Archive de la catégorie ‘poème du jour’

Le poète est un communiste

Mardi 12 septembre 2017

IMG_0958

Le poète est un communiste
à Olivier Mayer
 
Tout poète – même s’il l’ignore
et même s’il le refuse –
tout poète est un communiste.
Tout poète
partout et toujours
dit que le monde,
la terre et les mers,
les arbres, les oiseaux, les villes
et tout ce qu’elles contiennent,
même les palais, les Champs-Élysées,
les ponts sur la Seine,
le sourire des femmes,
de toutes les femmes
(même celles qui ne sont pas la tienne…
Mais en vérité, aucune n’est ta propriété)
et le sourire des enfants
et celui des hommes
et le regard des bêtes
tout,
la Terre entière,
le monde et ses saisons,
l’automne et ses richesses,
l’hiver et ses plaisirs,
le printemps, ses promesses,
l’été et ses moissons
tout est à nous.
tout ce que nous ne possédons pas,
par les pouvoirs que nous confèrent
l’imagination, la poésie
et le rêve nécessaire
de l’humanité,
tout nous appartient
et nous appartenons à tout.
Toute la vie sur Terre est notre affaire.
Tout nous parle et nous répondons de tout.
Tout est à nous.
et partout et toujours
tout
nous est à partager

Manif 12-09-17

Malgré…

Dimanche 3 septembre 2017

Lecture au Théâtre de la mer, pendant le festival de Sète, avant le spectacle de Paco Ibanez, 26 juillet 2017

cliquez ici

 

IMG_3463

Malgré…

Malgré la débâcle des banquises
et les écueils et les brisants
malgré les eaux glacées
malgré les congères et les tornades
malgré les dunes et les dos courbés
malgré les marais et les sables mouvants
dans les bureaux, les rues, les avenues
malgré les vents contraires et les orties
les buissons d’épineux  qui poussent dans nos cités
malgré les collines de l’espérance
toujours à escalader. Malgré la fatigue
et ceux qui voudraient nous décourager
nous franchirons le jour
en nous tenant la main.

La joie des autres est aussi la nôtre…

Mardi 15 août 2017

élactic blog

 

La joie des autres est aussi la nôtre…

1.
Les enfants
attachés à des courroies élastiques
rebondissent sur le trampoline,
sautent haut dans les airs
et font des saltos arrières.
Ce jeu n’est pas pour toi,
mais tu partages leur joie.

élastique blog

2.
Tu as ôté sa laisse à la chienne
et elle court librement
sur la plage déserte.
Elle fait des bonds
et patauge dans les vagues…
Toi, tu ne pourrais pas
courir comme ça,
mais tu es content
de la voir qui s’en donne à cœur joie.

plage blog

3.
Dans la rue tu croises deux jeunes gens.
Ils sont beaux et amoureux
et s’embrassent tendrement.
Tu ne les connais pas
mais tu es heureux
de les voir heureux.
(Toi qui pourtant
d’être amoureux
n’a pas encore passé le temps).

Amoureux blog

le 13/08/17
(écrit dans la voiture pendant que tu faisais les courses)

La chanson des rivières de France

Mercredi 19 juillet 2017

Mon livre La France aux quatre vents vient de reparaître
dans une édition revue et augmentée.

Disponible au Temps des Cerises.

 

Rivière4


LA CHANSON DES RIVIÈRES DE FRANCE

France la belle est parée
De fleuves et de cours d’eau
Mille rivières, un collier,
Une parure de joyaux
Paisibles et joviaux

Mille cours d’eau qui l’habillent
D’un pourpoint étincelant
Ruisselant et qui brille
Une rivière de diamants
Un don, un couronnement

Une aube soyeuse et sombre
Fraîcheur où le ciel se mire
Un miroir aux trésors d’ombre
Où les nuages s’admirent
Et les feux du jour chavirent

Elles ont des noms de chanson
L’Aron, l’Arnon, l’Armançon
L’Auron, l’Auzon, l’Anguison
Le Doron et le Cosson
L’Ecaillon et l’Echandon

Elles ont des noms d’échanson
L’Allondon et le Beuvron
L’Alagnon, le Sausseron

SAMSUNG DIGITAL CAMERA

Le Scardon, le Salleron
La Savoureuse, l’Alzon

Elégants noms d’alezans
Elles disent les prénoms de France
De ses amants élégants
L’Ance, l’Amance, l’Argens
L’Aumance, l’Armance et l’Auxance

Amants plus ou moins charmants
L’Avance, la Canse, la Durance
L’Augronne, la Dranse, la Furans
L’Apance, comme la Cousances
La Rance aussi, la Cuisance…

Les rivières font un collier
De tous les noms de la vie
Qu’ignorent les écoliers
La Vésubie, la Dourbie
La Voulzie, la Bénovie

De l’aurore à la vesprée
Elles sont nymphes et luronnes
Courent toutes nues par les prés
Charentone, Dronne, Gimone
Egvone, Maronne ou Lizonne

Rivière3

Comme un orchestre de chambre
Harpes, flûtes ou clarines
Elles chantent de Creuse à Sambre

Colombine, Valserine
L’Aube, l’Aure, l’Albarine

Elles sont nobles ou bien pauvres
Et n’en ont nulle vergogne
Qu’elles se nomment Bièvre ou Vauvre
Seine, Saône ou bien Dordogne
Orge ou mortelle Vologne

Certaines ont des noms étranges
Venus d’histoires anciennes
Comme l’Ancolin, l’Ardour, l’Ange
L’Airain, le Vair, la Varenne
Doron de Beaufort, la Vienne

L’Arc, la Lanterne et la Mauldre
L’Arconce, l’Albe, l’Andelle
L’Agout, l’Ailette et la Sauldre
L’Arve, l’Arvan, et la Celle
La Meuse, la Deule, la Moselle

SAMSUNG DIGITAL CAMERA

Le Touch, le Var, la Tourmente
L’Oise, L’Oison, la Tortonne
La Muze, l’Allier, la Gartempe
La Bonne, la Bionne, la Bléone
La Borne, la Brame, la Boutonne

D’autres, des noms fort bizarres
Comme la Niche, l’Oze, l’Alzette
L’œil, le Piou, la Lys, le Bar
La Sioule, la Vis, la Nonette
L’Oignon, l’Ourse ou la Ouette

La Couarde, le Gland, la Fure
La Boivre, l’Aff, le Rognon
Le Merdereau et la Cure
L’Alène, l’Aire ou L’Orilhon
L’Allagnon, l’Ancre, l’Alzon

Il en est, de vraies couleuvres
Lentes, tranquilles, souveraines
Tout comme l’Ill ou La Souleuvre
L’Oise, le Cher, le Loing, l’Aisne
La Marne ou bien La Vilaine

Et d’autres qui courent, qui ruent
Et qui donnent de l’éperon
Des gaves, des torrents, des rus
La Save, le Luech, L’Estéron
Le Buëch, le Drac, le Gardon

rivière1

L’Auron, la Dive, la Douze
L’Auvézère, l’Isère, l’Arize
La Midouze, la Dadalouze
L’Automne, l’Arnon, l’Autize
Le Fier, le Nant, la Devise…

Mais quelle que soit la chanson
Qu’elles murmurent sur les galets
Quel que soit leur chant, leur nom
Les rivières font un collier
à la France de beauté

Leur chevelure vif argent
Glisse, s’écoule et s’étend
De ses épaules à son dos.
Les rivières font à la France
Le don de leur abondance
Et de leur douceur cadeau.

Rivière2

 

 

Libre choix

Mardi 11 juillet 2017

IMG_3032


Libre choix


Des vertes et des pas mûres,
des blettes et des pas fraîches,
des salées et des saumâtres
des tonnes, des pas bonnes
des poires d’angoisses, des porte-poisse
des purgatifs, des cagatoires
des torgnoles, des tartes,
des coups et des blessures
à se faire battre comme plâtre
si vous en voulez, si vous en revoulez
vous en aurez
et vous en re-n’aurez

Mais si d’aventure
vous préférez les cerises
rouges, juteuses, mûres
faites donc le mur
et venez faire
un p’tit tour chez nous.

IMG_3033

La vie des poètes

Mardi 4 juillet 2017

F pâqueret

La vie des poètes

Ah ! les poètes, les poètes,
les poètes ont la belle vie !
Un poète, ça passe son temps à quoi ?
À bâiller aux corneilles ?
À recenser les étoiles ?
à compter sur ses doigts ?
À cueillir des fleurs,
à conter fleurette ?
Oui, bien sûr…
Tout ça, et beaucoup plus encore
avant de suçoter par la racine les pissenlits :
le poète que tu es
le poète que nous sommes tous
ça doit s’atteler à l’ordinateur,
répondre au téléphone,
lire des manuscrits,
corriger les fautes
(en commettre d’autres)
préparer le café,
faire le ménage,
porter des paquets,
régler les factures,
calmer les créanciers,
éconduire les huissiers,
calculer, calculer
ligoté par le filet
serré de l’emploi du temps…
Ah ! la vie, la belle vie
que la vie de poète !
Tirer le diable par la queue,
et toujours serrer délicatement les mâchoires
pour ne pas lâcher
la pâquerette
qu’il tient entre les dents.

Le Pêcheur et le Vermisseau

Jeudi 22 juin 2017

pecheur.jpg

Le Pêcheur et le Vermisseau
          (fable)

« Viens, je t’invite à une partie de pêche.
Dit un jour un pêcheur à un vermisseau.
Nous nous installerons au bord d’un ruisseau
Tout près d’un saule avec une canne à pêche
Attendant tranquilles que morde le poisson.
Nous ferons gentiment la conversation.
Toi qui rampes, je vais t’apprendre à voler
Au bout d’une ligne… Quelle sensation
Forte ! Une expérience privilégiée
Que pourront t’envier tous tes congénères,
Une occasion unique dans ta carrière
De t’élever, de plonger, de te baigner
Dans l’onde très pure d’une claire rivière…
Tu n’en reviendras pas. Je puis te l’assurer ! »

Le vermisseau pour sa part restait sans voix,
Bouche bée devant ce discours enjôleur.
Pourquoi pas, aller pêcher, pour une fois ?
Et le voici parti avec le pêcheur,
Tout à la joie nouvelle de se promener.
Las ! Son bonheur fut d’assez courte durée.
Bientôt un hameçon lui perçant le corps
Il se fit happer par un gardon très frais.
L’ayant appâté, il partagea son sort
Et n’en revînt pas… Le pêcheur disait vrai.

anti-moralité

Cette fable au vrai ne vous concerne pas
vous qui ne vous laissez pas prendre aux appâts
des plus puissants ni vous laisseriez séduire
par les candidats de la finance (ou pire,
leurs chiens de garde) et seriez prêts à voter
pour ceux qui font métier de vous exploiter.

Peut-on compter sur le peuple ?

Dimanche 4 juin 2017

IMG_3005

Peut-on compter sur le peuple ?

Peut-on faire confiance au peuple ?
Le plus souvent, il vaque à ses occupations
mais ne s’occupe pas de ses propres affaires
et il se laisse diriger
par ceux qui le dominent.
C’est lui qui fait tourner l’économie
mais il ne comprend rien, avoue-t-il, à l’économie.
Il est le nombre
mais il ne compte pas.
Il est le plus fort
mais sa force ne lui sert à rien…
On l’a vu plus d’une fois trahir les espérances
de ceux qui croyaient en lui,
car lui-même
ne croyait pas en lui.
Il critique volontiers ceux d’en haut
mais, en général, il reste en bas.
Il n’aime pas le pouvoir
et d’ailleurs, il ne le prend pas.
Le peuple, c’est bien connu, n’a pas de mémoire…
Il est inconstant et léger.
Et lui, qui passe son temps à travailler
ne songe qu’à s’amuser.
Comment peux-tu dans ces conditions
compter sur le peuple ?
La réponse est simple :
il n’y a que sur lui
que tu puisses compter.

 

 

 

 

 

Un manifeste pour le printemps

Lundi 20 mars 2017

Un manifeste pour le printemps
(fragments)

IMG_0873
1.
Voici le retour du printemps
toujours en avance ou en retard
toujours à contretemps

Il y a dans l’air un frisson, une turbulence
une effervescence de désir

Tout semble à nouveau sur le point d’aimer

Ce printemps,
qu’allons-nous en faire ?
Le gaspiller, comme à notre habitude ?

Ou encore rajeunir ?
IMG_0875

2.
Chaque jonquille jaillie du sol
est un pistolet
qui tire le coup de feu
de son petit soleil jaune
sur la ligne de départ du printemps.

3.
Le printemps cette année est arrivé furtif

La poitrine du périphérique se soulève
Elle cherche à happer l’air
Au milieu des embouteillages
elle respire une odeur
inattendue de sureau

Il y a dans le vent un goût d’anis

entré par effraction par la vitre baissée

Un type mendie, assis sur la rambarde de sécurité

au milieu des gaz d’échappement

Sur le talus, au milieu des détritus
fleurit

sans que personne
ne le lui ait demandé
un buisson de fleurs orangées

(Pas prévu dans le programme de la journée
il nous fait le cadeau de sa surprise).
IMG_0888

4.
Station Stalingrad
les piles du métro aérien se mettent doucement à vibrer

La matinée oscille

Un chien
et un enfant, avec un skate-board, traversent la rue

Le jour pousse légèrement les immeubles de l’épaule
pour faire un peu de place sur la place

Le ciel déménage
les armoires des nuages
aux étagères chargées de bouteilles de lait
qui tintinnabulent

L’eau pétillante du ciel bleu nous envahit
et menace de déborder

C’est un beau temps pour aimer

« Le printemps, le moment idéal,
dit Raymond, pour perdre sa fleur… »

Même les voitures font un bruit de source

IMG_0886

5.
Au-dessus de la rue
entre deux immeubles
passe un nuage blanc

Il porte une miche de pain
à la mie bien fraîche et blanche
et une salière

pour te souhaiter
à toi qui viens d’ici
ou bien d’ailleurs
la bienvenue

6.
Un peu avant six heures
les merles se mettent à chanter

Tu les entends
pendant que passe le café

Les merles sont matinaux
dès l’aube, déjà en voix
(Pas besoin de se racler la gorge
comme les corbeaux)

Leur chant
que nous ne comprenons pas
nous parle pourtant

Avec leurs modulations
changeantes comme les mots dans une phrase
ils nous disent
le plaisir de vivre
et d’avoir des congénères

Un merle suffit
à faire chanter la rue

(Un merle ou plutôt deux).

7.
Les jonquilles que l’on vend au coin des rues
sont des fleurs de modeste vertu.
Elles se contentent d’annoncer
comme chaque année
le retour des beaux jours.
Si de mes poèmes
c’était la seule chose
qu’on retenait
je crois
je m’en contenterais…

8.

Essayer de dire le monde avec des mots neufs

Mettre de nouveaux habits

Refaire les papiers peints de notre univers

Se débarrasser de la peau morte qui nous colle au corps

Faire sa mue

comme les lézards

Se débarrasser des yeux gris

la cataracte de l’accoutumance

9.
Nous anime un désir toujours vain
et qui revient toujours
de renaissance

Orphée
qui tente
toujours défait, jamais vaincu
de conjurer la mort

La poésie est toujours
propagande pour le printemps

10.
Le printemps est incorrigible.

IMG_0878

La banlieue où je vis est toujours en désordre

Mardi 21 février 2017

IMG_2549

 

La banlieue où je vis est toujours en désordre

La banlieue où je vis est toujours en désordre
un canapé y gît rouge sur le trottoir
où traîne une télé, cassée, abandonnée
un jeune assis dessus parle avec ses copains
ils boivent des cocas et se fument des joints.
En marchant dans la rue, on croise des cartons
des cagettes brisées, des canettes de bière

IMG_1023

et même un vieux manteau dans l’eau du caniveau.
La terre du dénuement n’est pas un lieu désert
c’est un lieu encombré et envahi d’objets
territoire du rebut, dépotoir en plein air
où échoue le surplus de la consommation
marchandises vaincues, échouées, inutiles
comme après le reflux, quand s’en va la marée
aux bras de son amante, une lune esseulée.
IMG_9748

La banlieue où je vis est toujours en désordre…
Vers les Quatre chemins, à l’entrée du métro
« Marlborough, Marlborough » répètent à voix basse
trois vendeurs à la sauvette de cigarettes.
Ici, le monde entier s’est donné rendez-vous
mais si c’est ça le monde, il ne va pas très bien
et le plus grand désordre est l’homme déserté
par ses rêves de vie, son espoir, sa fierté
toute une humanité amputée du futur
qui n’ose imaginer des lendemains plus beaux.
Oui, le plus grand désordre est ce jeune vaincu
qui ne voit devant lui pas le moindre avenir
convaincu qu’il vivra moins bien que ses parents
et qu’il n’est ici-bas pour lui pas plus de place
que pour cette carcasse de scooter incendié.
IMG_3026

La banlieue où je vis est toujours en désordre
pays jamais fini où tout est mouvement
inlassable chantier où tout reste possible
terrain vague, atelier, labo du jour qui vient
il porte la couronne de l’inachèvement.
Il y pousse des femmes, orchidées et panthères
ou gazelles (en ces lieux ce n’est pas exotique)
de toutes les couleurs, libellule, élastique
sur le point de rugir, de bondir dans l’arène
le cirque des douleurs et des joies et des peines.
Elles chevauchent leur vie, ne veulent pas de rênes
s’imaginent princesses, amoureuses et reines
mais leurs princes charmants enfourchent leurs motos…
Cette ville habillée de son manteau de lèvres
est la cage où palpite tout un essaim de rêves…

 

DSC_8571

12345...12