Soleil d’hiver

1 janvier 2018

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Le vent souffle en tempête sur la plage
Chassant devant lui les ballots de draps…
Nuages qu’emportent pour le ménage
Des femmes de chambre aux très puissants bras.

Pendant ce temps, les rayons du soleil
Calmes descendent de derrière les cintres
Des nuées, théâtre aux rideaux vermeils
Qu’aurait décoré au Grand siècle un peintre.

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On comprend pourquoi devant ce spectacle
L’homme a pu penser voir en la Nature
Une œuvre divine, un saint Tabernacle.

Mais nul besoin de Dieu dans la Nature
Pour qu’elle bouge, lutte, s’élève et chante.
Et qu’elle soit souveraine nous enchante.

le 28/12/2017

Vœux 2018

1 janvier 2018

Vœux (cliquer pour lire)

Vœux 2018 dans actualités

Merci au site écri’turbulante pour la publication de ce poème.

 

Poète de droit commun

10 décembre 2017

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Chacun d’entre nous est unique
et ce n’est pas original.
On se croit seul au monde
mais le monde ne le sait pas.
Puis un jour, on s’en aperçoit :
ceux qu’on croise dans la rue,
sans les voir, en pressant le pas
ceux qui passent et ne comptent pas
ou si peu… ou pas plus que ça,
on les regarde et on se dit
qu’ils ont chacun leur propre vie.
Ils sont chacun comme nous sommes :
au centre de leur univers.
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Chacun d’entre nous est unique
et ce n’est pas original.
Chacun de nous est sans pareil
et plus semblable qu’il ne le croit.
Nous avons bien, en général
une bouche, un nez, deux oreilles
un cœur sans doute, même un cerveau
et à peu près le même paquet
de peurs, de rêves, de secrets
et dans la boîte aux noirs désirs
quelques fantasmes partagés.

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Tous semblables, tous uniques
dissemblables et identiques.
Nous sommes très singuliers
ce qui n’est guère particulier.
Nous sommes en cela comparables
aux arbres, aux galets de la mer,
et même au moindre grain de sable
parmi les milliards de la plage.
et c’est cette propriété,
(être divers et tous les mêmes),
qui rend possible le poème,
et sa surprise et son partage.
Nous sommes un peu tous les autres
et tous les autres sont nous-mêmes.

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Aux fossoyeurs de la poésie

2 décembre 2017

 

danse macabre


1.
Quelles traces
ont laissées les hauts faits de l’empereur Auguste ?
Quelques lignes dans des livres d’histoire,
et quelques bustes…
Mais, par ses poèmes, Horace,
qui fut son obligé et n’avait aucun pouvoir,
a toujours le pouvoir
de nous émouvoir.

2.
Quand François Villon
était dans la petite enfance
Qui était le roi de France,
couronné dans Paris ?
L’anglais Henri VI, un poupon.
(Sans Shakespeare, je parie
que nous aurions presqu’oublié son nom…)
Et où sont passés le Saint-Empire
romain germanique et l’empire
ottoman, pourtant
si puissants
sous Shakespeare ?

3.
Sans La Fontaine, Corneille,
Racine, ou Molière,
de quelle lumière
sans pareille
brillerait encore le Roi-Soleil ?

4.
Que reste-t-il du Reich et des victoires militaires
du dénommé Hitler ?
Par contre, des pièces du pauvre b. b.
(bertolt brecht, le poète, l’exilé,
le vaincu) demeure vive,
pour nous la vérité.

5.
L’Union soviétique elle-même, malgré Lénine,
Staline, Trotsky…
les combattants de Stalingrad,
Iouri Gagarine,
les komsomols à l’avant-garde
sur les chantiers et dans les stades,
relève désormais d’une époque révolue.
Mais le poète Maïakovski
mérite toujours d’être lu.

6.
Ce qui fait la grandeur d’une époque
Ce sont les œuvres qui par leur beauté lui survivent.
Aux grands, aux politiques, aux gestionnaires,
qui se moquent
de la poésie
et à ceux qui régulièrement l’enterrent,
contre tous
et malgré tout,
survivra la poésie.

le 19/11/2017

francois-villon

La femme de ménage et le Théâtre

13 novembre 2017

JR

Ce poème a été publié dans mon recueil La Ballade d’Aubervilliers en 2007.

 

La femme de ménage et le Théâtre

à Jack Ralite

Chaque jour, la femme de ménage vient balayer les planches du théâtre.
Parfois, elle assiste à la répétition… Mais revient-elle le soir
pour la représentation ?
L’auteur de pièces
tente lui aussi de faire le ménage
dans les coulisses de son propre cerveau
et sur la scène pas propre du monde.
Avec jubilation, il monte et démonte,
comme un jeu de construction,
le grand théâtre des conflits humains
sur cette Terre
où l’homme n’est pas toujours
un homme pour l’homme.
Sur scène, les acteurs, à leur tour, montent l’histoire
des grands et des brigands, l’histoire du peuple ;
ils montrent la mort et la vie d’un commis voyageur,
d’un roi, d’un soldat, d’une cantinière,
d’un juge et d’un enfant que se partagent deux mères ;
ils jouent la vie d’un homme de couleur et d’une femme de ménage…
Et dans la salle obscure,
ils maintiennent vive la lumière
dans l’attente que le peuple
et les femmes de ménage
à leur tour,
montent sur la scène.

Pierre Laurent – 1942

31 octobre 2017

Pierre Laurent – 1942
pour Ginette Laurent

Photos Anciennes Ginette 1 - Copie

Pierre Laurent et sa famille quelques mois avant sa mort.
Ginette, la maman de Patricia, est à gauche sur la photo.

Un poème sur le grand père de Patricia, ouvrier à Asnières. Tué par la police française pour fait de résistance en 1942.

Ouvrier en usine il aimait dessiner
Et faisait au fusain le portrait des enfants.
Il avait sur la porte d’une vieille armoire
Au burin dans le bois taillé des hirondelles…

Sa fille se souvient qu’il était musicien.
Ce grand gaillard fleur bleue tâtait de la chanson.
Il jouait dans son lit sur son accordéon
Parfois Cœur de cristal ou Reine de Musette…

(Le pays sous la botte avait perdu ses ailes
Et l’heure n’était plus guère aux bals ni aux chansons).
Alors Pierre, sur les murs, collait des papillons :
« Du pain pour les vieillards ! Du lait pour les enfants ! »

Un soir, les policiers ont serré son copain ;
Lui a pu s’échapper… Il est rentré chez lui
Et fait brûler ses tracts dans le poêle Godin.
Mais les flics ont rappliqué et l’ont embarqué.

D’après le témoignage d’une fille de joie,
Ils s’y sont mis à trois, dans le commissariat,
Pour le rouer de coups et l’ont laissé pour mort.
Puis il fut condamné à six mois de prison.

Mais la Santé n’a pas arrangé sa santé…
Il passait son temps à cracher des fleurs de sang
Et n’a quitté la prison que pour l’hôpital.
(Jamais il ne devait retourner près des siens).

Ouvrier aux mains d’or, pour le bois et le métal
Prolétaire résistant, tué par la police
Homme simple, Cœur de cristal et mains d’argent,
et pour tout mémorial, des fleurs rouge de sang.

Élégie pour le Che

16 octobre 2017

Close-Up Of Che Guevara


Élégie pour le Che

1
Le Che est réapparu chez moi
ainsi qu’au fin fond du Mexique
au Chili et au Nicaragua.
Sa photo est posée sur mon bureau
entre le globe terrestre
et la vieille machine à écrire
made in USA.
Le Che est venu s’installer chez moi
avec son regard de gamin rebelle
provocateur d’étincelles
et sa barbe d’adolescent
Et il sourit
malgré la fièvre et l’asthme
et les contradictions de l’histoire.
Le Che rit de bon cœur
heureux et pur comme un matin
quand l’eau du maté se met à bouillir
dans le camp des guérilleros
encerclé par la brume
Christ combattant d’implacable douceur
Étoile du Sud
Ange complètement terrestre
d’un amour sans pardon
Il fume le cigare
et les cendres qui tombent de sa barbe tropicale
malgré les pluies, malgré les années
mettent le feu à la montagne.

2
Sur le ciel bleu passé de la carte
l’Amérique du Sud
a un corps torturé de pendu
et des plaies ouvertes que lui laissent ses bourreaux
tombent des enfants-lumière.
Che est un enfant tombé sur cette terre
Et – après qu’il eût marché
par les chemins de la souffrance humaine
sur le dos du continent perclu –
l’enfant fugueur
a ramassé sa trousse de médecin
et il a pris les armes.

3
Dans la Sierra Maestra
du temps de la guerre révolutionnaire
(Ceci est tiré de la Légende dorée des Saints
sanglants parfois de la Révolution)
harcelés, les guérilleros traversent la montagne à marche forcée
Che
que l’asthme empêche d’avancer
dit à Fidel :
« Laisse-moi, je vais vous retarder »
mais Fidel refuse de l’entendre.

4
« La beauté n’est pas fâchée,
disais-tu,
avec la Révolution. »
5
Che,
camarade ministre
tu conduis un tracteur et tu joues
tu tiens à la main la machette
des combattants de la zafra
des guerilleros de la production
mais même la terre de Cuba
si légère
colle aux pieds
et le ciel se fait lourd.
« L’économie socialiste
dis-tu –
sans la morale communiste
ne m’intéresse pas ».
La route à peine ouverte
il te faut repartir.

6
Che
tu n’auras pas connu
la honte de vieillir
de prendre du ventre
de t’accommoder
des petits honneurs
et des grandes misères.
Tu n’auras pas connu
le goût cendré
de la résignation.

7
Trahi par ceux
pour qui tu combattais
tu t’es perdu
dans le froid et le vert
sur les chemins d’un pays austère
mais les errements
le désastre militaire
l’isolement et la défaite
dans la nuit de la terre
et dans le cœur obscur des peuples
comme par enchantement
se sont transformés
en source de lumière.

8
Che
tu es réapparu chez moi
et dans les rayons des supermarchés
sur les étals des magasins
sur les pochettes des CD
imprimé sur des T. Shirts
ou sur le chrome des zippos
nouvelle icône à vendre et à acheter
super produit gagnant
du grand concours de beauté
des martyrs et des révoltés.
Le capitalisme fait ventre
de toutes les rébellions
et se nourrit
même
de ce qui le détruit.
Che
tu es le rêve inguérissable
d’un monde sans rêve
et sans révolution
un rêve qui réveille au milieu du sommeil.

9
Comandante Che
ce soir
devant ma machine à écrire
un cigare aux lèvres
au milieu des plantes vertes
je me demande qui a dit :
« La Révolution est une bicyclette ;
si tu t’arrêtes
de pédaler
tu tombes. »

(publié dans Cause commune, éditions Le Temps des Cerises)

A demain

8 octobre 2017

affiche Lénine Coup de balais

A demain


Elle passe l’aspirateur

et avale un nuage.


Elle est bien partie

pour nettoyer le monde.

Rencontre

24 septembre 2017

M. et Mme


Rencontre

à Juliette

Un homme et une femme se croisent dans la rue.

L’un tient en laisse un petit nuage gris
qui reste au-dessus de lui
en position géostationnaire
et qui pleut sur sa tête.

L’autre, tire un soleil un peu fou
et joyeux
qui agite la queue.

Ils se saluent poliment
d’un signe de la tête…
Puis chacun s’en va
poursuivant son chemin dans la vie
moitié pleurs et pluie
moitié ris et souris.

Le poète est un communiste

12 septembre 2017

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Le poète est un communiste
à Olivier Mayer
 
Tout poète – même s’il l’ignore
et même s’il le refuse –
tout poète est un communiste.
Tout poète
partout et toujours
dit que le monde,
la terre et les mers,
les arbres, les oiseaux, les villes
et tout ce qu’elles contiennent,
même les palais, les Champs-Élysées,
les ponts sur la Seine,
le sourire des femmes,
de toutes les femmes
(même celles qui ne sont pas la tienne…
Mais en vérité, aucune n’est ta propriété)
et le sourire des enfants
et celui des hommes
et le regard des bêtes
tout,
la Terre entière,
le monde et ses saisons,
l’automne et ses richesses,
l’hiver et ses plaisirs,
le printemps, ses promesses,
l’été et ses moissons
tout est à nous.
tout ce que nous ne possédons pas,
par les pouvoirs que nous confèrent
l’imagination, la poésie
et le rêve nécessaire
de l’humanité,
tout nous appartient
et nous appartenons à tout.
Toute la vie sur Terre est notre affaire.
Tout nous parle et nous répondons de tout.
Tout est à nous.
et partout et toujours
tout
nous est à partager

Manif 12-09-17

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