Archive de la catégorie ‘actualités’

Retour de Macédoine

Mardi 28 septembre 2010

Struga

 


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Les demoiselles de Struga

A sept heures du matin, l’eau du lac
émergeant de la brume est pure
et lisse et transparente
je m’y glisse et je nage.
Autour de moi frayent et s’égayent
de petits poissons translucides…
Ce sont évidemment de belles demoiselles
victimes d’un charme,
(car, la chose est connue,
les poètes entretiennent des relations intimes
avec l’invisible)
Pour qu’elles se transforment,
il suffit de les prendre dans la main
et de les embrasser sur la bouche.
Si vous ne me croyez pas
c’est que vous ne l’avez jamais fait.

 

Les cygnes du lac d’Ohrid

Les cygnes du lac d’Ohrid
se rapprochent de la berge
et se rassemblent
à côté d’un bouquet de roseaux.
Ils se lissent les plumes
furètent de leur bec dans le sable
font des grâces avec leur cou
et me jettent un regard
à la dérobée.
« Drôle de tête, pour un cygne, se disent-ils »
Je crois bien
qu’ils ne me reconnaissent pas…
Pas à cause de mes ailes
ni de mon plumage
mais à cause de mes yeux
rouges de conjonctivite
qui me donnent l’air d’un extra-terrestre.
Ils feignent l’indifférence, mais peut-être
qu’en vérité, ils me plaignent.
(Ah ! s’ils savaient ce que c’est, vraiment,
la vie de poète !…)

 

Bilan de santé

Déjà je pouvais me vanter
d’avoir de l’asthme, comme le Che
(et donc de partager son idéologie).
Récemment j’ai contracté
(je m’en serais bien passé
mais en tire quelque fierté)
une angine de poitrine
comme Nazim Hikmet.
Et voici maintenant
qu’avec cette conjonctivite
je suis entouré d’un brouillard doré,
aveugle presque, comme Homère…
Que me faut-il encore
pour être un grand poète ?
La barbe ?
tel Victor Hugo ou Walt Whitman ?

Changer de mœurs ?
Devenir alcoolique,
drogué et neurasthénique ?
Comme Baudelaire, Verlaine
et quelques autres ?
Allons, encore un effort…
tout espoir n’est pas perdu !

 

A celle qui dort là-bas

Au petit matin, à mon réveil,
la hanche de la colline
imite comme elle peut
la forme de ton corps
et les oiseaux
qui passent devant la fenêtre
de ma chambre d’hôtel
sont les baisers
qui rêvent de voler
jusqu’au buisson nocturne
de ton nid secret.

 

Les paons de St Naum

Les paons qui se pavanent et font la roue
dans les fossés
ou sur les toits du monastère,
que leur manque-t-il pour être poètes ?

- La parole ?

 

Sur l’Autogestion et sur la poésie

Dans la nuit bondissent
infatigables
les eaux de la rivière Drin.
Les poètes se rassemblent sur le pont
pour réciter leurs vers.
Va-t-on voir la foule
les rejoindre sur les berges ?
Si elle n’est pas au rendez-vous
qui faudra-t-il incriminer ?
Le peuple qui n’est pas prêt ?
Ou le programme
qu’il faut revoir ?

Tahar Ouettar

Dimanche 29 août 2010


Un intellectuel communiste algérien

 

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Portrait de Tahar Ouettar, par Francis Combes, 1993.

 

Après le décès de Tahar Ouettar, à l’âge de 74 ans, à Alger, Francis Combes a publié dans L’Humanité du 16 août, l’article suivant :

« Tahar Ouettar est considéré comme l’un des principaux écrivains algériens arabophones, connu et étudié dans tout le monde arabe. En France, plusieurs de ses romans ont été publiés aux éditions Messidor.

Il a participé à la révolution algérienne et a connu, avec Boumediene, la prison pendant la lutte de libération nationale. Celui-ci président, Tahar fut l’un des rares cadres marxistes du FLN. Il a été, ensuite, directeur de la radio nationale. Ses romans et ses nouvelles n’ont cessé d’interroger la société algérienne. Ainsi L’As (peut-être son chef d’œuvre, qui prend place dans la littérature révolutionnaire aux côtés de La Mère de Gorki ou de Gouverneurs de la rosée de Roumain) raconte la guerre, vue du côté des combattants algériens. La répression et les tortures, mais aussi un épisode jusque-là tabou : la liquidation de maquis communistes par l’aile droite du mouvement nationaliste (à reparaître au Temps des Cerises).

Ces dernières années, la réception de son œuvre en France a été compliquée par une polémique après l’assassinat de Tahar Djaout. On lui a reproché une phrase malheureuse qui prolongeait un désaccord ancien entre intellectuels arabophones et francophones. Il n’empêche que c’est chez lui que j’avais fait la connaissance de Djaout, comme d’un autre intellectuel assassiné : Youcef Sebti.

De lui, qui fut un ami proche, je garde de nombreuses images ; en train de pêcher sur sa barque, composant des poèmes ou me disant de l’islamisme que c’était « le chant du coq égorgé… », une réaction sans espoir…

Ces dernières années, il a écrit plusieurs romans non traduits : La Bougie et les corridors, El Ouali Tahar retourne à son lieu saint et Le Saint homme prie, qui poursuivaient sa réflexion sur l’islam, l’obscurantisme, l’opportunisme politique.

L’un des derniers actes publics de cet intellectuel communiste a été de signer l’appel en faveur d’une Cinquième Internationale. »

 

En juin de cette année, l’association culturelle fondée par Tahar Ouettar, Al-Djahidyya, à Alger, a réédité la traduction arabe qu’il avait faite de mon premier livre de poèmes, Apprentis du Printemps.

Quelques vidéos de Sète avec quelques amie et amis

Samedi 7 août 2010

Francis Combes

Aragon (Au Vert galant jeté en Seine)

La cage du grillon (Cahier bleu de Chine)

La liberté des tourterelles (Cahier bleu de Chine)

Shanghaï (Cahier bleu de Chine)

Frigo in memoriam

Diderot (Cause Commune)

Chanson (La Fabrique du bonheur)

Délinquance (La Fabrique du bonheur)

Le Père Lachaise (Au vert galant jeté en Seine)

Allumez les étoiles (traduit en langue des signes)

Avenir (traduit en langue des signes)

Ballade pour un jeune SDF en la bonne ville

de Blois(traduit en langue des signes)

Être unis (traduit en langues des signes)

Cévennes ou le ciel n’est pas à vendre 1

Cévennes ou le ciel n’est pas à vendre 2

Cévennes ou le ciel n’est pas à vendre 3

 

Denise Boucher (Québec)

 

Lionel Ray (France)

 

Monzer Masri (Syrie)

 

Gérard Noiret (France)

 

Ghassan Zaqtan (Palestine)

 

Bruno Doucey (France)

Festival de poésie de Sète

Samedi 7 août 2010

J’étais invité, avec une centaine de poètes,

au festival de poésie de Sète,

Voix Vives, de méditerranée en méditerranée,

du 23 au 31 juillet 2010.

J’en rapporte quelques poèmes.

 

 

Quelques croquis de Sète

 

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Que me manque-t-il ?
Un verre de rosé frais ?
Une douce amie ?
Un rayon de soleil ?
Une mer méditerranée ?
Que me manque-t-il ?

- Rien.

Le monde entier.

Voir et écouter en cliquant
*

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Un pigeon marche sur le toit
tranquille
Il fait son petit tour

en propriétaire du monde

à peu près
autant que nous.

*
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Que fais-tu dans l’ombre,
à côté du jet d’eau ?
dans la fraîcheur des platanes ?

- Je goûte le soleil.

*
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La mer bleu pétrole
au bout de la rue qui descend vers le port….
La lumière orangée d’un soir d’été
sur les façades
et les grandes rues
de l’embarcadère…
Les lauriers rose en fleurs…
Un souffle d’air marin…

Ce n’est pas si mal
être invité
pour ce petit séjour
ici, sur la Terre.

*

La cabine téléphonique
se tient
seule, transparente et vide
sur la place.
Comme un ascenseur
pour s’envoler dans le soir
des conversations à longue distance
entre amoureux.
Mais désormais
plus personne n’utilise
la cabine téléphonique
et elle se tient là
solitaire, vide et transparente
sur la place
comme une veuve
fragile et vacante
à qui personne
ne rend plus visite
et qui s’ennuie.

*

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Overdose

Place du pouffre
un poulpe géant
attrape par les pieds
un enfant
en l’attirant au fond
du gouffre.

*

dsc44489.jpg   Ghassan Zaqtan poète palestinien.

Le poète arabe lit
dans la cour du jardin
et pendant qu’il évoque
les gens de Palestine
et que défile en silence
fantômes transparents
le cortège des esprits meurtris
de son pays absent,
derrière lui,
se balance doucement
un grand buisson de roses
dont les branches sans épines
font comme de longs doigts
au bout desquels dansent des jeunes filles
en robes roses.
Et ce buisson lui est
un trône,
un dais,
une palme,
pour dire
qu’il est ici
chez lui.
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« Je n’ai pas la constance des femmes de marins »
me dis-tu et cela fait un alexandrin.
Tu épousas pourtant hier un matelot
(Hier… il y a beau temps…). Mais ne va guère sur l’eau
            et son vaisseau
            auquel il tient
            c’est le tien.

*
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Accrochés à des potences en forme de croix
des dizaines de brocs en plastique bleu
attendent
dans le cimetière de Sète.

Les tombes ont soif.
Le souvenir des morts
a besoin pour survivre
de la vie des plantes.

*

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Un poète s’en va en barque,
poète d’eau douce et matelots,
sur les flots

Chante l’inconstance des jours
et la constance de l’amour,
voguant sur l’eau

Les vagues chahutent la barque,
Tiennent poète et matelots,
dessus les flots

Tanguent les mots, la barque bouge,
mais tombe une casquette rouge
hélas à l’eau…

Ah ! l’onde amère
            de la mer…

*
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Tout autour de la colline,
dans l’eau noire de la nuit,
l’île du Mont St Clair
entre étang et mer :
un collier de lumière
aux pierres éparpillées…
(Nous sommes encerclés d’humanité).

*

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J’écoute des poètes postmodernes
installés dans la petite cour d’une maison particulière.
(Leurs vers sans espérance me laissent perplexe…
Du poème, j’attends qu’il ait les pieds sur la Terre
et qu’il ouvre une fenêtre sur le ciel et sur la mer).
Je suis donc debout et je regarde le sol…
Et voici que mon regard distrait se pose
sur les orteils des femmes
à côté de moi.
Elles sont toutes en sandales, nu-pieds,
et les minuscules coquillages
de leurs ongles sont peints
couleur nacre
rouge cerise
noir de nuit
et même bleu clair.
(Pas besoin de lever la tête…
Les femmes portent la terre
et le ciel à leurs pieds).

Voir et écouter en cliquant

 

*

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Le goéland

Au jardin du Château d’eau
dans l’allée
entre les pelouses et les guinguettes
où nous sommes attablés
déambule un grand goéland blanc.
Il a l’air particulièrement fier de lui,
comme s’il était le gardien du parc
ou comme s’il venait de publier
son premier recueil
chez Gallimard.
(Ah ! facile, l’anthropomorphisme…
Tu profites que les goélands
ne savent pas lire
et ne peuvent pas te répondre…
Bon, c’est vrai…
Mais les poètes font ça depuis longtemps…)
Peut-être qu’en fait,
tout simplement
ce goéland
se prend pour un albatros…

 Voir et écouter en cliquant

*

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Soir d’été

« Il y a du monde, là-dedans »
me dis-tu en levant la tête vers un arbre
où piaillent des moineaux.
(Cet arbre est un HLM
pour les oiseaux).

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Dans la rue obscure
sautille et danse un adolescent
Il a une hanche d’homme
et une hanche de femme…
Il est le lointain descendant
du poète renaissant
Mellin de Saint Gelais.

Assis au pas d’une porte
l’adolescent aux cheveux longs
dialogue avec un chat
perché sur le rebord de la fenêtre
au premier étage.

On voit passer des ombres chinoises
dans le cadre éclairé des fenêtres ouvertes
autour de la place
qui sombre dans l’obscurité.

Ceux qui sont dedans vivent dehors

Dans le jardin public
une jeune femme arabe au foulard bleu
est assise dans l’herbe au pied d’un arbre
et ses enfants jouent avec deux petits lapins blancs.

Un ruisseau,
entouré de rocaille artificielle,
dévale de la colline
à travers le parc

et des jeunes filles s’y trempent les pieds
en retroussant leur jupe.

Un garçonnet
arcbouté sur ses petites jambes,
près du ruisseau,
envoie en l’air avec application
un beau jet d’or
qui fait un arc-en-ciel
dans la lumière
du soleil couchant.

*
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Pierre de lune

adulaire opalescence
céleste lumière sélénite
enfermée dans une pierre
tirée de la nuit terrestre

Elle a, bien sûr, des vertus magiques
et serait bonne pour l’équilibre conjugal
(quand elle est offerte en boucles ou en bagues…)

L’amour
la poésie
les pierres fines
et la beauté du monde…
ce sont de vieilles lunes.
Mais ces vieilles lunes
nous éclairent toujours.

*
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Toi,
tu es ma bonne étoile.

Mais la clarté de l’aube
ne te fait pas pâlir
et,
au grand jour,
tu ne t’effaces pas.

 

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Napolipoesia – poésie résistante – 15/18 Juillet 2010

Mercredi 21 juillet 2010

Je participais du 16 au 18 juillet 2010 au festival de poésie de Naples organisé par La Casa della poesia de Salerno.

Quelques-unes de mes lectures en vidéo et des poèmes inspirés par ce court séjour. Vous pouvez également écouter le poète des Etats-Unis, Jack Hirschman ainsi que Maram al-Masri, poète syrienne.

Vidéo de Sélénites et Terriens

 

Vidéo de L’Image de la femme occidentale

 

Vidéo de Avenir

 

Ecoutez aussi :

Jack Hirschman

Maram al-Masri

 

Dix cartes postales

 

de Naples

 

 

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1 – Postkarten (en hommage à Edoardo Sanguinetti)

Voici les cartes postales (in linguis Europae Postkarten – postcards –
cartoline
) que j’aurais dû vous envoyer de Naples
mais je ne les ai pas achetées et assis à la terrasse du café par trente cinq degrés à l’ombresous les arbres de la petite place
je ne les ai pas écrites.
J’ai préféré boire une bière fraîche
en compagnie de Patricia et de Maram,
regarder les jeunes qui ont laissé leur vespa et se sont installés là,
sur le muret, pour un bon moment,
à boire, parler et fumer,
le triporteur qui tourne au coin de la rue
en lançant des annonces pour ses fruits et légumes
dans son haut-parleur,
ou le type du « Bar oriental », la cinquantaine enveloppée,
avec son T-shirt à l’effigie du Che.

 

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2 – Hôtel de charme Decumani Via San Giovanni Maggiore Pignatelli

Les monuments et le linge aux balcons
les grands pavés noirs tavelés de petite vérole
Les hauts miroirs et les peintures dorées du salon de réception
(Ancien hôtel particulier de l’archevêque Sforza).

- Les gens d’Église ne s’embêtaient pas…
- Why do you say « didn’t » ? fait remarquer Jack.

(mais aujourd’hui nous avons l’air conditionné).

Contraste entre l’intérieur luxueux et les façades lépreuses
(et l’extérieur commence au chambranle de la fenêtre qui donne sur le balcon.)

Est-ce un signe de la dégradation dell’ spazzio publico ?
La marque du Sud ? La pauvreté de la troisième ville d’Italie qui n’a pas les moyens de ravaler ?
(Il y a d’autres endroits sur la Terre où les façades sont parfaites et l’intérieur décrépit).

« In questo casino (dans ce grand bordel)
ci sta, in segreto, un ordine (che non e) divino”

(fine della citazione of the
Novissimum Testamentum)

 

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3 – Via San Geronimo

« Nos haines sont en fleurs »
écrit en français sur le mur
comme le début d’une ballade pour les temps actuels

On dit des Italiens qu’ils parlent avec les mains
Ici ce sont les murs qui parlent

« L’acqua no si vende ! »
ou bien « Conquistiamo la normalita »
(l’eurocommunisme s’est peut-être justement perdu d’avoir conquis la normalité)

Où sont les mandolines ?
La lune est un limoncello canari enfermé dans une bouteille fantaisie.

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Partout d’affreux grafs représentants d’improbables personnages
que le peintre n’hésite pas à signer
(Dans le monde globalisé ne reste aux artistes qu’à faire commerce de la laideur)
Manifestations d’individualisme graphomane ? Peintures rupestres de notre nouvelle préhistoire ? L’Occident s’oublie et tombe dans le vide du monologue, le soliloque du solipsisme.

N’hésitant pas à contredire Spinoza, tu dis que
« La liberté, c’est l’inconscience de la nécessité »

Près de l’université, L’Oréal avec une tête de mort à la place du O
et une main rouge qui arrête une main noire
sur une affiche du parti des comités de soutien à la résistance

Un peu partout dans les catacombes à ciel ouvert des ruelles aux botteghe obscures
des marteaux et des faucilles, comme des graffitis obscènes
mais dont la réapparition inopinée sur les murs prouve que l’idée n’est pas morte

(et des cazzi aussi, soigneusement dessinés.
Il y en a un qui a des ailerons comme une roquette)

L’espoir aux pissotières

 

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4 – Santa Chiara e San Severino

Dans le transept de Santa Chiara, je comprends soudain l’une des raisons du succès millénaire de l’église dans les pays du sud :
une obscurité propice à la fraîcheur.

(à la terrasse de la pizzeria, une belle invention :
la pizza senza fogacca, avec quelques feuilles de roquette)

Via San Severino – Il Christo velato
gisant recouvert d’un linceul de pierre qui paraît transparent
art baroque de Giuseppe San Martino les veines des orteils apparentes sous le drapé
la vie dans la mort
(7 € la visite ; photos interdites ; 2 € la carte postale – le Christ est toujours une bonne affaire)

Les communistes auraient été bien inspirés d’investir eux aussi dans la pierre
(Ils auraient eu pour cela assez de martyrs et d’artistes)

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5 – Via San Gregorio Armeno

Au-dessus de nos têtes la guirlande des enseignes de métal découpé
La rue spécialisée dans la production en série des santons pour les crèches des Noëls chrétiens.

Tout un petit peuple s’agite dans l’ombre de la grande histoire
et tente de survivre en faisant comme il peut ses affaires (25% de chômeurs, les doubles journées de travail de l’économie grise et la main de la Camora dans le sac-à-main ou le sac-à-dos du Lumpenproletariat)

                        et Santo Maradona sur un ex-voto en plein soleil

 

Des grandes figures du communisme italien et du compromis historique,
que reste-t-il ? Dans l’agitation politique électorale,
sur la scène du castelet de l’écran de télévision
une marionnette folle qui n’est que la caricature d’elle-même occupe tout l’espace
Comment deux peuples intelligents et cultivés comme l’italien et le français
ont-ils pu élire Sarkozy et Berlusconi ?
C’est aussi la question que se pose la poétesse américano-franco-libanaise Etel Adnam.

Via San Gregorio Armeno, écrit à la peinture noire sur le mur : « Berlusconi, in galere »
(Faux amis des langues cousines : la galère ici n’est pas la vie que mènent les jeunes précaires
c’est la prison que Berlusconi a peu de chances de connaître.)

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6 – Camera 235 (Cartolina biancha)

Dans la chaleur climatisée de l’après-midi, à l’heure de la méridienne
Allongée sur le ventre, les jambes écartées pour t’aérer, est-ce ma faute s’il me vient des idées ?
En bons catholiques que nous ne sommes pas nous allons nous adonner au mystère de la chair
Sa crucifixion joyeuse et sa résurrection

(Carré blanc)( Cartolina biancha) Au-delà de cette limite, aucun visiteur ou aucun lecteur ne sera admis
L’Après-midi d’un faune et d’une dryade.

Il y a plus d’un rapport entre l’écriture poétique et l’acte sexuel. On pourrait même parler d’homologie formelle…
Dans un cas comme dans l’autre, on utilise un instrument qui ne sert en temps ordinaire qu’à satisfaire des nécessités fonctionnelles (vivre ou communiquer) pour une fin autre qui est le plaisir
(et dans un cas comme dans l’autre, ce qui est un moyen – le corps ou les mots – peut s’imaginer être à lui-même sa propre fin.)

– La pensée a une forte propension à se croire seule
(Un oiseau qui s’imaginerait capable de voler sans le secours de ses ailes) ;

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7 – Des nouvelles de Mallarmé

Jack a trouvé dans une boutique du quartier une vieille édition italienne du Monologue d’un faune de Mallarmé, première version de L’Après-midi
Moi, je lis Mikrokosmos d’Edoardo Sanguinetti en italien et comprends un mot sur deux. Bon exercice qui oblige le lecteur à imaginer

Dans la poésie documentaire, l’effet de surprise peut provenir des images de la vie réelle
car la réalité est toujours plus surprenante et plus imprévisible que n’importe quelle allégorie ou n’importe quelle métaphore
Le réel est inventif. Humilité de la poésie réaliste ; l’universel reportage
(qui n’est pas tourisme littéraire mais tentative de senti-comprendre le monde)
modestie du poète in the big report of the world

Un coup de dès jamais n’abolira le hasard
(frère de la nécessité)
Il y a tant de poètes que possèdent les mots et qui ne possèdent que des miroirs ;
« vaisseaux d’inanité sonore »

(Casimiro, le poète portugais, dit qu’il a sept femmes
« Elles font un arc-en-ciel »

                        et lui doit être le soleil au milieu des gouttes de pluie en suspension dans l’air)

 

un caffe napolitano, dans une tasse ronde et basse comme une terre décalottée et renversée ou un dé à coudre en porcelaine bleue bu en terrasse
c’est ainsi que devrait être toute poésie : forte, concentrée ; en même temps que légère. Boisson énergisante.

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8 – Escapade à Capri

Il a fallu que je vienne ici pour découvrir qu’il existait une sainte Patricia (ou Patrizia) et qu’elle était la patronne de Naples
de « Naples aux baisers de feu »
(Avec la brume de chaleur qui recouvre la baie, le Vésuve est invisible, mais il est là.
Nous nous promenons insouciants à l’épicentre d’une zone sismique sensible)

Un triporteur passe qui ramasse des bouteilles plastiques (« racolta » ; le même mot sert pour la collecte des ordures ménagères et le recueil de poèmes)
Dès que nous avons passé la grille du môle Beverello, la mer qui jusqu’ici paraissait absente nous saute à la figure, avec son odeur de fille franche

Nous traversons la baie dans une navette fermée comme un autocuiseur. Nous ne pouvons pas sortir à l’air libre. La sécurité et le confort contre le simple bonheur de vivre et de sentir l’’air du large
(extraterrestres en week-end ne pouvant pas respirer l’atmosphère terrestre)

le scintillement du soleil sur les vagues, comme un jeu savant et aléatoire de lumières qui s’allument et s’éteignent
la mer et nous ne jouons pas dans la même catégorie
(la mer sous le soleil qui nous berce comme une mort maternelle)

Tire sur le filet des métaphores, une sirène peut toujours se prendre dans ses mailles claires…

Capri ne viendrait pas du capricant caprice, bien que ça grimpe rudement, mais du grec « kupros », sanglier. Présence humaine depuis le néolithique. Douze villas romaines à l’époque impériale.
Avant nous, Gorki a séjourné ici. Et Roger Vailland, maigre en maillot de bain sur la terrasse de la maison de Malaparte qui domine la mer de son jeu de construction rouge. Et Neruda, à côté, dans l’île d’Ischia…

Aujourd’hui, sur l’île aux touristes, tout se paye « Même l’air que l’on respire », dit Raffaella.
Telle Eéa, le patelin de Circé…

 

Nous allons nous baigner dans la beauté du jour, au milieu de la crème solaire et flotter parmi les filtres de cigarettes blondes

Amarré au large de l’île le grand yacht blanc et noir d’un milliardaire anglais avec hélicoptère privé et deux scooters des mers posés sur les vagues
(Pour les riches, la mer est une turquoise à porter en chevalière
Mais c’est la mer qui les porte sur le bout de ses doigts ;
la mer qui ne leur appartient pas)

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9 – La Citta del Sole

 » Senza frontiere, senza padroni »
« Nous ne sommes pas prêts pour la Cinquième Internationale », me dis-tu, compagno Sergio,dans ton bureau de la Citta del Sole
« mais il faut s’y préparer »

En notre compagnie Campanella veille du haut de son campanile en Campani

Le long du mur de petites flammes dans des coupelles éclairent notre nuit

Maïakovski avec sa grosse tête de voyou en mal d’amour passe par la fenêtre de l’écran et vient s’asseoir parmi nous

Les gabbiani (mouettes en français, en provençal gabians) se mêlent de la conversation

Poesia resistente. Nous lisons dans le monde
un feu d’artifice ou un avion couvrent nos voix
mais nous ne nous taisons pas
polyphonie polyglotte

Grec, arabe, turc, anglais, portugais, italien, espagnol, français… nos langues se mêlent

leggo per il grande poeta italiano

                                                           à tête d’intellectuel polyèdre

“Risolvere ogni Erlebnis in Erfahrung”
(finita the quotation)

A défaut de faire l’Internationale, être chacun – à soi tout seul – une Internationale ?

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10 – Dans la cour, avant le départ

Debout, au milieu du passage, les bras ouverts, à essayer de capter un souffle d’air
La caresse aérienne d’un peu de fraîcheur sur le visage, voici le luxe véritable en ce moment…

« Stronzzo, lavami ! » Écrit avec le doigt sur le pare-brise de la voiture noire couverte de poussière garée dans la cour :
« Espèce de con, lave-moi » (en anglais « asshole » ; ce qui n’est pas tout à fait la même chose)

« Avec ta langue » précise Urbs, la grande prostituée

Ce que fait le poète.

« Il attrape les images, mais ne les forme pas », remarque Cengiz à propos d’un jeune poète turc.
Écrire, c’est remettre de l’ordre. Réorganiser le monde selon les lois du désir.
La poésie est une activité de femme ou d’homme de ménage.

(Pour cela que tant de poètes sont des communistes imaginaires. Des révolutionnaires qui ne font pas de révolution)

Le garçon qui nous conduit à l’aéroport casse son pot d’échappement
(la faute à sa cargaison de poètes légers trop lourde pour sa voiture)

Nous allons quitter Naples et

le cenere di Gramsci s’envolent sous nos pas comme un voile de poussière

 

Festival de poésie de Ledbury

Jeudi 15 juillet 2010

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Des extraits de la lecture au festival de Ledbury en Grand-Bretagne le dimanche 11 juillet 2010. Le livre de Francis Combes, Cause Commune, vient d’être traduit en anglais sous le titre Common Cause aux éditions Smokestack. Andy Croft, éditeur et poète, lit en anglais.

 

Vidéo De l’amour et de la contradiction

Vidéo de Epode sur l’ordre naturel

 

Lectures de l’été

Mardi 6 juillet 2010

Les rendez-vous de l’été 2010

 

Francis Combes est invité

dans quelques festivals de poésie pendant l’été.

 

Dimanche 11 juillet Ledbury

Festival de Ledbury en Angleterre, près de Stratford-upon-Avon, le pays de Shakespeare, avec le poète anglais Andy Croft. A l’occasion de la parution en Grande Bretagne de la traduction anglaise de Cause commune. (Préface John Berger, traduction Alan Dent, aux éditions Smokestack).

 

Du 15 au 18 juillet Naples

Dans le cadre du festival de poésie Résistante à Naples en Italie, avec Jack Hirschman, Etel Adnam, Maram al-Massri, Sotirios Pastakas, et les infatigables animateurs de la Casa della poesia, Sergio et Raffaela.

 

Du 23 au 31 juillet Sète

1er Festival de poésie, Voix vives, à Sète. Grande fête de la poésie méditerranéenne contemporaine, le Festival Voix Vives de Méditerranée en Méditerranée accueille pendant neuf jours au mois de juillet de nombreux poètes et des artistes venus de toutes les Méditerranée : Méditerranée latine, d’Afrique, des Balkans, d’Orient ou encore de celle que l’Histoire a « exportée » dans le monde (Amérique du Sud, Amérique centrale, Afrique de l’Ouest, Francophonie…).

Une vaste plateforme ouverte aux poètes venus de toutes les rives, une représentation simultanée de tous les pays de la Méditerranée comme autant de passerelles entre les cultures et les peuples, une pluralité des lectures et des rencontres comme autant de partage d’une parole poétique plurielle.

 

Du 19 au 22 août Struga

Le plus ancien Festival de poésie en Europe sur les bords du lac Ohrid à la frontière de la Macédoine et de l’Albanie.

Rondeau, villanelle et triolet

Lundi 7 juin 2010

Trois chansons anciennes

sur un thème toujours actuel

 

 

Rondeau

(qui n’est pas de faire rond le dos)

 

A quelque chose malheur est bon
Hiver lui-même a ses raisons

Cette chanson tourne en ma tête
Dans les frimas Printemps s’apprête

 

Un doux printemps toujours en tête
Je vais, je fredonne et répète :
A quelque chose malheur est bon
Hiver lui-même a ses raisons

 

Ce n’est ni l’air ni la chanson
Morose de Résignation.
(Plus que nos victoires et fêtes,
Nous en apprennent nos défaites…)
A quelque chose malheur est bon.

 

 *

 

Villanelle des vilains

 

Il en est tant qui sont las
Et veulent abandonner…
Ores, Vilains ne lâchent pas !

 

Des méchants coups, des coups bas,
De la grêle sur les blés,
Il en est tant qui sont las…

 

Et voudraient tout planter là.
(Qui pourrait les en blâmer ?)
Ores, Vilains ne lâchent pas !

 

De voir leur mur mis à bas
Et leur récolte incendiée,
Il en est tant qui sont las…

 

Qui ne le comprendrait pas
S’ils veulent parfois s’arrêter ?
Ores, Vilains ne lâchent pas !

 

Ah ! Ne baissons pas les bras,
Par beau temps ou temps mauvais.
Il en est tant qui sont las…
Ores, Vilains ne lâchent pas !

 

 *

 

Triolet de notre seule vertu

 

Nous n’avons qu’une seule vertu
Jamais nous ne laissons tomber
Même par terre et sur le cul
Nous n’avons qu’une seule vertu
Jamais ne s’avouer vaincu
Se relever et résister
Nous n’avons qu’une seule vertu
Jamais nous ne laissons tomber.

 

Réponse à un contradicteur

Dimanche 4 avril 2010

Un contradicteur n’a pas aimé mon « joli poème » sur Aubervilliers. Ce contradicteur trouve que l’immigration d’hier était justifiée, (car il y avait du travail) mais que celle d’aujourd’hui est intolérable. A ceux qui raisonnent comme lui, je dédie ce petit poème :

Fils d’immigrés
arrivés ici il y a longtemps
tu ne supportes pas
les immigrés
nouvellement arrivés.

Bien sûr, hier, tout était mieux qu’aujourd’hui…
Les jeunes, en particulier, ne sont plus ce qu’ils étaient…

Pourtant, hier déjà,
les Bougnats, les Boches d’Alsace et de Lorraine,
les Ritals, les Pingouins, les Bougnoules,
les Peaux de Boudin et les Niaquoués
venaient manger le pain des bons Français

Ces bons Français
qui se faisiaent violence
pour les exploiter.

 

Dimanche 7 février 2010

Poème reportage sur Beyrouth

 

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Beyrouth,

le guerrier et le troubadour

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