Archive de la catégorie ‘actualités’

Leur inquiétude, notre espoir

Mardi 31 mars 2020

Infirmières

Ceux qui nous gouvernent ont raison d’être inquiets
car au moment où la vie de tous est en danger
soudain chacun se rend compte
que d’eux nous pourrions nous passer.

Caissière

Oui, ceux qui nous gouvernent ont raison d’être inquiets
car des politiciens, des financiers, des hommes d’affaires,
des gestionnaires, des cadres supérieurs
qui ont sacrifié au profit privé les intérêts de la majorité,
de leurs experts qui ne savent rien, même pas se taire,
et de leurs journalistes perroquets
nous pourrions aisément nous passer.

eboueur

Mais des médecins, des infirmiers, des aides-soignants,
des savants dans les laboratoires,
des pompiers, des ambulanciers, des agents de sécurité, des éboueurs,
des balayeurs, des femmes de ménage dans les bureaux, les magasins, les ateliers,
des camionneurs sur les routes, des cheminots dans les gares, les TGV,
des livreurs, des manutentionnaires, des caissières des supermarchés,
des boulangers, des boulangères, des marchands sur les marchés,
des ouvriers sur les chantiers et dans les usines,
des paysans dans les champs,
des électriciens, des postiers, des instituteurs,  des professeurs,
des écrivains, des artistes et des chanteurs
nous ne pouvons pas nous passer.
Oui, ceux qui nous gouvernent ont raison d’être inquiets
et leur inquiétude nous est bonne raison d’espérer.

Révolution poings levés

le 31/03/2020

Souvenir des jours de terreur au patelin-Heine

Mercredi 25 mars 2020

Heinrich_Heine portrait 2

Souvenir des jours de terreur au patelin*

Nous, bourgmestre et sénateurs,
En vrais pères de la ville, nous adressons
À nos fidèles concitoyens de toutes les classes,
L’avis suivant :

Ce sont les étrangers, venus d’ailleurs,
Pour la plupart, qui parmi nous ont semé
L’esprit de rébellion. Pareils pécheurs,
Dieu soit loué ! sont rarement enfants du pays.

Ils sont aussi, pour la plupart, négateurs de Dieu ;
Celui qui se dresse contre son Dieu,
Finira, en renégat, par s’opposer
Aux autorités terrestres.

Obéir à l’autorité est
Le premier devoir du Juif et du Chrétien.
Chacun doit fermer boutique,
Dès la tombée du jour, qu’il soit Juif ou Chrétien.

Tout attroupement de plus de trois personnes
Doit se disperser.
Personne ne doit être vu
Dehors, la nuit, sans lumière.

Chacun doit déposer les armes
Dans la Maison des Guildes ;
De même les munitions de toutes sortes
Doivent être laissées au même endroit.

Celui qui sera trouvé  dans la rue à raisonner
Sera immédiatement fusillé.
Raisonner par gestes
Sera aussi sévèrement puni.

Faites confiance à vos magistrats
Qui défendent l’État avec affection et piété
Par une conduite clémente et pleine de sagesse ;
Ce qui vous vous signifie : Fermez-là !

Henri Heine

(in Henri Heine, le Tambour de la liberté,
traduit de l’allemand par Francis Combes,
Le Temps des Cerises, 2007)
*« Erinnerung aus Krähwinkels Schrekenstagen », in Gedichte 1853-1854.
(C’est le Sénat de Hambourg qui est visé).

Poème à la fenêtre

Mardi 24 mars 2020

La Factorie, maison de poésie de Normandie, publie chaque jour la vidéo d’un poème jeté par la fenêtre dit par son auteur ou un acteur.

Vous pouvez retrouver le mien en cliquant ici.

Il est extrait de mon recueil paru en 2013, Si les symptômes persistent consultez un poète.

Souvenir de la Grande peste

Vendredi 20 mars 2020

peste2

Marseille a gardé souvenir de la Mort noire,
la Grande peste qui par un jour de novembre
de l’an 1347, arriva dans le port par bateau.
Marseille et toute la Provence ont longtemps gardé mémoire
de la Grande peste qu’on nomma la Mort noire.

peste bateau

On dit qu’elle débarqua avec les marins génois
puis qu’elle se répandit dans tout le Midi
par les bateaux, les canaux, les routes, les charriots,
qu’elle infesta l’Europe et fit des millions de morts,
la peste qui vint avec les rats et les bateaux génois.

peste mort

La Mort noire vint dit-on d’un port lointain de Crimée,
un port génois, que les Mongols avaient assiégé,
le port de Caffa – où, par dessus les murailles,
les Mongols auraient jeté des cadavres infestés.
Ainsi aurait voyagé la peste depuis les côtes de Crimée.

peste docteur

(Sans doute un des premiers cas de guerre bactériologique…)
Et rien, ni la fermeture des bains, ni la quarantaine
ni les bûchers, ni les prières, ni les exécutions
des juifs accusés d’avoir empoisonné les puits,
rien ne semblait arrêter la peste bubonique…

danseuse de saint guy

On vit à l’ombre hallucinée des clochers
la mort décharnée chevaucher, une faux en main,
sa carne efflanquée, pendant que la ronde macabre
emportait dans la danse de Saint-Guy, main dans la main,
au fond de l’abime, les vivants et  les cadavres.

peste procession

De Provence en Italie, innombrables ceux qui moururent,
qu’ils fussent riches ou pauvres, (pauvres surtout… car quelques-uns,
si j’en crois Boccace, purent, dans un jardin
loin de la ville attendre en devisant que la peste prît fin).
Mais ce fut la fin du monde pour tous ceux qui moururent…

Danse_macabre

… Et puis, après la fin du monde, se leva un jour nouveau.
Dans les campagnes où la forêt avait repris ses droits,
le servage disparut car les paysans se levèrent
la houe à la main pour réclamer leurs droits
… et sur le dos des collines les ailes des moulins tournèrent à nouveau.

moulin

journal de confinement 1

Jeudi 19 mars 2020

pissenlits

 

Le printemps a cogné à la vitre
Dans la pelouse les pissenlits clignent de l’œil
L’enfant qui n’a rien fait est consigné chez lui
Seuls les oiseaux échappent au confinement
La police court après deux jeunes
Et dans la ville déserte et silencieuse
On pourrait presqu’entendre le cri d’un sans abri.

Lettre d’amour, poste restante et Billet doux pour une amazone

Dimanche 8 mars 2020

Un de mes recueils de poèmes vient

de paraître à La Passe du Vent.

Lettres d’amour, poste restante

Il sera présenté dans le cadre du

Magnifique Printemps (programme)

organisé par l’Espace Pandora

à Lyon et dans les environs,

les 15 et 16 mars 2020.

 

Livres FC

 

Petit extrait pour le 8 mars :

Billet doux pour une amazone


Amazones

La connais-tu la légende des Amazones
qui se faisaient couper un sein
pour mieux tirer à l’arc
quand elles montaient à cheval ?
Toi, mon Amazone,
s’il te plaît,
ne fais pas comme elles.
je te préfère entière
et même avec deux seins
tes flèches
m’atteignent en plein cœur.

Écouter ici

 

La leçon des oiseaux migrateurs

Dimanche 16 février 2020

Oiseaux migr

L’hiver a oublié de passer par chez nous
Pissenlits, pâquerettes poussent en février
Et dans le ciel déjà les oiseaux migrateurs
Font le V victorieux du retour vers le nord

(Tant de douceur inquiète mais c’est peut-être à tort)

Les grues et les cigognes ne suivent pas un chef
On dit qu’elles se relaient pour affronter les vents
Chacune étant portée aux courants ascendants
Par le battement d’ailes du commun mouvement

Les oiseaux migrateurs ne suivent pas de chef
mais tous prennent appui sur l’appel d’air qu’ils font
côte à côte en volant affrontant tour à tour
dans les hauteurs la pression de la transparence

le plafond de verre qu’ils percent et traversent

(Ainsi de temps en temps, levant les yeux au ciel,
Il pourrait nous venir des idées pour la Terre…)

le 15/02/2020


oiseau migr

La Ballade de Bobby Sands

Mardi 11 février 2020

Disque Bobby1

Le score du Sinn Fein nous rappelle un bien triste événement.

Comment ne pas penser à Bobby Sands, mort à 27 ans, après une grève de la faim de 66 jours dans la prison de Maze.

Il était membre de l’IRA provisoire et député à la Chambre des communes du Royaume-Uni du 9 avril au 5 mai 1981 (élu alors qu’il est en prison), date de sa mort. A sa demande de reconnaissance des prisonniers politiques, le premier ministre de l’époque, l’infâme Margaret Thatcher, déclarait : « Nous ne sommes pas prêts à accorder un statut spécial catégoriel pour certains groupes de gens accomplissant des peines en raison de leurs crimes ou délits. Un crime ou un délit est un crime ou un délit et seulement cela, ce n’est pas politique. » Honte à Thatcher qui l’a laissé mourir ainsi que ses camarades.

Le résultat du Sinn Fein aux élections sonne comme une belle revanche.

J’avais écrit une chanson en 1981 sur cette abomination : La Ballade de Bobby Sands. Une belle interprétation de Mireille Rivat.

Cliquer ici pour l’entendre


La Ballade de Bobby Sands

Juste après deux heures dans la nuit
son cœur s’est arrêté.
Alors soudain se fait un grand silence.
Les soldats de l’Empire
britannique se terrent
serrés les uns aux autres
dans leurs cercueils de fer.
Big Ben se tait.
St George la honte au front se retire.
À Westminster dans les salons
même les fauteuils font le dos rond.
La nuit d’Irlande se tient debout
derrière une momie nommée Thatcher ;
pour elle il est toujours cinq heures
elle boit son thé avec des gâteaux
secs trempés dans le sang.
Flottant sur le thé les yeux aveugles de Bobby Sands
sont du plus mauvais effet.
On croque en silence le petit doigt levé
des lambeaux de peau noircie.
l’Internationale des lâches
est invitée pour le goûter
mais les os, c’est dur à avaler.
Dans la rue, les enfants de Belfast
portent leurs cheveux verts
des jours de colère
leurs cheveux d’herbes folles qui conquièrent les collines
au-dessus de la mer
et dans leurs mains ils serrent
comme des grenades
des mottes de leur terre.

 
Huma

Éloge de la colère

Dimanche 9 février 2020

lionne

Il est sage parfois de se mettre en colère
Si tu ne veux, ma foi, servir de paillasson
Moi qui ne suis guère enclin à la colère
Il m’arrive des fois de changer de chanson !

Nous vivons dans un temps, un monde, un univers
Où pour certaines gens, il n’est d’autre façon…
Tu te montres trop bon, te la font à l’envers
Pour te faire respecter, tu dois changer de ton

La chose est malheureuse, regrettable ; c’est clair
Mieux vaudrait entre humains vivre d’autre façon
En finir pour de bon avec la loi, la guerre

Et les rapports de force qui ne me plaisent guère
Mais pour certains, hélas, c’est la seule leçon
Chiens remis à leur place se changent en moutons…

Gilets jaunes colère

Un fossile pour les temps présents

Mardi 28 janvier 2020

IMG_0084

Dans le ciment frais du trottoir
un oiseau a laissé son empreinte
comme un fossile improvisé,
preuve qu’il y a encore
de la vie sur Terre
et des oiseaux en ville.

« Mon père est un peu fou », se dit mon fils
(lourde hérédité…
plus lourde
que l’héritage ne le sera jamais)

Mais ces choses sans importance
ont une valeur pour moi.

C’est par elles
que nous parle à l’oreille
la ville bruyante
et muette,
la ville aux milliers de têtes
et qui n’a pas de tête
la ville qui parle des centaines de langues
et qui n’a pas de langue

C’est par elles qu’elle nous crie
ou qu’elle nous murmure
son histoire secrète

Ou que nous allions
par les rues de notre cité
la ville nous raconte
une histoire d’abandon

Il y a partout sur les trottoirs
des choses que les gens laissent traîner
un matelas,
un pack de lait crevé,
une roue de vélo,
une télé…

Dans ce pays
où tant de choses manquent à tant de gens
tout déborde
tout se répand devant les portes
les poubelles
les containers pour le verre
les entrepôts et les commerces

Les détritus s’amoncellent
et menacent l’existence
frêle de la fleur de pissenlit
de la beauté
et de la vie

Mais dans le ciment frais du trottoir
un oiseau a laissé son empreinte
comme un fossile improvisé,
preuve qu’il y a encore
de la vie sur Terre
et des oiseaux en ville.

le 26/01/2020

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