Archive de la catégorie ‘actualités’

La Fête aux Buttes Chaumont

Dimanche 3 juillet 2011

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La fête au Temps des Cerises

Le temps des cerises a pris rendez-vous avec l’été
Nous nous sommes posés comme une volée d’oiseaux
sur la pelouse des Buttes Chaumont
près du Rosa Bonheur.
Du haut de la colline, nous dominions Paris
dans la lumière du soir
(nous dominions mais n’écrasions personne
pas même les insectes qui s’ébattent sur le sol).
Nous avons déposé sur l’herbe nos grandes nappes rouges et noires
comme des drapeaux de pirates et de révolutionnaires,
quelques livres, quelques victuailles et quelques bouteilles.
Chacun a apporté ce qu’il voulait

            ce qu’il pouvait

                        et nous avons partagé.
(Car telle est notre idée du bonheur commun

                        dans la société future).
A notre Déjeuner sur l’herbe
il n’y avait pas de monsieur en costume

            ni de dame plantureuse et nue
mais un romancier

            un ingénieur

                        un postier

                                   un économiste égyptien
une électricienne

            une employée de bureau

                        une comptable
des retraités

                        et des étudiantes
un pique-assiette avec deux chiens
un amoureux perdu avec une rose fanée
un ou deux peintres sans chevalets
un physicien
en ébullition comme la cornue d’un chimiste
un chanteur et un guitariste
et des poètes
aussi nombreux que les bouteilles…
Nous avons dit des poèmes et bu
en l’honneur de Jean-Baptiste Clément
Omar Khayyam,
Li Taï Po,
Abu Nuwas,
Villon, Ronsard, Rimbaud, Verlaine, Apollinaire et Brecht…
Et nous avons chanté
« Juste, a dit le chanteur,

            car nous chantions ensemble ».
Des jeunes filles assises en rond
ont appris de nouvelles chansons
(qui sont d’anciens chants révolutionnaires)

                        parce que c’est de leur âge.
Puis nous les avons suivies
et avons repris leur chant

                        parce que c’est de notre âge.
Le pique-nique de notre brigade fraternelle
a connu un succès prometteur.
(Ce n’était pas un pique-nique géant

                        mais il deviendra grand…)
Il n’y a que toi qui manquais.

La prochaine fois,
                        tu viendras.
Nous nous allongerons côte à côté sur l’herbe
au sommet de la colline,
nous regarderons le soleil se coucher sur Paris
et
(puisque la poésie moderne
recycle les images du passé et leur redonne une jeunesse)
nous boirons
     à la coupe de nos lèvres
  dans la douceur du crépuscule
            la clarté mordorée du ciel
                          lentement
                                   comme un vieux rhum.

le 2 juillet 2011

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Jeudi 2 juin 2011

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le 15 juin prochain, à 19 heures, place du colonel Fabien, se tiendra une soirée d’hommage au poète Jacques Gaucheron, avec Jean-Pierre Siméon, Roger Bordier, Charles Dobzynski, René Trusses, Denis Pérus, Francis Combes. Poèmes, chants, musique, buffet et verre de l’amitié.

 

Le pommier du poète

pour Jacques Gaucheron

 

J’ai revu le pommier que tu avais planté
sans savoir si un jour tu en aurais les fruits
sur la hauteur
au-dessus de la Seine
où de tes mains
tu as bâti ta maison
Poète de la parole, de la pensée et du geste
tu l’avais planté là
pour succéder au pommier de plein vent
que tu as chanté
et qui est mort.
Tu l’as planté parce qu’il faut que tout continue,
la vie, les arbres,
et la parole buissonnante des hommes
toujours en quête du printemps.
Bien sûr
tu ne m’entends pas,
            même si toi tu nous parles
            et que nous t’écoutons
arrêté pour toujours sur le seuil de tes poèmes.
Tu ne m’entends pas mais je veux te dire
que ton pommier a belle allure.
Anne et toi, tout un plein jour, vous aviez creusé
dans l’obscur, la caillasse et l’humide
pour qu’il trouve ses aises
et qu’il puisse grandir sur la colline
            dans un rêve de clarté.
Je l’ai connu dans sa jeunesse
quand tu l’avais harnaché de cordages
haubané comme un voilier
pour qu’il prenne le large au-dessus de la Seine
Appareillé,
non pas comme une machine volante
pour monter dans les étoiles de la fantasmagorie
mais comme un arbre sur la Terre
pour que ses branches prennent la forme de l’accueil
l’aubaine de la main, doigts écartés, feuilles écarquillées
qui protège le regard de trop de lumière
car la maison doit être édifiée
l’enfant élevé
et l’arbre greffé et éduqué
pour faire la nature humaine.
(Beauté et liberté naissent dans les fers)

Ce pommier te va bien, Jacques,
homme des plaines, poète terrestre,
qui étais « à tu et à toi » avec l’arbre
qui se dresse à fleur de ciel…
Ce pommier te va bien,
qui se défie de l’exotisme à la beauté convulsive
mais travaille dans la patience de la sève
à l’explosion des floraisons.
Comme toi,
toujours inquiet de la germination invisible du futur.
(« le révolutionnaire,
- tu te souviens de ce que disait Marx -
doit entendre
l’herbe qui pousse… »)

Il te va bien, cet arbre, Jacques,
toi qui ne cultivais pas le mystère
mais l’émerveillement de vivre.
Appartenant à la grande famille des rosacées,
des pommiers, il en est de toute sorte…
Il en est même qui sont épineux.
Ce qui n’est pas le cas du tien.
(Mais toi, qui, avec une bande de compères
avait crée le club de l’épigramme
  tu pouvais, si tu voulais,  piquer.)
Ton pommier, Jacques, a le tronc droit et rugueux
(comme toi, qui pouvais aussi être rugueux parfois)
et il a comme toi maîtrise de la délicatesse.
Il médite dans le silence la plénitude du fruit
(qui « rondine » dans les vergers
disait l’ami Couté).
La pomme, une joue à embrasser
dans l’enjouement du poème,
chair laiteuse du bonheur,
monde rond à partager…
Bien sûr, c’aurait pu être un cerisier
que nous aurions, de temps en temps,
déshabillé ensemble de ses perles de sang.
Mais c’est un pommier
et ce n’est pas indifférent
car il y a une sagesse révolutionnaire du pommier :
Arbre de la connaissance,
le pommier qu’on nomme en latin « malus »,
            bel arbre du péché de se passer de dieu
            pour devenir enfin
hommes et femmes sur la Terre.
(L’image ancienne renouvelée enfin changée en bonne nouvelle)
La raison et le plaisir des sens
enfin réconciliés
dans ton poème
comme dans la pomme
qui n’est pas qu’un symbole.
(Pour être utile
et vivre en beauté
il suffit d’aimer
et c’est un long apprentissage)
Il te va bien, cet arbre à la tête frémissante
de pensées secrètes
qui fait front aux orages
Résistant
naturellement,
sans forfanterie
Arbre à contre-vent,
à contre-nuit
qui parle à voix basse
et connaît les mots de passe du printemps.
Arbre planté dans sa terre
mais accueillant à tous les vents migrateurs,
aux oiseaux de passage
et à leurs chants impertinents
patient même
avec leurs piaillements…
Il y a une sagesse du pommier, une leçon du pommier.
Même tordu et mutilé,
il se redresse vers la lumière ;
simple leçon de dignité,
l’art de se tenir droit
à quoi se résume parfois
le poème de la vie.
J’ai revu le pommier que tu avais planté
pensant peut-être n’en jamais voir les fruits
devant ta maison
où tu as bâti ton chant
à main d’homme
d’une truelle musicienne
légère comme une feuille…
Des fruits, avec Anne, tu en as cueilli quelques-uns…
Tu nous en as offerts…
Et s’il en est qui tombent dans l’herbe et qui pourrissent,
ne sois pas inquiet…
Bien des fruits que nous avons produits et voulions partager
n’ont pas trouvé preneur…
Bien des idées
ont été jetées comme de vieux trognons
dans le fossé, sur le bord du chemin…
Mais le pépin de la parole porte toujours promesse d’aube
et nous emporterons dans notre besace
les belles pommes
de ton pommier.

Francis Combes – le 21/V/2011

 

Rondeau, villanelle et triolet

Lundi 7 juin 2010

Trois chansons anciennes

sur un thème toujours actuel

 

 

Rondeau

(qui n’est pas de faire rond le dos)

 

A quelque chose malheur est bon
Hiver lui-même a ses raisons

Cette chanson tourne en ma tête
Dans les frimas Printemps s’apprête

 

Un doux printemps toujours en tête
Je vais, je fredonne et répète :
A quelque chose malheur est bon
Hiver lui-même a ses raisons

 

Ce n’est ni l’air ni la chanson
Morose de Résignation.
(Plus que nos victoires et fêtes,
Nous en apprennent nos défaites…)
A quelque chose malheur est bon.

 

 *

 

Villanelle des vilains

 

Il en est tant qui sont las
Et veulent abandonner…
Ores, Vilains ne lâchent pas !

 

Des méchants coups, des coups bas,
De la grêle sur les blés,
Il en est tant qui sont las…

 

Et voudraient tout planter là.
(Qui pourrait les en blâmer ?)
Ores, Vilains ne lâchent pas !

 

De voir leur mur mis à bas
Et leur récolte incendiée,
Il en est tant qui sont las…

 

Qui ne le comprendrait pas
S’ils veulent parfois s’arrêter ?
Ores, Vilains ne lâchent pas !

 

Ah ! Ne baissons pas les bras,
Par beau temps ou temps mauvais.
Il en est tant qui sont las…
Ores, Vilains ne lâchent pas !

 

 *

 

Triolet de notre seule vertu

 

Nous n’avons qu’une seule vertu
Jamais nous ne laissons tomber
Même par terre et sur le cul
Nous n’avons qu’une seule vertu
Jamais ne s’avouer vaincu
Se relever et résister
Nous n’avons qu’une seule vertu
Jamais nous ne laissons tomber.

 

Réponse à un contradicteur

Dimanche 4 avril 2010

Un contradicteur n’a pas aimé mon « joli poème » sur Aubervilliers. Ce contradicteur trouve que l’immigration d’hier était justifiée, (car il y avait du travail) mais que celle d’aujourd’hui est intolérable. A ceux qui raisonnent comme lui, je dédie ce petit poème :

Fils d’immigrés
arrivés ici il y a longtemps
tu ne supportes pas
les immigrés
nouvellement arrivés.

Bien sûr, hier, tout était mieux qu’aujourd’hui…
Les jeunes, en particulier, ne sont plus ce qu’ils étaient…

Pourtant, hier déjà,
les Bougnats, les Boches d’Alsace et de Lorraine,
les Ritals, les Pingouins, les Bougnoules,
les Peaux de Boudin et les Niaquoués
venaient manger le pain des bons Français

Ces bons Français
qui se faisiaent violence
pour les exploiter.

 

Poésie d’utilité publique

Dimanche 9 novembre 2008

Poésie d'utilité publique Francis-Medellin

Depuis toujours, je défends l’idée que la poésie, même si elle est une activité savante, n’est pas réservée par principe à un petit groupe de spécialistes. Elle naît de l’usage que les peuples font de leur langue. Elle ne vit que parce qu’elle est mise en commun. Écrire un poème, comme chanter, peindre ou cuisiner est une façon de partager son plaisir. Pour moi la poésie est une fabrique de bonheur, un transformateur électrique qui convertit nos sentiments et nos idées en énergie. Elle est une façon d’être de plain pied dans le réel, sans s’accommoder de l’état des choses. Elle est à la fois la conscience et l’utopie du monde. Parole intime, elle est d’utilité publique.

 


 

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