Archive de la catégorie ‘poème du jour’

Retour de Palestine

Dimanche 18 septembre 2016

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Retour de Palestine
(20 au 28 août 2016)

  1. Nuit blanche

C’est un long voyage pour parvenir ici,
jusqu’au pays qui existe et qui n’existe pas
un voyage qui n’en finit pas.
Il nous a fallu traverser la cloche muette de la nuit.
(car la nuit est une robe de femme en forme de cloche
Qui se pose sur la terre et sur la mer.
On le voit distinctement sur l’écran dans l’avion.
Une cloche d’ombre pareille à celle que nous jetions sur la grande cage arabe de notre salon pour que les oiseaux se taisent.
Dans l’avion, des passagers se posent un masque en forme de loup sur les yeux pour dormir
et certains sans doute le gardent pour marcher dans la rue.)

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Pour parvenir jusqu’ici, ce fut un long voyage.
Il a fallu chevaucher une nuit blanche et regarder pâlir le jour sur Amman
où la lune s’attarde dans le ciel sans un regard pour nous.

  1. La frontière

Ils t’ont retenue sur le seuil de la Mer morte,
celle qui se dérobe devant les pas du voyageur,
et ils nous ont séparés.

Ils t’ont retenue deux heures au poste frontière
pour des raisons qui ne voulaient pas dire leurs raisons,
des raisons sans raison.
– Pourquoi me retenez-vous ? Leur as-tu demandé.Parce que vous êtes déjà venue.
– Non, je ne suis jamais venue.
– Si vous n’êtes jamais venue… ça va être plus long…

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Et j’ai mieux compris les questions qui répondent aux questions et qui n’y répondent pas,
dans les poèmes de Mahmoud Darwish,
les questions du pays qui existe et qui n’existe pas.

Ils t’ont retenue deux heures
et moi qui ne suis pas un frêle bouton de rose éclos avec la rosée du matin,
séparé de toi et ne sachant rien, je me sentais impuissant comme la fleur tremblant sur sa branche.

(Au poste frontière de jeunes Israéliens armés de leurs mitraillettes et de leurs tampons règnent sur les bureaux.
Pendant que les Arabes soulèvent les valises.
Et c’est une image suffisante du pays
qui n’existe pas et qui existe).

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Ils t’ont retenue parce que des gamins mal élevés
se sont postés à cheval sur une ligne tracée au sol
et ont décrété que cette ligne était à eux.

Mais à peine la ligne franchie tu entres chez leurs voisins.

Un jour leurs parents, où les parents de leurs parents
sont entrés dans la maison de ce voisin
Ils ont posé leurs valises sur le sol
et ils ont dit :
Notre famille habitait ici il y a trois mille ans…
Vous devez vous en aller.

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Alors ils ont pris la maison avec la terre
Et ils ont pris l’eau avec le ciel
Et la frontière, la frontière qui est
Le seuil de la porte où accueillir le monde
La fenêtre par où s’envoler.

 

  1. Jéricho

Dans la ville de la lune
poussent des palmiers, des citronniers et des fontaines.

Sept fois ils firent le tour de la cité en portant l’Arche d’Alliance.
Et les prêtres soufflèrent sept fois dans leur trompette…
Alors s’effondrèrent les murailles de la ville qui n’avait pas de murailles.
Et tous les habitants, hommes, femmes, enfants et animaux domestiques
Furent massacrés.
Seule fut épargnée la maison de Raha,
la prostituée qui avait hébergé et aidé les espions d’Israël.

Ainsi, Jéricho fut le témoin
d’un des premiers crimes contre l’humanité.

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Plus tard, sur la route de Jéricho, rapporte Jésus, un Samaritain,
Ennemi juré des Juifs
Porta secours à un voyageur juif laissé pour mort par des brigands.
Et Jésus le donne en exemple de ce qu’est l’amour du prochain.

Ainsi Jéricho fut le témoin d’un des premiers actes d’humanité.

Aujourd’hui, qui serait le Juif et qui serait le Samaritain ?

A Jéricho, dans la ville de la lune,
Poussent des palmiers, des citronniers et des fontaines.

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Le bureau de Yasser Arafat est à près de 300 mètres
sous le niveau de la mer.

Et pourtant, c’est ici que la Palestine fait surface.

 

  1. Un check point

Lors de ma venue en 2003, j’avais attendu sous le soleil, en compagnie de dizaines d’autres voitures, un temps interminable, au check point, à l’entrée de Ramallah. La file de voitures qui descendaient de la colline faisait comme un long serpent de carrosseries chauffées à blanc. Et nous étions dans le ventre du serpent, nous dissolvant lentement dans la chaleur et sous l’effet des sucs gastriques pendant sa digestion…

Arrivés au check point, deux jeunes soldats se tenaient .dans la guérite, blonds, nez retroussés et petites fossettes. Probablement des Russes. A l’entrée de leur cahute, ils avaient apposé une pancarte peinte à la main, avec une tête de mort et, en allemand, « Achtung ! »

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  1. Ramallah


Ramallah est un puits de lumière qui monte vers le ciel
Un puits de lumière où poussent des pierres et fleurissent des colonnes, des arcades, des balcons,

Le vestibule du soleil
La salle d’attente de la paix

Le futur s’édifie au milieu des terrains vagues où errent des oliviers poussiéreux
Des oliviers courageux qui ont depuis longtemps entrepris leur pèlerinage
Au pays où ils sont nés
Le pays qui n’existe pas et qui pourtant existe,
Modestes oliviers qui ne font pas d’ombre au soleil,
Libres oliviers qui semblent abandonnés
Mais n’abandonnent pas…
Oliviers résistants.

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Les martyrs sont entrés au musée.
D’autres sont en prison.

(Il y a dans les prisons d’Israël
Plus de six mille Palestiniens).

Les combattants, ont-ils le droit de se reposer ?

Demande-le à l’ouvrier
Qui pour un salaire de misère
Sous son léger abri de tôle
À longueur de journées martèle
Le clair visage des pierres de Palestine
Pour les embellir.

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Ailleurs, sous le même ciel,
Des patrouilles de soldats,
Arrêtent des enfants dans les rues
Et les arrachent à leurs parents.

D’autres,
Gratuitement,
S’en prennent à des jeunes gens
Les collent contre un mur
Leur donnent des coups de poings dans la figure,
Des coups de genou répétés dans le ventre.
Ils font ça méthodiquement, tranquillement,
Certains qu’ils ne répliqueront pas.
Et quand l’un des jeunes est par terre, plié en deux,
Un soldat lourdement armé lui saute dessus
Et le frappe à coups de talon dans le dos
Pour le casser.

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  1. Le pays en prison

Ce pays est barbelé de cicatrices
Amputé, écartelé, mutilé

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Un grand mur de béton armé
comme un couteau géant le coupe en deux
par le milieu

Des camps militaires le stérilisent

Ce désert qui devait fleurir
Fleurit de casses autos

Dépotoir à ciel ouvert

« Venez passer vos vacances en Israël ! »

Dans les parages de la Mer morte
C’est la terre elle-même qui est en train de mourir.

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Au sommet des collines
Se sont posées des colonies.

Elles sont apparues dans la nuit.
ce sont des installations extra-terrestres
qui dominent le paysage
et surveillent le pays.
Elles ont planté dans la vallée un drain
pour pomper l’eau
et se faire une transfusion.

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(Hier, il y a eu cinquante attaques contre Gaza.
Et personne n’a bougé).

Les Palestiniens sont coincés
Entre le mur et la mer,
L’impuissance de la révolte
Et celle de la diplomatie,
Le renoncement ou la mort.

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Vont-ils devoir à nouveau partir

Emportant avec eux leur terre dans une valise ?

  1. Dans le car

Dans le car, tu poses ta tête sur mon épaule
Et pendant que tu t’endors,
Ma colombe,
Je mets ma main sur ton front.
Pas pour t’empêcher de t’envoler
Mais à cause des cahots de la route.

« On pardonne parfois au criminel,
Disait Oscar Wilde,
jamais au rêveur. »

Dans l’univers de Disneyland
Les pays qui rendent hommage à leurs poètes
Et qui croient en leurs rêves,
Sont des pays perdus.

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(Les colombes, ma colombe,
Ne sont pas aussi douces qu’on le croit.
Les colombes savent se battre et peuvent être cruelles)

Ici, ma colombe.
tous devraient pouvoir vivre
en paix.
Mais pour que la paix soit possible

Il faudra rendre de la Terre,
de l’eau
et de l’air.

 

8. l’herbe de Marie

Dans les collines
Il est interdit de cueillir la sauge
(L’herbe de Marie
Qui a toutes les vertus
Ou presque
Et que les Palestiniens
Mettent dans leur thé)
car ses fleurs ont une forme de chandelier.

Ce pays paraît-il
Est le plus près du ciel.

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Le Prophète a atterri ici
à cheval sur un rocher
que l’on peut visiter.

Le Mur des lamentations
est toujours en chantier.

Et au Saint-Sépulcre, il faut faire la queue
comme au check point.

Il n’est pas sûr, s’il revenait ici,

Qu’on laisse entrer le Cananéen.

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9. La soie des hommes

Les habitants de ce pays
qui vivent au milieu des barbelés
ont souvent un cœur de soie,
comme une porte ouverte.

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(Alors que chez nous
parmi ceux qui vivent en liberté
beaucoup ont le cœur barbelé
comme une porte fermée).

 

10. Bethléem

Au-dessus des collines désertiques où s’ébattent les chèvres,
dans le ciel de Bethléem,
une étoile filante,
paraît-il,
s’est arrêtée.

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C’est l’étoile de la paix,
L’étoile de l’espérance humaine,
L’étoile de la fraternité.

Il ne faut pas
la laisser tomber
chuter dans l’abîme
et disparaître.

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Sur la beauté

Jeudi 18 août 2016

Bonnefoy

Sur la beauté
à Yves Bonnefoy

La beauté ne cesse de se dérober
Elle nous entrouvre
pourtant sa robe

Elle est sortie pieds nus du bidonville
mais préfère les tapis fleuris

Elle fait souvent payer ses charmes
et fréquente volontiers les palais
(La beauté est une catin)

On peut la voir aussi
parfois dans les manifs

Elle peut mentir
et elle peut dire la vérité

Nous savons
qu’on ne peut lui faire crédit
sur sa bonne mine

Mais on la suit
Pas question de s’en passer

Elle change de visage à chaque saison
Quand on pense l’attraper, elle s’échappe

Elle est en nous
et au-devant de nous

Et chacun de ses visages
compose la rosace
dans l’eau d’un reflet
que nous avons rêvé

Elle est
dans la vie
ce qui
d’un coup d’aile
l’élève.

Moissons nocturnes

Dimanche 7 août 2016

campagne
Moissons nocturnes

Quand la lune se lève
Et monte sur les blés
Les moissonneuses-batteuses
se mettent en action.
(Cette année l a moisson
est en partie perdue.
Sur les champs et les prés
il a beaucoup trop plu).

L’herbe sèche coupée
Autour de la maison
Lui fait une litière
D’or dans l’obscurité.
Et nous, quelle a été
Notre propre moisson ?
Notre été est passé ;
C’est l’arrière saison.

Nous avions cru semer
Un rêve fraternel.
Nous aurons récolté
Plus d’orties que de blé…
La lune est dans le ciel
Haute au-dessus des blés.
Et la terre est à bas,
Plus bas qu’elle ne devrait.

Notre révolution
Nous aura fait faux bond…
Toujours litières dorées
Sont garnies de fumier.
Le futur est remis ;
L’espoir est sur la paille.
Pour ceux qui se renient
Il n’y a rien qui vaille.

Ah ! Ne regrettons rien
De nos rêves défaits.
Nous aurons vu au moins
Des matins se lever.
Terre faite à main d’homme,
L’aube aux collines blondes
Soulève l’horizon.
Eté… la Terre abonde…

Juillet 2016

Moissoneuse

Une autre nuit

Samedi 18 juin 2016

Ciel Bury

Une autre nuit

Cette nuit la lune voyageuse est entrée chez nous
Elle est passée par la croisée de la fenêtre
et a déposé.
son grand corps blanc sur le lit.

Cette croix pacifique de lumière
posée sur nos draps
ne nous gène pas…
Elle ne nous fait pas d’ombre.

Nous aussi, nous sommes habitués au voyage
mais ce soir
et beaucoup d’autres encore, j’espère,
nous dormirons ensemble
sous le regard de la lune
dans la chambre au plafond étoilé.

Sur la directive européenne en matière de nuages

Mardi 14 juin 2016

Pour ceux qui n’entendent pas bien la vidéo. A revoir ici.

Sur la directive européenne en matière de nuages

Et les nuages… Qu’allons-nous faire des nuages ?
ils passent les frontières
sans papiers, sans autorisation
Violant notre espace aérien, ils se promènent dans notre ciel
comme si de rien n’était.
Ils se croient chez eux tout autour de la Terre
mais ils viennent de l’étranger
(d’ailleurs, les perturbations viennent toujours d’ailleurs)
et ils nous apportent la pluie.
(Un peu, me direz-vous, ce n’est pas mal
pour les jardins, les cultures, l’économie…
mais trop c’est trop…
En matière de nuages, aussi,
il faudrait imposer une politique d’immigration choisie.)
Tous ces nuages… Qu’allons-nous faire de ces nuages ?
Mettre en place un check-point, pour les filtrer ?
Les arrêter à la frontière ?
Les interner en camp de rétention ?
Les renvoyer chez eux ?
La plupart de ces nuages, apparemment, viendraient de la mer,
la mer qui s’évapore
car ça chauffe en divers coins de la Terre…
Mais si ça chauffe
ce n’est pas notre affaire !

– Justement, parlons un peu du soleil,
le fameux soleil d’or…
– Je vous vois venir, vous objectez :
« lui non plus, il n’est pas d’ici.
Lui aussi, à sa façon, c’est un étranger…
Mais vous le laissez passer,
vous le bénissez, vous l’adorez… »

Normal !…
En interne, comme à l’international,
notre loi,
c’est bien sûr :
deux poids,

deux mesures.

Le 31/05/2016

La Seine fait des siennes

Mardi 14 juin 2016

crue paris


La Seine fait des siennes

Ce matin,
la Seine est sortie de son lit
Elle a inondé les berges
La voie rapide est submergée
Seul dépasse de l’eau

verte et boueuse
un panneau d’interdiction de s’arrêter
et sur le pont
le pont sous lequel les bateaux mouches
ne peuvent plus passer
les touristes s’arrêtent
pour le photographier…

Moi aussi, ce matin
je suis sorti de mon lit,
et personne n’y a fait allusion
ni à la radio ni à la télévision…

Bah…
Ne soyons pas jaloux ;
sans doute est-ce normal.
Quand un fleuve sort de son lit

l’événement n’est pas banal.
Mais quand tous les matins
nous faisons de même
pour nous rendre
(et parfois même nous livrer,
pieds et poings liés)
au bureau ou à l’atelier,
ça ne mérite pas
une ligne dans le journal.

Pour que l’ordre soit respecté 
chacun doit rester où il est :
les fleuves dans leur lit
tranquilles, à se la couler douce,
jusqu’à la mer…
Et les prolos,
les intellos
(qui parfois sont les mêmes)
au boulot !
(ou à l’Agence pour l’Emploi).

Il est vrai qu’un fleuve
quand il sort de son lit
peut faire pas mal de dégâts…
Alors qu’un travailleur
qui fait ses huit heures
(quelques fois moins
quelques fois plus)
sans se faire remarquer
au noir ou déclaré –
se contente d’être utile
comme un bon outil
sage et discipliné
qui fait tourner la machinerie
de la société.

Il fait son devoir
comme le chômeur
qui se lève aussi
pour lire les petites annonces,
et qui chaque soir
se dit, désespéré :
«  Faut pas que je renonce… »

L’événement,
le fait surprenant,
l’inattendu, le désarmant,
ce serait au contraire :
qu’ouvriers et ouvrières
employées et employés
étudiants et professeurs,
éboueurs et savants,
ingénieurs et infirmières
chauffeurs de bus ou du métro
programmeurs, chimistes et cheminots,
arpètes, chauffagistes
stylistes et poètes
esclaves et chômeurs,
un beau matin
décident en chœur
tous ensemble
de rester dans leur lit…

Voilà qui ferait du joli !

le 4/06/2016

Grève générale

Dimanche 29 mai 2016

feu

Grève générale

Ils ont mis le feu aux palettes et aux pneus
à l’entrée du dépôt de carburant
pour empêcher les camions de ravitailler les pompes.
« Ça va leur chauffer les fesses là-haut ! », s ‘exclame Jérôme
(Il ne pense ni au sexe des anges ni aux petits oiseaux).

La nuit est fraîche, le printemps est récalcitrant.
Sur le piquet de grève, ils sont plus de deux cents ;
La fournaise des colères réchauffe l’atmosphère.

Quand on ne les écoute pas, quand on ne veut pas les voir
quand ceux qui sont en haut refusent d’entendre ceux qui sont en bas
les travailleurs n’ont pas d’autre choix.

Les cheminots
qui tous les jours assurent les transports de millions de passagers
mettent les trains à l’arrêt…

Les dockers qui désengorgent les navires et les ports
laissent tout à quai…

Les électriciens qui veillent sur le feu nucléaire
lui disent de se taire…

Les ouvriers de la raffinerie qui délivrent d’habitude le sang noir
qui alimente tout le système circulatoire
du pays coupent le robinet…

Pour tout débloquer
les travailleurs n’ont pas d’autre choix
que bloquer tout.

Et voici que soudain tout le monde voit
ceux qui d’ordinaire sont invisibles,
ceux auxquels on ne fait pas attention,
ceux qui ne passent pas à la télévision.

C’est quand plus rien ne tourne
que chacun peut voir
grâce à qui la Terre tourne.

Dimanche 29 mai 2016

La verrière

Samedi 28 mai 2016

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La verrière

L’usine détruite laisse voir sous le ciel à nu
sa verrière où se reflètent les jours chômés ;
verrière abandonnée, hommes mis au rebut…
Les usines sont les cathédrales martyrisées
de l’âge de l’industrie.
Mais la classe ouvrière aujourd’hui crucifiée
sur le trepalium du marché mondial
demain ressuscitera
plus forte encore.

L’histoire des prélats et des maîtres
préfère ne rien savoir
de ceux qui ont œuvré dans le noir à leur gloire :
constructeurs de cathédrales et de palais,
serfs, paysans,
ouvriers,
peuples colonisés,
salariés, précaires
dont jamais ils n’ont pu se passer,
et dont ils ne se passent toujours pas,
prolétaires des quatre coins de la Terre
dont l’heure un jour viendra.

 

Même si le rêve en semble aujourd’hui impossible,
un jour viendra leur tour,
le jour où les lois de l’économie
seront pour tous transparentes comme la verrière
de l’atelier par où passe la lumière du soleil
qui tombait comme une bénédiction,
une brûlure ou un sourire fraternel,
sur le poste de travail,
la machine-outil, la fraiseuse et le tour
maintenant endormis…

Ce jour viendra
quand les prolétaires
venant des quatre coins de l’horizon
innombrables et transparents
comme les gouttes de pluie
glissant sur la verrière
formeront dans les rues de la ville
une seule rivière
et à leur tour licencieront
les lois sacro-saintes du marché.

 Poème figurant dans le recueil « Arsenal-Traces »,
(sur la fermeture de l’Arsenal de Tarbes)
publié par la Malle d’Aurore et René Trusses
avec des textes de vingt poètes
et des photos d’Ili Endewelt

 

L’oxalis

Lundi 16 mai 2016

oxalis

L’oxalis

La petite fleur mauve de l’oxalis
envahit — pacifiquement
le territoire des pâquerettes.
Petite fleur des bordures
elle ne se laisse pas tenir en lisière.
c’est une fleur de liberté
qui essaime où ça lui plaît.
Modeste fleur du faux-trèfle
à quatre feuilles
du vrai porte-bonheur
elle n’a pas le label.
Mais elle est belle
et ça suffit
pour aujourd’hui
à mon bonheur.

16/V/2016

La Complainte du chien de deuxième catégorie

Vendredi 6 mai 2016

Voyou Sciotot

 

La Complainte du chien de deuxième catégorie

Je connais un chien, ce n’est pas un fasciste
Bien qu’il soit avec les autres chiens raciste.
(La notion de race parmi les chiens existe).

C’est un chien tranquille qui respecte l’ordre.
(Si on touche à son maître, il peut même mordre)
Mais tire sur sa laisse et aime à la tordre.

Sitôt que passe un chat, il est aux abois.
Dès que quelqu’un sonne, le voilà qui aboie
Et vous saute dessus, comme au coin d’un bois.

Si vient un étranger, il montre les dents
Il y voit un danger, en bon chien méchant,
Et si l’on s’approche, sa gamelle il défend.

(De sa propre pâtée, c’est un fanatique).
Quand trottine un caniche, il court et le chique ;
S’il croise une chienne, il se dit « Je la nique ! »

Liberté, égalité, fraternité…
Il se fout des valeurs de l’humanité
Mais il a le sens de la propriété.

Il se fout aussi du sort de la planète.
Seuls valent, à ses yeux, son tapis, ses croquettes
Et marquer son terrain avec sa quéquette.

Lui Président de la République,
l’Etat en serait-il vraiment plus inique ?
(Mais mon chien n’a pas d’ambition politique).

Heureusement mon chien n’est pas électeur…
Mais beaucoup le sont qui ne sont guère meilleurs
Pire même que des chiens, pour leur propre malheur.

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