Archive de la catégorie ‘poème du jour’

Bonne année 2015

Lundi 29 décembre 2014

starfield whirl

Le pont des rêves

Lundi 22 décembre 2014

Max+Ernst

Le pont des rêves
à Patricia

Je dors, ma main posée sur toi
Nos bras dans la nuit forment un  pont
Et dessous passe au fond du lit
Le flot des rêves, l’eau du sommeil,
Qui nous sépare et nous unit

Dormir à deux, chacun devrait
y avoir droit,  avoir des bras
autour de soi, pour remonter
de la crevasse, du glacier
l’amour est premier de cordée

Je dors, ma main posée sur toi
fleuve en débâcle du sommeil
emporte les glaçons des rêves
qu’au matin j’aurais oubliés
mais qui voyagent encore en moi

Nos bras dans la nuit forment un pont
de chair et nous nous retenons
dérivant sur le radeau nocturne de nos vies solaires
Puis nous remontons vers le jour
L’amour est  solidaire.

Dimanche 21 décembre 2014

Sur une vieille pipe

Dimanche 14 décembre 2014

pipe Lénine


Sur une vieille pipe

à Pierre Durand

C’est une vieille pipe qu’un ami m’a offerte
Posée sur un rayon de ma bibliothèque,
Sagement, devant Marx, près de la poésie.
Une pipe à la retraite qui ne fume guère.

C’est une pipe en bois usinée à Saint-Claude.
L’artisan a sculpté la tête de Lénine
Qui sourit malicieux tout en plissant les yeux,
L’air de dire « Cette histoire n’est pas encore finie ».

Celui qui me l’a donnée était journaliste ;
Un ancien résistant, compagnon de Fabien.
Lui-même ne fumait plus. Et moi, comme asthmatique,

J’y touche rarement ; parfois je la soupèse,
La prends en main et la caresse… Dans son foyer
Reste un peu de tabac qui n’attend qu’une braise.

14/XII/2014

 

Complainte pour un pain au chocolat

Vendredi 31 octobre 2014

pain au choc

1.
Soupçonnée d’avoir mangé – et par deux fois –
Sans le payer, un pain au chocolat
D’une valeur de 39 centimes, Sarah,
Vingt-sept ans, a perdu son emploi
De caissière dans un Lidl de Nancy.
Fidèle aux règles du management
Lidl l’a virée – sans ménagement.
Licenciée par lettre et sans préavis.

2.
Qui faut-il donc plaindre ? La caissière  qui a
Perdu son emploi ou bien le patron
Qui a perdu un pain au chocolat
Mais qui sur ses principes a tenu bon ?
Faut-il donc accuser le hard discounter
Dans cette affaire d’avoir manqué de cœur ?
Imaginez la perte en chiffre d’affaires
Si chaque employé s’offrait une douceur !

Qui mange un pain au chocolat
mérite le trépas
ou au moins le licenciement.
Mais celui qui fait son beurre
sur le dos de ses clients
nul ne saurait le traiter de voleur.

3.
Dans une complainte triste d’autrefois
Sarah aurait du coup perdu son logement
Puis, on lui aurait pris son unique enfant
Et elle serait tombée de plus en plus bas…
Elle se serait vendue pour un repas
Et aurait fini sa vie ici-bas
Dans les draps d’un hospice, à la Pitié
Salpêtrière ou à la Charité.

4.
Mais  tant pis pour les chansons  réalistes
Les chansons anciennes, plaintives et tristes…
Licenciée pour un pain au chocolat
Sarah n’a pas voulu en rester là.
Deux ans plus tard, elle faisait condamner
à huit mille huit cents euros d’indemnités
Lidl, aux Prudhommes, pour l’avoir virée
comme ça… après quarante CDD !

Qui donc est le voleur ?
Et qui mérite le licenciement
à défaut du trépas ?
Celui qui mange le pain au chocolat
ou celui qui fait son beurre
sur le dos de ses employés et clients ?

Trois poèmes chinois de la dynastie T’ang

Dimanche 31 août 2014

Voici l’adaptation que j’ai faite de trois poètes de la dynastie T’ang (618 – 907)

Li Bai

(Li Po)
(701-762)

Li Bai

Matin d’ivresse

Puisque vivre en ce monde est le songe d’un songe
Pourquoi perdre son temps en vains travaux ?
Je passe ma journée à m’enivrer
et je dors affalé près du pilier du seuil

Au réveil je regarde par-delà le perron
Un oiseau chante au milieu des fleurs
« Dis-moi, sais-tu quelle est la saison ? »
« Dans le vent du printemps chante le loriot »

Emu je m’apprête à  pousser un soupir
mais voyant le vin je remplis ma coupe
puis je chante en attendant le clair de lune
Et ma chanson finie, ne pense plus à rien…

 

Du Fu

(Tou Fou)
(712-770)
Tou Fou

Voyage nocturne

Le vent joue dans les herbes au bord de l’eau
Mon bateau glisse dans la nuit, son mât dressé
Sur la plaine à l’infini s’étendent les étoiles
La terre est bercée par le Grand fleuve

Mes écrits rendront-ils un jour mon nom célèbre ?
Malade et vieux, je dois me retirer
Balloté par les vents ne suis-je pas semblable
à la faible mouette entre ciel et terre ?

Bai Jiu Yi

(Po Kiu-yi)
(772-846)

Bai Jiu Yi portrait

Le vieux charbonnier

Dans les monts du sud, il abat le bois et le brûle pour en faire du charbon
le visage couvert de cendres, la face brûlée par la suie et le feu
les tempes grises et les mains noires.
Le charbon qu’il vend, que lui rapporte-t-il ?
juste de quoi manger et se vêtir.
Malheureux, alors que ses vêtements sont si peu épais
craignant le bas prix du charbon, il espère qu’il fera froid !
Cette nuit il est tombé un pied de neige hors de la ville ;
Dès l’aube, il attelle sa charrette qui cahote dans les ornières glacées.
Le bœuf est las, l’homme affamé, le soleil déjà haut.
A la porte du sud, près du marché, il fait halte dans la boue.
Mais qui sont ces deux cavaliers si fringants ?
Un émissaire à tunique jaune et un jeune en habit blanc.
Un avis officiel en main, par rescrit impérial
ils ordonnent de faire demi tour vers le palais au Nord.
Dans la charrette, plus de mille livres de charbon.
Les mandarins l’ont réquisitionné, à quoi bon se plaindre ?
Une demi-pièce de soie  d’environ dix pieds de long
nouée aux cornes du bœuf, c’est tout ce qu’il aura pour le charbon !

L’arbre du papé

Dimanche 17 août 2014

arbre

L’arbre du papé

pour Erwan, Lauryne et Yannis

Si tu viens avec moi, tu verras mon arbre
un noyer solitaire planté sur la colline
Je dis que c’est mon arbre car je l’ai élu
dans mes promenades roi de la colline
et chaque jour ou presque je lui rends visite
je viens jusqu’à son pied et je le salue

Cet arbre, c’est certain, est un arbre magique
Il est plus fort je crois que n’était l’arbre aux fées
qui poussait dans le cœur des forêts enchantées
et autour duquel dansaient les jeunes filles
lui confiant leurs secrets, pour exaucer leurs vœux,
des rubans, des diamants ou un prince charmant.

La nuit, il n’est pas sûr qu’il puisse s’envoler
et qu’il fasse en dormant tout le tour de la Terre
propulsé dans les airs par des fusées laser,
un enfant à son bord, tous ses feux allumés,
avec au bout des branches des épées nocturnes
pour découper le ciel de leurs rayons violets

Mais il fait bien plus fort, car je sais qu’en silence
quand nul ne le regarde, que personne n’y pense
mon arbre solitaire, débout sur sa colline
prépare en grand secret pour leur appareillage
dans la grande aventure mystérieuse de l’automne
toute une flottille de coquilles de noix.

Bury, le 17 août 2014

enfants arbre

Défilé de mode

Samedi 16 août 2014

pull F

J’ai pris ma canne et mon chapeau rouge
et je suis parti dans la campagne
pour étrenner le pull bleu ciel
et multicolore que tu m’as tricoté.
Aucune marguerite ne s’est retournée
sur mon passage.
Et les hirondelles qui volent bas
ne se sont pas arrêtées en plein vol
pour assister à la présentation
de la collection Eté-Automne.
Mais avec mon gilet bleu
j’ai jeté un défi aux nuages noirs
et le ciel menaçant, désormais,
n’a qu’à bien se tenir.

le 15 août 2014

Le matelas abandonné

Lundi 4 août 2014

IMG_0994


Le matelas abandonné


C’est l’été
la saison où d’ordinaire on abandonne son chien
attaché à un arbre sur la route des vacances,
ses vieux parents ou ses petits enfants.
En bas de chez moi,
profitant du fait que la ville avait le dos tourné,
que les arbres clignaient des yeux sous le soleil,
et que les gamins dans le jardin public
jouaient à la marelle avec les jets d’eau
ou couraient après les pigeons,
quelqu’un a abandonné son matelas.
Il gît maintenant sur le trottoir
le ventre en l’air,
un peu étripé aux coutures,
et à tous il offre sans pudeur le spectacle de sa nudité
aux taches douteuses.
Pourtant, pendant des années, il a servi honnêtement.
Il a accueilli des nuits de sommeil réparateur
et des nuits d’insomnie,
des rêves et des cauchemars,
des étreintes, des amours
quelques disputes aussi
et n’a jamais rien dit.
(Il a même fait ce qu’il pouvait
pour étouffer les grincements du sommier).
et voici qu’on le jette à la rue
sans plus d’égards,
comme un travailleur au noir,
un ouvrier sans papiers.
Il va pour un temps rejoindre le sort
de ceux qui dorment dehors,
le plus souvent sans matelas —
Jusqu’à ce qu’un camion de la voirie
prenne soin de lui
et l’emporte à la déchetterie.

le 3/08/2014

La maison aux hirondelles

Mercredi 23 juillet 2014

maison hirondelles

La maison aux hirondelles

Quand vient le temps des jours cléments
Allons dans la maison des champs
Où vont nicher les hirondelles
à tire d’aile

Les vieilles gens qui là vivaient
Avaient pour les laisser passer
Percé la porte de l’entrée
d’un trou carré

Et les voici, vives, fidèles
Il ne manquait presque plus qu’elles
Pour que revienne le beau temps
toujours enfant

Vire-volant dans l’air du soir
Leur nid est sur la poutre noire
De l’ancienne salle à manger
elles vont en paix

Si elles ont choisi votre toit
On dit que c’est gage de joie
Ainsi soit-il chez nous ma belle
aux hirondelles.

Pour une enfant palestinienne

Mardi 22 juillet 2014

Palestine

 

Pour une enfant palestinienne
Elle est née dans un pays prisonnier entre le ciel et la mer.
Elle a appris à jouer sur l’étroite bande de terre
enfermée derrière des barbelés.
Elle aime sans doute les poupées, les robes et les livres
et elle rêve de devenir docteur.
Elle a dix ans,
Elle est née et a grandi sur une langue de terre surpeuplée
qui se soulève vers le ciel
Mais jamais elle n’a connu la liberté des nuages.
On l’a conduite en urgence à l’hôpital
un éclat d’obus dans l’oreille.
(Comparée à d’autres, elle a eu de la chance)
Elle a été blessée lors de l’attaque terrestre.
D’autres ont été tués
resteront paralysés toute leur vie
ou ont perdu leurs parents sous les bombardements.
Comme eux, elle a grandi à Gaza, dans le pays transformé en camp,
dans le ghetto, la réserve des Palestiniens
où régulièrement l’occupant tue des otages au hasard.
Ne lui racontez pas d’histoire,
elle ne vous entendra pas.
Ne lui racontez pas le mythe de David et Goliath.
El Jalout, le héros des Philistins, est un géant désarmé
Et ce n’est pas une fronde que David a dans la main
mais des chasseurs bombardiers, des drones, des fusées téléguidées, des tanks
et elle sait que ce n’est pas Dieu qui a armé son bras
mais l’Amérique.
Hier elle rêvait de devenir docteur
Aujourd’hui elle veut fabriquer des roquettes
pour tirer sur Israël.
(Qui sème la mort récolte la haine.)

le 22/07/2014

1...34567...11