Archive de la catégorie ‘poème du jour’

Haïti

Dimanche 7 février 2010

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La Terre tremble en Haïti
et soudain
voici qu’elle tremble
en chacun de nous
car, nous nous tenons, tous,
debout, comme nous pouvons,
sur la même Terre
et cette Terre
à présent
se tient debout,
vit, palpite et bat
aussi en chacun de nous
et pour qu’elle tienne
bon
nous savons
que nous devons tous nous tenir
autant que possible,
debout sur cette Terre,
ensemble,
et au coude à coude.

le 16/01/2010

Identité suite 2

Vendredi 25 décembre 2009

Si j’oubliais les mots…

Si j’oubliais les mots secrets de mon pays
ils viendraient dans la nuit me parler à l’oreille
tels des vers qu’on a cru à tout jamais perdus,
un poème oublié ou bien jamais écrit
dont on cherche la trace un matin au réveil
dans un carnet ancien qu’on peine déchiffrer…
Si j’oubliais les mots secrets de mon pays
ils prendraient le visage de la femme entrevue
aux portes du sommeil dont s’effacent les traits
et que désespéré on cherche à retrouver
dans le halo solaire de ses cheveux défaits
ils seraient cette main qui a frôlé la vôtre…


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Ainsi le mot « charmille »… (ça tient à peu de choses
je ne peux y penser sans qu’aussitôt se lève
un rire de jeune fille, et la vision très brève
d’une table au soleil, près d’une haie de roses
des nappes de vichy en terrasse, un cours d’eau
trop étroit pour qu’y passe jamais un seul bateau
si ce n’est le jouet qu’une main d’enfant pose
la lumière dans un verre un papillon qui bouge,
un hôtel restaurant avec des briques rouges ;
on pourrait l’appeler « A la Belle Payse »…
Il se tiendrait paisible au bord de la Baïse
dont le nom à lui seul est invite au plaisir
et dans ce charme qu’a pour moi le mot « charmille »
je ne sais ce qu’il faut de raison retenir
de l’arbre ou bien du chant, de leur air de famille
des liaisons amoureuses que les sons et les signes
nouent entre eux comme le font par leur col les cygnes
sur la moire du langage et les eaux noires des songes
comme des lacs emmêlés dans ce lac où je plonge…

 

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Si demain j’oubliais (et cela se pourrait
car nous oublions tout, les mots, les expressions,
leur sens et leur couleur et vivons dans un temps
et un monde un peu fou où un chiendent si vite
envahit le jardin familier de nos vies,
mots du grand négoce qui nous rongent jusqu’à l’os,
mots du commerce hostiles au commerce des mots…
Est-ce possible ? Peut-être l’est-ce… Mais laisse, laisse…
Peu importe le plantain des mots que l’on importe
pour l’économie, les besoins de toute sorte,
la mode, la politique et autres servitudes
qui prolifèrent dans le jardin à notre porte…
Peu importe, en effet, les mots que l’on importe
et que ce pays qui fut colonisateur
à son tour se fasse coloniser ; (beaucoup moins
par les anciens esclaves que par les nouveaux maîtres)
lesquels savent au moins – c’est leur supériorité
sur les pauvres, noirs, jaunes ou arabes – dans la rue
jamais du badaud ne se faire trop remarquer…

 

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Après tout nous pourrions faire confiance au jardin…
La langue qui plus d’une fois a tourné dans sa bouche,
la langue des amours, des ruses, des passions,
la langue va-nu-pieds, la langue rouge des cœurs
la langue rebelle du peuple à la bouche d’or
qui repousse au pied des gibets, la mandragore,
peut tout avaler, et peut tout ressusciter
et peut de toute chose faire son miel et ses fleurs.
Car est vraiment de France ce qui est mélangé ;
est vrai qui est divers et pur qui est mêlé.
Français, sommes de tout temps un peuple métissé…


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Si demain j’oubliais les mots de mon pays ;
(moi qui n’ai jamais eu la religion des mots
et ne suis pratiquant de leur culte absolu,
moi qui ne crois pas que la poésie tînt d’eux ;
bien que je connaisse et leur vin et leur ivresse ;
moi qui dans leur foule ai plutôt grande tendresse
pour les plus communs, les plus simples, les plus pauvres,
tout en ayant parfois du goût pour les plus rares)
qu’ils viennent me chercher parmi les amnésiques
comme un enfant perdu au milieu de la foule
qu’une amie en passant par hasard reconnaît
qu’ils viennent et me retrouvent, me prennent par la main
et qu’il me reconduisent vers le pain partagé,
vers la table commune et le jour ordinaire
où l’on parle non pas pour s’écouter parler
mais pour s’entendre… et pour peut-être se comprendre…

 

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Identité suite 1

Vendredi 25 décembre 2009

La Belle au bois rêvant

à Robert Lafont

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La France est-elle un jardin qui s’endort ?
Je sais des fées qui chantent des berceuses
Du temps jadis où la Belle était vierge
Et se gardait pour le Prince charmant
Dans un tombeau de cristal, une châsse
Un sarcophage caché au cœur des ronces
Il est des contes à dormir debout
Celui qui veut peut garder enfermée
À double tour dans son donjon la Belle
La nostalgique image d’innocence
D’un doux visage dans une flamme pure
De cette France qui jamais n’a été.
Celle qui fut eut tout autre visage
Elle a tenu tant le fer que la rose
Coiffé le heaume autant que le hennin
A enfilé dentelle et gantelet

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Elle a porté des cotillons d’acier
Ses pieds légers dans l’herbe printanière
Qui ont dansé parmi les fleurs de lys
Les myosotis, le thym, la sanguisorbe
Ont laissé là mainte empreinte de sang.
Sur son berceau se penchèrent des fées
Qui dans les airs souloient lancer le feu
Et ravager les contrées réticentes.
(Dans le hallier s’envole un cri affreux
Par quoi s’annonce la douce tourterelle.)
France souvent se fit aimer de force
Tant sur ses terres que par-delà les mers
D’Occitanie aux rivages d’Afrique
Et jusque dans l’étrange Extrême-Orient.
Mais elle a su aussi se faire aimer
Pour ce geste parfois qu’on lui a vu
Pour ce chant dans les airs qui est resté
Ce vol au-dessus d’elle qu’elle a tenté…
- Légère, hautaine et souvent suffisante
Insolente et favorisée des cieux
Elle ne peut aux autres être supportable
Apportant sa part au bonheur commun
Que si elle se bat pour la liberté.
Mais France semble un jardin qui s’endort
Ou doucement vieillit le chèvrefeuille
Le lierre enlace un ancien coudrier
Qui ne sait rien des lais que l’on chantait
Il y a beau temps sur ses amours naissantes.
France consent à son effacement.
France aujourd’hui renonce à la puissance…
À moins que ce ne soit qu’à la grandeur.
Elle a perdu son empire dans le monde
(Et c’est tant mieux… contre elle, à son école
Des peuples ont ânonné la liberté)
Mais doit-elle sur elle perdre son empire ?
Doit-elle renoncer à sa liberté
À ses sautes d’humeur, son franc-parler,
Pour se fondre dans un nouvel État,
La vieille Europe des trônes et des banquiers
De l’empire nord-américain vassale ?…
La France est-elle un conte qui s’efface ?
Ayant péché la belle est délaissée
Comme une idole oubliée dans un bois
Et sa poitrine en plâtre blanc s’écaille.
Elle semble endormie au milieu des ronces
Attendant toujours un Prince charmant
(Sa république a des airs monarchiques
On y élit tous les cinq ans un roi
Elle a aussi salons et courtisans
Ses grands seigneurs, aussi bien que ses serfs
À merci taillables et corvéables…
France a souvent des airs d’ancien régime.)
Coulant paisible sous les frondaisons,
La France est une rivière qui languit
France est une eau qui dort, mais l’eau qui dort
Faut-il selon l’adage y prendre garde ?
Ce peuple a les vertus de l’inconstance
Et il a su quelquefois nous montrer
Quand nous étions prêts d’en désespérer
Qu’il avait en réserve des printemps
Averses claires et vives embellies…
France pourrait demain se réveiller ?

(extrait de « la France aux quatre vents »)

 

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À propos de l’identité nationale…

Jeudi 5 novembre 2009

La rose des vents d’Aubervilliers

Aubervilliers est une ville du sud
qui a poussé du côté de la banlieue nord
Elle est ouverte à tous les vents de la planète
elle est ouverte à tous les peuples de la Terre.
Aubervilliers est une ville du sud
du Nord,
de l’ouest et de l’est,
une ville des quatre points cardinaux
et tous ses habitants sont des immigrés.

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Aubervilliers de la petite Prusse
du quartier des Quatre chemins,
Aubervilliers des Alsaciens
qui ont quitté le blond pays des sapins noirs
pendant la guerre de Soixante dix

Aubervilliers des Italiens anti-fascistes
qui gardent sur le buffet de la salle à manger
une gondole de Venise et une mandoline
au coeur brisé.

Aubervilliers des Espagnols
pour qui flotte toujours
le drapeau écarlate, jaune et violet
de la République.

Aubervilliers des Portugais,
ouvriers du bâtiment et supporters de Benfica,
navigateurs des hautes terres,
vin chapeauté de chat botté.

Aubervilliers des Marocains, des Tunisiens, des Algériens
qui ont quitté leur village pour travailler à la chaîne
Aubervilliers des Algériens de Kabylie
où le soleil pleut dans le souvenir
comme les grains dorés de la semoule.

Aubervilliers des Bretons et des Auvergnats
Aubervilliers des Sépharades et des Ashkénazes,
Aubervilliers des Yougoslaves et des Roumains,
Aubervilliers des Tamouls et des Pakistanais
Aubervilliers des Chinois et des Africains…

Sur le marché d’Aubervilliers
dans les allées, entre l’éclat de soleil des pamplemousses
et des bananes plantain,
dans l’échancrure d’un boubou brille une épaule noire et luisante
comme un éclat de jour.

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Aubervilliers est une ville du sud
qui a poussé dans les parages du Nord.
Aubervilliers n’est pas le centre de la Terre
mais toute la Terre a rendez-vous à Aubervilliers.

Le soir du quatorze juillet les voisins
sortent les chaises pour parler sur le seuil des maisons
comme du côté de la Méditerranée.

Aubervilliers est une ville
ouverte aux trente deux vents
de la rose des vents…

Les enfants des immigrés
des quatre coins de la planète
y vivent dans des cités,
aux jardins suspendus,
cristaux triangulaires,
concrétion de gypse dur et cassant
rose des sables
pour fleurir au désert,
rose habitable
dont ensemble on pourrait
déplisser les pétales.

Dans La Ballade d’Aubervilliers (Le Temps des Cerises, 2007)

Marseille, la Rose des vents

Samedi 10 octobre 2009

pour André Remacle et Charles Hoareau

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Si tu débarques à Marseille par la gare Saint Charles
(inaugurée le 24 avril 1927 par le président Doumergue)
il te faut un instant t’arrêter en haut des escaliers aux cent quatre marches qui dominent la ville
Tu peux alors respirer profondément l’air du large et flatter l’encolure du lion qui tourne ses yeux vers les balcons des hôtels, les antennes, les toits, le linge aux fenêtres, Notre dame de la Garde, la matrone gréco-byzantine, qui domine la ville de loin, dans le tremblement de la chaleur
et contempler  les cuisses imposantes de la belle Africaine alanguie au milieu de ses palmes
le grain de sa peau de pierre blanche
et celles de la grande Asiatique, toutes deux  allongées sur le côté, comme pour un banquet romain
allégories du Siam et de l’Afrique, sculptées par Louis Botinelly, idoles et esclaves, reines sans royaume, exposées et  nues
La belle Asiate paisible n’est pas en train de collecter, retenant avec un bandeau sur le front son récipient trop lourd, la gomme de l’hévéa dans les forêts d’Indochine
pour les amis du Gouverneur et la famille Michelin,
Et l’Africaine n’est pas en train de vendre des épis de maïs cuits à la vapeur au carrefour, elle ne porte pas un enfant serré dans un fichu, elle n’a pas de problème de papiers
Elles posent toutes deux, muettes et froides, indifférentes et pacifiées, sous le ciel cobalt et le soleil républicain
L’Asiate et l’Africaine, cariatides bien portantes, soutiennent le rêve d’azur perdu de l’empire,
de la France généreuse des colonies qui apportait aux peuples exotiques la prospérité, la culture et les droits de l’homme…
Les lampadaires de l’escalier géant sont comme des grappes de fruits vert émeraude
mais dans la forêt tropicale de la grande ville les arbres ne donnent pas de ces fruits que l’on peut cueillir simplement en levant le bras… et ceux qu’on te glisse dans la main sont souvent mortels.

Sur la palissade d’un chantier près de la gare  sont tagués des hiéroglyphes qui clament pour la postérité :
« Marseille nique Paris » et « Beze la police »

Marseille n’est pas la porte de l’Orient
Marseille est une porte qui bat à tous les vents
Marseille dort debout sur le pas de sa porte
Marseille est à la fois le Couchant et le Levant
le Nord et le Sud
le Centre et Nulle part

Marseille est la Rose échevelée des vents

Marseille ville colonie
ville des colons
ville colonisée
la vieille ville coloniale est à son tour colonisée par les colonisés
qui ont dessiné dans les vitrines des pâtisseries leur marqueterie de khadaïfs et de baklavas
et posé sur le sol près de la Porte d’Aix, les tissus bariolés de leur marché ouvert

Marseille-Phocéa, illustre cité grecque
Phocéa, fosse
d’aisance, fosse aux lions,
fosse aux ours,
Marseille fosse aux rêves où pourrissent en bas d’un remblai abandonné au coin d’un terrain vague les espérances déçues d’un nouveau départ, d’une envolée, d’une vie nouvelle, un peu moins pauvre sous le soleil

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Du haut de la colline de la Savine où est plantée la cité HLM de ceux qui ne vont jamais à la merdégoulinent les ordures au milieu des pins
les papiers gras, les packs de bière, les pneus crevés
la vie jetée par la fenêtre débagoule le long de la pente.
Ici, plusieurs enfants sont morts, noyés dans le canal
et les femmes de l’association se réunissent dans un appartement pour prendre le thé et parler de leur vie

Descendant de la gare, vers le ventre de la ville, je m’arrête devant une inscription  tracée sur un mur à la craie blanche :
« J’ai onvie de mourire »

Et j’en ai la gorge serrée.

A  quoi sert le soleil sur la terre du fer blanc
où l’homme sans travail est une cuiller cassée ?

Où est-il celui-ci… Où est-elle celle-là qui a écrit ces mots ?
Quel est ce jeune sans emploi, sans amour et sans argent, sans famille et sans orthographe qui nous a laissé ce SOS auquel personne ne répond ?
Qui a dressé sur ce mur déshérité l’acte d’accusation d’une société où les enfants sont des fruits qu’on laisse pourrir dans le caniveau à la fin du marché ?

Un peu plus loin sur un trottoir j’aperçois un morceau de craie écrasée
je croise un jeune homme efflanqué qui fait la manche en jouant de l’arc birimbau
une vieille un peu folle qui brandit en dansant un portrait de Sarkozy
et une échoppe turque qui sert des döners kebabs avec des frites grasses

Sur la Canebière déferlent les supporters de l’OM
Avec leurs grandes bannières bleues
de loin qu’on pourrait prendre pour un cortège du souvenir royaliste

« Panem et circences »
Marseille, la ville plébéienne où le sport est roi
Marseille où la clientèle des anciens patriciens romains est passée de la sportule au sport

Il y a aussi parfois des lauriers roses et des platanes
des cliniques privées
des tresses d’oignon du côté de la Bourse
des ruelles et des souks
des auto-écoles, des assurances, des banques
et des mains qui sortent de sous les portes cochères…

Marseille du fric et de l’ordure

Il y a des bagnoles de flic blanches et noires comme les ageasses, oiseau pickpocket
des bourgeois qui n’ont plus l’accent, qui ne disent plus le Midi mais le Sud et qui parlent un langage d’eau tiède comme à la télé
et il y a aussi des jeunes immigrés qui ne parlent pas pointu
et entre les faux bourgeois et la nouvelle plèbe
il existe encore un peuple arc-en-ciel
qui, de temps en temps, descend dans la rue…

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Près du Vieux Port, à l’angle de la rue du Paradis et de la rue de l’Opéra
une prostituée de soixante-dix ans attend le client
Il y a longtemps qu’elle aurait dû refermer ses volets et goûter la fraîcheur d’être soi
Elle boîte, elle est grosse et mal foutue, prête à presque tout pour un peu d’argent,
mais elle a en elle des réserves énormes de bonté
Bonne mère
le seul être qui lui reste est son petit chien
Elle est au centre de la ville
elle est le centre de la ville

Marseille, énorme prostituée qui rit la bouche ouverte, les dents cassées
Adossée aux montagnes du calcaire elle fait tremper ses pieds dans la mer
Il y a longtemps qu’elle ne porte pas de culotte
Et toute la vie de la ville qui pullule s’agite entre ses jambes qu’elle a grand ouvertes
Mais personne ne la voit
parce qu’elle culmine trop haut par-dessus la ville, elle englobe la ville
elle est la vie même de la ville

Marseille rascasse géante, hérissée de piquants ventre protéiforme
Marseille matrone maritorne
Marseille patronne et femme de ménage,
Marseille la vulgaire et la raffinée, brave, bonne
salée et chère comme la boutargue
Marseille ville incendiaire
putain aux larges flancs
femme famélique au poitrail de portail
caque, égout, corne d’abondance
qui descend des terrains vagues sur les hauteurs
vers le bas-ventre de la ville
où vont toutes les déjections

J’aime d’un penchant coupable cette cité difforme, affreuse et belle, énergique, joyeuse, violente et complaisante avec elle-même,ville protubérante, excessive et vacarmeuse, cette ville en désordre où tout vous ramène à la mer,aux violets ultra iodés du vieux port,
à la rascasse susceptible
au rouget argenté…

J’aime cette ville pour son tohu-bohu
pour les passerelles et les escaliers qui dévalent du Cours Julien
pour les hommes qui boivent le café dans de petits verres
pour les vieilles femmes maghrébines un foulard sur les cheveux
pour les façades colorées qui jouent les artistes
pour les femmes du midi acérées comme des feuilles d’olivier
pour les rues en pente qui s’étirent au soleil
pour les maisons basses qui se pressent dans l’ombre et la fraîcheur comme des chatons autour d’un bol de lait
pour la mer populaire, la mer qui a beaucoup transpiré, la mer qui passe sous le viaduc et vient en visite se tremper les pieds jusque sous les fenêtres de Fonfon au Vallon des Auffes
la mer le long de la corniche
la mer à l’extrémité des Goudes
la mer qui vous prend par la main et qui vous mène vers le  large

Marseille la grecque et l’arménienne
Marseille l’algérienne et la provençale
Marseille qui prend le pastis dans le bar des Amis et regarde le match à la télé
Marseille la bourrue, Marseille l’accueillante
Marseille qui fait cuire la bourride dans un baraquement sur la falaise, près du château d’eau,
après le rassemblement des jeunes militants venus de toute la France
Marseille des fêtes disparues de la Marseillaise
Marseille solidaire, Marseille du Secours populaire, des ouvriers et des intellectuels
Marseille la révolutionnaire qui monte à Paris avec son régiment de marche et répète les notes de Rouget de Lille

J’aime Marseille pour une bicyclette contre un mur, trois types qui tapent le carton à un coin de rue, dans une zone d’entrepôts et de garages, sur un bout de trottoir, à la terrasse d’un bistrot qui fait de la résistance contre la progression du vide, du silence,
la gangrène du luxe aseptisé,

Marseille la ville ouverte sur le sud a son étoile polaire du côté des quartiers nord

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Quand tu prends le bateau pour l’Algérie
attendant en voiture dans la longue file sur le quai, pour quitter la ville,
tu passes sous le portique métallique qui ouvre sur la mer
et tu te dis, Macarelle!
c’est en luttant ensemble
du Nord au Sud
et du Sud au Nord
que nous trouverons le salut
sur la Terre
et sous le Ciel
de la Méditerranée.

 

Trois épigrammes

Dimanche 27 septembre 2009

 

Epigramme

        à Brice Hortefeux

 « Un immigré, ça va…
Deux immigrés, bonjour les dégâts ! »
a dit en substance,
un ministre de la France.
(Sinistre ministre…)
Même tout seul,
lui, il est déjà de trop.

*

 

Vague de suicides à France Télécom

Des hommes et des femmes
dont la direction voulait se débarrasser
ont fini par se suicider.
Le PDG est bien embêté….
il voudrait leur remettre la médaille du travail
à titre posthume
pour « service rendu à la société »…
Mais il n’ose pas…

*

 

Sur un auteur de polar

 

Ayant commencé par la littérature policière
Il a fini par la littérature de police
.

 

 

 

Lectures à Montpeyroux

Dimanche 20 septembre 2009

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Visite à Montpeyroux, près de Lodève, chez les amis Georges et Nicole Drano, au milieu des vignes et des oliviers, au moment où débutaient les vendanges. Et lecture de poèmes, avec Guy Allix et son copain musicien, Olivier Mellisse. Belle rencontre. Voici quelques uns des poèmes lus à cette occasion :

Gérer

Aujourd’hui
le vocabulaire de l’économie
a tout envahi.
On gère sa vie
sa  carrière
ses amours
ses peines de cœur
ses enfants
son divorce
son sport favori
sa migraine
sa surcharge pondérale
son souffle au cœur
sa dépression
et son cancer
et, comble du malheur
pour les bons petits gestionnaires
que nous sommes devenus,
à la fin
infailliblement
on fait faillite.

 

 

La prosopopée des chaises

Vous ne dites rien, vous restez là, toute la journée,
coi et buté dans votre coin.
Vous êtes une chaise.
Vous avez la tête… dure, on dirait du bois, vous êtes émotif…
sentimental comme un moulage plastique, sensible à la beauté comme un tube d’acier ;
ce qui est normal
puisque vous êtes une chaise.
Vous êtes d’une patience à toute épreuve, vous ne faites pas de politique, vous n’avez d’ailleurs aucune opinion personnelle sur aucun sujet particulier,
car vous êtes une chaise.
Vous tournez obstinément le dos à l’étranger qui entre dans la  maison, vous regardez  la table de la salle à manger, comme si vous aviez peur qu’on vous la vole,
vous êtes étroit et raciste.
Vous êtes une chaise.
Vous passez votre temps à quatre pattes, prostré là où on vous a posé,  dans la cuisine ou le salon,
vous n’avez pas de revendication,
vous faites votre boulot sans l’ouvrir, jusqu’au jour où malencontreusement vous vous cassez une patte,
alors on vous jette ;
car vous n’êtes qu’une chaise.
Si vous aviez fait des études, si la fortune vous avez souri, vous auriez pu prétendre au rang de siège.
Mais vous n’êtes qu’une chaise.
Vous prenez des airs distingués, vous vous tenez toujours droit,  vous êtes particulièrement guindé et collé monté,
mais n’importe quel cul peut se poser sur votre nez,
vous ne protestez jamais.
Je crois que vous êtes une chaise.
En fait,
Vous êtes sourd et idiot.
(Peut-être bien que vous êtes une chaise.)
On vous a vu dans une taverne
chevauché par des soudards dansant une ronde endiablée autour de la pièce,
vous ne vous souvenez bien sûr de rien
vous ne connaissez pas l’Histoire.
Vous êtes une chaise.
Vous avez oublié le bruissement des forêts, les confidences de l’humus, le cri du geai,
vous ne connaissez rien de la nature.
Vraiment, vous êtes une chaise.
Pour vous le monde est rond ou carré,
quelle que soit votre taille, votre couleur ou votre forme, vous répondez
au concept de chaise,
comme un chien répond à l’appel de son maître.
Pourtant, vous ignorez tout de la philosophie,
vous ne possédez pas le moindre rudiment de dialectique,
vous ne soupçonnez rien de votre double nature
de valeur d’usage et de valeur d’échange,
et ce qu’on fait de vous, malheureux, ne vous fait ni chaud, ni froid.
Vous êtes une chaise…
Et maintenant,
vous me dites que ce n’est pas vrai,
que vous en avez assez de ce poème,
et que, d’ailleurs, vous n’êtes pas une chaise…

D’accord…
Alors,
prouvez-le.

 

 

 Avenir

Les portes de l’avenir sont ouvertes
sur le jour et sur la nuit
sur le grand vent de sable de notre fin
ou les saisons perpétuelles du sourire.
Du grand livre futur rien n’est encore écrit.
En mal comme en bien,
nous avons encore la faculté de nous surprendre,
toi  et moi, 
ceux qui viendront après
et que nous ne connaîtrons pas,
nous tous…  Notre histoire ne s’arrête pas là.
Une  chose est sûre :
si nous voulons  que l’avenir
tienne l es promesses du passé

nous devons nous occuper du présent
.

 

 

 

 

 

Festival international de poésie de San Francisco de juillet 2009

Samedi 1 août 2009

Allez faire un petit tour

 

sur la page

 

du Festival international de poésie

 

de San Francisco !

 

Cliquez sur la photo

 

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Au temps des cerises

Dimanche 5 juillet 2009

Suite pour deux cerisiers

 

 

 

Une simple fleur de cerisier,
à peine éclose elle va tomber.
C’est pourquoi sa beauté nous émeut.
(Combien de poèmes en sont capables ?)

 

*

 

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La fleur de cerisier
est en beauté
Elle ne sait pas
qu’elle doit tomber.

 

*

 

Dans leur gloire
tombent les fleurs
du cerisier
au champ d’honneur

 

Mais elles
elles ne meurent pas
en vain

 

*

 

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Meurt la fleur
mais elle se survit ou, mieux, se poursuit
en mieux
dans le fruit.

 

*

 

Fleurs
non seulement
elles méditent le fruit,
se concentrent sur la cerise,
mais elles peuvent aussi
avoir des bontés
pour les abeilles
et de leur plaisir
naît le miel

 

*

 

De la robe blanche des pétales
à la planète rouge
du fruit.

 

Du mariage
à la maternité.

 

*
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D’abord
on jette sur le sol
un lit de pétales
puis on invente
un nouveau monde
charnu
rond
sucré.

 

*

 

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Demain
la cerise
fera
oublier
la fleur.

 

*

 

Sur la branche
c’est cette cerise
la plus éloignée
qui te paraît la plus belle.
Et c’est pour elle
que tu tends le bras…

 

Attention à ne pas tomber.

 

*

 

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Au début,
dans l’arbre,
tu ne choisis que les plus belles
et les plus mûres.
Et puis, ensuite,
toutes y passent…

 

*

 

Oui, bien sûr,
à se tenir là,
rouges et brillantes
sur l’arbre,
elles nous provoquent !

 

Mais il faut te résigner :
tu ne pourras jamais
toutes les cueillir
ni les croquer toutes.

 

*

 

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Le baiser est un fruit
qui se cueille sur l’arbre
et moi, je sais
dans mon verger
un cerisier
où cueillir des baisers.

 

*

 

Pour toi
qui sourit
et dérobe des cerises
je voudrais être
un cerisier
qui jamais
ne s’épuise…

 

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Lecture à Londres

Dimanche 5 avril 2009

Le 31 mars, le jour même de l’ouverture du G20 et des manifestations dans Londres, Francis Combes a participé à une lecture de poèmes au Southbank Centre, près de la Tamise, dans l’amphithéâtre Purcell du complexe culturel Queen Elisabeth. Cette soirée s’inscrivait dans un cycle de manifestations artistiques sur le thème « Revolution now » (la révolution maintenant)…

Etaient aussi invités trois autres poètes ; une poétesse anglo-pakistanaise, un poète anglais et un Américain.

La soirée était placée sous le signe d’un hommage à Adrian Mitchel, figure majeure de la poésie engagée anglaise, méconnu en France. Il a notamment publié, avec Andy Croft qui participait à cette soirée, une grande anthologie de la « poésie socialiste » de Grande Bretagne qui fait date.

Andy Croft,  s’inscrit dans la tradition anglaise d’une poésie satirique pleine d’esprit et de bonne humeur, écrite en général dans des poèmes très rythmés, de forme régulière et qui ont une grande efficacité lors de leur lecture publique. Il a publié huit recueils de poèmes, dont Comrade Laughter, Ghost Writer, et Sticky. Il vit dans le nord de l’Angleterre, à Middlesbrough, écrit des critiques de poésie dans le Morning Star (qui se présente maintenant comme le journal de la gauche et tire à 50 000 exemplaires tous les jours) et dirige aussi les éditions Smokestack, qui ont entre autres publié une anthologie de la poésie « contre-culturelle française », When the Metro Is Free.

Etait aussi présent le poète des Etats-Unis Martin Espada. Martin Espada, qui est né à New York et vit dans le Massassuchett, est l’une des principales figures de la poésie et de la culture révolutionnaire dans son pays. Issu de l’immigration portoricaine, il écrit en anglais et en espagnol. Il était l’un des poètes présents dans l’anthologie Changer l’Amérique, préparée par Eliot Katz et Christian Haye et publiée en 1997 par Le Temps des Cerises et La maison de Poésie Rhône-Alpes. Il a publié quinze recueils de poèmes dont Rebellion is the Circle of a Lover’s Hands, The Republic of Poetry, Alabanza et une anthologie de la poésie engagée, Poetry like Bread, Poets of the political imagination chez Curbstone, qui est l’un des meilleurs éditeurs de poésie des Etats Unis.

voici l’un de ses poèmes :

 Leçon révolutionnaire d’espagnol

Chaque fois qu’on prononce
mal mon nom,
j’ai envie d’acheter un pistolet en plastique,
de mettre des lunettes noires,
d’incliner mon béret,
de peigner ma barbe en pointe,
de prendre en otage un autocar
de touristes républicains
du Wisconsin,
de les forcer à chanter
des slogans anti-américains
en espagnol
puis d’attendre
que les forces d’intervention bilingues
qui nous survolent en hélicoptère
me prient
d’être raisonnable.

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