Archive de la catégorie ‘actualités’

Sur la directive européenne en matière de nuages

Mardi 14 juin 2016

Pour ceux qui n’entendent pas bien la vidéo. A revoir ici.

Sur la directive européenne en matière de nuages

Et les nuages… Qu’allons-nous faire des nuages ?
ils passent les frontières
sans papiers, sans autorisation
Violant notre espace aérien, ils se promènent dans notre ciel
comme si de rien n’était.
Ils se croient chez eux tout autour de la Terre
mais ils viennent de l’étranger
(d’ailleurs, les perturbations viennent toujours d’ailleurs)
et ils nous apportent la pluie.
(Un peu, me direz-vous, ce n’est pas mal
pour les jardins, les cultures, l’économie…
mais trop c’est trop…
En matière de nuages, aussi,
il faudrait imposer une politique d’immigration choisie.)
Tous ces nuages… Qu’allons-nous faire de ces nuages ?
Mettre en place un check-point, pour les filtrer ?
Les arrêter à la frontière ?
Les interner en camp de rétention ?
Les renvoyer chez eux ?
La plupart de ces nuages, apparemment, viendraient de la mer,
la mer qui s’évapore
car ça chauffe en divers coins de la Terre…
Mais si ça chauffe
ce n’est pas notre affaire !

– Justement, parlons un peu du soleil,
le fameux soleil d’or…
– Je vous vois venir, vous objectez :
« lui non plus, il n’est pas d’ici.
Lui aussi, à sa façon, c’est un étranger…
Mais vous le laissez passer,
vous le bénissez, vous l’adorez… »

Normal !…
En interne, comme à l’international,
notre loi,
c’est bien sûr :
deux poids,

deux mesures.

Le 31/05/2016

La Seine fait des siennes

Mardi 14 juin 2016

crue paris


La Seine fait des siennes

Ce matin,
la Seine est sortie de son lit
Elle a inondé les berges
La voie rapide est submergée
Seul dépasse de l’eau

verte et boueuse
un panneau d’interdiction de s’arrêter
et sur le pont
le pont sous lequel les bateaux mouches
ne peuvent plus passer
les touristes s’arrêtent
pour le photographier…

Moi aussi, ce matin
je suis sorti de mon lit,
et personne n’y a fait allusion
ni à la radio ni à la télévision…

Bah…
Ne soyons pas jaloux ;
sans doute est-ce normal.
Quand un fleuve sort de son lit

l’événement n’est pas banal.
Mais quand tous les matins
nous faisons de même
pour nous rendre
(et parfois même nous livrer,
pieds et poings liés)
au bureau ou à l’atelier,
ça ne mérite pas
une ligne dans le journal.

Pour que l’ordre soit respecté 
chacun doit rester où il est :
les fleuves dans leur lit
tranquilles, à se la couler douce,
jusqu’à la mer…
Et les prolos,
les intellos
(qui parfois sont les mêmes)
au boulot !
(ou à l’Agence pour l’Emploi).

Il est vrai qu’un fleuve
quand il sort de son lit
peut faire pas mal de dégâts…
Alors qu’un travailleur
qui fait ses huit heures
(quelques fois moins
quelques fois plus)
sans se faire remarquer
au noir ou déclaré –
se contente d’être utile
comme un bon outil
sage et discipliné
qui fait tourner la machinerie
de la société.

Il fait son devoir
comme le chômeur
qui se lève aussi
pour lire les petites annonces,
et qui chaque soir
se dit, désespéré :
«  Faut pas que je renonce… »

L’événement,
le fait surprenant,
l’inattendu, le désarmant,
ce serait au contraire :
qu’ouvriers et ouvrières
employées et employés
étudiants et professeurs,
éboueurs et savants,
ingénieurs et infirmières
chauffeurs de bus ou du métro
programmeurs, chimistes et cheminots,
arpètes, chauffagistes
stylistes et poètes
esclaves et chômeurs,
un beau matin
décident en chœur
tous ensemble
de rester dans leur lit…

Voilà qui ferait du joli !

le 4/06/2016

Grève générale

Dimanche 29 mai 2016

feu

Grève générale

Ils ont mis le feu aux palettes et aux pneus
à l’entrée du dépôt de carburant
pour empêcher les camions de ravitailler les pompes.
« Ça va leur chauffer les fesses là-haut ! », s ‘exclame Jérôme
(Il ne pense ni au sexe des anges ni aux petits oiseaux).

La nuit est fraîche, le printemps est récalcitrant.
Sur le piquet de grève, ils sont plus de deux cents ;
La fournaise des colères réchauffe l’atmosphère.

Quand on ne les écoute pas, quand on ne veut pas les voir
quand ceux qui sont en haut refusent d’entendre ceux qui sont en bas
les travailleurs n’ont pas d’autre choix.

Les cheminots
qui tous les jours assurent les transports de millions de passagers
mettent les trains à l’arrêt…

Les dockers qui désengorgent les navires et les ports
laissent tout à quai…

Les électriciens qui veillent sur le feu nucléaire
lui disent de se taire…

Les ouvriers de la raffinerie qui délivrent d’habitude le sang noir
qui alimente tout le système circulatoire
du pays coupent le robinet…

Pour tout débloquer
les travailleurs n’ont pas d’autre choix
que bloquer tout.

Et voici que soudain tout le monde voit
ceux qui d’ordinaire sont invisibles,
ceux auxquels on ne fait pas attention,
ceux qui ne passent pas à la télévision.

C’est quand plus rien ne tourne
que chacun peut voir
grâce à qui la Terre tourne.

Dimanche 29 mai 2016

La verrière

Samedi 28 mai 2016

verrière usine


La verrière

L’usine détruite laisse voir sous le ciel à nu
sa verrière où se reflètent les jours chômés ;
verrière abandonnée, hommes mis au rebut…
Les usines sont les cathédrales martyrisées
de l’âge de l’industrie.
Mais la classe ouvrière aujourd’hui crucifiée
sur le trepalium du marché mondial
demain ressuscitera
plus forte encore.

L’histoire des prélats et des maîtres
préfère ne rien savoir
de ceux qui ont œuvré dans le noir à leur gloire :
constructeurs de cathédrales et de palais,
serfs, paysans,
ouvriers,
peuples colonisés,
salariés, précaires
dont jamais ils n’ont pu se passer,
et dont ils ne se passent toujours pas,
prolétaires des quatre coins de la Terre
dont l’heure un jour viendra.

 

Même si le rêve en semble aujourd’hui impossible,
un jour viendra leur tour,
le jour où les lois de l’économie
seront pour tous transparentes comme la verrière
de l’atelier par où passe la lumière du soleil
qui tombait comme une bénédiction,
une brûlure ou un sourire fraternel,
sur le poste de travail,
la machine-outil, la fraiseuse et le tour
maintenant endormis…

Ce jour viendra
quand les prolétaires
venant des quatre coins de l’horizon
innombrables et transparents
comme les gouttes de pluie
glissant sur la verrière
formeront dans les rues de la ville
une seule rivière
et à leur tour licencieront
les lois sacro-saintes du marché.

 Poème figurant dans le recueil « Arsenal-Traces »,
(sur la fermeture de l’Arsenal de Tarbes)
publié par la Malle d’Aurore et René Trusses
avec des textes de vingt poètes
et des photos d’Ili Endewelt

 

L’oxalis

Lundi 16 mai 2016

oxalis

L’oxalis

La petite fleur mauve de l’oxalis
envahit — pacifiquement
le territoire des pâquerettes.
Petite fleur des bordures
elle ne se laisse pas tenir en lisière.
c’est une fleur de liberté
qui essaime où ça lui plaît.
Modeste fleur du faux-trèfle
à quatre feuilles
du vrai porte-bonheur
elle n’a pas le label.
Mais elle est belle
et ça suffit
pour aujourd’hui
à mon bonheur.

16/V/2016

La Complainte du chien de deuxième catégorie

Vendredi 6 mai 2016

Voyou Sciotot

 

La Complainte du chien de deuxième catégorie

Je connais un chien, ce n’est pas un fasciste
Bien qu’il soit avec les autres chiens raciste.
(La notion de race parmi les chiens existe).

C’est un chien tranquille qui respecte l’ordre.
(Si on touche à son maître, il peut même mordre)
Mais tire sur sa laisse et aime à la tordre.

Sitôt que passe un chat, il est aux abois.
Dès que quelqu’un sonne, le voilà qui aboie
Et vous saute dessus, comme au coin d’un bois.

Si vient un étranger, il montre les dents
Il y voit un danger, en bon chien méchant,
Et si l’on s’approche, sa gamelle il défend.

(De sa propre pâtée, c’est un fanatique).
Quand trottine un caniche, il court et le chique ;
S’il croise une chienne, il se dit « Je la nique ! »

Liberté, égalité, fraternité…
Il se fout des valeurs de l’humanité
Mais il a le sens de la propriété.

Il se fout aussi du sort de la planète.
Seuls valent, à ses yeux, son tapis, ses croquettes
Et marquer son terrain avec sa quéquette.

Lui Président de la République,
l’Etat en serait-il vraiment plus inique ?
(Mais mon chien n’a pas d’ambition politique).

Heureusement mon chien n’est pas électeur…
Mais beaucoup le sont qui ne sont guère meilleurs
Pire même que des chiens, pour leur propre malheur.

Mets un peu plus de rouge…

Jeudi 21 avril 2016

drapeau rouge


Mets un peu plus de rouge…
(chanson)

Si ta joue est trop pâle et que ta lèvre est fade,
si tu es fatiguée, si tu es mal lunée
si tu veux réveiller ton sourire de beauté,
mets un peu plus de rouge, ma belle, mets un peu plus de rouge !

Si la table est trop triste et le tableau banal
si le plat est trop plat, si tu n’as goût à rien
si  tout manque de sel, de passion et de force
et si l’eau dans ton verre elle aussi est trop plate
mets un peu plus de rouge, mon vieux, mets un peu plus de rouge !

Si je jour est livide, la campagne embrumée,
si la terre et le ciel sont privés de soleil
si le pays s’endort indifférent aux autres
égoïste, impuissant, comme paralysé,
pris dans la camisole de l’ordre et du confort
mets un peu plus de rouge, mon frère, mets un peu plus de rouge !

Si la ville est blafarde, si la vie est trop terne,
si les matins sont mornes, et le monde sans rêve,
si l’histoire s’est mise à faire marche arrière
si dans la rue le peuple passe sans espoir
si l’arc-en-ciel lui-même a perdu ses couleurs
et que le drapeau de la révolte est en berne
mets un peu plus de rouge, camarade, mets un peu plus de rouge !
Le 20-IV/2016

Un démocrate

Lundi 18 avril 2016

Venus_de_Milo

 

Un démocrate

Il dit ce qu’il fait et fait ce qu’il dit
(mais il ne dit pas grand chose
et n’en fait pas plus)
Il est clair et transparent
comme l’eau de roche qui coule de source
(ou l’eau du robinet) ;
transparent au point que chacun
peut voir à travers lui.
Et personne ne le voit
personne ne le remarque.
(Il se demande pourquoi).
Démocrate
il pense que le plus important
est d’écouter tout le monde
pour se faire un avis
et savoir ce qu’il pourrait penser et dire.
(Et, curieusement,
personne ne l’écoute).

le 17/04/16

Comment je me suis mis à croire aux fantômes

Dimanche 20 mars 2016

miroir

 

Comment je me suis mis à croire aux fantômes

D’ordinaire, je peux l’affirmer,
je suis un mauvais client
pour les marchands de superstitions,
les faiseurs d’horoscopes,
les V.R.P. de l’au-delà,
les interprètes assermentés
spécialisés dans le dialogue avec les morts.
A tous ceux-là,
et depuis toujours,
je suis réfractaire.

Je n’entretiens aucun rapport avec les esprits
les zombies,
les morts-vivants,
les goules,
les revenants
et je ne compte parmi mes relations
ni Dieu, ni extraterrestre.
Pas même un vieux lord écossais âgé de trois cent ans
amateur de whisky qui ne porterait sous son kilt
qu’un chapelet d’os tintinnabulants.

Pourtant, depuis quelques temps,
il me faut l’avouer,
j’en suis venu à repérer la présence,
évidemment invisible mais certaine,
tout autour de nous de fantômes.
Et, sans être devenu expert,
il me semble que leur apparition
a tendance
à se multiplier.

Des fantômes, il y en a de toutes sortes :
travailleurs clandestins,
chômeurs en fin de droits,
ouvriers membres d’une classe
elle-même devenue fantomatique,
travailleurs intellectuels qui font leur métier
loin des caméras,
philosophes et savants,
penseurs, artistes et militants
qui ne mangent pas
dans l’écuelle des médias,
écrivains qui n’appartiennent pas
à la bourgeoisie
et donc n’existent pas…
(Tous sont connus
mais rarement ils sont reconnus).
On peut les apprécier ;
pas leur donner de prix.
On peut les croiser dans la rue
et même les saluer
mais chacun sait
qu’ils appartiennent à la race maudite des Transparents.

Si j’avais encore une hésitation
quant à l’existence
du peuple immense des spectres
qui hantent notre monde,
aujourd’hui, nul doute ne me serait permis :
hier, marchant avenue Montaigne, sur le trottoir
j’ai vu dans la devanture d’une boutique de luxe
un grand miroir ;
j’y ai jeté un regard
et n’y ai pas aperçu mon reflet.

Depuis je sais
que les fantômes existent.
J’en fais partie
et ils sont
le plus grand nombre.

(Ce qui,
somme toute,
m’a plutôt rassuré).
 

Dernières nouvelles du monde

Mardi 8 mars 2016

Scan -dessin journal FC

Un journal bat des ailes et s’envole dans la rue…
Les chiens ont fait sur elle ;
La ville est froide et nue.

La tempête est passée ; elle a tout mis par terre :
poubelles renversées
panneaux publicitaires…

Le journal tourneboule comme la planète
qui a perdu la boule
et a mal à la tête.

Une bottine rose gît sur le trottoir.
Ramasse si tu l’oses
celle qui vient de choir.

De quelle petite fille, protégeait-elle le pied ?
Notre monde vacille
devant les réfugiés.

Que disent les nouvelles ? Qu’on a jeté des bombes ?
Que la fête était belle ?
Qu’ailleurs des hommes tombent ?

Qu’en retiendra le monde ? Tout passe et tout s’oublie
C’est ainsi, à la ronde,
Nous passerons aussi…

Sommes-nous ces papiers tachés que nul ne lit,
ces journaux barbouillés
par le vent et la pluie ?

Nous sommes ces journaux aux feuilles déchirées
qui s’en vont à vau-l’eau
défaits, salis, mouillés.

Mais ne renonce pas, chausse tes propres ailes,
prends ton envol et va
apporter la nouvelle.

En bottes de sept lieues, fais le tour des détresses
et annonce en tout lieu
un règne de tendresse.`

(14 février 2016, jour de la Saint-Valentin)

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