Archive de la catégorie ‘poème du jour’

Poème à la fenêtre

Mardi 24 mars 2020

La Factorie, maison de poésie de Normandie, publie chaque jour la vidéo d’un poème jeté par la fenêtre dit par son auteur ou un acteur.

Vous pouvez retrouver le mien en cliquant ici.

Il est extrait de mon recueil paru en 2013, Si les symptômes persistent consultez un poète.

Souvenir de la Grande peste

Vendredi 20 mars 2020

peste2

Marseille a gardé souvenir de la Mort noire,
la Grande peste qui par un jour de novembre
de l’an 1347, arriva dans le port par bateau.
Marseille et toute la Provence ont longtemps gardé mémoire
de la Grande peste qu’on nomma la Mort noire.

peste bateau

On dit qu’elle débarqua avec les marins génois
puis qu’elle se répandit dans tout le Midi
par les bateaux, les canaux, les routes, les charriots,
qu’elle infesta l’Europe et fit des millions de morts,
la peste qui vint avec les rats et les bateaux génois.

peste mort

La Mort noire vint dit-on d’un port lointain de Crimée,
un port génois, que les Mongols avaient assiégé,
le port de Caffa – où, par dessus les murailles,
les Mongols auraient jeté des cadavres infestés.
Ainsi aurait voyagé la peste depuis les côtes de Crimée.

peste docteur

(Sans doute un des premiers cas de guerre bactériologique…)
Et rien, ni la fermeture des bains, ni la quarantaine
ni les bûchers, ni les prières, ni les exécutions
des juifs accusés d’avoir empoisonné les puits,
rien ne semblait arrêter la peste bubonique…

danseuse de saint guy

On vit à l’ombre hallucinée des clochers
la mort décharnée chevaucher, une faux en main,
sa carne efflanquée, pendant que la ronde macabre
emportait dans la danse de Saint-Guy, main dans la main,
au fond de l’abime, les vivants et  les cadavres.

peste procession

De Provence en Italie, innombrables ceux qui moururent,
qu’ils fussent riches ou pauvres, (pauvres surtout… car quelques-uns,
si j’en crois Boccace, purent, dans un jardin
loin de la ville attendre en devisant que la peste prît fin).
Mais ce fut la fin du monde pour tous ceux qui moururent…

Danse_macabre

… Et puis, après la fin du monde, se leva un jour nouveau.
Dans les campagnes où la forêt avait repris ses droits,
le servage disparut car les paysans se levèrent
la houe à la main pour réclamer leurs droits
… et sur le dos des collines les ailes des moulins tournèrent à nouveau.

moulin

journal de confinement 1

Jeudi 19 mars 2020

pissenlits

 

Le printemps a cogné à la vitre
Dans la pelouse les pissenlits clignent de l’œil
L’enfant qui n’a rien fait est consigné chez lui
Seuls les oiseaux échappent au confinement
La police court après deux jeunes
Et dans la ville déserte et silencieuse
On pourrait presqu’entendre le cri d’un sans abri.

Lettre d’amour, poste restante et Billet doux pour une amazone

Dimanche 8 mars 2020

Un de mes recueils de poèmes vient

de paraître à La Passe du Vent.

Lettres d’amour, poste restante

Il sera présenté dans le cadre du

Magnifique Printemps (programme)

organisé par l’Espace Pandora

à Lyon et dans les environs,

les 15 et 16 mars 2020.

 

Livres FC

 

Petit extrait pour le 8 mars :

Billet doux pour une amazone


Amazones

La connais-tu la légende des Amazones
qui se faisaient couper un sein
pour mieux tirer à l’arc
quand elles montaient à cheval ?
Toi, mon Amazone,
s’il te plaît,
ne fais pas comme elles.
je te préfère entière
et même avec deux seins
tes flèches
m’atteignent en plein cœur.

Écouter ici

 

La leçon des oiseaux migrateurs

Dimanche 16 février 2020

Oiseaux migr

L’hiver a oublié de passer par chez nous
Pissenlits, pâquerettes poussent en février
Et dans le ciel déjà les oiseaux migrateurs
Font le V victorieux du retour vers le nord

(Tant de douceur inquiète mais c’est peut-être à tort)

Les grues et les cigognes ne suivent pas un chef
On dit qu’elles se relaient pour affronter les vents
Chacune étant portée aux courants ascendants
Par le battement d’ailes du commun mouvement

Les oiseaux migrateurs ne suivent pas de chef
mais tous prennent appui sur l’appel d’air qu’ils font
côte à côte en volant affrontant tour à tour
dans les hauteurs la pression de la transparence

le plafond de verre qu’ils percent et traversent

(Ainsi de temps en temps, levant les yeux au ciel,
Il pourrait nous venir des idées pour la Terre…)

le 15/02/2020


oiseau migr

Das Lied von der Moldau – Bertolt Brecht

Samedi 18 janvier 2020

Brecht

Le Chant de la Moldau

Au fond de la Moldau roulent les galets
Trois empereurs dans Prague gisent enterrés.
Nul grand ne reste grand, ni petit le petit.
La nuit compte douze heures et puis voici le jour.

Changent les temps. Et les plus gigantesques plans,
Des puissants  à leur tour finissent par échouer.
Et qu’ils s’en aillent, paradant, comme des coqs sanglants,
Changent les temps ; nulle puissance n’y peut rien.

Au fond de la Moldau roulent les galets
Trois empereurs dans Prague gisent enterrés.
Nul grand ne reste grand, ni petit le petit.
La nuit compte douze heures et puis voici le jour.

Trad. Francis Combes
Galets

Das Lied von der Moldau

Am Grunde der Moldau wandern die Steine
Es liegen drei Kaiser begraben in Prag.
Das Große bleibt groß nicht und klein nicht das Kleine.
Die Nacht hat zwölf Stunden, dann kommt schon der Tag.

Es wechseln die Zeiten. Die riesigen Pläne
Der Mächtigen kommen am Ende zum Halt.
Und gehn sie einher auch wie blutige Hähne
Es wechseln die Zeiten, da hilft kein Gewalt.

Am Grunde der Moldau wandern die Steine
Es liegen drei Kaiser begraben in Prag.
Das Große bleibt groß nicht und klein nicht das Kleine.
Die Nacht hat zwölf Stunden, dann kommt schon der Tag.

Bert. Brecht (« Schweyk im Zweiten Weltkrieg »)

IMG_0049 (modifié)

Une histoire de fesses exemplaire

Samedi 11 janvier 2020

serveuse2


Une histoire de fesses exemplaire*

(poème didactique)

Cette histoire se passe, il y a longtemps… Ailleurs…
Les années quatre-vingt… (C’était avant Mee Too).
Dans l’Est de la France, pays d’étranges mœurs,
loin d’Hollywood, des frasques de son Manitou.

« Un Picon-bière, pour la une, et un café-noisette !
Un pastis pour la deux, avec des cacahuètes ! »
Chaque fois que Marie revient vers le comptoir
pour vider son plateau ou prendre un petit noir
elle redoute une main baladeuse… Freddo,
le patron, aime trop (« Aïe ! ») le bas de son dos.

Il est des hommes qui, croisant une paires de fesses,
à défaut d’y croquer, non seulement, se rincent
l’œil, mais, esquissant une furtive caresse
y portent la main, ou chose étrange, les pincent.

main aux fesses

Bien qu’ayant ce qu’il faut pour faire une starlette
Marie se fiche pas mal de Los Angeles
Elle en a surtout marre d’avoir des bleus aux fesses
Et qu’on la prenne pour une espèce de côtelette
Alors, elle décide d’en parler avec ses potes
Et les voici un soir, dans un bar, qui complotent.

(Quand vous passez devant l’étal d’un épicier
et que vous trouvez appétissante une pomme
vous n’allez pas d’ordinaire, brutal, vous jeter
dessus. Et, de plus, les femmes, ne sont pas des pommes !)

Marie s’est fait porter pâle… Plus de serveuse.
… « Un lait-fraise en terrasse et une bière mousseuse ! »
C’est Freddo qui s’y colle et qui fait le garçon.
Mais chaque fois qu’il passe, une fille, un garçon,
ignorant les façons des gens civilisés,
cyniques, sans pitié, lui pincent le fessier.

C’était avant que « la parole se libère »
Mais déjà des femmes ne se laissaient pas faire
Et elles préféraient l’action à la délation
(Plutôt mal vue en France depuis l’Occupation…)
La morale de cette exemplaire histoire de fesses,
de cette histoire vraie, sans princes ni princesses
qui pourrait s’être passée n’importe où, en somme,
c’est que toutes les femmes ne sont pas des pommes.

pince fesse2

* Inspiré par l’initiative qu’avait prise un cercle de la Jeunesse communiste.


Romance pour une enfant à naître

Jeudi 26 décembre 2019

Noël 2019

Depuis, notre petite fille, Anacaona, est née le 1er décembre 2019 et vient de fêter son premier Noël.

 

Romance pour une enfant à naître

Nous t’avons vu paraître à la fenêtre
entourée par la nuit de l’échographie
paisible dans ton sommeil d’enfant à naître
avec comme un rêve de sourire qui fleurit

au bord des lèvres, blottie dans ta capsule
en apesanteur vers quel voyage terrestre
sur la planète étrange de tes ancêtres
penchant sur toi leur tête de campanules

leur calice prêt à recueillir ton soleil
qui éclairera  cette terre enchantée
cette terre blessée, toujours en chantier,
à faire et défaire, pays des merveilles.

Anacaona écho août 2019

Nous te guiderons, quelques pas, sur la route
et puis tu fleuriras et tu aimeras,
Ayant fort à faire, tu essaimeras
tu connaîtras des joies, des peines, des doutes

Tu franchiras des mers pas toujours étales
tu arpenteras le ciel bleu des Terriens
au cours d’un voyage dont nous ne savons rien
en semant derrière toi graines et pétales

pour fleurir de plates-bandes les déserts.
Nous t’accompagnerons un bout de chemin
et puis un beau jour tu lâcheras nos mains
et nous, nous te suivrons, de loin, dans les airs.

Yannis

le 24/IX/2019

Élégie du Père Lachaise

Dimanche 15 décembre 2019

FLYER_UnChant pour Paris[1518]

Élégie du Père Lachaise

Nous reviendrons, ma belle, hanter le Père Lachaise
où dorment côte à côte des vieillards polissons
qui de leur vivant se payé leur mort
de  vierges jouvencelles
à la cuisse de marbre, légère
et des révolutionnaires
glabres ou barbus
qui, toujours,
jusqu’en ce lieu où maintenant ils sont
ont à la boutonnière
un œillet de sang
Nous reviendrons ma belle, flâner dans ces allées
entre la lumière et l’ombre
que le soleil découpe
d’un rasoir capricieux
éblouissement d’un flash
sel d’argent révélateur
dans l’obscurité d’une flaque de fraîcheur
de blanches nymphomanes de pierre, nues
portent en bandoulière
de petits polaroïds noirs
La mouche drosophile
(le vinaigre et la rosée)
butine le parfum
des esprits défunts
Nous reviendrons, ma belle, grimper parmi les tombes
poursuivre l’insaisissable chèvre
de l’enfer et du paradis
entre une guitare silencieuse
et un pied d’albâtre
Nous repasserons voir Héloïse et Abélard
réunis enfin dans le sommeil du lierre
Apollinaire et son tombeau
fleuri comme ses vers
dans sa tranchée d’azur
Éluard qui repose
dans la famille des hommes simples
près du Mur des Fédérés
- Les vainqueurs du jour n’ont pas toujours raison

Par ces temps incléments
nous irons sifflotant
le beau Temps des cerises
Jean-Baptiste Clément

Dans la mousse
où pousse l’oronge du doute
(faut-il recommencer sans cesse ?)
ce ne sont pas nos rêves qui pourrissent
mais nos illusions

Nous reviendrons, ma belle, hanter le Père Lachaise
nous reviendrons chanter

à la saison
où, fleurs odoriférantes et blanches
dehors, l’acacia turbulent
fait sa révolution.

Icare

(in Au Vert-Galant jeté en Seine, Europe Poésie 1991 – repris dans l’ouvrage collectif Un Chant pour Paris, Unicité 2019)

[A propos des bons gestes]

Dimanche 1 décembre 2019

mésange2

Nous sommes tout disposés à prendre
la déposition des nuages,
le témoignage des vagues,
les plaintes de la rosée,
la main courante des écureuils,
des bergeronnettes, des rossignols…
Nous nous ferions volontiers porte-parole des mésanges
et des hirondelles,
Ambassadeurs du châtaignier, du platane et de l’orme.

abeille

Nous sommes tout prêts à accepter le procès-verbal
que nous dressent, dans leur vol qui se raréfie, paraît-il,
les abeilles
et décrétons qu’elles sont parmi les plus importantes
créatures terrestres…
Nous trions nos déchets,
dans des sacs verts et jaunes,
Nous reprenons nos vieux vélos oubliés dans la remise,
Nous pouvons même épargner l’araignée
qui se croit chez elle dans notre salle de bain…

auraignée6

Partout sur la Terre
nous multiplions les signes de bonne volonté,
les gestes individuels de tendresse
pour notre Planète-Mère.
Mais cela suffira-t-il ?

arbre en fleur

(La Nature n’est pas une mendiante.
Elle n’a pas besoin que nous lui fassions l’aumône.
Peut-être aurait-elle simplement besoin
que l’humanité prenne soin d’elle-même).

le 23/X/2019
(Saint-Domingue)

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