Archive de la catégorie ‘actualités’

La Complainte du chien de deuxième catégorie

Vendredi 6 mai 2016

Voyou Sciotot

 

La Complainte du chien de deuxième catégorie

Je connais un chien, ce n’est pas un fasciste
Bien qu’il soit avec les autres chiens raciste.
(La notion de race parmi les chiens existe).

C’est un chien tranquille qui respecte l’ordre.
(Si on touche à son maître, il peut même mordre)
Mais tire sur sa laisse et aime à la tordre.

Sitôt que passe un chat, il est aux abois.
Dès que quelqu’un sonne, le voilà qui aboie
Et vous saute dessus, comme au coin d’un bois.

Si vient un étranger, il montre les dents
Il y voit un danger, en bon chien méchant,
Et si l’on s’approche, sa gamelle il défend.

(De sa propre pâtée, c’est un fanatique).
Quand trottine un caniche, il court et le chique ;
S’il croise une chienne, il se dit « Je la nique ! »

Liberté, égalité, fraternité…
Il se fout des valeurs de l’humanité
Mais il a le sens de la propriété.

Il se fout aussi du sort de la planète.
Seuls valent, à ses yeux, son tapis, ses croquettes
Et marquer son terrain avec sa quéquette.

Lui Président de la République,
l’Etat en serait-il vraiment plus inique ?
(Mais mon chien n’a pas d’ambition politique).

Heureusement mon chien n’est pas électeur…
Mais beaucoup le sont qui ne sont guère meilleurs
Pire même que des chiens, pour leur propre malheur.

Mets un peu plus de rouge…

Jeudi 21 avril 2016

drapeau rouge


Mets un peu plus de rouge…
(chanson)

Si ta joue est trop pâle et que ta lèvre est fade,
si tu es fatiguée, si tu es mal lunée
si tu veux réveiller ton sourire de beauté,
mets un peu plus de rouge, ma belle, mets un peu plus de rouge !

Si la table est trop triste et le tableau banal
si le plat est trop plat, si tu n’as goût à rien
si  tout manque de sel, de passion et de force
et si l’eau dans ton verre elle aussi est trop plate
mets un peu plus de rouge, mon vieux, mets un peu plus de rouge !

Si je jour est livide, la campagne embrumée,
si la terre et le ciel sont privés de soleil
si le pays s’endort indifférent aux autres
égoïste, impuissant, comme paralysé,
pris dans la camisole de l’ordre et du confort
mets un peu plus de rouge, mon frère, mets un peu plus de rouge !

Si la ville est blafarde, si la vie est trop terne,
si les matins sont mornes, et le monde sans rêve,
si l’histoire s’est mise à faire marche arrière
si dans la rue le peuple passe sans espoir
si l’arc-en-ciel lui-même a perdu ses couleurs
et que le drapeau de la révolte est en berne
mets un peu plus de rouge, camarade, mets un peu plus de rouge !
Le 20-IV/2016

Un démocrate

Lundi 18 avril 2016

Venus_de_Milo

 

Un démocrate

Il dit ce qu’il fait et fait ce qu’il dit
(mais il ne dit pas grand chose
et n’en fait pas plus)
Il est clair et transparent
comme l’eau de roche qui coule de source
(ou l’eau du robinet) ;
transparent au point que chacun
peut voir à travers lui.
Et personne ne le voit
personne ne le remarque.
(Il se demande pourquoi).
Démocrate
il pense que le plus important
est d’écouter tout le monde
pour se faire un avis
et savoir ce qu’il pourrait penser et dire.
(Et, curieusement,
personne ne l’écoute).

le 17/04/16

Comment je me suis mis à croire aux fantômes

Dimanche 20 mars 2016

miroir

 

Comment je me suis mis à croire aux fantômes

D’ordinaire, je peux l’affirmer,
je suis un mauvais client
pour les marchands de superstitions,
les faiseurs d’horoscopes,
les V.R.P. de l’au-delà,
les interprètes assermentés
spécialisés dans le dialogue avec les morts.
A tous ceux-là,
et depuis toujours,
je suis réfractaire.

Je n’entretiens aucun rapport avec les esprits
les zombies,
les morts-vivants,
les goules,
les revenants
et je ne compte parmi mes relations
ni Dieu, ni extraterrestre.
Pas même un vieux lord écossais âgé de trois cent ans
amateur de whisky qui ne porterait sous son kilt
qu’un chapelet d’os tintinnabulants.

Pourtant, depuis quelques temps,
il me faut l’avouer,
j’en suis venu à repérer la présence,
évidemment invisible mais certaine,
tout autour de nous de fantômes.
Et, sans être devenu expert,
il me semble que leur apparition
a tendance
à se multiplier.

Des fantômes, il y en a de toutes sortes :
travailleurs clandestins,
chômeurs en fin de droits,
ouvriers membres d’une classe
elle-même devenue fantomatique,
travailleurs intellectuels qui font leur métier
loin des caméras,
philosophes et savants,
penseurs, artistes et militants
qui ne mangent pas
dans l’écuelle des médias,
écrivains qui n’appartiennent pas
à la bourgeoisie
et donc n’existent pas…
(Tous sont connus
mais rarement ils sont reconnus).
On peut les apprécier ;
pas leur donner de prix.
On peut les croiser dans la rue
et même les saluer
mais chacun sait
qu’ils appartiennent à la race maudite des Transparents.

Si j’avais encore une hésitation
quant à l’existence
du peuple immense des spectres
qui hantent notre monde,
aujourd’hui, nul doute ne me serait permis :
hier, marchant avenue Montaigne, sur le trottoir
j’ai vu dans la devanture d’une boutique de luxe
un grand miroir ;
j’y ai jeté un regard
et n’y ai pas aperçu mon reflet.

Depuis je sais
que les fantômes existent.
J’en fais partie
et ils sont
le plus grand nombre.

(Ce qui,
somme toute,
m’a plutôt rassuré).
 

Dernières nouvelles du monde

Mardi 8 mars 2016

Scan -dessin journal FC

Un journal bat des ailes et s’envole dans la rue…
Les chiens ont fait sur elle ;
La ville est froide et nue.

La tempête est passée ; elle a tout mis par terre :
poubelles renversées
panneaux publicitaires…

Le journal tourneboule comme la planète
qui a perdu la boule
et a mal à la tête.

Une bottine rose gît sur le trottoir.
Ramasse si tu l’oses
celle qui vient de choir.

De quelle petite fille, protégeait-elle le pied ?
Notre monde vacille
devant les réfugiés.

Que disent les nouvelles ? Qu’on a jeté des bombes ?
Que la fête était belle ?
Qu’ailleurs des hommes tombent ?

Qu’en retiendra le monde ? Tout passe et tout s’oublie
C’est ainsi, à la ronde,
Nous passerons aussi…

Sommes-nous ces papiers tachés que nul ne lit,
ces journaux barbouillés
par le vent et la pluie ?

Nous sommes ces journaux aux feuilles déchirées
qui s’en vont à vau-l’eau
défaits, salis, mouillés.

Mais ne renonce pas, chausse tes propres ailes,
prends ton envol et va
apporter la nouvelle.

En bottes de sept lieues, fais le tour des détresses
et annonce en tout lieu
un règne de tendresse.`

(14 février 2016, jour de la Saint-Valentin)

Refus d’obtempérer

Jeudi 11 février 2016

Francis délinquant

 

Refus d’obtempérer

Dans la cellule où forte tête
Je tue le temps et fort m’embête
Je tourne en rond depuis midi
L’air est malsain et confiné.
Mais tel est le prix par ici
Pour un refus d’obtempérer.

Je n’étais pas dans un bon jour
Sans doute et c’est l’état d’urgence.
Je faisais seulement demi-tour
Quand un jeune flic plein d’arrogance
M’a ordonné de m’arrêter ;
Je l’ai envoyé balader.

J’ai dû souffler dans leur machine
(Pour eux j’étais soûl, j’imagine)
Mais j’étais clair comme l’eau qui court.
On m’a fiché, interrogé
Mais on ne m’a pas molesté
Et pas pendu ni haut ni court.

Dans cette geôle où nous passons
File des heures la chanson.
Le temps qui passe est comme un vin
Perdu et que l’on verse en vain.

Dehors, les piafs font la fête…
Gardé à vue mais sans lunettes
(Confisquées pour ma protection)
Diminué et démuni
Je piaffe comme un oisillon
Dans cette geôle où on m’oublie.

- Ne te plains pas ; t’as de la chance
Tu sais que c’est l’état d’urgence
Et que les flics sont sur les nerfs.
Ils t’avaient dit de t’arrêter ;
Tu aurais mieux fait de te taire.
Sois heureux qu’ils n’aient pas tiré !

(Ne dites jamais que la Terre
Est une geôle à ciel ouvert…)
Depuis qu’on m’a pris mon portable
Je ne sais plus quelle heure il est.
Est-ce la nuit ? Sont-ils à table ?
S’inquiète-t-elle ma bien-aimée ?

Dans cette geôle où nous passons
File des heures la chanson.
Le temps qui passe est comme un vin
Perdu et que l’on verse en vain.

Je suis enfermé au sous-sol
Des tapis jetés sur le sol.
J’attends, avec un jeune Noir
Qui s’est déjà presqu’endormi.
Lui a fui la Côte d’Ivoire
Et la guerre pour voir Paris.

- A votre âge est-ce sérieux
De se conduire en délinquant ?
- Allez vous faire voir !… A mes yeux
C’est, à mon âge, rassurant
Plutôt, de se faire embarquer
Pour un refus d’obtempérer.

Notre geôle ne fait pas envie…
Qu’importe ! Sous peu je me tire
Pour retrouver dehors la vie.
Mais derrière moi je vais laisser
Le jeune voleur à la tire.
De lui, qui donc va se soucier ?

le 6/2/2016

Rendre justice

Samedi 16 janvier 2016

goodyear-manif

 


La mission des juges est de
rendre
la justice

Certains
la vomissent.

(Extrait de Petites Leçons de choses, collection Commune du Temps des Cerises, éditeurs)

Lendemain d’élections

Lundi 7 décembre 2015

Mise en page 1

Paris vendredi 13 novembre 2015

Lundi 16 novembre 2015

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Paris

Sur la tasse
à la terrasse du café
les lèvres d’une femme ont laissé
une trace
rouge sang.

le 15/XI/15

La maison vide

Dimanche 1 novembre 2015

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La maison vide

i.m. Roger Bordier

La maison du mort est vide maintenant
Le soleil y dort, inutile, doucement,

La lumière d’automne sur les tapis joue
Un rayon s’étonne et caresse ma joue

Des jours et des heures passées rien n’est resté
Les déménageurs en ont tout emporté

Ni photo ni livre, ni mot ni pensée
Ce qu’on a pu vivre, ici, tout est passé

Je vois le jardin en bas par la fenêtre
Un voisin s’en va, à son travail peut-être

Avec son cabas, une femme revient
Lente, à petits pas… La connaissait-il bien ?

La maison déserte attend comptant les heures
Que la porte ouverte accueille un visiteur

Le rosier dehors continue de fleurir
(Le rosier dehors n’a aucun souvenir)

La maison du mort est vide pour l’instant
Un soleil y dort et languide est le temps.

le 1er nov. 2015

Roger2

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