Archive de la catégorie ‘poème du jour’

Chanson de l’innocent nuage

Mardi 10 novembre 2020

nuage

L’homme au bord de la rivière
l’a trompée et salie

Son innocence s’est enfuie
là-bas derrière la saulaie
avec le petit nuage blanc

Ses collègues à l’atelier
par jalousie l’ont trahie

Son innocence s’est enfuie
là-bas derrière la haie des cheminées
avec le petit nuage blanc

Ses propres camarades
dans son dos on médit

Son innocence s’est enfuie
là-bas derrière l’horizon
avec le petit nuage blanc

Et pourtant, toujours elle suit
qui s’effiloche dans le vent
son petit nuage blanc.

saule3

 

Le Poisson-lion

Dimanche 18 octobre 2020

Poisson lion

Le Poisson-lion
est un envahisseur.
Il vient de l’Océan indien
et peu à peu colonise
toutes les mers de la planète.
(Il paraît qu’à la suite de l’ouragan Katrina
il se serait échappé d’un bocal
quelque part en Floride).

Avec ses épines dorsales,
bariolées et venimeuses,
qui ressemblent aux fanions
que portaient les anciens samouraïs
parfois sur leur armure,
le Poisson-lion a de l’allure.

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Le Poisson-lion est un vorace
qui dévore tout ce qui passe.
Derrière lui la mer
se change en désert.

Faut-il attendre qu’il ait épuisé
son garde-manger
pour qu’à son tour
il disparaisse ?

A moins qu’étant de la race
épineuse des rascasses
on le pêche
et qu’il finisse en bouillabaisse.
poisson-lion pêche

Grandeur et chute de l’ouvrier mineur Stakhanov

Samedi 3 octobre 2020

Stakhanov2

1.
Né en 1905 dans un village du sud de la Russie
Stakhanov était d’une famille de paysans pauvres
(Il leur arrivait lors des disettes de manger du cygne
et de la résine mélangée de cerises).
Il a passé son enfance à labourer les champs
et n’a été à l’école en tout que trois hivers.
Puis il est parti s’embaucher dans les mines du Donbass
promettant à ses sœurs qu’il reviendrait sur un cheval blanc.

2.
La mine de Kadiivka, où il commença à travailler,
avait l’un des plus mauvais rendements du bassin.
Il proposa pour moderniser le travail,
d’abandonner le piolet pour la perceuse à charbon,
de travailler en équipe, l’un creusant, un autre étayant,
et un autre chargeant le fourgon et tirant le poney.
Dans la nuit du 30 au 31 août 1935
(à l’occasion d’un concours  organisé par le Komsomol)
on dit que ce grand gars (1, 85m, 102 kilos)
avait extrait  à lui tout seul 102 tonnes de charbon,
en moins de six heures, soit quatorze fois la norme fixée par l’État.

Stakhanov

3.
Quinze jours, plus tard, il battait encore ce record.
Après les journaux locaux, la Pravda rapporta son exploit ;
(le baptisant au passage Alexeï, au lieu d’Andreï.
Plus tard, au faîte de sa gloire, il  demanda que l’erreur fût rectifiée
mais il était trop tard et Staline aurait répliqué
qu’Alexeï était un beau prénom).
Il fut  donc admis au parti, déclaré Héros du travail socialiste,
reçût l’Ordre du Drapeau rouge, l’Ordre de Lénine,
montré en exemple à tous les travailleurs soviétiques
reçut un appartement, son salaire fut augmenté
et on l’envoya à Moscou à l’Académie de l’Industrie.

 

Stakhanoviste aff 1936
4.
La vie du mineur Alexeï Stakhanov en fut changée
Il n’eut pas de cheval blanc mais fut abondamment fêté.
Sa première femme le quitta pour un policier.
Lors d’un concert donné en son honneur, il s’éprit
d’une fille de quatorze ans  et l’épousa.
A Moscou, on lui confia un poste au Ministère du charbon
(où il s’occupa d’aider ses anciens copains
qu’il invitait dans son appartement, où il jouait, la nuit,
de l’accordéon, buvait, se bagarrait parfois
dans les hôtels de la capitale. Lors d’une réception au Kremlin
Il fit du scandale. Et quand il était invité au Bolchoï
pour les Premières, il s’endormait pendant l’ouverture…)
Staline l’avait mis en garde : « Si ce brave gars continue de faire la noce,
il faudra qu’il change son nom célèbre pour un, plus modeste »,

5.
Après la mort de Staline, son étoile a pâli
l’oudarnik, le travailleur de choc, député au Soviet suprême
eut des accrochages avec Nikita Khrouchtchev
à qui un jour il balança sa carte du parti, en déclarant
qu’il resterait toujours communiste dans l’âme.
On le renvoya dans le Donbass où il occupa diverses fonctions
subalternes dans les mines de charbon
(lui qui pendant la guerre avait dirigé la mine n° 31 de Karangada).
Il buvait de plus en plus et il finit par être interné
dans un hôpital psychiatrique où il trouva la mort
en 1977. D’une crise cardiaque, disent certains.
D’autres, qu’il aurait glissé sur des épluchures de pommes de terre
et sa tempe aurait heurté un coin de table.
Stakhanov brigades

6.
En 1988, le monument qui lui avait été érigé à Kadiivka,
ville de ses hauts faits rebaptisée de son nom,
fut déboulonné ; car le secrétaire local du parti avait révélé
que deux camarades étayaient pendant qu’il creusait.
(Comme si, d’avoir été collectif, l’exploit fût moins socialiste).

Reste l’histoire pas ordinaire d’un ouvrier ; le seul
à avoir jamais donné son nom à une ville
(même si depuis, elle aussi  a été débaptisée)
et laissé un mot, le stakhanovisme,
entré dans le lexique universel
(lui qui n’était pas vraiment un intellectuel).

L’ouvrier mineur promu modèle de l’Homme nouveau
Andreï ou Alexeï, qu’importe, Stakhanov
fut, semble-t-il, un brave gars,
pas tout à fait fini…
L’Homme nouveau n’était pas complet.
(Mais cette histoire non plus n’est peut-être pas finie).

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Comme un vin en hiver

Dimanche 27 septembre 2020

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Dans cette taverne où nous passons la vie
qui peut se vanter ne jamais boire la lie ?

Pour tous deux, comme pour la plupart, la vie
n’aura pas été sans son lot de soucis :

l’argent qui manque et que l’on doit, les ennuis
qui vont avec, le tissu des jours qui s’use

l’inquiétude souvent pour ceux qu’on chérit,
la maladie parfois, le départ des proches…

Mais quand je me retourne (pas si souvent…)
je ne garde en tête que les bons moments.

Pour que le vin soit bon, qu’il se clarifie,
au cours de l’hiver, il faut le soutirer

pour, plus d’une fois, en retirer la lie.
Ainsi font les souvenirs de notre vie.

D’un grand-père à son petit-fils

Dimanche 6 septembre 2020

Su Dongpo


d’après Su Dongpo

Tu as raison, mon grand, de ne pas te fatiguer
et, aux études, de préférer le jeu, le look futile…
Étudier, de nos jours ne semble plus utile.
Combien de grands, montrant l’exemple, sont incultes en vérité,
et passent volontiers pour des imbéciles ?

Tu pourras peut-être faire président des États-Unis,
Mannequin, champion de foot, homme d’affaires, chanteur
de variété, youtubeur, gamer (connu mondialement),


Portablehéros de la télé-réalité ou à défaut dealer…

Regarde où mes études finalement m’ont conduit :
Je ne suis ni présentateur vedette de la télé,
ni trader, ni financier, ni président,
pas même ministre ou porte-parole du gouvernement…
Je n’ai pas non plus gagné à l’Euro-million
(et nous tirons plutôt le diable par la queue).

Mais faire ce qui plaît, te rend heureux,
essayer de faire quelque chose de beau,
peut-être même d’utile
vivre (modestement) de sa passion,
est-ce une si faible compensation ?

Bouclette Erwan

La Pointe courte, à Sète

Mercredi 12 août 2020

à Patricia


Pointe courte Méduse

Attablés à la terrasse du Bar « Le Passage »
à la Pointe Courte, vers l’extrémité de Sète,
Le rose du ciel vire au mauve
et la douceur de ce soir d’été
à peine troublée de temps en temps
par le passage d’un train sur le pont
s’accorde à la paix
du tête à tête entre les vieux amants
attablés devant des sépions grillés
et un verre de rosé frais.

Pointr courte mouette

Soudain, tu vois, dans l’eau noire du canal,
une méduse qui remonte en silence vers l’Étang,
une grande méduse, dans une robe blanche
avec une collerette noire
comme les maillots de bain de la Belle époque,
elle nage avec un mouvement régulier,
ample palpitation d’un vivant abat-jour
Elle nous ignore mais nous, nous la suivons du regard, émerveillés.
Une femme en chemise de nuit qui avance, une lampe à la main,
dans un couloir obscur.
(Nous aussi nous avançons une lampe à la main…)
Nous sommes ici, la méduse et nous,  au même moment, dans le même lieu,
mais nous allons chacun notre chemin,
dans deux dimensions différentes…
Quel est le sens de ce poème ?
Rien peut-être : la surprise d’une méduse,
deux amants, un soir rose entre mer et canal…

Pointe courte coucher soleil

Éloge du jardin public

Vendredi 17 juillet 2020

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1.

Je voudrais découper,
comme une part de gâteau pour le quatre heures des enfants
à déposer sur la table commune
de l’humanité
un grand morceau de ville
avec en son centre
un jardin public.

Les hautes grilles
y sont plantées comme une rangée de dents.

Sourire panoramique
du Jardin public,
ogre maternel
bien intentionné
qui ouvre grand sa gueule
et ne dit rien,
le Parc
où passent, invisibles à nos côtés,
les Parques,
le Grand jardin public
qui se tait
entre l’ombre et la lumière
dans la paix
de ce jour d’été…

Derrière les grilles qui enferment et protègent
la profusion du feuillage en prison,
liberté végétale en résidence surveillée,
image
de notre humaine condition,
de ses limites
et de sa relative extension
possible,
derrière les grilles
hérissées de piques
(pacifique rappel
de la Révolution)
qui montent la garde
autour de ce territoire libéré,
de cet espace réel et rêvé,
à l’écart
de l’agitation de la ville,
de la circulation automobile,
de la course et des contraintes
du travail et des courses,
je regarde
les enfants qui jouent,
et se courent après,
les enfants qui crient, qui tombent, se relèvent,
qui tournent sur leur vélo
glissent sur le toboggan
ou tapent dans un ballon.

Je regarde les mères assises sur le parapet de béton
qui court tout autour de la pelouse de gazon,
côté à côte les mères
qui portent le foulard
et celles qui ne le portent pas.

Je vois quelques vieux
Arabes, Français, Chinois,
assis sur des bancs
qui ne font rien, apparemment,
mais qui tuent le temps.

(Ici, se mêlent les générations
les hommes et les femmes,
les moineaux et les pigeons).

Dans un coin, deux Algériens
– faute de Dames, peut-être –
jouent aux échecs
autour d’une petite table.

Un groupe d’Antillais
au pied d’un arbre
danse au son
d’un autoradio.

Des jeunes et des moins jeunes
qui ont l’air d’être là
ont la tête ailleurs
concentrés sur leur téléphone portable…

Et là-bas,
deux amoureux
debout contre la grille
s’embrassent tendrement.

Ici, nul patron,
nul employé,
nul banquier
nul commerçant et nul client…
Que des êtres vivants.

Ici,
dans ce jardin public
chacun réapprend
pendant un moment
l’art si important
de ne rien faire.

– Pratique
que j’aimerais vivement recommander,
même si
en pratique
je ne sais guère
(mauvais exemple)
m’y adonner. –

Il y a même
quelques individus qui se livrent
à une activité aujourd’hui largement réprouvée
quasiment interdite : lire un livre…

Jardin-Public-1---CP-Gilles-Colosio

2.

Le Jardin public est l’endroit
où la ville et la campagne
se retrouvent pour échanger aux yeux
de tous sans en faire aucun mystère des vœux
de fiançailles.

Ici la Nature, taillée, entretenue, éduquée
apprend les rudiments
de la mathématique, de la géométrie
et les lettres rondes de l’alphabet.

Ici, la Nature s’est assise sur un banc
de l’Ecole publique
et fait ses gammes
pour s’humaniser.

Quant à nous,  à marcher dans ses allées
nous apprenons à lire
notre présent
et notre futur aussi…

Le Jardin public
est l’endroit
de la magique
étude
du bonheur que nul n’élude.

enfant fontaine

3.

Au centre du Jardin public, un jet d’eau
(une batterie de jets d’eau
qui par intermittence
lancent leur salut étincelant
et giclent insolents
dans l’œil mi-clos du soleil)

Au grand dam des mamans
les enfants s’y précipitent en riant
et se trempent jusqu’aux os.

(Sur le tableau de Cranach
les vieilles qui arrivent, en charrette
en brancard ou en brouette,
les seins tombants, les reins perclus, la jambe torve
se défont de leurs vêtements
entrent dans le bassin
et en ressortent
pimpantes, nues,
jeunettes et propres.)

– En vérité,
dans le jardin que je connais
il est rare de rencontrer
des femmes nues
en train de se baigner…

Mais rester un instant sur le bord
à regarder les enfants jouer
c’est déjà se tremper
dans la Fontaine de Jouvence.

Cranach

4.

Bien sûr,
le jardin public
n’est pas le Paradis.

Dans les allées que nous empruntons sont passées
hier des gueules cassées
et aujourd’hui traînent des éclopés,
les invalides
de la guerre économique
qui ravage la société.
Notre jardin public n’est pas le Paradis.

Il arrive qu’on y entende un cri
qu’on y croise une seringue
un malheureux, un dingue…

On peut y rencontrer un laideron
près des rhododendrons

Un couple désaccordé
d’amants qui se haïssent.

Plus souvent  quelques pigeons
qui se disputent un trognon
de pomme ou de maïs.

Mais personne ici ne spécule
sur la dette
personne ne joue à la roulette
avec nos têtes
personne ne fait sauter la banque
Et dans les allées
il n’y a pas de tank
pour semer la panique
parmi les joueurs de pétanque…

Mais parfois,
traîne par terre
une canette abandonnée
à moitié vidée…
(Le sens de la propriété
collective
dans cette société
n’est pas encore assez développé
et l’on n’a pas guère de respect,
dans notre commune,
pour les parties communes).

tobogan

5.

Notre Jardin public est un lieu rêvé
car nul n’y travaille
si ce n’est le jardinier
qui taille
avec amour ses rosiers.

« Amour », peut-être est-ce trop dire ?

Mais « Amour » n’est pas un trop grand mot…
Amour est un mot pratique
un mot multi-lames
pour les messieurs et pour les dames,
un mot passe-partout, un mot de passe
comme un trousseau de clefs
pour ouvrir les grilles,
un mot utile comme les gants du jardinier
pour se protéger des épines,
un mot efficace
comme un sécateur
pour tailler les ronces
élaguer le rosier,
le faire prospérer,
grandir
à la taille du jardin public
et devenir soi-même rosier.

Dans les allées de notre Jardin public
nul policier,
nul garde-champêtre,
pour faire respecter la loi.

(La liberté est la meilleure école.)

square

Chacun veille sur ses enfants
et les enfants des autres.

Le Jardin public  n’est pas une serre
où poussent sous verre
clones, calibrés
des enfants copies conformes,
à lancer sur le marché…

Dans les allées  de notre jardin public
où le futur est un paquet-surprise à déballer,
il nous faut dessiner une marelle
nouvelle pour refaire le chemin
du Ciel vers la Terre
et inventer la morale
du bonheur commun.
Poète parc

le 16 Juillet 2020

L’amour n’a pas dit son dernier mot

Samedi 27 juin 2020
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Le baiser de Francis Combes



Bientôt vont se lever des résistants d’un genre nouveau
On les verra sur les places, dans les rues, sur les terrasses
se rassembler, se prendre dans les bras, s’embrasser
(malgré les lois, les décrets, les contrôles policiers)
non pour célébrer déjà la victoire de la vie et de la joie
mais pour le défi, le combat, le bonheur dangereux
d’être ensemble et de lutter.

Déjà le simple « ça va ? » que nous échangions rituellement pour nous saluer,
ces deux petits mots qui dans la vie d’avant avaient perdu toutes leurs couleurs,
ne sonnera plus pareil et se fera entendre
comme une question véritable et sincère
comme un mot de passe des partisans de la vie.

Quant au geste longtemps anodin de se serrer la main,
ce geste élémentaire qui nous était ces derniers temps interdit,
il deviendra le signe de ralliement des nouveaux conjurés,
le symbole de la fraternité cachée.

Bientôt vont se lever des résistants d’un genre nouveau
Ils seront ceux qui ne peuvent pas et ne veulent pas vivre sous bulle,
obéir aux robots et aux drones, se faire implanter des puces sous la peau,
aller là où on leur dit d’aller, éviter le moindre contact,  le moindre attouchement,
regarder les autres en ennemis, sourds, méfiants et étrangers les uns aux autres,

Ils seront les conjurés du printemps et de la rosée.
Ils seront ceux qui n’hésitent pas à ouvrir leur cœur, leurs portes et leurs bras
à la vie et à la lumière du jour qui vient,
On les verra à nouveau défiler dans les rues
et distribuer quelle que soit la saison des bouquets de baisers.
Ils seront ceux qui prennent gaiement le risque
de vivre (et de mourir parfois) pour que la vie continue
et qu’elle soit pour tous un peu plus belle,
plus juste, plus solidaire, plus aimante.

On verra ces conjurés d’un genre nouveau
se donner des rendez-vous clandestins
pour crier aux fenêtres, sur les balcons et sur les toits
ce message secret :
« l’amour sur cette terre n’a pas dit son dernier mot ! »

le 4 avril 2020

Le joueur de flûte de Hamelin

Samedi 6 juin 2020

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Chacun connaît la légende
mille fois racontée du magicien
qui libéra la ville de Hamelin
d’une invasion de rats,
une épidémie de rats noirs et gris
qui dévoraient tout le grain
et menaçaient le pays
de ruine, de famine et de maladie.

Sur la place du bourg, le musicien
à l’étrange chapeau pointu
s’étant mis à jouer de sa flûte de bronze
tous les rats le suivirent
jusqu’au pont sur la Weser
où ils se noyèrent.

Chacun se souvient
de ce que fit ensuite  le musicien.
Comme le bourgmestre et ses adjoints
refusaient de payer,
trois jours après, il revint
coiffé d’un chapeau de pourpre
et dans les rues la nuit
il joua sur sa flûte
une tout autre mélodie.

Rattenfänger von Hameln / Spangenberg - Pied Piper of Hamelin / Spangenberg - Le Joueur de flûte d'Hamelin/Spangenberg

Alors cent trente enfants
de la ville de Hamelin
quittèrent leur lit
en chemise de nuit
pour partir avec lui
et jamais on ne sut
ce qu’ils sont devenus.

Certains disent qu’il les a noyés
comme les rats dans la rivière
d’autres, qu’il les a emmenés
dans une grotte, sur une colline,
où jamais ils ne furent retrouvés.

On raconte aussi
(est-ce trop beau pour être vrai ?)
que les enfants, un matin,
en eurent assez du musicien,
de ce joueur de pipeau
qui les menait par le bout du nez.

Ils se mirent eux-mêmes à la musique
composèrent leurs propres airs, jouèrent de la flûte,
de la crécelle, de la trompette, du tambourin
et abandonnèrent le musicien
pour aller, loin de là,
fonder leur propre cité.

Enfants salaires

La confession d’un cerisier

Lundi 1 juin 2020

Cerises à mûrir

pro harmonia mundi

Je me suis planté devant mon cerisier
dans la paix de ce lundi de Pentecôte.
Je l’ai regardé lentement travailler
silencieux, comme indifférent à ses hôtes

ailés qui pour l’instant épargnent ses fruits
lesquels rougissent un peu plus chaque jour.
Et malgré le chant des oiseaux et les bruits
du matin, j’ai pu percevoir son discours

ininterrompu – les arbres communiquent
paraît-il, entre eux… et avec nous aussi –
« Je fomente, disait-il, et sans panique,
une rouge révolution réussie

printanière, pour la joie de toute bouche.
Je n’obéis pas à la loi du marché.
J’offre sans compter  à qui s’approche et touche
pour délicatement cueillir et goûter.

J’ai l’abondance heureuse et je n’y peux rien.
Le marché snobe mes cerises ? Tant pis !
Que les prenne qui les aime… C’est très bien…
Je produis ce qui me chante et c’est gratuit ! »

le 1er juin 2020

Cerisier

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