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Festival international de poésie de Medellin du 23 au 30 juin 2012

Mercredi 8 août 2012

Festival international de poésie de Medellin du 23 au 30 juin 2012 festival-Medellin

Du 23 au 30 juin, j’étais invité au festival international de poésie de Medellin. Avec Richard Borhinger, nous étions deux poètes français. En tout soixante-dix poètes étaient invités, beaucoup des nations indiennes. Un événement unique.

Plus de 4 000 personnes à la soirée de clôture pour écouter les poètes pendant plus de quatre heures. Un public jeune, connaisseur, attentif. Des lectures dans des quartiers populaires, des bibliothèques, des villages, des centres culturels. Merci à Fernando Rendon et à toute son équipe pour cette fête mondiale de la poésie.

Voir le festival de poésie de Medellin

 

Avec-Richard

Lectures à Medellin

Samedi 23 juin : ouverture, lecture de Avenir

Dimanche 24 juin : Il faut de tout pour faire un monde

Lundi 25 juin : Sur la liberté

Mardi 26 juin : FacilePoème sur le Mexique

Mercredi 27 juin : Alléluia pour une chaussure

Jeudi 28 juin : Les Réalisations du capitalisme

Vendredi 29 juin : Petit nuage dans le ciel de CubaLa sieste habanera

Samedi 30 juin : Clôture avec Le Peuple

Lecture de Richard Borhinger

Lundi 25 juin : Extrait de Mendy

 

 

 

 

 

Marché de la poésie 2012

Samedi 9 juin 2012

Je serai présent au 30e Marché de la Poésie

du jeudi 14 au dimanche 17 juin 2012

place Saint-Sulpice Paris 6e

Signature de mon recueil

La Barque du Pêcheur

au stand d’Al Manar

vendredi 15 juin à 15 heures

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Extrait de la Barque du pêcheur

Dimanche 27 mai 2012

Voici le poème par lequel s’ouvre

ce nouveau recueil.

Avec une pensée pour nos amis Algériens,

à l’occasion du cinquantième anniversaire

de la fin de la Guerre et de la proclamation

d’indépendance de l’Algérie.

 

Extrait de la Barque du pêcheur baie-d-alger-255933

Un pêcheur dans les rues d’Alger

          à Tahar Ouettar

1

Du balcon de ma chambre à l’hôtel Albert 1er
je regarde le port à cinq heures du matin
Tout est rose bleu pâle et gris
comme en lévitation
Sur la mer
C’est l’heure la plus calme
Les pigeons d’Alger
par grandes laisses
comme s’ils jaillissaient
du sac invisible d’une semeuse
aux mains de vent
viennent se poser à quelques mètres de moi
entre les coupoles
sur le toit de la Grand Poste
C’est l’heure des rêveries
la petite aube de la millième nuit
Sur le rebord de ma fenêtre
contre le volet de bois bleu
décoloré par le soleil
un djîn s’est perché
Accroupi au coin de la balustrade
il tire sur une cigarette très fine
(Il a des mains de paysan)
Personne ne le remarque
mais je vois distinctement
qu’il se moque
de l’étranger volant sur son tapis persan
C’est l’heure de la prière
Du haut de son minaret
le muezzin lance
– par haut parleur
son premier appel
et nul ne s’émeut
Passe un taxi
un homme défait un paquet
(tranquille comme un poseur de bombes)
puis dispose dans le kiosque
les journaux
avec leurs brassées de nouvelles fraîches
qu’il s’apprête à distribuer

2

En fin d’après-midi
j’ai remonté la rue Ben M’Hidi
(torturé et tué
par les hommes de Massu)
J’ai remonté la rue
vivier ensoleillé
où les femmes sont des amphores de soie
la rue où les hommes sont des parchemins oubliés
évadés d’une très ancienne bibliothèque
nobles et ridés
« Ici, m’as-tu dit
les Arabes
n’ont pas
des têtes d’immigrés »
Partout courent des enfants
écolières à tablier
aux sourires de fleurs
et garçons rieurs
à la tête rasée
Et quand ils nous croisent
dans leurs yeux je ne lis
aucun regard de haine

Alger, belle étrangère
femme de terre aux reins cambrés
paisible et fière
Ceux qui ont gagné
n’ont aucune rancune

Mosqu%C3%A9e-Alger

3

Dans la nuit du Mouloud
de la terrasse au béton défoncé
sous la treille des amis
j’écoute le monôme des pétards
et contemple le ballet des étincelles
les feux de Bengale des enfants
qui font tournoyer
aux balcons des cités surpeuplées
des tampons Jex enflammés…
(Soleil tournant
l’avenir
leur brûle entre les mains)

Alger, tes habitants
entre deux temps,
entre deux portes vivent
et flottent les drapeaux
au vent qui les emporte.

4

(Puis nous avons marché dans la Casbah
dans les pas de notre ami
le poète arabe
un sage mécréant
connu ici comme le loup blanc
ou le renard des sables)

Mon ami l’Algérien qui fait l’aveugle dans la rue
et donne des coups de canne
dans l’air blanc du matin
Les jeunes gens assis contre les murs
surpris
s’écartent de nous
comme un banc de poissons
puis reviennent au soleil

(les poètes sont des fous
qui ont de l’éducation)

La rue est un vivier surchauffé
les hommes, des animaux marins

(la fatigue du Tiers monde
est une algue indolente et carnivore
Elle pousse au fond des yeux)

Les cafés sont pleins d’hommes
qui boivent de l’eau

Un cul-de-jatte
dans un caisse en bois
descend du trottoir

l’Histoire n’est qu’un vieux corps couvert de cicatrices

Un peu plus bas
vers la Place des Martyrs
les arbres paraissent à leur place
les bancs publics aussi
(Les arbres sont en paix avec le monde)
Ils mériteraient
d’être traités
au rang d’ambassadeurs
et d’être pensionnés
Ils donnent à Alger
un faux-air de Marseille
Marseille, la ville sœur
qui dort ou fait l’amour
qui trafique et qui saigne
de l’autre côté du miroir
convexe de la mer
chauffé à blanc
et posé sur un trépied de fer

Ensemble
au moins une fois
Mon ami l’Algérien
nous redescendrons
des hauteurs de Hydra
jusqu’à la Pêcherie
Nous retournerons
vers le bas-ventre de la ville
nous pénétrerons
dans les tavernes accotées à la mosquée
sous le sourcil ombrageux des arcades
dans l’odeur de la crevette
l’urine et la chaleur
le Royaume de la Daurade
le sexe de la ville

casbah-alger-photo

5

Pris dans un embouteillage
rue Didouche Mourad
je tape sur la portière de la vieille 4L
comme font les pêcheurs
sur les flancs de leurs barques
pour débusquer les poissons
qui se cachent sous le bitume

Alger, mon étrangère
ma belle hôtesse, ma familière
Ton voile traîne dans la poussière
Et moi pauvre pêcheur de mots
dans tes rues je suis
comme un poisson dans l’eau

Quant à toi
ma femme qui me nargues
(sans le savoir peut-être)
marchant à mes côtés
avec ce poisson d’or
qui danse sur ton cou
et dont je suis jaloux
Prends garde à mes filets
Pour toi
ma Pécheresse
je me ferai pêcheur.

 

La barque du pêcheur aux éditions Al Manar – Sortie pour le Marché de la poésie

Dimanche 27 mai 2012

La barque du pêcheur aux éditions Al Manar - Sortie pour le Marché de la poésie couv-La-barque_couv-La-barque-1

 

Mon nouveau livre de poèmes vient de paraître aux éditions Al Manar.

Ce volume, intitulé La Barque du pêcheur, réunit les poèmes-reportages écrits lors de différents voyages dans le monde arabe :
– L’Algérie (c’est la suite poétique qui donne son
titre à l’ensemble)
– l’Irak, (quelques mois avant la dernière guerre, il participait à l’initiative d’un groupe d’intellectuels
français qui ont violé l’embargo aérien)
– La Palestine, (écrit à l’occasion d’une tournée de lectures avec les poètes palestiniens dans les territoires occupés)
– L’Égypte (lors d’un voyage sur le Nil)
– le Liban (l’occasion d’une réflexion sur les troubadours et les rapports Orient-Occident)
– la Syrie (avant le drame actuel et depuis)…

Dans ces poèmes, je ne partage pas l’opinion de Mallarmé qui nommait avec un certain dédain «l’universel reportage » . Pour moi, la poésie est provoquée par les rencontres inattendues du monde réel ; la réalité est multiple, infinie et passionnante.

Je reprendrais volontiers à mon compte la formule de Goethe qui disait que tous ses poèmes étaient des poèmes de circonstance. mais si le poème est provoqué par les événements de la vie, il permet de réorganiser les impressions, les idées, les émotions pour produire un sentiment du monde. et par l’alchimie simple d’un regard sensible et aussi lucide que possible, par la vertu de l’image, il dit le malheur et produit de la joie.

Ces poèmes ne sont en effet pas simplement reportages ; ce sont des chants amoureux du monde qui
disent à la fois l’altérité et la communauté, le lien profond des peuples de la méditerranée et singulièrement
celui qui relie la culture française au monde arabe et à sa poésie.

Le livre est accompagné de trois dessins originaux d’Edmond Baudoin.

Post scriptum au voyage grec : un poème lu à l’institut français d’Athènes

Lundi 21 mai 2012

Procuste

Sur la route près d’Athènes
Il offrait l’hospitalité aux voyageurs
Puis les attachait sur un lit de fer.
S’ils étaient trop grands
Il coupait tout ce qui dépassait.
S’ils étaient trop petits
Il étirait leurs membres
Jusqu’à briser os et ligaments.

Qui prétend que l’antique culture grecque
Est oubliée et méprisée ?
Aujourd’hui Procuste serait
Commissaire européen ou bien banquier.

Post scriptum au voyage grec : un poème lu à l'institut français d'Athènes Th%C3%A9see-et-Procuste

Retour de grèce – Avril 2012

Mardi 8 mai 2012

Les oranges amères d’Athènes


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Les rues d’Athènes sont plantées d’orangers sauvages
(pommes d’or du jardin des Hespérides).
Je marche dans les rues en compagnie de leur odeur.
Les oranges sont de petites planètes familières,
lampions qui se cachent très mal au milieu des feuilles
et qui éclairent le jour.
Les gens passent dans la rue sans y prendre garde.
Ils ne les cueillent pas car elles sont immangeables.
(Elles n’ont presque pas de jus, sont très amères
et souvent chargées en plomb et en particules fines).
Les gens du peuple n’ont plus d’argent,
beaucoup d’entre eux sont au chômage
dans ces parages du paradis,
mais ils ne sont pas désœuvrés.

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Au carrefour un homme se tient debout, sa raclette à la main.
Il s’appelle Jillian ; venu du Bengale,
il a traversé la moitié du monde
pour faire fortune en Europe.
Peut-être rêve-t-il de devenir capitaliste
et d’avoir un jour sa propre maison, avec sa piscine…
Mais pour l’instant il nettoie les pare-brise
en espérant que la voiture va s’arrêter.
Beaucoup en sont réduits à vivre en ermites…
Quelques sdf se sont réfugiés sur le mont Hymette
où poussent la myrte et l’asphodèle,
le serpolet, la marjolaine, l’olivier
près de la source que chanta Ovide…

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Mais la plupart se sont retirés en ville,
solitaires au milieu de la foule.
Ils ont renoncé aux biens terrestres
qui leur sont refusés
et dorment par terre, dans l’embrasure d’une porte.
Le pays est partagé entre la dépression et la rébellion.
Sur la place de la Constitution, les manifestants de février
jetaient sur la police des morceaux de marbre
arrachés au mobilier urbain ou à la façade d’une banque.
(Un pays où le marbre sert de projectiles
est un pays de culture et de grande tradition artistique).
Les murs sont couverts de slogans, de marteaux et de faucilles.
Près de l’université, un anarchiste a écrit à la peinture noire :
« La vraie violence, ce sont les lundis matins ».
Mais pour beaucoup les lundis sont des dimanches comme les autres…
Un homme passe en égrainant son chapelet.
(On vend toujours des komboloïs dans les boutiques pour touristes du quartier de la Plaka,
mais je vois peu de doigts jouer avec leur patience).

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Au cours de l’été 44, Titos Patrikios avait rendez-vous ici
avec une jeune Résistante qui devait lui remettre du matériel clandestin.
Arrêté par les Allemands, il fut collé contre ce mur blanc pour être fusillé.
Il prétendit qu’il attendait simplement une amie
avec qui il devait se promener…
Et il me raconte comment il échappa de justesse à l’exécution
car la jeune fille, arrivée sur le lieu du rendez-vous,
portant sur elle les tracts clandestins,
au lieu de s’enfuir se jeta dans ses bras et l’embrassa.
Manolis Glezos, qui planta le drapeau grec sur l’Acropole,
lui aussi est toujours là.
(Les fascistes aussi…)
Et le peuple grec est toujours debout.
Sur une place, un jet d’eau continue sa conversation heureuse
pendant qu’un poète boit son café
sur la terrasse à l’ombre d’une treille.
Dans un café modeste de Kisseriani, des hommes sont assis
et prennent l’ouzo devant des assiettes garnies de tomates,
de poivrons, de feuilles de vignes et de poulpes.

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Les financiers de la planète et les hommes politiques à leur service
n’ont pas encore pu enlever à la Grèce son ciel, sa mer et ses orangers.
(Et ceux-là qui reprochent aux Grecs leur mode de vie
les envient en rêvant de leur prochaines vacances).
Demain, j’irai me tremper dans une crique
sur l’île de Sallamines, en face du Pirée,
la cité populaire où les grues et les entrepôts
des armateurs ne dorment que d’un œil…
J’irai me tremper dans l’eau printanière,
fraîche et transparente, mouvante
comme les morceaux de verre des kaléidoscopes de l’enfance.
Je ne croiserai au milieu des vagues ni les sirènes d’Ulysse
ni les requins qui viennent de la Mer rouge
en suivant l’étrave des navires marchands…
Avant de repartir, j’irai cueillir des oranges sauvages
le long d’une rue tranquille.
(« Voilà à quoi en sont réduits les gens »,
pensera une petite vieille qui me regardera faire, intriguée).
J’en remplirai ma valise et te les rapporterai
pour que par la transformation
(le miracle ou la révolution ?)
du sucre et de la cuisson
tu en fasses une marmelade d’oranges amères.

Le 8 mai 2012

Le Peuple – Lecture à Villejuif le samedi 22 avril 2012

Samedi 14 avril 2012
Le Peuple - Lecture à Villejuif le samedi 22 avril 2012 dans actualités FC-Villejuif1-e1334419811905-206x300

Francis Combes

J’ai participé aujourd’hui à un rassemblement-manifestation de soutien à Jean-Luc Mélenchon à Villejuif dans le Val-de-Marne. La manifestation partie de la Place Louis Aragon et arrivée au square Neruda.

J’ai lu le poème de Neruda, La Montagne et la rivière et mon poète Le Peuple extrait de Cause Commune.

Écoutez en cliquant sur les noms.

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Ça rime à quoi sur France Culture février 2012

Jeudi 9 février 2012

J’étais invité sur France Culture dimanche 5 février à l’émission « Ça rime à quoi » autour de mon recueil « L’Aubépine, 101 poèmes pour un amour frondeur ». Une demie heure de poésie à 6 h 30 et 23 h 30.

Si vous souhaiter écouter ou réécouter cette émission Image de prévisualisation YouTube.

 

Cuba Janvier 2012

Lundi 30 janvier 2012

J’ai participé au jury des prix de La Casa de Las Americas, du 16 au 27 janvier 2012, à Cienfuegos et à La Havane à Cuba. J’en rapporte quelques poèmes accompagnés de photos de Patricia.

 

 

Cuba Janvier 2012 dans actualités Che-fod-Palmiers-300x225

 

Pour une femme de chambre

lettre-fem-chbre2-300x200 dans actualitésA Miguelina

Les femmes de chambre des hôtels de Cuba
Sont-elles seulement des femmes de chambre ?
Ou sont-elles des fleuristes ?
Celle qui fait notre chambre
A dressé sur notre lit une fleur
de serviettes blanches
surmontée d’une rose de plastique rouge.
(Sculpture éphémère qui en vaut d’autres
malheureusement plus durables).
Et Miguelina , – puisqu’elle s’appelle Miguelina -
Nous a laissé un mot en français
Couvert de fleurs de couleur, au stylo,
Qui nous dit que l’amitié
Est un pont entre les êtres
Et nous souhaite bon voyage.
Les femmes de chambre des hôtels de Cuba
Sont-elles des fleuristes ?
Ou des ambassadrices
Qui font leur travail avec une conscience politique
Et une gentillesse telles
qu’on voudrait les appeler « Companera » ?

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Tout ce qui manque à Cuba
(liste partielle et certainement partiale)

à Roberto Fernandez Retamar

 

 

Il y a beaucoup de choses essentielles à notre vie moderne qui manquent à Cuba
Je peux le dire car j’y suis allé, je l’ai vu et je témoigne :
A Cuba, il n’y a pas de grands panneaux publicitaires plantés le long des routes
pour vanter les mérites de Coca Cola, les promotions sur les derniers PC sortis sur le marché ou les nouvelles baskets Nike.
Pas de Kentucky Fried Chicken, pas de MacDonald et pas de Pizza Hut
Pas de Wall Mart, de Carrefour et pas de ces grandes zones commerciales
no man’s land préfabriqués, éphémères et criards que vous rencontrez à l’entrée de toutes les grandes villes du monde civilisé.
A Cuba, il n’y a pas dans les kiosques les magazines en quadrichromie sur papier glacé qui vous tiennent informés par le détail de la vie sexuelle des people,
pas de journaux qui rivalisent pour vous donner tous la même information et vous expliquer d’une même voix qu’on ne peut rien faire devant l’oracle des agences de notation,
Car à Cuba il n’y a pas de pluralisme, pas de vraie liberté de la presse, c’est à dire pas la possibilité pour les grosses fortunes d’acheter librement ni les journaux, ni leur rédactions.
A Cuba, il n’y a pas de ces journaux ventrus avec leurs cahiers spéciaux sur papier saumon qui renseignent le passant sur les dernières variations du cours de la Bourse,
car à Cuba, il n’y a pas de Bourse
et donc pas de vraie liberté.
A Cuba, il n’y a pas dans la rue d’enfants dépenaillés affalés dans un coin un tube de colle à la main.
Les enfants de Cuba vont à l’école et portent autour du cou un petit foulard bleu ou rouge.
Que savent-ils donc de la liberté ?
Ici ou là, il y a bien un qui quémande un stylo ou un bonbon,
Une femme qui vous envoie un baiser et vous demande un savon ou une pièce, mais c’est bien peu encore…
Il n’y a pas encore dans les rues de La Havane assez de jeunes qui mendient à chaque carrefour, il n’y a pas encore assez de femmes assises sur les trottoirs un bébé shooté dans les bras et qui tendent la main
pour que La Havane mérite le titre de ville moderne du monde développé.
A Cuba, il y a bien sûr, le soleil, des cocotiers, la musique, le rhum et la mer,
Mais il n’y a pas de vigiles armés de fusils à canons sciés à l’entrée des complexes touristiques, des grands magasins ou des plages réservées aux étrangers.
A Cuba, le long du Malecon de La Havane, il n’y a même pas (contrairement à ce que pourraient espérer le touriste) de ces jeunes femmes noires ou blanches, en tenue légère, plantées tous les cent mètres, telles des chandelles, pour allumer le client, comme à Saint-Domingue ou comme à Nice, sur la Promenade des Anglais.
Oui. Il y a beaucoup de choses à Cuba qu’il n’y a pas…
Cuba est une fille pauvre ; mais Cuba n’est pas une pauvre fille.
Cuba est une belle fille, en short rouge, qui arbore un T. shirt du Che, marche droit dans la rue et bouge légèrement des fesses, toujours prête à se mettre à danser.

Cuba ne vit pas dans l’obsession effrénée de la consommation, Cuba ne vit pas dans le show permanent de la richesse insolente et de la misère indécente, Cuba n’est pas emportée dans la course à l’abime de la destruction de la nature et de la culture
(Et que tous ceux qui rêvent d’écologie tournent un peu leur regard vers Cuba.)
Cuba est encore un pays lent, qui va, comme il peut, bras dessus, bras dessous, sur le chemin de la dignité.
Oui, il y a beaucoup de choses qui manquent à Cuba
Et c’est aussi pour toutes ces choses qui lui manquent que nous aimons Cuba
Et que Cuba nous est nécessaire.
Cuba est l’œil grand ouvert
De la conscience des peuples
Dont la lumière se réverbère dans les eaux de la mer des Caraïbes.

 

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Dans le kiosque à musique

A Nancy Morejon

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Sur la place centrale de Cienfuegos
Il y a un homme qui dort dans un kiosque à musique.
Ce n’est pas un clochard,
Un sans logis qui erre dans les rues,
Il ne craint rien et n’a pas même à ses pieds un chien.
Il dort tranquille en plein cœur de la ville.
Il a confié son sommeil
Comme une petite graine
à la paume du soleil.
Pour le laisser faire sa sieste
Les musiciens sont partis sur la pointe des pieds.Nancy+F-300x200
Même les oiseaux se sont envolés.
O, toi l’homme qui dors dans le kiosque à musique,
Fais-tu des rêves ?
Sont-ils grands ou bien petits ?
Et que donnera leur graine ?
Du mouron pour les oiseaux ?
Ou bien va-t-il en naître
Quelque nouveau soleil ?

 

 

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L’Arbre aux vœux

Ici, on ne grave pas à la pointe d’un couteau son cœur
et ses initiales enlacées
Dans l’écorce d’un chêne
Mais sur les feuilles épaisses, vertes et revêches d’un cactus.
Promesses d’amour
Vœux de tendresse
Dans un buisson de piquants.
Avec quelques petites fleurs rouges.
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L’abeille

En te baignant dans la baie
A la pointe de Cienfuegos
Près du petit jardin public qui s’avance, son kiosque dans la mer
Tu as sauvé de la noyade une abeille
Qui se débattait sur une vaguelette.
Tu l’as placée délicatement sur une fine feuille jaune qui flottait là
Et dont tu as fait un minuscule brancard.
Puis, tu l’as sortie de l’eau et posée au soleil
Pour qu’elle reprenne des forces.
(Il n’est pas sûr qu’elle t’en soit reconnaissante.
On dit des insectes qu’ils ne font pas de sentiment
Et que c’est pour ça qu’ils nous survivront…
A voir…
Déjà nous devons prendre soin des abeilles).

 

 

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Une belle Américaine

Les années cinquante défilent lentement
Sur l’écran du paysage, devant un rideau
De palmiers qui se balancent dans le vent
Passe une Cadillac sexagénaire, toujours pimpante,
Vert olive rutilant, or dans le soleil couchantvoiture-verte-300x194
Somptueuse, impériale, un requin pacifique,
Sa carrosserie réparée au Sintofer, plusieurs fois
Repeinte, son moteur changé pour un diesel
(L’Amérique d’hier et ses mythes sous embargo
survivent, squales ou tortues dans l’aquarium
entretenu du jardin botanique). La Cadillac
Avance lentement sur la route à six voies
Qui traverse la Grande île, vers La Havane
Vitres baissées, le chauffeur accoudé à la portière
Ne fait pas la course sur la voie de droite
Et ne va pas se jeter du haut d’une falaise
Il retourne vers sa maison et traverse le pays
Où il est maintenant partout chez lui
Car ce pays qui est le sien lui appartient
Et traversant de part en part le premier
Territoire libéré d’Amérique, il traverse
En même temps le temps qui semble ici arrêté
Mais qui poursuit son chemin vers l’avant telle une flèche
Avant hier tirée par un Indien Caraïbe
vers le ciel bleu  pour se ficher dans le sol de demain
Les années cinquante qui passent sur l’écran
James Dean, Marilyn, un soda et la révolution
Qui invente le Tropique d’un nouvel avenir
La vieille Cadillac caresse lentement le paysage
Et Cuba qui n’aime pas le gaspillage
Prenant soin du passé prépare son futur.

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Petit nuage dans le ciel de Cuba
à Yolanda Wood

Petit nuage dans le ciel de Cuba
Tu voles, tu voles
Au-dessus des palmiers
Tu voles, tu voles
Plus haut que les immeubles
Le long du Malecon
Tu voles, tu voles
Bien plus haut que la piscine
De l’hôtel Présidente
d’où je te regarde
en flottant sur le dos
Petit nuage dans le ciel de Cuba
Tu voles tu voles
Et franchis les frontières
Sans problème de visa
Ni de compte en banque
Tu voles sur le monde
Et n’offenses  personne
Petit nuage dans le ciel de Cuba
Notre révolution
Tout autour de la Terre
Sera accomplie
le jour où tous
tout autour de la Terre
Pourront faire comme toi
Petit nuage, petit nuage
Dans le ciel de Cuba
Vole, vole
et ne nous attends pas…

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Sieste habanera
A Patricia

Par la fenêtre ouverte, montent jusqu’à nous
Les bruits de la villeCour-d%C3%A9cole-207x300
Un klaxon sur l’avenue qui part de la mer
Vers le centre ville, la Place de la Révolution,
Les cris des enfants dans la cour de l’école
Qui s’envolent dans l’air chaud de l’après-midi
Comme de petits papiers de couleur,
Des coups de marteaux,
La voix d’une femme dans le couloir
Qui pousse un charriot de linge…
Seul le vent soulève le rideau
Sans bruit, pour ne pas déranger notre sieste…
Tu as posé ta tête sur mon épaule
Et me dis de ne pas bouger.
Tu veux que je sois sage…
Ne t’inquiète pas, ma chérie, c’est possible.

Tout est possible…
« Nous vivons le temps des révolutions ».

 

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La Muchacha de la rue Obispo
A Fayad Jamis

En remontant la rue Obispo,
au cœur de la vieille ville,
j’ai croisé une jeune femme
avec de longues cuisses de sauterelle noire
que serrait un petit short effronté
et brillant.
Elle tenait à la main,
comme une épée ou un drapeau,
un bouquet de balais
aux crins synthétiquespte-fil-pop-198x300
orange et verts
dont elle faisait commerce.
(Ailleurs, c’est d’autre chose
qu’elle aurait peut-être fait commerce).
Petit boulot pour jolie fille
comme pour bien d’autres
pauvres, bien d’autres noirs dans la ville.
(Cinquante ans de révolution
ce n’est pas assez
malgré des jambes de sauterelle
pour sauter par dessus l’histoire).
C’est qu’il y a toujours beaucoup de choses à balayer
Ici comme ailleurs.
Jolie fille et petit boulot
mais boulot utile.
Son bouquet de balais à la main,
elle ne le brandit pas comme un drapeau
ou une épée,
mais elle se tient bien droite,
ses cuisses fines et sa taille fière prises
dans son petit short moulant,
la muchacha de la rue Obispo.
Lui arrive-t-il de penser
A cette affiche de la révolution russe
sur laquelle on voit Lénine
balayer le globe
de toute saleté ?
La muchacha de la rue Obispo ?

 

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Le Malecon des amoureux

Le long du Malecon les amoureux montent la garde
Ils sont assis de place en place, face à la mer,
Ou lui tournant le dos, côte à côte
face à face parfois, les yeux dans les yeux
Sur le parapet qui domine l’océan.
De temps en temps, un pêcheur interroge les vagues
Il est en communication directe avec la mer
par  l’intermédiaire d’un simple fil…
Un homme est allongé sur le dos, la tête posée
Sur les cuisses de sa copine.
Et elle lui caresse les cheveux
Pendant que le vent du bout des doigts
S’occupe de démêler les siens…
Dans le jour qui décline, une jeune fille
Marche à grandes enjambées sur le parapet
Vers le soleil couchant.
Le long du Malecon où les amoureux montent la garde
Je me promène, seul, en ce moment, sans toi…
Vivre en cet instant, c’est se tenir ainsi, debout face à la mer,
comme au bord du monde, comme au bord de nous-mêmes,
L’amour en sentinelle.

 

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Le Point du 17 novembre 2011

Vendredi 18 novembre 2011

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Dans Le Point Patrick Besson a fait un article sur Bernard Delvaille et sur mon recueil « L’aubépine ». Lire en cliquant ici.

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