois le sentiment que la poésie française est mieux reconnue en dehors de nos frontières qu’ici-même.

L’absence de la poésie dans les grands médias, sa marginalisation dans l’industrie et le commerce du livre et maintenant les réductions budgétaires dont elle est la cible l’indiquent.

Une politique de gauche digne de ce nom devrait plutôt s’attacher à cultiver la passion de la culture, de la connaissance et des arts, à encourager l’esprit critique, le goût du réel et la capacité à rêver les yeux ouverts.

Voilà, pourquoi, monsieur le Président, je vous demande d’étudier avec votre gouvernement la possibilité de rétablir la subvention du Printemps des Poètes et de favoriser partout la multiplication des initiatives en faveur de la poésie.

Vous priant de croire en ma considération,

Francis Combes

La Grèce en tête

Dimanche 9 septembre 2012

Au cours de l’été, j’étais invité au festival de Tinos, sur une des îles des Cyclades. J’en ai profité pour séjourner quelques jours en Grèce. Malgré la crise, ce pays reste enchanteur. J’en rapporte une corbeille de poèmes et de photos.

La Grèce en tête Sirènes

A la rencontre des sirènes

Au réveil, nous passons au large d’îles dont le fantôme se dégage peu à peu de la brume de chaleur.
Quand nous croisons Ithaque, se fait distinctement entendre, sur le pont du bateau, le chant des sirènes
Long, profond, mélodieux, insistant
Lancinant comme un chœur atonal.
C’est le vent qui fait sonner les tubulures et les haubans métalliques du bateau.
(Sans doute est-ce le même chant qu’entendirent Ulysse et ses compagnons
et que Patricia enregistre aujourd’hui sur son téléphone portable.)
Ainsi, c’est le passage du bateau qui provoque le chant des sirènes…
Et ce sont les hommes qui introduisent dans la réalité la poésie
en allant à la découverte du monde et de ses surprises.

Le 17/VII/ 2012-07-21 sur le bateau
Laurier


Un laurier rose

Un vieux laurier rose célibataire
Sur la plage de Xilokastro.
Il n’est pas plus beau
Ni plus remarquable
Que tous ceux que tu as croisés
Le long de l’autoroute.
(Au contraire…)
Mais c’est celui-ci
Que tu dois prendre en photo.
(Tout le monde a droit
à un peu de considération).

Le 18/VII/2012
Maison-Zemeno


Un poème grec

Pour Marie-Laure et Xenophon

Le nid sous l’auvent en béton  a été détruit
Les hirondelles ont déserté la maison.
Sur la vieille table en bois sont posées deux chaises
Dépaillées, aux accoudoirs en fer rouillé,
A côté d’une balancelle peinte en rouge et bleu
Rescapée de la guerre des enfants
Et du serpent inoffensif d’un tuyau d’arrosage…
Dans un poème grec quelque chose est toujours sur le point d’arriver
Et on l’attend…
Le sens du drame et de l’épiphanie
Est-il un effet de la sieste que la chaleur rend obligatoire ?
Ou le legs des mœurs du monde de la mer ?
Dans la maison de vigneron
Dont les volets fermés sont des paupières turquoise
Couleur de mer
L’iconostase blanche est vide.
Une mouche poursuit son combat solitaire contre le corps nus des dormeurs.
Pendant qu’on goûte à la paix
A l’ombre du mûrier
Autour d’un verre de vin rosé,
Dans le Golfe de Corinthe,
Certains attendent toujours le retour
De la grande voile carrée
qui doit ramener Hélène.

Le 18/VII/2012
Corfos


Dans les eaux du sommeil…

Dans les eaux du sommeil un poisson se réveille
Et c’est mon amour qui chevauche le poisson
Tel Poséidon armé de son harpon
Et c’est moi le poisson et c’est moi le harpon.

Le 19/VII/2012

Mort-aux-banquiers

Mort aux banquiers.

 

Un séjour en Arcadie

Les bras en croix dans la lumière
A la surface de l’eau je flotte et c’est miracle
Au-dessus de la cathédrale de verre de la mer
Et je contemple le fond de son abside vaste silencieuse et fraîche
Où jouent les reflets verts de l’ombre et du soleil
Car ni les vitraux de la lumière
Ni même le sens du sacré
N’appartiennent qu’aux croyants

Viens je t’emmènerai au pays doré
Car nous sommes invités dans le séjour des dieux
Qui ont disparu et ne vivent plus que dans la pierre
Nous qui passerons aussi
sans laisser autant de traces sur la terre
que les dieux
nous sommes comme les dieux mortels
Mais nous avons sur les eux un avantage
Nous au moins nous aurons vécu
Ne serait-ce qu’un peu, avant de disparaître
Car les dieux ont réussi ce prodige
d’être mortels sans avoir jamais vécu
sur cette terre qui n’appartient pas aux dieux

Viens, je t’emmènerai au pays blond où la mer est bouclée
Comme une jeune vierge intacte à jamais
Lisse comme un sein ou légère et frisée
Quand ses vagues sur la plage font une frise bleue
Sur fond d’aube dorée car ni le bleu du ciel
Ni celui de la mer ni le miel de l’aube
N’appartiennent aux fascistes

Viens je t’emmènerai au pays doré
Et nous partagerons le vin et le pain
de la fraternité
Et le ciel et la mer que personne encore
n’a pu mettre en vente à  la découpe
et qui sont encore à tous
Car cette terre n’appartient pas aux banquiers

Viens nous goûterons ensemble
Un bref instant d’éternité
Nous qui sommes passagers
Sur cette terre passagère
Où seuls le soleil, la mer
Et le peuple
sont doués d’éternité.

le 20/VII/2012

 

Mer-Nomenvassia

Nomenvassia, le village natal de Yannis Ritsos.

 

Dialogue sur les cigales

Elle — La cigale, le sais-tu, est un insecte hétérométabole ;
Seule sa dernière métamorphose sera complète.
Elle peut vivre des années sous terre avant
d’entamer sa vie aérienne…

Lui — Nous aussi nous aspirons à cela…

Elle — Cette ultime phase se nomme
la « mue imaginale » qui la voit se changer en adulte,
insecte dit « parfait » ou « imago »
qui se nourrit de la sève des arbres…

Lui — Voilà bien la poésie de ce temps scientifique…

Elle —  Mais à ce stade, il ne lui reste qu’un mois et demi
à vivre, pour se reproduire… ce qui explique son ardeur.

Lui — Laissons là les cigales ;
leur sort au fond n’est pas enviable.
Insupportables compagnes des jours d’été
qui, dès 25°, se mettent à chanter
et ne se calment qu’à la nuit tombée…

­­ Elle — Ces compagnes, comme tu dis, sont plutôt des compagnons
car chez les cigales ce sont les mâles qui chantent.
Ils cymbalisent avec leur abdomen
dans le but d’attirer les femelles …

Lui — A en juger par leur chant, celles-ci se font prier
et les mâles sont obligés de beaucoup chanter…
(En quoi, ils ne diffèrent pas beaucoup de nous).

Elle — Si… Nous nous sommes supérieures  aux cigales.
Car chez nous les femmes  savent aussi chanter
et parfois même draguer.

le 22/VII/2012
Cigale

 

L’olivier

L’olivier quand il est pris dans un incendie
se consume de l’intérieur
et rien
ne peut arrêter le feu
Il brûle
jusqu’aux racines
et ne repousse pas
disent les gens du pays
Attachés
à leur terre
comme les oliviers.
Epidaure

 

Epigramme

Grèce :

dépenses inconsidérées
en beauté de toute sorte.

 

Sounio

Cap Soumio.

 

Le ferry

Dans son sillage le bateau fait naître des arcs-en-ciel.

Où sont passés les dauphins qui accompagnaient  Poséidon dans ses courses en mer ?

Quand il arrive dans le port de Syros
le ferry pose sur le quai sa lourde langue métallique et articulée
et il avale comme un plat de brochettes un chapelet de voitures.

A chaque escale, me fait remarquer Patricia, les touristes, petits poissons multicolores s’engouffrent joyeusement dans le ventre de la baleine.

Ils ne savent pas ce que la suite leur réserve
mais cela ne les empêche pas d’aller plus loin…

Syros

Elle les recrachera dans le port du Pirée
sans les avoir digérés
pareils à Job (mais un peu moins pauvres)
les laissant aller là où ils veulent.

(D’autres ne sont pas venus.
Ils n’ont pas voulu donner leur argent à ce pays
pour lui faire payer son anarchisme qui, depuis l’Antiquité, a survécu à tous les Etats.)

Puis, pendant que nous nous faisons ces réflexions,
le ferry  repart.

Il quitte la ville et ses deux tétons couverts de maisons pastel et surmontés de l’aréole d’un dôme couleur azur

Et laisse derrière lui la voie lactée d’une autoroute éphémère de blancheur.

le 29/VII/2012

Ithaque

Coucher de soleil sur Ithaque.

 

Coucher de soleil sur Ithaque

C’est quand le soleil se couche
qu’on peut le regarder en face.

(De cette observation
qui ne manque pas de profondeur
vous pouvez faire ce que bon vous semble).

le 3/VIII/2012

Pyrgos

Festival international de poésie de Medellin du 23 au 30 juin 2012

Mercredi 8 août 2012

Festival international de poésie de Medellin du 23 au 30 juin 2012 festival-Medellin

Du 23 au 30 juin, j’étais invité au festival international de poésie de Medellin. Avec Richard Borhinger, nous étions deux poètes français. En tout soixante-dix poètes étaient invités, beaucoup des nations indiennes. Un événement unique.

Plus de 4 000 personnes à la soirée de clôture pour écouter les poètes pendant plus de quatre heures. Un public jeune, connaisseur, attentif. Des lectures dans des quartiers populaires, des bibliothèques, des villages, des centres culturels. Merci à Fernando Rendon et à toute son équipe pour cette fête mondiale de la poésie.

Voir le festival de poésie de Medellin

 

Avec-Richard

Lectures à Medellin

Samedi 23 juin : ouverture, lecture de Avenir

Dimanche 24 juin : Il faut de tout pour faire un monde

Lundi 25 juin : Sur la liberté

Mardi 26 juin : FacilePoème sur le Mexique

Mercredi 27 juin : Alléluia pour une chaussure

Jeudi 28 juin : Les Réalisations du capitalisme

Vendredi 29 juin : Petit nuage dans le ciel de CubaLa sieste habanera

Samedi 30 juin : Clôture avec Le Peuple

Lecture de Richard Borhinger

Lundi 25 juin : Extrait de Mendy

 

 

 

 

 

Marché de la poésie 2012

Samedi 9 juin 2012

Je serai présent au 30e Marché de la Poésie

du jeudi 14 au dimanche 17 juin 2012

place Saint-Sulpice Paris 6e

Signature de mon recueil

La Barque du Pêcheur

au stand d’Al Manar

vendredi 15 juin à 15 heures

Marché de la poésie 2012 March%C3%A9-po%C3%A9sie

Extrait de la Barque du pêcheur

Dimanche 27 mai 2012

Voici le poème par lequel s’ouvre

ce nouveau recueil.

Avec une pensée pour nos amis Algériens,

à l’occasion du cinquantième anniversaire

de la fin de la Guerre et de la proclamation

d’indépendance de l’Algérie.

 

Extrait de la Barque du pêcheur baie-d-alger-255933

Un pêcheur dans les rues d’Alger

          à Tahar Ouettar

1

Du balcon de ma chambre à l’hôtel Albert 1er
je regarde le port à cinq heures du matin
Tout est rose bleu pâle et gris
comme en lévitation
Sur la mer
C’est l’heure la plus calme
Les pigeons d’Alger
par grandes laisses
comme s’ils jaillissaient
du sac invisible d’une semeuse
aux mains de vent
viennent se poser à quelques mètres de moi
entre les coupoles
sur le toit de la Grand Poste
C’est l’heure des rêveries
la petite aube de la millième nuit
Sur le rebord de ma fenêtre
contre le volet de bois bleu
décoloré par le soleil
un djîn s’est perché
Accroupi au coin de la balustrade
il tire sur une cigarette très fine
(Il a des mains de paysan)
Personne ne le remarque
mais je vois distinctement
qu’il se moque
de l’étranger volant sur son tapis persan
C’est l’heure de la prière
Du haut de son minaret
le muezzin lance
– par haut parleur
son premier appel
et nul ne s’émeut
Passe un taxi
un homme défait un paquet
(tranquille comme un poseur de bombes)
puis dispose dans le kiosque
les journaux
avec leurs brassées de nouvelles fraîches
qu’il s’apprête à distribuer

2

En fin d’après-midi
j’ai remonté la rue Ben M’Hidi
(torturé et tué
par les hommes de Massu)
J’ai remonté la rue
vivier ensoleillé
où les femmes sont des amphores de soie
la rue où les hommes sont des parchemins oubliés
évadés d’une très ancienne bibliothèque
nobles et ridés
« Ici, m’as-tu dit
les Arabes
n’ont pas
des têtes d’immigrés »
Partout courent des enfants
écolières à tablier
aux sourires de fleurs
et garçons rieurs
à la tête rasée
Et quand ils nous croisent
dans leurs yeux je ne lis
aucun regard de haine

Alger, belle étrangère
femme de terre aux reins cambrés
paisible et fière
Ceux qui ont gagné
n’ont aucune rancune

Mosqu%C3%A9e-Alger

3

Dans la nuit du Mouloud
de la terrasse au béton défoncé
sous la treille des amis
j’écoute le monôme des pétards
et contemple le ballet des étincelles
les feux de Bengale des enfants
qui font tournoyer
aux balcons des cités surpeuplées
des tampons Jex enflammés…
(Soleil tournant
l’avenir
leur brûle entre les mains)

Alger, tes habitants
entre deux temps,
entre deux portes vivent
et flottent les drapeaux
au vent qui les emporte.

4

(Puis nous avons marché dans la Casbah
dans les pas de notre ami
le poète arabe
un sage mécréant
connu ici comme le loup blanc
ou le renard des sables)

Mon ami l’Algérien qui fait l’aveugle dans la rue
et donne des coups de canne
dans l’air blanc du matin
Les jeunes gens assis contre les murs
surpris
s’écartent de nous
comme un banc de poissons
puis reviennent au soleil

(les poètes sont des fous
qui ont de l’éducation)

La rue est un vivier surchauffé
les hommes, des animaux marins

(la fatigue du Tiers monde
est une algue indolente et carnivore
Elle pousse au fond des yeux)

Les cafés sont pleins d’hommes
qui boivent de l’eau

Un cul-de-jatte
dans un caisse en bois
descend du trottoir

l’Histoire n’est qu’un vieux corps couvert de cicatrices

Un peu plus bas
vers la Place des Martyrs
les arbres paraissent à leur place
les bancs publics aussi
(Les arbres sont en paix avec le monde)
Ils mériteraient
d’être traités
au rang d’ambassadeurs
et d’être pensionnés
Ils donnent à Alger
un faux-air de Marseille
Marseille, la ville sœur
qui dort ou fait l’amour
qui trafique et qui saigne
de l’autre côté du miroir
convexe de la mer
chauffé à blanc
et posé sur un trépied de fer

Ensemble
au moins une fois
Mon ami l’Algérien
nous redescendrons
des hauteurs de Hydra
jusqu’à la Pêcherie
Nous retournerons
vers le bas-ventre de la ville
nous pénétrerons
dans les tavernes accotées à la mosquée
sous le sourcil ombrageux des arcades
dans l’odeur de la crevette
l’urine et la chaleur
le Royaume de la Daurade
le sexe de la ville

casbah-alger-photo

5

Pris dans un embouteillage
rue Didouche Mourad
je tape sur la portière de la vieille 4L
comme font les pêcheurs
sur les flancs de leurs barques
pour débusquer les poissons
qui se cachent sous le bitume

Alger, mon étrangère
ma belle hôtesse, ma familière
Ton voile traîne dans la poussière
Et moi pauvre pêcheur de mots
dans tes rues je suis
comme un poisson dans l’eau

Quant à toi
ma femme qui me nargues
(sans le savoir peut-être)
marchant à mes côtés
avec ce poisson d’or
qui danse sur ton cou
et dont je suis jaloux
Prends garde à mes filets
Pour toi
ma Pécheresse
je me ferai pêcheur.

 

La barque du pêcheur aux éditions Al Manar – Sortie pour le Marché de la poésie

Dimanche 27 mai 2012

La barque du pêcheur aux éditions Al Manar - Sortie pour le Marché de la poésie couv-La-barque_couv-La-barque-1

 

Mon nouveau livre de poèmes vient de paraître aux éditions Al Manar.

Ce volume, intitulé La Barque du pêcheur, réunit les poèmes-reportages écrits lors de différents voyages dans le monde arabe :
– L’Algérie (c’est la suite poétique qui donne son
titre à l’ensemble)
– l’Irak, (quelques mois avant la dernière guerre, il participait à l’initiative d’un groupe d’intellectuels
français qui ont violé l’embargo aérien)
– La Palestine, (écrit à l’occasion d’une tournée de lectures avec les poètes palestiniens dans les territoires occupés)
– L’Égypte (lors d’un voyage sur le Nil)
– le Liban (l’occasion d’une réflexion sur les troubadours et les rapports Orient-Occident)
– la Syrie (avant le drame actuel et depuis)…

Dans ces poèmes, je ne partage pas l’opinion de Mallarmé qui nommait avec un certain dédain «l’universel reportage » . Pour moi, la poésie est provoquée par les rencontres inattendues du monde réel ; la réalité est multiple, infinie et passionnante.

Je reprendrais volontiers à mon compte la formule de Goethe qui disait que tous ses poèmes étaient des poèmes de circonstance. mais si le poème est provoqué par les événements de la vie, il permet de réorganiser les impressions, les idées, les émotions pour produire un sentiment du monde. et par l’alchimie simple d’un regard sensible et aussi lucide que possible, par la vertu de l’image, il dit le malheur et produit de la joie.

Ces poèmes ne sont en effet pas simplement reportages ; ce sont des chants amoureux du monde qui
disent à la fois l’altérité et la communauté, le lien profond des peuples de la méditerranée et singulièrement
celui qui relie la culture française au monde arabe et à sa poésie.

Le livre est accompagné de trois dessins originaux d’Edmond Baudoin.

Post scriptum au voyage grec : un poème lu à l’institut français d’Athènes

Lundi 21 mai 2012

Procuste

Sur la route près d’Athènes
Il offrait l’hospitalité aux voyageurs
Puis les attachait sur un lit de fer.
S’ils étaient trop grands
Il coupait tout ce qui dépassait.
S’ils étaient trop petits
Il étirait leurs membres
Jusqu’à briser os et ligaments.

Qui prétend que l’antique culture grecque
Est oubliée et méprisée ?
Aujourd’hui Procuste serait
Commissaire européen ou bien banquier.

Post scriptum au voyage grec : un poème lu à l'institut français d'Athènes Th%C3%A9see-et-Procuste

La Fête aux Buttes Chaumont

Dimanche 3 juillet 2011

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La fête au Temps des Cerises

Le temps des cerises a pris rendez-vous avec l’été
Nous nous sommes posés comme une volée d’oiseaux
sur la pelouse des Buttes Chaumont
près du Rosa Bonheur.
Du haut de la colline, nous dominions Paris
dans la lumière du soir
(nous dominions mais n’écrasions personne
pas même les insectes qui s’ébattent sur le sol).
Nous avons déposé sur l’herbe nos grandes nappes rouges et noires
comme des drapeaux de pirates et de révolutionnaires,
quelques livres, quelques victuailles et quelques bouteilles.
Chacun a apporté ce qu’il voulait

            ce qu’il pouvait

                        et nous avons partagé.
(Car telle est notre idée du bonheur commun

                        dans la société future).
A notre Déjeuner sur l’herbe
il n’y avait pas de monsieur en costume

            ni de dame plantureuse et nue
mais un romancier

            un ingénieur

                        un postier

                                   un économiste égyptien
une électricienne

            une employée de bureau

                        une comptable
des retraités

                        et des étudiantes
un pique-assiette avec deux chiens
un amoureux perdu avec une rose fanée
un ou deux peintres sans chevalets
un physicien
en ébullition comme la cornue d’un chimiste
un chanteur et un guitariste
et des poètes
aussi nombreux que les bouteilles…
Nous avons dit des poèmes et bu
en l’honneur de Jean-Baptiste Clément
Omar Khayyam,
Li Taï Po,
Abu Nuwas,
Villon, Ronsard, Rimbaud, Verlaine, Apollinaire et Brecht…
Et nous avons chanté
« Juste, a dit le chanteur,

            car nous chantions ensemble ».
Des jeunes filles assises en rond
ont appris de nouvelles chansons
(qui sont d’anciens chants révolutionnaires)

                        parce que c’est de leur âge.
Puis nous les avons suivies
et avons repris leur chant

                        parce que c’est de notre âge.
Le pique-nique de notre brigade fraternelle
a connu un succès prometteur.
(Ce n’était pas un pique-nique géant

                        mais il deviendra grand…)
Il n’y a que toi qui manquais.

La prochaine fois,
                        tu viendras.
Nous nous allongerons côte à côté sur l’herbe
au sommet de la colline,
nous regarderons le soleil se coucher sur Paris
et
(puisque la poésie moderne
recycle les images du passé et leur redonne une jeunesse)
nous boirons
     à la coupe de nos lèvres
  dans la douceur du crépuscule
            la clarté mordorée du ciel
                          lentement
                                   comme un vieux rhum.

le 2 juillet 2011

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