Archive de la catégorie ‘actualités’

L’Aubépine

Mercredi 5 octobre 2011

Un nouveau recueil de Francis Combes  vient de paraître

aux éditions Le préau des collines


L’Aubépine

Cent un sonnets pour un amour frondeur

Le livre sera présenté

le jeudi 20 Octobre 2011

à 18 heures

au préau des collines

145, bis avenue de Choisy
75013 Paris

Tous les amis sont conviés



Et voici, en avant première, quelques sonnets :

1

Il y a si longtemps qu’écrivent les poètes
Aubes, pastourelles, rondeaux, sonnets d’amour

À tant chanter l’amour à la fin c’est assez
Pensent certains, la chose est pour eux dépassée

Le lyrisme à leurs yeux est un type à descendre
À coller contre un mur pour s’en débarrasser

Mais il a la vie dure et il nous survivra
Et ceux-là qui l’enterrent seront vite oubliés

Ils peuvent toujours dire : « Défense d’afficher
En vers des sentiments ou des idées », qu’importe

L’amour, la poésie des interdits se fichent
Leurs vers depuis longtemps seront bouffés aux vers

Qu’il s’écrira toujours des poèmes d’amour
Car le désir toujours de ses cendres renaît.

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3

Tu as la main heureuse avec l’ordinateur
Tu appartiens au monde où vivent les objets

On disait autrefois des femmes qu’elles avaient
Des liens privilégiés avec les forces obscures

On les disait sorcières, magiciennes ou fées
Elles savent les secrets plutôt de la clarté.

Elles ont depuis longtemps l’usage de ce monde
Des outils familiers que s’inventent les hommes

De leurs pauvres mystères et de leurs grandes peurs
Elles savent avant tout le prix fort de la vie.

Par toi la terre est ferme et je marche dessus
Tu organises l’aube évidente des choses

Et parmi toutes celles qu’il m’advint de croiser
Tu m’es la plus terrestre et tu m’es la plus claire.

5

Il n’est pas si facile d’écrire sur l’amour
User de mots nouveaux pour dire l’ancienne chose

Ou avec d’anciens mots dire chose encore neuve
Pourtant telle est la loi d’aimer en poésie

Aimer est un miracle ordinaire et commun
Dont l’homme ni la femme jamais ne se déprennent

L’alphabet de nos gestes est à peu près le même
Mais sont presque infinies les phrases qu’ils composent

Et dans chaque poème se reforme le lien
Par quoi l’universel tient au particulier

Nous sommes si semblables et si divers aussi
Nous sommes si nombreux à nous penser uniques

Mais par le jeu d’amour nous devenons utiles
Ainsi chanter l’amour reste un jeu nécessaire.

10

Aimer, dit-on, c’est vivre d’illusion
Tout comme écrire un poème, une chanson

Chacun dans la rue porte un habit de rêves
Sans quoi il serait bien malheureux et nu

L’univers des images que nous enfantons
Nous entoure tel un halo, un corps astral

Et ce corps lumineux qui nous accompagne
Nous est aussi nécessaire que l’air

Enfant de Désir et Besoin réunis
Il est aussi réel que l’est notre Terre

Comme l’eau pour le poisson, l’air pour l’oiseau
Le courant de l’amour est notre élément

C’est vivre sans aimer qui n’est qu’illusion
(Amour nous produit et nous le produisons).

20.

La femme est dans l’homme, comme un rosier grimpant
L’architecture imaginaire de son futur

La femme est dans l’homme un rêve inachevé
Le souvenir d’une tendresse à conquérir

La femme est dans l’homme comme la part du fruit
Dont s’essaiment les graines au secret de la terre

La femme est dans l’homme la part de la douceur
Et celle de la plus terrestre intelligence

Car dans tout homme il y a une femme en puissance
L’image d’une statue prête à s’animer.

Et dans la femme ? Dans la femme il y a un homme
L’homme qu’elle invente et qui lui donne le jour.

L’homme et la femme, reflets inverses, dissemblables,
Sont l’un à l’autre la promesse du futur.

22.

J’ai grimpé dans la tête de ton cerisier
ses branches me faisaient comme une sphère céleste

et j’étais entouré par ses bras en arceaux
où s’accrochaient par milliers des planètes rouges

petites perles incarnat et translucides
comme autant de gouttes de sang clair et sucré

qui tiennent prisonnière la lumière du soleil.
(Ton cerisier est une galaxie heureuse).

Juché sur mon échelle, au milieu de ses feuilles
j’étais comme noyé dans une chevelure

mais je ne sombrais pas, je grimpais vers le ciel
et j’ai passé des heures à retirer, un à un,

du bout des doigts ses pendentifs écarlates
sans jamais parvenir à le déshabiller.

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La Fête aux Buttes Chaumont

Dimanche 3 juillet 2011

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La fête au Temps des Cerises

Le temps des cerises a pris rendez-vous avec l’été
Nous nous sommes posés comme une volée d’oiseaux
sur la pelouse des Buttes Chaumont
près du Rosa Bonheur.
Du haut de la colline, nous dominions Paris
dans la lumière du soir
(nous dominions mais n’écrasions personne
pas même les insectes qui s’ébattent sur le sol).
Nous avons déposé sur l’herbe nos grandes nappes rouges et noires
comme des drapeaux de pirates et de révolutionnaires,
quelques livres, quelques victuailles et quelques bouteilles.
Chacun a apporté ce qu’il voulait

            ce qu’il pouvait

                        et nous avons partagé.
(Car telle est notre idée du bonheur commun

                        dans la société future).
A notre Déjeuner sur l’herbe
il n’y avait pas de monsieur en costume

            ni de dame plantureuse et nue
mais un romancier

            un ingénieur

                        un postier

                                   un économiste égyptien
une électricienne

            une employée de bureau

                        une comptable
des retraités

                        et des étudiantes
un pique-assiette avec deux chiens
un amoureux perdu avec une rose fanée
un ou deux peintres sans chevalets
un physicien
en ébullition comme la cornue d’un chimiste
un chanteur et un guitariste
et des poètes
aussi nombreux que les bouteilles…
Nous avons dit des poèmes et bu
en l’honneur de Jean-Baptiste Clément
Omar Khayyam,
Li Taï Po,
Abu Nuwas,
Villon, Ronsard, Rimbaud, Verlaine, Apollinaire et Brecht…
Et nous avons chanté
« Juste, a dit le chanteur,

            car nous chantions ensemble ».
Des jeunes filles assises en rond
ont appris de nouvelles chansons
(qui sont d’anciens chants révolutionnaires)

                        parce que c’est de leur âge.
Puis nous les avons suivies
et avons repris leur chant

                        parce que c’est de notre âge.
Le pique-nique de notre brigade fraternelle
a connu un succès prometteur.
(Ce n’était pas un pique-nique géant

                        mais il deviendra grand…)
Il n’y a que toi qui manquais.

La prochaine fois,
                        tu viendras.
Nous nous allongerons côte à côté sur l’herbe
au sommet de la colline,
nous regarderons le soleil se coucher sur Paris
et
(puisque la poésie moderne
recycle les images du passé et leur redonne une jeunesse)
nous boirons
     à la coupe de nos lèvres
  dans la douceur du crépuscule
            la clarté mordorée du ciel
                          lentement
                                   comme un vieux rhum.

le 2 juillet 2011

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Jeudi 2 juin 2011

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le 15 juin prochain, à 19 heures, place du colonel Fabien, se tiendra une soirée d’hommage au poète Jacques Gaucheron, avec Jean-Pierre Siméon, Roger Bordier, Charles Dobzynski, René Trusses, Denis Pérus, Francis Combes. Poèmes, chants, musique, buffet et verre de l’amitié.

 

Le pommier du poète

pour Jacques Gaucheron

 

J’ai revu le pommier que tu avais planté
sans savoir si un jour tu en aurais les fruits
sur la hauteur
au-dessus de la Seine
où de tes mains
tu as bâti ta maison
Poète de la parole, de la pensée et du geste
tu l’avais planté là
pour succéder au pommier de plein vent
que tu as chanté
et qui est mort.
Tu l’as planté parce qu’il faut que tout continue,
la vie, les arbres,
et la parole buissonnante des hommes
toujours en quête du printemps.
Bien sûr
tu ne m’entends pas,
            même si toi tu nous parles
            et que nous t’écoutons
arrêté pour toujours sur le seuil de tes poèmes.
Tu ne m’entends pas mais je veux te dire
que ton pommier a belle allure.
Anne et toi, tout un plein jour, vous aviez creusé
dans l’obscur, la caillasse et l’humide
pour qu’il trouve ses aises
et qu’il puisse grandir sur la colline
            dans un rêve de clarté.
Je l’ai connu dans sa jeunesse
quand tu l’avais harnaché de cordages
haubané comme un voilier
pour qu’il prenne le large au-dessus de la Seine
Appareillé,
non pas comme une machine volante
pour monter dans les étoiles de la fantasmagorie
mais comme un arbre sur la Terre
pour que ses branches prennent la forme de l’accueil
l’aubaine de la main, doigts écartés, feuilles écarquillées
qui protège le regard de trop de lumière
car la maison doit être édifiée
l’enfant élevé
et l’arbre greffé et éduqué
pour faire la nature humaine.
(Beauté et liberté naissent dans les fers)

Ce pommier te va bien, Jacques,
homme des plaines, poète terrestre,
qui étais « à tu et à toi » avec l’arbre
qui se dresse à fleur de ciel…
Ce pommier te va bien,
qui se défie de l’exotisme à la beauté convulsive
mais travaille dans la patience de la sève
à l’explosion des floraisons.
Comme toi,
toujours inquiet de la germination invisible du futur.
(« le révolutionnaire,
- tu te souviens de ce que disait Marx -
doit entendre
l’herbe qui pousse… »)

Il te va bien, cet arbre, Jacques,
toi qui ne cultivais pas le mystère
mais l’émerveillement de vivre.
Appartenant à la grande famille des rosacées,
des pommiers, il en est de toute sorte…
Il en est même qui sont épineux.
Ce qui n’est pas le cas du tien.
(Mais toi, qui, avec une bande de compères
avait crée le club de l’épigramme
  tu pouvais, si tu voulais,  piquer.)
Ton pommier, Jacques, a le tronc droit et rugueux
(comme toi, qui pouvais aussi être rugueux parfois)
et il a comme toi maîtrise de la délicatesse.
Il médite dans le silence la plénitude du fruit
(qui « rondine » dans les vergers
disait l’ami Couté).
La pomme, une joue à embrasser
dans l’enjouement du poème,
chair laiteuse du bonheur,
monde rond à partager…
Bien sûr, c’aurait pu être un cerisier
que nous aurions, de temps en temps,
déshabillé ensemble de ses perles de sang.
Mais c’est un pommier
et ce n’est pas indifférent
car il y a une sagesse révolutionnaire du pommier :
Arbre de la connaissance,
le pommier qu’on nomme en latin « malus »,
            bel arbre du péché de se passer de dieu
            pour devenir enfin
hommes et femmes sur la Terre.
(L’image ancienne renouvelée enfin changée en bonne nouvelle)
La raison et le plaisir des sens
enfin réconciliés
dans ton poème
comme dans la pomme
qui n’est pas qu’un symbole.
(Pour être utile
et vivre en beauté
il suffit d’aimer
et c’est un long apprentissage)
Il te va bien, cet arbre à la tête frémissante
de pensées secrètes
qui fait front aux orages
Résistant
naturellement,
sans forfanterie
Arbre à contre-vent,
à contre-nuit
qui parle à voix basse
et connaît les mots de passe du printemps.
Arbre planté dans sa terre
mais accueillant à tous les vents migrateurs,
aux oiseaux de passage
et à leurs chants impertinents
patient même
avec leurs piaillements…
Il y a une sagesse du pommier, une leçon du pommier.
Même tordu et mutilé,
il se redresse vers la lumière ;
simple leçon de dignité,
l’art de se tenir droit
à quoi se résume parfois
le poème de la vie.
J’ai revu le pommier que tu avais planté
pensant peut-être n’en jamais voir les fruits
devant ta maison
où tu as bâti ton chant
à main d’homme
d’une truelle musicienne
légère comme une feuille…
Des fruits, avec Anne, tu en as cueilli quelques-uns…
Tu nous en as offerts…
Et s’il en est qui tombent dans l’herbe et qui pourrissent,
ne sois pas inquiet…
Bien des fruits que nous avons produits et voulions partager
n’ont pas trouvé preneur…
Bien des idées
ont été jetées comme de vieux trognons
dans le fossé, sur le bord du chemin…
Mais le pépin de la parole porte toujours promesse d’aube
et nous emporterons dans notre besace
les belles pommes
de ton pommier.

Francis Combes – le 21/V/2011

 

La Ballade de Bobby Sands

Dimanche 8 mai 2011

Il y a trente ans, mourait Bobby Sands, républicain irlandais,

dans une prison de Mme Thatcher, au terme d’une grève

de la faim de 66 jours. Il avait 27 ans.Ce poème écrit

sur le moment a été chanté par Mireille Rivat.

Un extrait en cliquant ici.

 

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Juste après deux heures dans la nuit son cœur s’est arrêté.
Alors soudain se fait un grand silence.
Les soldats de l’Empire
britannique se terrent
serrés les uns aux autres
dans leurs cercueils de fer.
Big Ben se tait.
St George la honte au front se retire.
À Westminster dans les salons
même les fauteuils font le dos rond.
La nuit d’Irlande se tient debout
derrière une momie nommée Thatcher ;
pour elle il est toujours cinq heures
elle boit son thé avec des gâteaux
secs trempés dans le sang.
Flottant sur le thé les yeux aveugles de Bobby Sands
sont du plus mauvais effet.
On croque en silence le petit doigt levé
des lambeaux de peau noircie.
l’Internationale des lâches
est invitée pour le goûter
mais les os, c’est dur à avaler.

Dans la rue, les enfants de Belfast
portent leurs cheveux verts
des jours de colère
leurs cheveux d’herbes folles qui conquièrent les collines
au-dessus de la mer
et dans leurs mains ils serrent
comme des grenades
des mottes de leur terre.

Mai 1981

Publié dans Cause Commune au Temps des Cerises, éditeurs

Vendredi 29 avril 2011

Ce qui change et ce qui ne change pas

Dans les pays arabes, les présidents à vie
sont bousculés par l’exigence universelle de démocratie.

Et en Angleterre, la royauté
fête son éternité.

(Bien sûr, cela n’a rien à voir…)

 

Le 29/IV/2011
Wedding Day de William et Kate

 

Pour la Libye, la Côte d’Ivoire
et les prochaines interventions…

La chose est bien connue :
nos missiles sont sans pareil,
ils protègent les civils.
Nos chasseurs bombardiers
quant à eux répandent la démocratie.
Et c’est à nous de choisir
les chefs d’État des pays étrangers.

 » Cette poésie n’est pas bien bonne »,
me dites-vous.

Vous avez sans doute raison…
Mais ces guerres-là,

non plus.

Révolutions arabes

Samedi 5 février 2011

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Révolutions arabes

Pendant que nous dormons, des peuples se réveillent.
Des jeunes et des moins jeunes se soulèvent
et se soulevant, ils soulèvent le grand édredon nocturne
du silence et de la peur
sous lequel ils étouffent, même en plein jour.
Des peuples se réveillent,
ils ouvrent une porte sur l’inconnu
et la Terre se met à tourner sur ses gonds.
Cela craque de tous les côtés…
Ce qui hier paraissait impossible
aujourd’hui est possible.
Ce qui hier était éternel
déjà n’est plus.
Les peuples en ont assez de se priver
pour que quelques-uns se gavent.
Et ils ont un appétit d’ogre
qui vient juste de se lever.
Le peuple se plante à tous les carrefours,
armé de couteaux et de bâtons.
(Entre les mains du peuple, le bâton
est aujourd’hui le meilleur ami du jasmin).
Que va-t-il se passer ?
Mektoub…
Les petits voleurs vont se mettre à courir dans les rues.
Et les plus grands
vont courir les chancelleries
pour voler au peuple
sa révolution.
Mektoub… Rien n’est écrit.
Ceux qui savent où ils vont
montreront le chemin.

le 1er février 2011

Maram Al Masri

Maram
Al Masri
24 février 2011, 10:07

‫الثورة العربية

بينما كنا نياما
استيقظت بعض الشعوب
شباب وأقل شبابا
نهضوا تحرروا
نزعوا اللحاف الليلي
للصمت وللخوف
الي تحته كان يختنقون
حتى في منتصف النهار

شعوب تستيقظ
فتحوا الباب الى المجهول
فبدأت الأرض تدور حول ركائزها
محدثة انفجارات في كل جهة

ما كان مستحيلا البارحة
صار غير مستحيل اليوم
ما كان البارحة أبديا
لم يعد له وجود.

لم تعد تطق الشعوب
رؤية البعض يؤكلون بنهم
بشهية الغول
الي استيقظ للتوي

الشعب مترصد في مفرق كل شارع
مسلحين بسكاكين وعصي
( العصى بيده
هي اليوم افضل صديق للياسمين )

ماذا سيحدث يا ترى ؟
المكتوب
اللصوص الصغار سيبدؤن
بالركض في الشوارع
اللصوص الكبار سيهرعون للمؤتمرات
ليسرقوا من الشعب
ثورته

مكتوب … لا يوجد مكتوب
الذين يعرفون الى اين هم ذاهبون
سينيروا الطريق

ترجمة مرام المصري

ARAB REVOLUTIONS

 

While we are asleep, peoples are waking up.

Young and not so young are stirring,

rising up, throwing off the big nocturnal eiderdown

of silence and fear

under which they’re suffocating, even in daytime.

Peoples are waking up,

opening a door on the unknown

and the Earth begins to turn on its hinges.

And breaks down on all sides.

What seemed impossible yesterday

is possible today.

What was eternal yesterday

already is no more.

Peoples have had enough of being deprived

in order that some gorge on.

And they who are justly rising up

have the appetite of an ogre.

The people plant themselves on all the crossroads

armed with knives and sticks.

(In the hands of the people today a stick

is the best friend of jasmine).

What’s gonna happen?

Mektoub…

Little looters wanna go running through the streets.

And the big crooks

wanna run to the Ministries of Justice

to steal the revolution

from the people.

Mektoub…Nothing’s written in stone.

Those who known where they’re going

will point the way.

          (Translated from French by Jack Hirschman)   

Jeudi 30 décembre 2010

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Poèmes de circonstance

Samedi 30 octobre 2010

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Épitre à Horace sur le droit à la retraite

Poète latin, tu chantais la vertu de la retraite
le goût simple de vivre à la campagne
loin de l’agitation de la ville
suivre le rythme des saisons,
en prenant soin du jardin, du verger,
du raisin qui mûrit et des oliviers
avec la visite de temps en temps d’un ami
qu’on reçoit, autour d’un repas frugal
les longues conversations et le vin partagé…
Ce bonheur simple qui préfigurait
notre propre conception du bonheur
par lequel se définit une civilisation
bientôt sera réservé à une poignée
de privilégiés, car notre république
est bien bas et le Sénat est tombé
entre des mains corrompues et avides
qui pour l’antique idée du bonheur
enfin accessible à tous n’ont que mépris
quand il s’agit non pas d’eux mais
des simples gens du peuple, des citoyens.
(Ainsi, mon cher Horace, ta poésie
ne sera pas mise en retraite anticipée et tes odes
en apparence si éloignées de nos combats
par leur éloge du bonheur, à nos combats
sont toujours nécessaires).

 

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Complainte de l’homme triste
qui ne peut pas sentir les Roms


Tout un peuple de voleurs de poules
qui erre sur les routes
comme dans le ciel du petit matin
la nuit qui se retire
en nuage de traine rose
et passe les frontières
sans se soucier de nos douaniers…
Mendiants, voleurs et trafiquants
tout un peuple de voleurs de lune
qui fait des trous dans le grillage
et s’ébat dans le poulailler…
Tout un peuple au poil roux
de renard ou noir peut-être
comme le diable
qu’ils ont tous dans la peau
hommes, femmes, enfants
qui prolifèrent comme un chiendent
sur le bord de nos chemins…
Tout un peuple de vagabonds
qui se jette sur les routes
pour le plaisir de voyager
et d’embêter les braves gens.
Tout un peuple de courants d’air
qui va, s’en va et puis revient
et se moque de nos lois
libres comme les rats
des villesque sont les pigeons
porteurs de parasites.
Tout un peuple qui sent mauvais
et enlaidit le paysage
avec ses cabanes de fortune,
trois planches, un pneu crevé, une voiture désossée
parfois une couverture
et l’eau courante du ruisseau…
Tout un peuple de mangeurs de pommes
de pilleurs de vergers, de chapardeurs de cerises
qui ramasse nos châtaignes
et les noix abandonnées dans le fossé…
Tout un peuple qui prend ses quartiers d’hiver
au milieu de nos poubelles
et l’été part à la montagne
grimper dans les alpages
pour cueillir l’édelweiss
et le vendre aux parfumeurs.
Tout un peuple aux lacets défaits
qui dort à la belle étoile
et rêverait peut-être
d’habiter dans nos palais…
Tout un peuple qui ne ferme pas l’œil de la nuit
et nous empêche de dormir
parce que ce sont nos frères et nos cousins
à qui nous avons fermé la porte au nez
et que nous laissons dehors.

 

Retour de Macédoine

Mardi 28 septembre 2010

Struga

 


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Les demoiselles de Struga

A sept heures du matin, l’eau du lac
émergeant de la brume est pure
et lisse et transparente
je m’y glisse et je nage.
Autour de moi frayent et s’égayent
de petits poissons translucides…
Ce sont évidemment de belles demoiselles
victimes d’un charme,
(car, la chose est connue,
les poètes entretiennent des relations intimes
avec l’invisible)
Pour qu’elles se transforment,
il suffit de les prendre dans la main
et de les embrasser sur la bouche.
Si vous ne me croyez pas
c’est que vous ne l’avez jamais fait.

 

Les cygnes du lac d’Ohrid

Les cygnes du lac d’Ohrid
se rapprochent de la berge
et se rassemblent
à côté d’un bouquet de roseaux.
Ils se lissent les plumes
furètent de leur bec dans le sable
font des grâces avec leur cou
et me jettent un regard
à la dérobée.
« Drôle de tête, pour un cygne, se disent-ils »
Je crois bien
qu’ils ne me reconnaissent pas…
Pas à cause de mes ailes
ni de mon plumage
mais à cause de mes yeux
rouges de conjonctivite
qui me donnent l’air d’un extra-terrestre.
Ils feignent l’indifférence, mais peut-être
qu’en vérité, ils me plaignent.
(Ah ! s’ils savaient ce que c’est, vraiment,
la vie de poète !…)

 

Bilan de santé

Déjà je pouvais me vanter
d’avoir de l’asthme, comme le Che
(et donc de partager son idéologie).
Récemment j’ai contracté
(je m’en serais bien passé
mais en tire quelque fierté)
une angine de poitrine
comme Nazim Hikmet.
Et voici maintenant
qu’avec cette conjonctivite
je suis entouré d’un brouillard doré,
aveugle presque, comme Homère…
Que me faut-il encore
pour être un grand poète ?
La barbe ?
tel Victor Hugo ou Walt Whitman ?

Changer de mœurs ?
Devenir alcoolique,
drogué et neurasthénique ?
Comme Baudelaire, Verlaine
et quelques autres ?
Allons, encore un effort…
tout espoir n’est pas perdu !

 

A celle qui dort là-bas

Au petit matin, à mon réveil,
la hanche de la colline
imite comme elle peut
la forme de ton corps
et les oiseaux
qui passent devant la fenêtre
de ma chambre d’hôtel
sont les baisers
qui rêvent de voler
jusqu’au buisson nocturne
de ton nid secret.

 

Les paons de St Naum

Les paons qui se pavanent et font la roue
dans les fossés
ou sur les toits du monastère,
que leur manque-t-il pour être poètes ?

- La parole ?

 

Sur l’Autogestion et sur la poésie

Dans la nuit bondissent
infatigables
les eaux de la rivière Drin.
Les poètes se rassemblent sur le pont
pour réciter leurs vers.
Va-t-on voir la foule
les rejoindre sur les berges ?
Si elle n’est pas au rendez-vous
qui faudra-t-il incriminer ?
Le peuple qui n’est pas prêt ?
Ou le programme
qu’il faut revoir ?

Tahar Ouettar

Dimanche 29 août 2010


Un intellectuel communiste algérien

 

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Portrait de Tahar Ouettar, par Francis Combes, 1993.

 

Après le décès de Tahar Ouettar, à l’âge de 74 ans, à Alger, Francis Combes a publié dans L’Humanité du 16 août, l’article suivant :

« Tahar Ouettar est considéré comme l’un des principaux écrivains algériens arabophones, connu et étudié dans tout le monde arabe. En France, plusieurs de ses romans ont été publiés aux éditions Messidor.

Il a participé à la révolution algérienne et a connu, avec Boumediene, la prison pendant la lutte de libération nationale. Celui-ci président, Tahar fut l’un des rares cadres marxistes du FLN. Il a été, ensuite, directeur de la radio nationale. Ses romans et ses nouvelles n’ont cessé d’interroger la société algérienne. Ainsi L’As (peut-être son chef d’œuvre, qui prend place dans la littérature révolutionnaire aux côtés de La Mère de Gorki ou de Gouverneurs de la rosée de Roumain) raconte la guerre, vue du côté des combattants algériens. La répression et les tortures, mais aussi un épisode jusque-là tabou : la liquidation de maquis communistes par l’aile droite du mouvement nationaliste (à reparaître au Temps des Cerises).

Ces dernières années, la réception de son œuvre en France a été compliquée par une polémique après l’assassinat de Tahar Djaout. On lui a reproché une phrase malheureuse qui prolongeait un désaccord ancien entre intellectuels arabophones et francophones. Il n’empêche que c’est chez lui que j’avais fait la connaissance de Djaout, comme d’un autre intellectuel assassiné : Youcef Sebti.

De lui, qui fut un ami proche, je garde de nombreuses images ; en train de pêcher sur sa barque, composant des poèmes ou me disant de l’islamisme que c’était « le chant du coq égorgé… », une réaction sans espoir…

Ces dernières années, il a écrit plusieurs romans non traduits : La Bougie et les corridors, El Ouali Tahar retourne à son lieu saint et Le Saint homme prie, qui poursuivaient sa réflexion sur l’islam, l’obscurantisme, l’opportunisme politique.

L’un des derniers actes publics de cet intellectuel communiste a été de signer l’appel en faveur d’une Cinquième Internationale. »

 

En juin de cette année, l’association culturelle fondée par Tahar Ouettar, Al-Djahidyya, à Alger, a réédité la traduction arabe qu’il avait faite de mon premier livre de poèmes, Apprentis du Printemps.

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