Archive de la catégorie ‘poème du jour’

Dernières nouvelles des oiseaux

Dimanche 22 avril 2018

oiseau1

Dimanche de printemps – le soleil n’est pas au rendez-vous.
Mais nous, nous sommes venus, nous nous sommes rendus
au chevet de la Nature, pour prendre son pouls.
J’arpente le chemin au milieu des champs détrempés par la pluie.
Sur les talus, poussent les fleurs jaunes des coucous,
les très simples primula veris, les primevères officinales.
Ici ou là, j’aperçois quelques violettes.
(Par chance pour elles, elles ne sentent rien,
je vais donc les épargner).
Comme je proclamais mon intention de parler des oiseaux,
un ami m’a fait remarquer que je n’en faisais rien.
Alors, parlons un peu des oiseaux !
Je suis venu ici aussi pour prendre de leurs nouvelles.
La grande presse nous dit qu’ils se sont envolés
et que la campagne désormais se tait.
Mais aujourd’hui j’entends toute la campagne
qui résonne en stéréo du chant des oiseaux.
Une alouette lance sa trille, très haut dans le ciel, au-dessus de ma tête…
Je l’entends mais ne la vois pas.
A l’approche du hallier, le geai que je ne vois pas non plus
jette son cri d’alarme.
Il y a par ici des merles qui chantent bien avant l’aube
(comme en ville)
mais aussi des mésanges bleues, des rouges-gorges, des pinsons,
des poules faisanes, des pouillots, des pic verts,
des tourterelles de Turquie, des faucons, des coucous,
et plus tard dans la saison, des hirondelles.
(Sans oublier les pies et les corbeaux).
Et partout au printemps, les prés et les taillis
sont envahis du chant des passereaux…
Imbéciles ! Ils n’ont pas compris
que – comme nous – ils avaient disparu !
On les croyait muets,
et les voici qui s’en donnent à cœur joie…
Ces écervelés chantent à tue-tête
tout comme nous, pour le simple plaisir,
semble-t-il, de chanter.
A moins que ce soit pour prendre congé…
Ou peut-être que ces oiseaux font de la Résistance.
Modestes oiselets, camarades anonymes…`
Oiseau… le mot le plus bref de la langue française
qui comporte toutes ses voyelles,
sans lesquelles elle ne chanterait pas.
Et nous, si les oiseaux venaient à se taire,
pourrions-nous encore chanter ?
(Il nous faut prendre garde au petit peuple ailé.)
(le 8/IV/2018)

oiseau2

Modeste demande

Lundi 2 avril 2018

oiseau

Oui, je l’avoue,
j’en ai assez
(souvent)
d’écrire des poèmes contre la guerre,
le racisme,
l’exploitation,
l’injustice,
la destruction des hommes
et de la nature…
Je voudrais n’avoir à écrire
que sur les sujets
qui le méritent vraiment :
les femmes,
les enfants,
les fleurs,
les oiseaux…

Alors,
s’il vous plaît,
mes amis,
rendez-moi un petit service :
Débarrassez-nous
du capitalisme.

rose Bury

Au Père Lachaise

Samedi 10 février 2018

Pour Anne-Charlotte Savarit

Père Lachaise neige1

Un mégot sur la neige
Les voitures portent des bonnets blancs
Attention à ne pas glisser !

*

Vers le funérarium
les feuilles vernissées du magnolia
défient l’hiver

Magnolia Père Lachaise
*

Dans le ciel bleu et froid
tu ne voles plus ; toi
qui fus avec nous sur Terre

*

(Le cimetière est en blanc)
Sous la neige
l’herbe nouvelle attend.

*

Appolinaire neige

10/02/2018

Fidélité moderne et inclusive

Samedi 27 janvier 2018

Clés

C’est une femme
(ou un homme, ne soyons pas sexiste…)
moderne.
Il ou elle transporte toujours avec lui,
accroché à son trousseau de clef,
sa carte de fidélité.
Elle ou il en a même plusieurs,
(car il ou elle a les idées larges)
avec des codes barres,
pour Auchan
Carrefour
Franprix
Casino
Cora
Jardiland
et quand il ou elle passe à la caisse
(car il faut toujours y passer)
elle et lui ont droit à une petite remise.

carte-fidelite

Soleil d’hiver

Lundi 1 janvier 2018

IMG_1819

Le vent souffle en tempête sur la plage
Chassant devant lui les ballots de draps…
Nuages qu’emportent pour le ménage
Des femmes de chambre aux très puissants bras.

Pendant ce temps, les rayons du soleil
Calmes descendent de derrière les cintres
Des nuées, théâtre aux rideaux vermeils
Qu’aurait décoré au Grand siècle un peintre.

IMG_3260

On comprend pourquoi devant ce spectacle
L’homme a pu penser voir en la Nature
Une œuvre divine, un saint Tabernacle.

Mais nul besoin de Dieu dans la Nature
Pour qu’elle bouge, lutte, s’élève et chante.
Et qu’elle soit souveraine nous enchante.

le 28/12/2017

Vœux 2018

Lundi 1 janvier 2018

Vœux (cliquer pour lire)

Vœux 2018 dans actualités

Merci au site écri’turbulante pour la publication de ce poème.

 

Poète de droit commun

Dimanche 10 décembre 2017

IMG_0055 (2)

Chacun d’entre nous est unique
et ce n’est pas original.
On se croit seul au monde
mais le monde ne le sait pas.
Puis un jour, on s’en aperçoit :
ceux qu’on croise dans la rue,
sans les voir, en pressant le pas
ceux qui passent et ne comptent pas
ou si peu… ou pas plus que ça,
on les regarde et on se dit
qu’ils ont chacun leur propre vie.
Ils sont chacun comme nous sommes :
au centre de leur univers.
IMG_0421

Chacun d’entre nous est unique
et ce n’est pas original.
Chacun de nous est sans pareil
et plus semblable qu’il ne le croit.
Nous avons bien, en général
une bouche, un nez, deux oreilles
un cœur sans doute, même un cerveau
et à peu près le même paquet
de peurs, de rêves, de secrets
et dans la boîte aux noirs désirs
quelques fantasmes partagés.

IMG_1204 (2)

Tous semblables, tous uniques
dissemblables et identiques.
Nous sommes très singuliers
ce qui n’est guère particulier.
Nous sommes en cela comparables
aux arbres, aux galets de la mer,
et même au moindre grain de sable
parmi les milliards de la plage.
et c’est cette propriété,
(être divers et tous les mêmes),
qui rend possible le poème,
et sa surprise et son partage.
Nous sommes un peu tous les autres
et tous les autres sont nous-mêmes.

IMG_0056 (2)

Aux fossoyeurs de la poésie

Samedi 2 décembre 2017

 

danse macabre


1.
Quelles traces
ont laissées les hauts faits de l’empereur Auguste ?
Quelques lignes dans des livres d’histoire,
et quelques bustes…
Mais, par ses poèmes, Horace,
qui fut son obligé et n’avait aucun pouvoir,
a toujours le pouvoir
de nous émouvoir.

2.
Quand François Villon
était dans la petite enfance
Qui était le roi de France,
couronné dans Paris ?
L’anglais Henri VI, un poupon.
(Sans Shakespeare, je parie
que nous aurions presqu’oublié son nom…)
Et où sont passés le Saint-Empire
romain germanique et l’empire
ottoman, pourtant
si puissants
sous Shakespeare ?

3.
Sans La Fontaine, Corneille,
Racine, ou Molière,
de quelle lumière
sans pareille
brillerait encore le Roi-Soleil ?

4.
Que reste-t-il du Reich et des victoires militaires
du dénommé Hitler ?
Par contre, des pièces du pauvre b. b.
(bertolt brecht, le poète, l’exilé,
le vaincu) demeure vive,
pour nous la vérité.

5.
L’Union soviétique elle-même, malgré Lénine,
Staline, Trotsky…
les combattants de Stalingrad,
Iouri Gagarine,
les komsomols à l’avant-garde
sur les chantiers et dans les stades,
relève désormais d’une époque révolue.
Mais le poète Maïakovski
mérite toujours d’être lu.

6.
Ce qui fait la grandeur d’une époque
Ce sont les œuvres qui par leur beauté lui survivent.
Aux grands, aux politiques, aux gestionnaires,
qui se moquent
de la poésie
et à ceux qui régulièrement l’enterrent,
contre tous
et malgré tout,
survivra la poésie.

le 19/11/2017

francois-villon

La femme de ménage et le Théâtre

Lundi 13 novembre 2017

JR

Ce poème a été publié dans mon recueil La Ballade d’Aubervilliers en 2007.

 

La femme de ménage et le Théâtre

à Jack Ralite

Chaque jour, la femme de ménage vient balayer les planches du théâtre.
Parfois, elle assiste à la répétition… Mais revient-elle le soir
pour la représentation ?
L’auteur de pièces
tente lui aussi de faire le ménage
dans les coulisses de son propre cerveau
et sur la scène pas propre du monde.
Avec jubilation, il monte et démonte,
comme un jeu de construction,
le grand théâtre des conflits humains
sur cette Terre
où l’homme n’est pas toujours
un homme pour l’homme.
Sur scène, les acteurs, à leur tour, montent l’histoire
des grands et des brigands, l’histoire du peuple ;
ils montrent la mort et la vie d’un commis voyageur,
d’un roi, d’un soldat, d’une cantinière,
d’un juge et d’un enfant que se partagent deux mères ;
ils jouent la vie d’un homme de couleur et d’une femme de ménage…
Et dans la salle obscure,
ils maintiennent vive la lumière
dans l’attente que le peuple
et les femmes de ménage
à leur tour,
montent sur la scène.

Pierre Laurent – 1942

Mardi 31 octobre 2017

Pierre Laurent – 1942
pour Ginette Laurent

Photos Anciennes Ginette 1 - Copie

Pierre Laurent et sa famille quelques mois avant sa mort.
Ginette, la maman de Patricia, est à gauche sur la photo.

Un poème sur le grand père de Patricia, ouvrier à Asnières. Tué par la police française pour fait de résistance en 1942.

Ouvrier en usine il aimait dessiner
Et faisait au fusain le portrait des enfants.
Il avait sur la porte d’une vieille armoire
Au burin dans le bois taillé des hirondelles…

Sa fille se souvient qu’il était musicien.
Ce grand gaillard fleur bleue tâtait de la chanson.
Il jouait dans son lit sur son accordéon
Parfois Cœur de cristal ou Reine de Musette…

(Le pays sous la botte avait perdu ses ailes
Et l’heure n’était plus guère aux bals ni aux chansons).
Alors Pierre, sur les murs, collait des papillons :
« Du pain pour les vieillards ! Du lait pour les enfants ! »

Un soir, les policiers ont serré son copain ;
Lui a pu s’échapper… Il est rentré chez lui
Et fait brûler ses tracts dans le poêle Godin.
Mais les flics ont rappliqué et l’ont embarqué.

D’après le témoignage d’une fille de joie,
Ils s’y sont mis à trois, dans le commissariat,
Pour le rouer de coups et l’ont laissé pour mort.
Puis il fut condamné à six mois de prison.

Mais la Santé n’a pas arrangé sa santé…
Il passait son temps à cracher des fleurs de sang
Et n’a quitté la prison que pour l’hôpital.
(Jamais il ne devait retourner près des siens).

Ouvrier aux mains d’or, pour le bois et le métal
Prolétaire résistant, tué par la police
Homme simple, Cœur de cristal et mains d’argent,
et pour tout mémorial, des fleurs rouge de sang.

1...34567...17